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5 articles avec toreros

Un homme est mort dans l'arène

Publié le par Paul Bosc

Au restaurant Puerta Grande à Madrid en 2014 - Photo Dominique Valmary

 

Peut-on concevoir, seulement imaginer, que Iván Fandiño est mort. Mort par la corne d'un toro de la ganaderia de Baltasar Iban, en France, à Aire-sur-Adour ? Il était à Arles, il y a à peine quelques semaines face aux Pedraza de Yeltes retrouvant son toreo de guerrier, le moral qu'il avait perdu lors de son solo dans les arènes de Madrid en 2015.

Iván Fandiño était un dur, était un homme, était un torero qui avait gagné sa place, une toute petite place, dans un monde sans pitié. Iván Fandiño faisait partie des matadors à qui on offre que des contrats difficiles, que des toros difficiles, mais il avait ce profil de centurion, de belluaire.

Ludwig Beethoven avait trouvé 4 notes en écrivant sa 5e symphonie « l'arrivée du Destin » qui annonçaient la tragédie, le drame. Ce destin était-il déjà écrit quand il toréait à Arles pour la Feria de Pâques ?

Les grands médias télévisés français n'ont pas insisté sur cet accident dramatique, n'ont pas montré d'images, n'ont fait aucun commentaire de peur, une fois encore, de déclencher une polémique. Seuls dans leurs coins aussi sombres que leurs âmes, les anti-taurins se sont déchaînés de leurs propos ignobles oubliant que Ivan Fandiño était tout simplement un être humain de 32 ans, avant d'être torero. Qu'il a payé le plus terrible des prix, celui du sang pour une passion que l'on dit rétrograde et appelée à disparaître sous peu.

Hier dans son village natal au pays basque, l'église était pleine pour rendre hommage au torero qui laisse une épouse et des enfants en bas-âge, des amis, des parents. Une foule respectueuse d'un homme de cœur.

Il a rejoint dans le grand ruedo céleste Pépé Hillo, Manolete, Joselito, Ignacio Sanchez Mejias, El Yiyo, Paquirri, Victor Barrio et « El Pana » pour ne citer que ces quelques noms célèbres parmi les soixante matadors qui ont péri de la corne des taureaux ainsi que de nombreux banderilleros, picadores, rejoneadores...

L'Espagne toute entière a rendu hommage au torero, de la famille royale au gouvernement et tout ce peuple qui continue à se rendre aux arènes pour la fiesta brava. Les aficionados français n'oublieront pas non plus Iván Fandiño pour ce qu'il a apporté de sincère dans cette tauromachie de vérité, de combat.

Qu'il en soit ovationné.

 

Paul Bosc

 

Publié dans actualité, Toreros, Hommage

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Manzanares, le Beckham des toreros

Publié le par vingtpasses

Les derniers articles parus dans Vingtpasses reflètent la ligne éditoriale choisie (et tenue). Reconnaissons que, ces derniers temps, ils n’incitent ni à la détente, ni à la franche bonne humeur. "Corridas insipides", "estocades frelatées", "cornes au parfum de scandale - même à Pamplona-", "populisme anti toros", constatent la déception, voire soulèvent à dessein la réprobation de l'aficionado. Sur un registre différent, "le comportement du taureau de combat" vu par Antonio Purroy, ou "l’avenir de la corrida" du point de vue d’Emmanuel Durand et de celui de François Zumbiehl, sont le fruit d’une réflexion exigeante extrêmement utile dont le but n’est pas seulement de distraire…

 

Détendons-nous un peu. C’est les vacances ! Le magazine l’Optimum « cool business & style » bien nommé, publie sous la plume du journaliste et écrivain Thierry Mantoux une remarquable interview de José Maria Manzanares dont Vingtpasses reproduit ici de larges extraits.  

C.C.

LE BECKHAM DES TOREROS

Courageux et élégant comme l’un des plus grands matadors de son temps, José Maria Manzanares est devenu l’icône de Dolce & Gabbana. Idole des Espagnols plus qu’aucun joueur de foot ou pilote de F1, il incarne à merveille la réussite et la force maîtrisée. Beau comme un astre, il est en passe de devenir une star mondiale... et pas seulement devant les toros.

L’Optimum N°75 (juillet – août 2015). Texte : Tierry Mantoux, photos : Nacho Alegre, stylisle : Nono Vazquez.

Manzanares, le Beckham des toreros

Dans le taxi qui me mène de l’aéroport de Madrid Barajas au centre-ville, je demande au chauffeur s’il s’intéresse à la corrida. « Je ne suis pas contre mais je préfère le foot. » Silence. « Et le torero Manzanares, vous connaissez? » « José Maria, bien sûr. Alors lui, c’est différent. C’est un type formidable. Ici à Madrid, tout le monde le connaît. On l’adore. C’est notre star. C’est un grand torero. Mais surtout, il a de vraies valeurs : l’effort, l’honnêteté, la vérité. Ça fait du bien. En plus, il est beau, courageux, riche, il a une femme ravissante et des enfants. C’est notre héros. »

 Ça commençait fort. Il me restait à faire sa connaissance. Rendez-vous à 10 h, à la Casa Salvador, excellent restaurant, connu de tous les toreros. La propriétaire attend pour la prise de vues. « José Maria? L’homme idéal, dit-elle, tu verras, il est vraiment sympa. » Et le maestro (comme on appelle les grands toreros) arrive dans son Q7 blanc, Ray-Ban vintage sur le nez, pantalon beige, polo vert foncé, pieds nus dans ses mocassins, sourire ravageur aux lèvres, mince, élégant, félin. Un mot aimable pour tous, me demandant de combien de temps je disposais pour l’interview. Bref, le contraire de la star en tournée de promo. Dans le petit monde de la corrida, le mundillo, lorsqu’on parlait de José Maria Manzanares, on demandait toujours le père. José Maria Manzanares père est mort d’une crise cardiaque à 61 ans, il y a quelques mois. Surnommé le « torero des toreros », il a été l’une des grandes figures de l’Espagne du XXe siècle. José Maria a été marqué par la mort brutale de son père qui reste pour lui, pour l’Espagne et pour la corrida l’un de ses héros. Très jeune, accompagnant son père, il a vu des toros (taureaux de combat), a appris sur le tas, a fait des passes à des vachettes, a aimé cet art, mais ce n’est que plus tard, vers 19 ans, qu’il a tué son premier toro bravo chez un autre maestro, Enrique Ponce. « C’est tout ce que je sais faire, et je me demande vraiment ce que j’aurais pu faire d’autre! » ajoute-t-il. 

Manzanares, le Beckham des toreros

« JE N’AI QU’UNE SEULE ENVIE, CELLE DE LAISSER MA TRACE DANS CE MONDE DE LA TAUROMACHIE »

L’Optimum : Torero célébrissime, vous êtes aussi sans doute le seul à être une star en dehors du monde de la corrida. A quoi l’attribuez-vous ?

José Maria Manzanares : C’est difficile à dire, mais c’est sans doute, paradoxalement, en raison de mon métier de torero. C’est un métier très exigeant. A l’extrême. On ne peut pas tricher. Chaque jour ou presque à l’entraînement, je me mets devant les taureaux. C’est vrai, je joue ma vie devant eux, et la moindre erreur ne pardonne pas. Je suis très exigeant envers moi-même et je dois rester en forme toute l’année. Grâce au ciel, je suis en excellente santé, j’ai un moral d’acier, une famille que j’adore et qui me rend heureux, et j’exerce le métier dont j’ai toujours rêvé. J’essaie de le faire à la perfection et que cela se sache. C’est sans doute tout ça. J’ai de la chance, j’ai eu très jeune une visibilité médiatique que j’ai cultivée, mais sans excès. J’aime bien le faire. Et ça les gens le ressentent. Si vous restez naturel, vous n’en avez que plus d’impact. Dans toutes mes activités, je suis torero, et j’espère, grâce à cela, faire connaître le monde de la tauromachie et le faire mieux accepter. Les taureaux, c’est ma vie de tous les jours.

Votre père avant vous a été l’un des plus grands toreros de tous les temps. Que vous a-t-il appris ?

J.M.M. : Mon père m’a surtout enseigné le sens de l’effort, l’importance de la parole donnée, la rectitude et l’honnêteté devant les taureaux et devant les hommes. Ce sont des valeurs familiales inestimables ! Son statut de torero a toujours été pour moi source d’inspiration. Essayer de faire comme lui, c’est un un peu mon fil conducteur. Non pas pour copier son toreo (sa façon de toréer, son style), ça, c’est impossible. Mais pour laisser une trace.

Manzanares, le Beckham des toreros

Las cinco de la tarde, cinq heures du soir, c’est l’heure de la corrida où vous jouez votre vie devant les taureaux, des dizaines de fois par an. Qu’est ce qui vous donne toujours le sourire?

J.M.M. : C’est une façon de vivre, d’être. J’ai cette chance de faire le métier dont j’ai rêvé et cela dans les meilleures conditions, entouré de ma famille, de mes amis de toujours qui sont d’Alicante, ma ville natale, et de professionnels de haut niveau. C’est exceptionnel et c’est 
un privilège dont je remercie le ciel tous les jours. Cela vient après beaucoup de sacrifices car la tauromachie n’est pas un art de tout repos. Ce que je souhaite, c’est transmettre de l’émotion. C’est vraiment mon vœu le plus cher et lorsque j’y arrive, alors oui, c’est une grande satisfaction.

D’une corrida à l’autre, vous circulez toujours avec votre cuadrilla (équipe) dans un van marqué à votre nom. Cherchez-vous plutôt à vous détendre avec une bande de copains ou êtes-vous le patron solitaire d’un team de collaborateurs ?


J.M.M. : Je vis avec ma cuadrilla du début du printemps à la fin de l’automne. Je passe donc avec eux plus de temps qu’avec ma femme et mes enfants. Bien sûr, je me suis entouré des meilleurs professionnels à qui je confie aussi ma vie dans les arènes. Mais ce n’est pas suffisant. Comme nous vivons les uns avec les autres
une bonne partie de l’année, sans compter les périodes d’entraînement, j’ai besoin d’avoir autour de moi des gens qui ont les mêmes valeurs morales et humaines que moi et avec qui j’ai envie de partager les bons et les moins bons moments. Il faut aussi qu’ils soient de bonnes personnes car c’est comme une famille que j’aurais choisie. Ce sont à la fois des pros, des gens biens et des copains. Et c’est mon équipe !

Gérez-vous personnellement vos contacts avec vos fans ?


J.M.M. : Les réseaux sociaux, cela peut être
la meilleure et la pire des choses. Je ne suis pas accro, mais j’aime bien de temps en temps. C’est toujours moi qui tweete, lorsque j’en ai envie, lorsque quelque chose me plaît, une musique, une image, une phrase. Je n’en abuse pas, mais c’est un moyen d’être en contact et de partager avec le plus grand nombre.

Je le fais lorsque j’en ai envie et c’est vraiment moi, je ne délègue ça à personne.

Les stars ont toujours une vie amoureuse fracassante. Vous, vous êtes plutôt discret. Cela ne fait pas partie de votre image ?

J.M.M. : Non, sur ce point, je suis très ferme. Ma vie de torero est publique et visible mais
 ma vie privée et celle de ma famille sont vraiment un autre univers que je protège. Ma femme et mes enfants doivent pouvoir vivre tranquilles. Une fois encore, j’ai une vraie famille unie que j’adore. Il peut y avoir à une occasion particulière une photo ici ou là, mais la frontière est clairement établie.

Vous aimez les montres précieuses. Est-ce parce que le temps vous fuit ?


J.M.M. : Non, j’ai un rapport au temps très simple. J’habite la campagne et je vis au rythme des saisons, des corridas et des taureaux. J’aimerais, mais c’est un rêve, ne toréer que lorsque j’en ai vraiment envie et que je me sens particulièrement bien disposé. Je ne maîtrise pas tout à fait le temps !  J’aime les montres presque pour des raisons familiales.
 Il se trouve que mon grand-père et mon père portaient depuis toujours des montres IWC.
 Et je suis resté fidèle à cette marque. Quand IWC m’a demandé de collaborer avec eux, cela a été pour moi tout naturel. C’est un grand plaisir et un privilège d’avoir été choisi. Je ne suis pas esclave des marques. Ce que je fais, je le fais par choix, parce que cela correspond à mon mode de vie.

Etre devenu l’icône de maisons aussi prestigieuses que Dolce & Gabbana
ou IWC – tel un pilote de Formule 1 – vous fait entrer dans la vie de millions de gens. En retirez-vous une satisfaction pour votre ego ?

J.M.M. : L’élégance pour un torero est 
une recherche permanente. L’élégance 
du style tauromachique, d’une part, l’élégance de l’attitude dans l’arène et envers les autres, et naturellement l’élégance vestimentaire.
 Tout cela me correspond parfaitement.
 Je suis très heureux de porter des vêtements
et des montres qui donneront à d’autres
 ce goût. Quand je voyage, je rencontre
 des gens qui ne connaissent rien aux toreros, mais qui en apprécient les valeurs. L’allure
 en fait partie. Et ce n’est pas une pure forme. Cela me vient de mon père et de mon grand-père pour lesquels le raffinement 
à tous points de vue était un mode de vie. Cela fait partie de ma personnalité.

Les taureaux sont des bêtes sauvages qu’il faut dominer avec fermeté, détermination et douceur. Quels sont vos goûts en matière d’autos ? Bêtes de course ou limousines ?

J.M.M. : J’ai assez à faire avec les taureaux... Bien sûr, les bolides me fascinent et la vitesse aussi, mais je n’ai pas de voiture de course. J’aimerais bien, mais cela ne correspond pas à mon mode de vie. Je n’ai pas 
beaucoup de temps et un coupé sport deux places ne me conviendrait pas. Sur le plan professionnel non plus. Je préfère les gros 4x4 très confortables qui permettent d’emmener partout personnes et matériel. Cela me facilite la vie et, franchement, pour les chemins
 du campo, c’est l’idéal.

Vous avez tout. Une carrière de torero
hors du commun, la jeunesse, l’élégance et la gloire. Que vous manque-t-il ?


J.M.M. : Vraiment, il ne me manque rien. J’ai tout et plus encore, et je suis parfaitement conscient de cette chance. Je fais cette carrière de torero par choix, avec un certain succès. Mais dans ma tête, je sais que mon père a marqué des générations et qu’il reste une référence. Je n’ai qu’une seule envie, celle de laisser une trace, ma trace, dans ce monde
 de la tauromachie, de rester dans les mémoires comme quelqu’un qui aura donné de l’émotion au public. Et je voudrais que l’on se souvienne de moi, des années après, comme l’un des défenseurs des valeurs de ma profession :
 le respect, la vérité, l’esprit de sacrifice, la volonté, la lutte sans répit pour ses rêves et, enfin, la fierté de ce que l’on fait. Et ne pas oublier dans mon métier que le taureau est 
le maître. Si je peux contribuer à mieux faire connaître la tauromachie et à ce qu’elle soit mieux comprise dans le monde, ma visibilité dans les médias n’aura pas été vaine.

Vous faites un métier hyper risqué où 
l’on prend sa retraite jeune, comme en F1 ou dans le foot. Après, que ferez-vous?

J.M.M. : Honnêtement, je ne sais pas encore quoi ni quand. Oui, il est difficile d’être torero et il ne faut pas craindre les inévitables blessures. Plus tard, je ferai certainement quelque chose qui me permette de passer plus de temps en famille, mais sans jamais renier les valeurs qui sont les miennes. 

LE BUSINESS DE LA TAUROMACHIE

Les corridas...

La crise a eu des effets importants sur le business de la tauromachie, à l’économie assez complexe...
Un festival « amical », c’est-à-dire sans cachets pour les toreros, coûte au bas mot 30000 € et une véritable corrida avec des figuras (des toreros d’importance) jusqu’à 500000 €. Nîmes a intégré depuis des décennies l’importance de la tauromachie et confie ses arènes à Simon Casas, ancien torero, dont l’entreprise Simon Casas Production gère, outre les arènes de Nîmes et de Mont-de-Marsan en France, celles de Valence, Saragosse et Alicante en Espagne. Un chiffre d’affaires de 4,8 millions d’euros pour un résultat net de 101300 €.
 A Nîmes, la corrida représente, selon une étude récente de la ville, entre 10 et 12 millions d’euros
 de recettes indirectes en 2014. Pour Madrid, ce sont 50 millions d’euros, Séville, 27 millions et Pampelune, 21 millions. 
En Espagne, les spectacles taurins directs représentent un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros et rapportent 41,4 millions d’euros de taxes, alors que le cinéma ne rapporte que 7,3 millions d’euros !

... les toros...

Les prix des toros varient de 12000 € pour un lot de six bêtes d’Antonio Bañuelos pour la novillada à 63000 € pour celui de Joselito pour une corrida. Les toros de Fuente Ymbro
 sont à 54000 € le lot, ceux de Dolores Aguirre et de Cebada Gago à 33000 €. Ces chiffres sont ceux de Bayonne l’an dernier. A Nîmes, les célèbres toros de Miura auraient été payés plus de 84000 € pour six bêtes. Pour l’éleveur, vendre un toro de 4 ans entre 4000 et 5000 € est rentable ; au dessous, c’est à perte. Et s’il ne vend pas, l’animal va à la boucherie. Il y a environ 50 élevages français pour 1377 élevages espagnols sur 400000 hectares, qui ont 200000 têtes de bétail dont 6 % seulement vont à la corrida.

... et les toreros

Le plus mythique des toreros actuels, José Tomas, qui torée le moins possible, demande plus de 300000 € par corrida. Les toreros débutants gagnent 4500 €, mais peuvent touchent beaucoup moins ou... rien du tout. Un jeune torero confirmé aura 15000 €
et José Maria Manzanares aux alentours de 120000 €, tout comme El Juli ou Morante de la Puebla ; pour la star Sébastien Castella, originaire de Béziers,
 le secret est bien gardé, tout comme pour le torero d’Arles, Juan Bautista ! Sur ces sommes, ils doivent payer leur cuadrilla (banderilleros, picadors, valet d’épée, chauffeur), leur transport ainsi que les habits de lumière, qui valent près de 5000 € pièce. S’ils toréent. Il y a moins de corridas dans les 60 villes de France et en Espagne, et les débutants ont du mal à trouver des engagements dans les « novilladas » tandis
 que les matadors confirmés se battent pour figurer dans les bonnes corridas, et les cachets
 de la majorité d’entre eux s’en ressentent. Comme le résume l’écrivain Jacques Durand, qui connaît parfaitement le sujet et cite le torero El Paña : « Avant,
 un torero toréait pour offrir une maison à son père, maintenant, 
il a du mal à s’offrir la sienne. » 

Publié dans Toreros

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Le dernier Calife de Cordoue

Publié le par Paul Bosc

Le 20 mai dernier à Madrid, dans les arènes archipleines de Las Ventas (Le journal El Pais précise : « lleno hasta la bandera en los pasillos de la plaza ») Manuel Benitez Peres « El Cordobès » a reçu l’hommage solennel des autorités madrilènes pour commémorer le cinquantième anniversaire de sa confirmation d’alternative.

 

Ce jour du 20 Mai 1964, celui qui n’était pas encore le Ve Calife de Cordoue allait recevoir la grave blessure qui allait émouvoir toute l’Espagne, trois jours après son prodigieux triomphe nîmois relaté plus bas. Comme le racontent Dominique Lapierre et Larry Collins dans « Ou tu porteras mon deuil», ouvrage consacré à ce torero atypique, cette corrida retransmise à la télévision avait été suivie par tous les Espagnols qui se pressaient devant les bars et vitrines de matériels radiophoniques ou simplement en écoutant la radio. Tard dans la nuit, la foule silencieuse massée devant la clinique où le torero avait été transporté attendait le pire et priait pour son salut.

 

Celui qui va mourir…

Le « Phénomène » ou « le beatnik » qui toréait dans des terrains classés jusqu’alors impossibles, qui sautait devant les toros dans ce fameux « salto de la rana » avait conquis Séville quelques semaines auparavant de ce jour pluvieux et surtout Nîmes le 17 mai 1964, ce fameux dimanche de Pentecôte que le journaliste Roland Massabuau a rappelé dans le « Midi-Libre » de samedi dernier (1). Avec son manager El Pipo, ils avaient inventé une campagne de publicité qui n’existait pas à l’époque, comme d’ajouter aux affiches des courses où il se présentait : « celui qui va mourir » ou de faire publier des photos du Cordouan emmené par les garde-civils. Ce 20 mai 1964, sous un ciel orageux, Pedro Martinez « El Pedres » lui avait cédé sa muleta et son épée ; le témoin était un torero de sa ville natale de Palma del Rio : Manuel Garcia. Le toro « Impulsivo » portant la devise de Benitez Cubero, pendant la faena, le prend en plein centre de la piste. Le Cordobès est emmené à l’infirmerie sans qu’il ait pu porter l’estocade. Cependant la présidence lui accorde une oreille. Un mythe était né.

 

Calife à la place du calife

En 1965, il toréa 111 corridas et… 31 au mois d’août. Et puis il y eut les arènes portatives avec des défilés de novillos avec Palomo Linares comme compère, les chasses avec le général Franco qui pourtant avait fait fusiller de nombreux compatriotes de Palma, ses exigences pour le choix des toros et autres scandales qui faisaient entendre à « El Cordobès » plus de broncas que d’ovations. Après la mort d’un espontaneo, Fernando Villarroel « El Chocolate » en 1981 à Albacete (2), le Cordobès pris de remords quitta le costume de lumière. Il revint dans le ruedo de Palavas en 2001 en mano a mano avec Sébastien Castella et à Nîmes, une denière fois pour la Pentecôte 2002 avec Paco Ojeda, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la feria. Les aficionados ont ensuite suivi son fils Julio en 2005.

En octobre 2002, Manuel Benitez « El Cordobès » devenait le 5e Calife de Cordoue après Lagartijo, Guerrita, Machaquito et Manolete. (NDLR : le titre califa del toreo, référence au Royaume maure de Cordoue), a été décerné à ces toreros d’exception originaires de la ville de Cordoue qui ont marque l’histoire de la tauromachie). El Cordobès est aujourd’hui âgé de 78 ans.

 

Sur les sites Internet consacrés au Cordobes, les lecteurs peuvent trouver d’autres anecdotes. En voici quelques-unes :

La corrida du 17 mai 1964 dans les arènes de Nîmes

Un des plus grands maestro de tous les temps a coupé à Nîmes et dans ses arènes estomaquées 4 oreilles, une queue et une patte. Avec pour spectateurs médusés, César Giron et Paco Camino (1 oreille). Les toros étaient de Don Felipe Bartolome, mais c’est un sobrero de Juan Pedro Domecq qui lui permit d’obtenir les trophées extrêmes (il avait coupé 2 oreilles à son premier) sous la présidence d’André Bazile. Pour celles et ceux qui étaient présents ce jour-là, ce fut une corrida unique en son genre, qui a marqué toute une génération d’aficionados. Comme l’écrit Jacques Durand dans Libération, « Il emporte avec lui à Madrid le cœur incendié des jeunes Nîmoises qui, le jeudi suivant, apprenant qu’un coup de corne lui a ouvert le ventre et qu’il peut en mourir, s’effondrent en larmes dans les couloirs du lycée Daudet, où une minute de silence sera observée ».

La Presse s’enflamme

« El Cordobès connaît le grand triomphe », titre le Provençal du lendemain, un journal sans mot assez fort pour qualifier l’événement. « Un enthousiasme indescriptible », titre le Méridional le 18 mai. «Corrida historique », pour un Midi Libre choc ! Le journaliste n’hésite pas à employer des mots rares, décrivant une émotion « qui vous secoue jusqu’au fond de vous-même ». Il poursuit la description d’un torero « dont la présence et la puissance de la personnalité » ont conquis les spectateurs chanceux.

Un phénomène mondial

El Cordobès a survolé les années 60 sur le plan tauromachique. Son courage, sa position par rapport aux toros, son poignet exceptionnel, son émotion dans les corps à corps constituent l’essentiel de son art. Par certains aspects, Sebastien Castella ressemble à ce style qui enthousiasme le public. Le style du Cordobès a fait débat car son toréo bousculait les codes classiques de la tauromachie de l’époque, avec notamment son célèbre saut de la grenouille. Après la mort de Manolete en 1947 dans les arènes de Madrid, il devient le matador pour lequel les spectateurs sont prêts à débourser des sommes folles. Il était question de 20 fois le prix du billet de corrida à Madrid sur le marché noir.

 

 

(1) Voir aussi l’article de Roland Massabuau – Midi Libre 17/05/2014 « Nîmes : Il y a 50 ans, El Cordobés mettait les arènes en folie »

(2) A lire sur Vingtpasses la tragédie d’Albacete en 1981

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"FRITERO", un picador, un aficionado

Publié le par vingtpasses

 

PORTRAIT ARCACHON

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La belle histoire de Marco LEAL

Publié le par Paul BOSC

M.LEAL.jpg

 

Quel âge avait-il ce petit garçon blondinet qui, pour l’anniversaire du Club taurin d’Arles, avait déjà conquis le public arlésien par son audace, ses qualités artistiques, sa technique tellement précoce ? Six ans, peut-être sept. Pas plus. Son idole c’était son père Frédéric et il le suivait dans tous ses entraînements. Il n’était pas très bavard le petit prodige mais il était attentif aux conseils de cette famille tellement  taurine. Son oncle Paquito a créé l’École taurine d’Arles en 1988 après une carrière de matador ;  ses autres oncles ont également fréquenté les ruedos comme banderilleros ou mozo de espada et le papa a également reçu l’alternative dans les arènes d’Arles et toréé jusqu’en 2003 avant de se reconvertir en banderillero.  Un jour, avec une grande émotion, le papa-matador lui a même dédié sa faena et le jeune Marco l’a ensuite accompagné dans son tour de piste.

Marco ne pouvait que suivre le chemin taurin de cette dynastie qui se poursuit avec aujourd’hui les promesses de réussite de Juan Leal. Il sera matador. Et ses capacités se révèlent au fil des ans. En 2005, alors âgé de tout juste 16 ans, il débute sa carrière de novillero dans le sud-ouest, l’année suivante il se présente dans les arènes d’Arles puis continue son apprentissage de novillero dans les arènes françaises et même à Madrid alors que Stéphane Fernandez Meca veille sur sa carrière. En 2010 c’est enfin le grand moment tant attendu : l’alternative qu’il reçoit de « El  Juli » et Sébastien Castella comme témoin. Puis, comme souvent, les succès sont moins nombreux et les directeurs d’arènes l’oublient. En 2012, il ne s’habillera de lumière qu’une seule fois, à Châteaurenard.  Mais le garçon ne renonce pourtant pas. Il choisira de partir seul au Pérou pour combattre des taureaux pas souvent très clairs, vicieux, âgés, dans un pays où les contrats se gagnent un après l’autre, dimanche après dimanche. Il en gagnera une douzaine.

De retour à Arles, son aventure et ses réussites ne passent pas inaperçues. Luc Jalabert le contacte pour une corrida à la feria de Pâques. Et pas une facile. Celle de Cebada Gago le dimanche 31 mars avec Luis Bolivar et David Mora et lui propose également Saint-Martin de Crau où il n’a jamais toréé. Ok pour le package. Cette fois, c’est encore du lourd, avec les Dolores Aguirre dans un cartel où  Sanchez Vara et Manuel Escribano sont également banderilleros. Mais, aguerri par son séjour en Amérique, le minot a choisi de toréer dans cette catégorie difficile. Comme papa, en son temps. Qui a décidé de l’aider de son mieux après que Marco se soit confié à lui pour s’engager dans cette voie. Avec ces deux contrats en début de saison, se sont deux opportunités que Marco Leal ne veut pas manquer. Lors de la présentation des cartels de Saint-Martin-de-Crau, Frédéric ne cachait pas son plaisir de voir Marco à l’affiche. Il sait que son fils ne manquera pas ces rendez-vous importants. Et comme le rappelait Robert Pilès : « A Saint-Martin de Crau, Javier Castaño, Raphaelillo, David Mora et d’autres se sont faits connaître et sont aujourd’hui en tête d’affiche ».

Le tout est d’y aller.

Publié dans Toreros

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