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14 articles avec regles de l'art

Manifeste sur la suerte de varas

Publié le par Antonio Purroy

Ce “manifeste”, dont il est superflu de présenter les personnalités espagnoles qui l’ont signé (*), s’adresse à tous les aficionados qui, comme nous, pensent que dans un trop grand nombre de corridas, et même dans les arènes les plus prestigieuses, il se commet, presque impunément, un abus dans la façon dont les toros sont piqués au mépris de toutes les règles. Ceci ôte une grande partie de sa signification à cette suerte, et nuit gravement à la suite du combat. Il est bon de rappeler ces règles et d’exiger leur respect pour que la tauromachie reste fidèle à elle-même et conserve son authenticité.

François Zumbiehl

 

 

LA PHASE DES PIQUES, UNE PHASE AUSSI NÉCESSAIRE QUE BELLE

(*) Publié sous les signatures d'Antonio Purroy, Santiago Martín “El Viti”, Antonio Miura, Venancio Blanco, Rafael Cabrera et François Zumbiehl.

(Voir aussi le texte original espagnol en fichier joint )

Manifeste sur la suerte de varas

Pourquoi la phase des piques est-elle défectueuse? C’est une question que se posent beaucoup d’aficionados. Et depuis quand en est-il ainsi? Il faudrait sans doute revenir à l’époque où le caparaçon n’existait pas, autrement dit antérieure à 1928, et en réalité à 1930, date à laquelle fut édicté pour la première fois un règlement taurin national. Et si, à cette époque, on piquait comme il faut, c’est parce qu’il n’y avait pas d’autre solution que de freiner avec la pique, - la “pique de rétention” -, comme on l’appelait jadis, l’élan du toro afin qu’il ne parvienne pas à atteindre le cheval  et à le blesser à mort avec la culbute du picador dans l’arène. C’est pourquoi, en ces temps passés, les picadors pouvaient acquérir une telle renommée qu’ils en arrivaient à éclipser les matador eux-mêmes.

La suerte des piques est absolument nécessaire dans une corrida, et encore plus au cours des tientas dans le campo - que cette épreuve concerne les femelles ou les mâles -, quand il s’agit de sélectionner les futurs progéniteurs de l’élevage.  

Bien qu’il paraisse superfétatoire à ce niveau d’expliquer ce qu’est la suerte des piques et à quoi elle sert, il n’est pas inutile de le rappeler.

Piquer dans le morrillo

La phase des piques sert à mesurer la bravoure de l’animal et à vérifier s’il  intensifie sa charge ou non sous le châtiment. Il doit s’élancer au moins deux fois au cheval car, la première fois, il ignore ce qu’il va trouver. Le cheval et le caparaçon doivent être légers. On doit appliquer un châtiment de façon mesurée, et en plusieurs fois. Le règlement national espagol de 1996 stipule que le picador réalisera la suerte en obligeant la bête à venir droit – et sur sa droite – sans vriller, lui fermer la sortie, tourner autour d’elle, sans insister et sans prolonger un châtiment appliqué de façon incorrecte.  Le picador doit pointer la pique afin qu’elle tombe sur le morrillo – sur la partie arrière de cette bosse musculaire – et non pas sur la croix, et encore moins en arrière et à la chute de l’épaule, car la proximité de la peau par rapport à la colonne vertébrale peut produire une lésion musculaire importante et affecter les nerfs de cette zone. Il s’agit de freiner avec la hampe l’élan de l’animal, et non pas de léser avec le fer  les muscles de l’épaule et les terminaisons nerveuses de la colonne vertébrale. Au contraire, on cherche à cadrer et à mettre en condition la charge du toro, à faire en sorte que son cou soit moins mobile, à réduire les coups de tête à droite et à gauche,  à diminuer la force de l’animal pour rendre posible la faena de de muleta, et à le décongestionner en le faisant saigner de façon raisonnable, pas plus de 2 ou 3 litres sur un total de 40 à 50 litres, quantité de sang que possède un toro de 500 à 600 kilos de poids.

Mais combien de picadors sont capables d’exécuter cette suerte correctement ?  Combien veulent le faire ? Et, chose plus préoccupante encore, combien de toros actuels sont en mesure de la supporter, compte tenu de leur manque de bravoure et de force ?

Piquer dans le morrillo, et non dans la croix ou, pire encore, plus en arrière et sur le côté, n’est pas un caprice.  C’est une nécessité pour ne pas dire une obligation. Le morrillo – que les anciens appelaient cerviguillo – est un caractère sexuel secondaire propre aux mâles bovins non castrés, où s’accumule une importante masse musculaire  (muscles trapézoïdes et rhomboïdes cervicaux, principalement ) et plusieurs centimètres de graisse subcutanée.

Règlements taurins

Dans un des premiers règlements taurins, celui élaboré par Melchor Ordoñez pour Madrid (1852), on disait qu’il fallait piquer “à l’endroit que l’art exige” (Art.18). Plus tard, dans le règlement de Ruiz Gimenez (1917), promulgué pour les arènes de première catégorie (Madrid, Barcelone, Bilbao, Saint-Sébastien, Séville, Valence, Saragosse) on indique qu’il faut piquer “à l’endroit que l’art exige, c’est-à-dire dans le . morrillo (Art.52).

Notons qu’à cette époque on piquait encore sans caparaçon. Une fois édictés les règlements nationaux (1930, 1962 et 1996), on ne précise pas sur quelle partie de l’anatomie de l’animal doit être appliquée la pique, et il en est de même dans les règlements des autonomies de Navarre (1962), du Pays Basque (1996), de l’Aragon (2004) et de Castille et León  (2008);  ce n’est que dans celui de l’Andalousie (2006) qu’on dit qu’il faut piquer, de préférence, dans le morrillo (Art.54.4). Curieusement, le règlement français précise que “le picador devra piquer dans le haut du morrillo” (Art.73.4).

Comme on l’a dit plus haut, il ne faut jamais piquer dans la croix, et le comble est que certains affirment que c’est là qu’il faut piquer. C’est une grave erreur. Chez les bovins la jonction des extrémités ou pattes antérieures avec le tronc – qu’on appelle syssarcose –s’effectue par le biais des scapulas et de différents muscles et cartilages, et non  par le biais des clavicules comme chez les humains.  Cela rend cette zone fragile et très vulnérable aux effets de la pique, car celle-ci atteint des zones musculaires, vasculaires et nerveuses, vu qu’à cet endroit il n’y a plus le morrillo. Mais il est pire encore de piquer plus en arrière, là où la distance entre la peau et les apophyses épineuses des vertèbres dorsales est très faible –  seulement quelques centimètres -, et où, en conséquence, la colonne vertébrale est directement affectée.  L’action de la pique fait que ces apophyses peuvent se rompre et surtout que peuvent être lésées les connexions nerveuses  qui  aboutissent à la colonne ou en partent. Et ce qui est absolument intolerable, outre le fait de piquer en arrière, c’est de le faire sur le côté, car alors on peut léser les apophyses transverses, des ramifications neuronales et des insertions musculaires, de même que les muscles de l’épaule –  le muscle longissimus y multífidus dorsalis, entre autres-, sans compter la posible perforation  des poumons. Dans ce cas le dommage est considérable et il n’est pas étonnant que des toros sortent de la suerte des piques en chancelant et en roulant sur le sable. En outre, quand on pique en arrière,  on obtient l’effet inverse à l’un des objectifs fondamentaux de la pique : dans les phases suivantes le toro tend à lever sa tête au lieu de la baisser. Il faut que les toreros le sachent.

La plus grande lésion subie par le toro actuel est due au fait qu’on le pique dans la croix, ou plus en arrière et sur le côté. Cela fait longtemps que les picadors savent où cela fait vraiment mal!  Et elle est admirable la résistance de nombreux toros qui, après avoir enduré une phase de piques criminelle, sont encore capables d’offrir 70 ou 80 passes de muleta au dernier tiers! Fort malheureusement, on continue d’estropier bon nombre de toros au cours de cette phase. 

La sensibilité des spectateurs

Les détracteurs de la phase des piques prétendent que la sensibilité actuelle la rejette. Et le plus grave est que de nombreux  “taurins” et certains éleveurs, qui se croient influents, soutiennent ce jugement. Lorsque la suerte se fait correctement, avec  des chevaux légers  et “toreros” (les règlements actuels interdisent qu’on utilise des chevaux appartenant à des races de trait – ART.60 du règlement national de 1996 – mais  ne faudrait-il pas alors écarter les croisements de ces races avec le cheval espagnol ou lusitanien, par exemple ?), en piquant en avant et en mesurant le châtiment, face à un toro de caste  et avec de la force, les gens apprécient le spectacle, se lèvent de leur siège, font une grande ovation, et obligent le picador à faire un tour d’honneur, accompagné généralement par les autres subalternes qui, juste après, sous l’emprise du moment, réalisent un grand tercio de banderilles. Certes, ceci  exige de la part du matador de la générosité afin que puissent briller le toro et sa cuadrilla, fût-ce au prix de quelques passes de moins pour sa faena de muleta.

Il est vrai qu’il faudra éduquer le public qui vient aux arènes et lui faire voir que la suerte des piques est  une des étapes les plus importantes de la lidia, et même de la tauromachie, qu’elle est aussi  nécessaire que belle quand on l’exécute comme il faut. Ce qu’il faut bannir fermement est la monopique, qui est à l’opposé de l’essence de cette suerte, ainsi que la carioca, inventée à l’époque pour empêcher la sortie des toros mansos qui fuient.  Il n’est pas non plus nécessaire de diminuer le “châtiment” de la pique actuelle si on pratique correctement la suerte. Ce qu’il conviendrait de faire, en revanche, c’est d’ôter de la longueur à la jupe du caparaçon, comme on le stipule dans les règlement des autonomies de Navarre et d’Aragon, où il est dit que celle-ci ne doit pas se terminer à une hauteur inférieure à 65 cm du sol (Articles 62 et 50.2). De cette façon les toros qui baissent la tête, et  qui ont de la force,  ont la possibilité de soulever de terre le cheval et de sentir qu’ils peuvent vaincre l’ennemi. Dans les règlements d’Andalousie et de Castille et León, il est dit que la jupette antérieure du caparaçon ne sera pas à moins de 30 cm du sol, hauteur nettement insuffisante.

En France, par exemple, on a obtenu que les choses se passent bien en vingt ou trente ans, particulièrement dans une demi-douzaine d’arènes importantes.  Le public français n’est pas moins sensible que l’espagnol.  Les spectateurs comprennent que la phase des piques est nécessaire, mais ils exigent en même temps qu’elle se déroule bien; ils protestent contre ce qui est mal fait et, bien entendu, ils ne permettent pas que le picador rectifie un coup de pique maladroit. Rien de plus beau qu’une arène enthousiasmée à la vue d’un toro qui s’élance vers le cheval, d’un extrême à l’autre de la piste, et ceci pour une troisième ou quatrième pique, même si on doit piquer avec le bois d’une hampe retournée (regatón). A ce moment le public ne voit ni le sang ni l’éventuelle souffrance du toro, en particulier si le toro est brave, s’il a de la prestance (trapío) et de la force. Mais là est le hic.

Toro noble et soso, sans force

Les ganaderos, sous la pression de “taurins” influents, ont été conduits au cours du dernier siècle et, en particulier, au cours des dernières décennies de celui-ci, à sélectionner un toro plus noble que brave, avec, en conséquence,  une perte de sauvagerie et de force, autrement dit un toro bonasse et previsible, qui n’offre pas d’émotion à la corrida.   

L’art sans émotion dans le toreo n’est pas de l’art (“l’esthétique nous étouffe”, disait Unamuno). Quand le public se rend aux arènes, il y recherche de l’émotion et de l’authenticité, faute de quoi il aura du mal à revenir. Et quand ce public, qui n’a pas besoin d’être aficionado éclairé, constate par ses propres yeux que l’affrontement entre le cheval et le toro est équilibré que le toro possède “de la caste, de la puissance et des pieds ”  - l’expression est de Ortega y Gasset -,  qu’il charge de belle manière dès la première pique, qu’il ne se décourage pas parce qu’il devine qu’il peut vaincre son ennemi, qu’il semble même prendre du plaisir au combat, ce toro ne lui fait pas pitié. Si, en outre, on exécute bien la suerte, dans le public cela peut être le délire…Mais tout cela exige de la compétence, du courage et de la générosité de la part de tous les acteurs dans l’arène.

Il en est tout autrement lorsque l’adversaire auquel est confronté le picador est un toro suspect d’avoir été manipulé, sans élan combatif, avec peu de force, incapable d’accourir deux ou trois fois au cheval. Alors, outre le fait que la suerte ne peut pas se pratiquer correctement, les spectateurs s’appitoient sur lui. Il est absolument indispensable d’en revenir à un toro brave qui soit capable d’affronter avec succès cette phase,  il est non moins indispensable de piquer  avec des chevaux légers et très mobiles et de faire les choses correctement. Lorsque ces conditions seront réunies, la phase des piques occupera à nouveau le premier plan qu’elle n’aurait jamais dû perdre, et sera un élément fondamental pour la défense de la corrida et, avec elle, de la tauromachie.

Il s’agit en dféfinitive de faire en sorte que les spectateurs respectent et admirent à nouveau les picadors, pour la raison qu’ils réalisent comme il convient la suerte, en appelant de loin le toro, en pointant la pique, en piquant devant et en haut, sans vriller, en mesurant le châtiment au cours de plusieurs rencontres, et sans fermer la sortie. Est-ce si difficile de piquer ainsi?

Antonio Purroy

Santiago Martín “El Viti”

Antonio Miura

Venancio Blanco

Rafael Cabrera

François Zumbiehl

Publié dans Règles de l'art

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El Juli récompensé pour son julipié

Publié le par Charles CREPIN

La Diputación Provincial de Zaragoza a décerné au torero El Juli le 33ème trophée de la meilleure estocade » pour son 2ème taureau dimanche dernier 12 octobre !!!

L’excellent site taurin Pureza y emoción s’interroge sur les critères de décision que se sont attribués les membres du jury de ce trophée pour récompenser une estocade aussi « avantageuse" …

Julipié au quinto - Photos Pureza y emoción

Julipié au quinto - Photos Pureza y emoción

Je m’interroge aussi. J’ai vu cette corrida et l’estocade qui fait tomber le trophée dans l’escarcelle du tricheur, d'autant plus qu'elle était trasera et desprendida... Je n’ai pas manqué pour autant celle qu’il a exécutée devant le 2ème de la tarde (voir photos ci- dessous). Sans surprise, c’est un julipié aussi frauduleux que celui du 5ème.

Julipié au 2ème - Photo C.CREPIN
Julipié au 2ème - Photo C.CREPIN
Julipié au 2ème - Photo C.CREPIN

Julipié au 2ème - Photo C.CREPIN

Avec l’habitude, la question n’est plus de savoir pourquoi cette séquence bien réglée se répète, puisqu’elle a été modélisée par son auteur avec un style propre dont il pourrait déposer la marque. Mais plutôt de comprendre pourquoi le jury aragonais, et aussi tant de présidents de course, suivis par un public béat d’admiration, ne voient pas ou refusent de voir dans cette facétieuse media vuelta une dérive supplémentaire du toreo moderne où la sincérité, l’honnêteté et le courage naturellement indissociables de la suerte suprême sont ici totalement absents. Complicité, décadence.

http://purezayemocion.com/Opinion/582/zaragoza-premia-juli-estocada-ventajista

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Naturelle...

Publié le par vingtpasses

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Publié dans Règles de l'art

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1er tercio (1) : la vacance du pouvoir

Publié le par Charles CREPIN

 

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Sur le site web de la Fédération des Sociétés Taurines de France (FSTF), on peut lire le 27 juillet 2013 un article saillant sous l’excellente plume de Jean-Jacques Domps. A nouveau en question, la grande incertitude qui règne en matière d’utilisation de la pique en France, les dérives dans lesquelles semblent se complaire nombre de piqueros et l’absence de décision de l’autorité compétente dont l’auteur évoque l'aboulie. Encore que pour être d’accord sur le terme employé, il faudrait savoir si en l'occurrence on ne peut pas décider, ou si on ne veut pas décider…

 

Lire l’article sur le site de la FSTF : "quand Ceret subit la fronde des picadors"

 

Publié dans Règles de l'art

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Mandar, ou l'art de la guerre

Publié le par Charles CREPIN

 

Mandar signifie commander, imposer. Pour le torero, c'est obliger le toro à suivre la trajectoire qu'il a décidé de lui faire prendre, au rythme qu'il a choisi, en enlevant à l'animal toute possibilité d'initiative ou de latitude, traduisant ainsi sa maîtrise et sa domination. Ce commandement sans concession s'inscrit dans les trois temps de la passe : citar, mandar, rematar, que certains préfèrent adoucir en imaginant le torero parlant familièrement à l’animal :

¡ Buenos días ! (Bonjour !) en avançant la muleta, 

¿Que tal está usted, adonde va usted ? (Comment allez-vous, où allez-vous ?) en conduisant le toro de l'avant vers l'arrière,

¡ hasta luego ! (Au revoir !) en lui donnant la sortie.

 

c__ACT4033.jpgFernando Robleño devant Calerito d'Escolar Gil - Ceret 07/2012


Dans ces trois temps de la passe tient la stratégie du toreo, les stratégies devrait-on dire, tant les variantes sont nombreuses car tenant aussi bien à la nature, la force et la bravoure du toro, qu'au style propre du torero. Les inconditionnels du toreo classique estiment que la règle absolue de la domination tient dans la longueur des muletazos. Autrement dit : plus la passe est prolongée, plus le torero pèse sur la charge du taureau, et davantage il impose sa domination au toro. Ainsi, selon ce principe, doit-il avancer le plus loin possible la muleta vers le toro - enganchar adelante -, fixer le regard de ce dernier sur le leurre - lui « prendre la tête » allonger le temps de la réunion en ralentissant la vitesse de la charge - baisser la main -, en la conduisant loin derrière, vers l'intérieur - para dentro - et vers le bas, pour lier la passe suivante - ligar -. Ce toreo, idéal pour le toro puissant qui embiste, procure des passes d'une grande beauté plastique, profondes, suaves, qui transmettent l'émotion sur les gradins et font monter les Olé lorsqu’elles sont bien liées. La faena apparait ici dans sa quintessence, véritable prélude à la mise à mort, ce pourquoi elle est faite. Mais cette domination s'avère éprouvante pour l'animal, qui ne pourra parfois supporter autant de passes que le public l'exige en cette époque moderne, et où, de surcroît, la faiblesse est l'une des caractéristiques de nombreux élevages.

 

Des passes, des passes...

Tenant compte de cette situation, le torero qui souhaite donner quelques dizaines de passes supplémentaires pour toréer le public adopte couramment aujourd'hui un toreo moins contraignant pour l'animal, surtout si, derrière le potentiel de bravoure et de noblesse de ce dernier, il a constaté des signes de faiblesse. Dès lors, il va défaire le toreo dont on vient de parler, construisant une faena aux développements fort différents, où peser sur la charge n'est pas l'objectif : cite de près, muleta en retrait, parcours de la passe sensiblement réduit, avec allongement de la sortie en ligne droite et vers le haut.


001.JPGDaaniel Luque - Nîmes 05/2010 - Photo Vingtpasses

Autrement dit, on ne prend plus le temps de dire bonjour, ni comment allez-vous, et on s'attarde en revanche sur le palier pour dire au revoir, une fois la corne passée... (voir à ce sujet le cas El Juli sur Vingtpasses "un muletazo pour la postérité").

 Cette stratégie présente certains avantages : elle préserve une certaine esthétique du combat et un important potentiel de passes en économisant les forces de la bête. Suite logique de l'objectif recherché, elle rend possibles des triomphes que l'aficionado averti aurait sans doute souhaité plus modestes. Elle permet enfin à des toreros de talent de sauver des faenas vouées à la médiocrité devant des toros qui n'auraient pas logiquement tenu la distance (faenas d'infirmier). Les inconvénients de ce toreo allégé sont en revanche évidents : les passes manquent de profondeur et transmettent moins, le torero est moins engagé, moins croisé, il pèse peu ou pas du tout sur la charge, et sa domination sur la bête est en conséquence imparfaite, laissant à celle-ci la possibilité de réactions aléatoires. Mais surtout, il y a davantage d'oreilles, et plus du tout d'émotion... 

 


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Templar, le temps suspend son vol

Publié le par Charles CREPIN

 Le temple (1) est l'expression gestuelle d'un processus technique et artistique complexe dans lequel l'intuition du torero est décisive. Bien exécuté, le temple est la quintessence d’une véronique sublime ou d'un muletazo parfait dont il ne peut être dissocié. Il prend aussi toute sa part dans la maîtrise de la passe et la domination du torero sur son adversaire.

 

CCR_3346.jpg Temple et domination palpables dès l'entame de cette verónica de Pepe Luis Vásquez... sur un nuage.

 

Templar consiste à régler le mouvement du capote ou de la muleta sur la vitesse de la charge du taureau. Le leurre donne la distance, suffisamment proche du mufle pour faire croire au taureau qu'il peut l'atteindre. Mais pas trop près, pour ne pas lui permettre d'accrocher sa cible et la frapper en désarmant le torero. Ni trop loin non plus, pour ne pas lui faire découvrir qu'il ne peut l'atteindre au risque de détourner son attention vers le torero. Avec une constante pour ce dernier : allonger les passes au maximum, pour notre plus grand plaisir.


Une question de tempo

On peut sans doute dire qu'une passe est templée lorsque la distance entre le leurre et les cornes du taureau reste constante tout au long des trois temps : le cite, la réunion, et le remate. Mais la distance n'est pas tout, la représentation de ce mouvement singulier est plus complexe. Une fois la synchronisation amorcée, le torero va tenter de renverser le rapport de l'initiative afin d'imposer à la bête d'adoucir et de ralentir sa charge pour la régler sur la cadence du leurre. Derrière le relâchement du torero et le glissement léger de l'étoffe, le changement de tempo perçu depuis les gradins crée une intense émotion, et le sentiment que le temps a suspendu son vol.  


Un exercice délicat

Le temple est un exercice difficile. Son exécution devant un toro puissant qui embiste violemment à mi-hauteur est très aléatoire et peut relever de la simple utopie pour beaucoup de toreros. Les figuras doivent sans doute pour une bonne part leur régularité dans les triomphes et leur suprématie dans l'escalafon à leur capacité à templer devant leurs adversaires... adversaires dont beaucoup ont été choisis dans ce but, comme vous savez. En leur temps, Rafael El Gallo, Pepe Luis Vásquez ou plus près de nous, Curro Romero, Rafael de Paula et aujourd’hui Morante, toreros artistes plus irréguliers et capricieux, sont quelquefois parvenus à hisser leur temple au sommet de l'art tauromachique, de la beauté et du surnaturel. Robert Bérard (2)  rapporte que Juan Belmonte confessa avoir pleuré devant la beauté de certaines passes d'El Gallo. J’imagine qu'elles étaient templées...

 


(1)    Cette série d’articles propose  une synthèse sur quelques fondamentaux de la tauromachie, Parar, Cargar la suerte, Templar, Mandar... Elle n'a pas bien sûr vocation à se substituer au contenu d'un manuel pratique, encore moins d’aborder un cours de toreo appliqué. Plus  modestement, et ceci depuis la création de ce blog, l'idée est de divertir les lecteurs aficionados et les amis de Vingtpasses. Mais sans oublier la pédagogie en direction de ceux d'entre nous qui désirent trouver dans ces lignes l’occasion d'analyser de plus près certaines séquences de la corrida de façon simple, divertissante et synthétique.

(2) La Tauromachie - Histoire et Dictionnaire – Éditions Robert Laffont 2003

 

A suivre demain : Mandar

 


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Si on chargeait la suerte ?

Publié le par Charles CREPIN

 

En el toreo, todo lo que no sea cargar la suerte, no es torear sino destorear"  (Domingo Ortega).


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Le "destorear" pour les nuls...

 

Suite au précédent article consacré aux fondamentaux de la tauromachie, voyons de plus près ce véritable fondement de la corrida moderne qu'est "cargar la suerte". Ce sujet déjà abordé par Vingtpasses a été fréquemment analysé dans une littérature tauromachique abondante à laquelle quelques blogs (essentiellement espagnols), proposent des contributions significatives et des forums de discussions animés, montrant que ce thème majeur suscite toujours autant d'intérêt (et de passions). Sauf qu'il n'est pas toujours facile pour l'aficionado de trouver dans cette littérature une synthèse exhaustive du cargar la suerte qui prenne en compte toutes les pièces du puzzle utiles à la compréhension de cette construction complexe et sans doute inachevée. Construction de laquelle il souhaiterait avoir une perception aussi claire et complète que possible, afin de la mettre au service de ses observations personnelles, dès la prochaine corrida !  A Céret ce week-end, par exemple ?

Cargar la suerte ?

Au sens littéral, l'expression cargar la suerte n'est pas facile à comprendre : presque toutes les séquences, figures ou mouvements de la corrida sont désignés par le terme suerte. Et donc, charger la suerte, bien que traduit ainsi et couramment utilisé de ce côté des Pyrénées ne veut pas dire grand-chose non plus. Après avoir exploré la question, certains manuels sont d'accord pour une définition proche de Peser sur la charge, plus pertinente sans doute, et qui a l'avantage d'en approcher de plus près le sens et la finalité.


natural-copie-1.jpg

Dans cette naturelle engagée, regardez bien la position de la jambe d’appui du torero par rapport à l’antérieur gauche du taureau…

 

Cargar la suerte, comment ?

« Cargar la suerte", c'est l'action de toréer le corps de profil, allongeant les bras et gardant les pieds dans une parfaite immobilité pour citer le toro et lui donner la passe de côté » (Pepe-Hillo - Tauromaquia 1796). Dans ce schéma, vous remarquez qu’il était exclu que le torero pénètre dans la ligne de charge naturelle du toro…

Quelques décennies plus tard, Paquiro écrit son traité (tauromaquia completa 1836), et une nouvelle règle : le torero doit se placer sur la trajectoire du toro (donc en face des cornes), et faire dévier sa charge. Cette nouvelle stratégie est certes différente, mais comme dans le cas de figure précédent, cargar la suerte consiste à peser sur la charge du toro en le rejetant vers l'extérieur, un point c'est tout.

Le fondement du toreo moderne commence à prendre corps avec Belmonte dans les années 1910, charger la suerte consistant là encore à dévier la charge du toro vers l'extérieur, mais de façon plus mesurée, et selon une courbe, en dessinant un point d'interrogation qui ramène la bête vers l'intérieur à la fin de la passe. Cette nouvelle règle, en modifiant radicalement le cargar la suerte, a révolutionné les fondamentaux du toreo, mettant davantage en jeu les problèmes de terrains et donnant au torero un plus grand pouvoir d'expression. Les choses n'en sont pas bien sûr restées là, le toreo ayant par la suite été profondément influencé par les « modernes » dont le plus célèbre fut MANOLETE, puis quelques autres, plus proches de nous, qui ouvriront la voie au toreo de profil.

 Aujourd'hui, la mise en œuvre du cargar la suerte est loin d'être homogène, que ce soit pour des principes d'ordre stratégique, esthétique, ou tenant simplement à la volonté ou la capacité de chaque torero de se mettre devant les cornes de tel ou tel taureau. José Mari MANZANARES (père), estime que « c'est la position du torero, lorsqu'il est croisé, entre les cornes, (jambe avancée ou non) qui l'oblige à prolonger la passe, et que c'est cela qui signifie cargar la suerte »(1). A l'inverse, certains prétendent que la règle absolue du cargar la suerte consiste à avancer la jambe de sortie, puis de faire porter sur elle le poids du corps dans un mouvement de bascule en avant, afin de peser davantage sur la charge du toro et gagner ainsi du terrain, mais aggravant de ce fait le risque d'accrochage.


2013-05-01-558CCR 1954 086Naturelle de Sanchez Vara devant un Dolores Aguirre (St Martin de crau 2013)

 

Avancer la jambe ou non est un sujet qui fâche

Certains affirment que cette action, particulièrement si elle est effectuée dès le cite du toro, doit être dissociée du cargar la suerte, la qualifiant de recours supplémentaire pour écarter davantage le toro et se donner ainsi un avantage... La vraie question n'est-elle pas précisément : à quel moment doit-on avancer la jambe ? Au toque pendant le cite, ou dans le deuxième temps de la passe, comme on va le voir plus loin ? D'un autre côté, certains toreros placés les pieds joints, de face ou de profil sur la trajectoire des cornes, savent dévier la charge du toro en aguantant et en liant les passes, transmettant de l'émotion et parfois de l'angoisse au public. Le toreo « authentique » de Belmonte possède de vigilants défenseurs. Toujours attentifs à préserver, encore aujourd'hui, son héritage, ces gardiens du temple n'ont jamais reconnu la légitimité le toreo de profil ou à « pieds joints » de MANOLETE, si grandes qu'aient été sa renommée et son influence dont le toreo moderne s'est considérablement enrichi.

 

Cargar la suerte, pourquoi ?

Bien qu'à leurs époques respectives, les tactiques prescrites par Pepe-Hillo et Paquiro, aient été radicalement différentes, cargar la suerte répondait essentiellement, on l'a vu dans les deux cas, au souci constant du torero d'écarter le toro de sa trajectoire initiale en le rejetant vers l'extérieur afin de se mettre hors de portée des cornes. Revers de la médaille : avec de telles stratégies, on toréait sur la défensive, on ne gagnait que peu (ou pas du tout) de terrain sur la bête, et cette dernière était en conséquence difficilement dominée ou réduite. Avec Belmonte et ses disciples, le cargar la suerte, plus fin et complexe, présente de multiples avantages, traduits par un jeu plus subtil dans le positionnement de l'homme et du toro sur leurs terrains respectifs, et un meilleur lié dans les passes, plus propice à l'expression d'une esthétique jamais atteinte à ce niveau auparavant, et à la transmission d'une plus grande émotion.


Joaquín VIDAL avait sur la question un avis pour le moins tranché, brillamment exprimé  dans "El toreo es grandeza" (2). J’ai modestement essayé de traduire un paragraphe se rapportant au sujet qui nous intéresse, et j'implore votre indulgence si d'aventure, ma passion pour ce texte m'a fait commettre quelques imprécisions. Votre attention s’il vous plait, ce qui suit est fon-da-men-tal !  Et le fait qu'une empresa bien connue ait violamment décrié ce grand chroniqueur (pour des raisons qu'on imagine) n'enlève rien à la pertinence de son propos, bien au contraire :

« L'action de cargar la suerte doit être exécutée une fois la passe engagée. La séquence se décompose ainsi : le torero se place face au toro. Littéralement face au toro. Pas en arrière, pas en bordure de la trajectoire, fuera de cacho comme on dit dans le jargon. Il se placera de face, ou au moins de trois quarts, jamais de profil.(...). Bien ! Au cite, le toro se fixe sur le leurre. Au mouvement de l'étoffe, dont un simple frémissement suffit pour provoquer le toro, la caste de ce dernier lui fait bouillir le sang et déclenche la charge (...) Quand le toro croit le leurre à sa portée, il humilie  pour armer sa frappe et détruire sa cible, mais il ne peut l'atteindre car le maestro tire le leurre au rythme de la charge. A l'instant précis de la juridiction (réunion), le torero, gardant immobile sa jambe d'entrée, avance doucement l'autre jambe, et cela s'appelle cargar la suerte. Qu'est-ce qui en résulte ? Et bien, le torero a gagné du terrain, en accentuant certes le risque d'accrochage. Mais, la position de la muleta ayant changé, le toro à son tour, en suivant sa cible pour l'intercepter, a également modifié son parcours. A partir de là, sa course emprunte une courbe, jusqu'au terme de la passe qui ira au-delà de la ceinture du torero. Celui-ci a accompagné la charge de telle manière qu'il se trouvera en place pour la passe suivante sans être obligé de rectifier sa position, sa position qui redevient celle du départ, sauf que dès lors, les passes se succèdent avec presque toujours une solution de continuité, ce qui s'appelle ligar. Et le torero va continuer de charger la suerte à chacune d'elles, gagnant à chaque fois du terrain sur le toro tout au long de la série, l'obligeant constamment à suivre une ligne de charge d'abord droite, et courbe ensuite, à la manière d'un point d'interrogation. Et l'animal, malgré sa caste, finira par se soumettre à sa domination ».

Verrons-nous ces principes appliqués par les toreros le week-end prochain ?

 

A suivre lundi : templar

 

(1)  A. Viard - Comprendre la corrida - - Éditions atlantica

 (2)  Joaquín Vidal  (1935-2002) « El Toreo es Grandeza » Editions turner 1987 


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Les fondamentaux s'il vous plait !

Publié le par Charles CREPIN

" ... novillos encima de la terna, déroute des cuadrillas, et le souhait que je formulerai serait la nécessité pour les écoles taurines de transmettre aux apprentis toreros LES FONDAMENTAUX DE LA TAUROMACHIE (je pense entre autres à cargar la suerte et à faire preuve de mando afin de conduire la charge du toro et non toréer sur le passage, ce qui a été le cas tout au long de la tarde)".

Un constat lucide dressé par Éric Pujante dans son excellent compte-rendu de la novillada de Palha dimanche dernier 7 juillet à Vauvert  (A lire sur le site de la FSTF). Son souhait en direction des écoles taurines sur la transmission des fondamentaux se fait l'écho de celui de beaucoup d'aficionados dépités, sujet de nombreuses tertulias...

Parar et cargar la suerte, mandar, templar ... et quelques autres fondamentaux qu'il n'est pas inutile de développer pour certains d'entre-nous, et que Vingtpasses a compilé dans la rubrique RÈGLES DE L'ART depuis plusieurs années.

Je vous propose donc de remettre ces quelques articles au dessus de la pile en guise de feuilleton de vacances. Et pour commencer : Parar  

 

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Photo Vingtpasses

Parar est le premier des trois principes de base de la lidia (parar, templar, mandar).

Le tome 1 du « COSSIO » (1943), nous propose une définition, toujours d'actualité, que l'on peut traduire ainsi : « action du torero pendant l'exécution des passes, de ne pas bouger les pieds, comme le réflexe naturel l'y pousserait ». André Viard n'est pas le seul à rappeler l'expression « quedarse quieto », qu'il n'est pas nécessaire de traduire (Comprendre la Corrida - Éditions atlantica).

Rappel de 2 principes essentiels :
• le toro dirige sa charge vers l'objet quelconque le plus proche de lui, 
• le toro charge de préférence un objet en mouvement, et son instinct du combat lui permet d'anticiper la trajectoire de sa cible pour l'intercepter et l'attraper plus facilement.

Le torero va donc tirer parti de ces deux caractéristiques tenant à la nature même du taureau de combat : 
• d'abord il reste parfaitement immobile et présente un leurre entre lui et le toro. Il « cite » ce dernier en faisant vibrer la cape ou en donnant « le toque » à la muleta (bref coup de poignet), souvent accompagné de la voix, afin de déclencher la charge. Ainsi, il exploite le premier penchant naturel du toro.

• Ensuite, en déplaçant le leurre dans la direction où il souhaite dévier la charge, il suggère au toro la trajectoire à suivre, utilisant ainsi l'instinct « prédictif » de l'animal. Cette manière de peser sur la charge du toro est désignée par l'expression « cargar la suerte ».

A noter : lorsque le toro ralentit au milieu de la passe et serre de près, mettant le torero en danger, le défi, pour ce dernier, est de rester immobile (de ne pas bouger les pieds !), provocant une émotion palpable sur les gradins . Quand c'est ce cas, on désigne l'attitude courageuse du torero par le mot « aguante ».

A suivre demain : Cargar la suerte


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Un muletazo d'El Juli pour la postérité

Publié le par Charles CREPIN

 

 

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L'excellentissime blog Toro Torero y Aficion publie un extrait résumant l'article au vitriol de son confrère Reventador Amargado sous le titre Sobre la tauromaquia 2.0 de El Juli (comprendre tauromaquia 2.0 dans le sens : tauromachie simplifiée permettant aux toreros peu expérimentés de s'approprier le toreo...). Voyons comment, derrière cette superbe image cépia d'El Bomba, le Juli est carrément passé à la moulinette. On peut traduire ainsi l'extrait de l'article en question :

"Ce que fait El Juli, c’est de citer avec la muleta très basse, mais il achève le muletazo par le haut, ce qui n’est pas rare chez lui, puisque dans plus d'une décennie d'alternative, il a rarement rematé une passe « por adentro »; mais redisons-le, dans ce cas, cela consiste à citer avec l’étoffe à plat sur le sable, tandis qu'à la fin du muletazo, il relève la muleta à mi-hauteur pour dévier la charge vers l’extérieur, de telle sorte que ce mythe du toreo  « par le bas" est plus que douteux (…). 


El Juli muletazo

     - Ainsi, s’agissant clairement d’un cite par le bas, suivi d’un remate par le haut, radicalement contraire à l’orthodoxie d’un toreo, cite haut et remate « vers l’intérieur et par le bas », cette image, d’El Bomba n’est qu’une bêtise.

     - Avec Le Juli, et son toreo « para fuera », il faut peut-être renoncer à parler d'une domination outrageante".


Pour ceux qui lisent Cervantes dans le texte :

Voir ici l'article de  Toro Torero y Aficion

voir ici l'article de Reventador Amargado 


Cela me rappelle ma profonde perplexité lorsque je visionnais certaines photos de David Mora. voir ici: sur Vingtpasses, et ici.


  Si en l'occurrence le "corps du délit" est bien identifié ici, et dans ce cas de figure précis (si je puis dire), je trouve peut-être excessif d'affirmer que le Juli se serait fait une spécialité de toréer "para fuera" des adversaires en général plutôt prédisposés au "manège" en raison de leur force mesurée, de leur embestida modeste, et plus simplement de la nécessité de les faire durer quelques muletazos de plus pour la gloire du maestro (et pour les oreilles...). Pour ma part, j'ai d'autres réserves à l'égard du grand maestro qui met son talent au service d'un spectacle tristement dépouvu d'émotion et d'authenticité tandis que dans le même temps, certains de ses lointains compagnons et leurs cuadrillas se jouent la vie devant les Adolfo de Madrid ou les Dolores de Saint-Martin, avec sincérité, pour l'aficion.

Et pour finir, un exemple réconfortant de naturelle "vers l'intérieur et par le bas" donnée à un toro de Dolores Aguirre par Sanchez Vara (Saint Martin de crau 2013).

 

2013-05-01-558CCR 1954 086

 


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Apprendre à bien juger les picadors

Publié le par vingtpasses

 

 

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Photo Vingtpasses

Je vous conseille la lecture d'un article de Jean-Jacques DHOMPS sur le site de la FEDERATION DES SOCIETES TAURINES DE FRANCE.  De manière édifiante, il nous montre à quel point un public torista peut apprécier un bon toro sans savoir, à l'inverse, juger le picador...

 

http://torofstf.com/infos2013/130104juger_picadors.html

 

 

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Jeu de banderilles

Publié le par vingtpasses

Samedi 1er octobre, deuxième demi-finale de "Graines de toreros" à Manduel, près de Nîmes. José CABRERA, un jeune apprenti torero d'Almeria, invité hors concours, a montré qu'il en savait déjà beaucoup sur l'art de toréer. Une première paire de Banderilles de poder a poder dans les cornes laisse entrevoir une rare stabilité émotionnelle pour son âge. Ensuite, deux autres paires spectaculaires de l'almérien ont épaté un public d'aficionados captivé.

 

Les photos ci-dessous montrent les 3 poses (une paire blanche, une paire rouge et verte, une autre paire blanche)

Explications :

 

 

Graine-manduel-demi-2011 0223

1ère paire posée dans les cornes

 

 

Graine-manduel-demi-2011 0228

2ème paire. Un quiebro,

 

Graine-manduel-demi-2011 0230

esquive, 

 

 

Graine-manduel-demi-2011 0231

et passe dans le dos, public bouche bée croyant à un recours,

 

 

Graine-manduel-demi-2011 0232

course, recentrage

 

Graine-manduel-demi-2011 0233

pivot et retour  ...

 

Graine-manduel-demi-2011 0234

réunion et pose dans les cornes.

 

 

 

Graine-manduel-demi-2011 0238

Troisième paire "à l'envers" de la première. Nouveau quiebro

 

Graine-manduel-demi-2011 0239

Esquive et passe serrée par devant,

 

Graine-manduel-demi-2011 0240

relance,

 

Graine-manduel-demi-2011 0241

et réunion avec pose dans les cornes.

 

Il a tout juste. On en redemande...

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David MORA confirme...

Publié le par vingtpasses

 

 

Arles 11 septembre 2011 - Corrida concours

 

 

Le-Riz-2011---Concours 7819

 

 

Le vainqueur de cette concours fut logiquement DAVID MORA à l’aise avec son premier adversaire, un Mayalde franc et noble qui remporte lui aussi le concours du meilleur toro. A noter que Chorlito est sorti de chaque pique sans y être invité. MORA eut le mérite de ne pas renoncer avec le sixième, sobrero de Lopez Gibaja, violent et réservé, après mouchoir vert au Tardieu du cartel pour cause de boiterie.

 

Quand mes amis parlent de David MORA, leur regard s’éclaire. A la seule évocation de son nom, leur plaisir est palpable : ils le plébiscitent, ils accordent les deux oreilles. Ils voient en lui un torero surdoué qui frappe à la porte du G10. C’est l’étoile montante, c’est la relève. Jusque là, je suis à peu près d’accord. Moi, quand je leur dis que ce cher David ne se croise pas, qu’il ne met pas les reins, qu’il est penché du mauvais côté (qu’il a souvent le derrière là où il ne faut pas), qu’il est à 1 mètre, voire 2 mètres du toro et qu’il abuse du pico et de sa superbe allonge, ils m’adressent un regard sévère, incrédules et réprobateurs devant tant d’audace. Pourtant, je me suis déjà fendu de deux papiers sur le garçon, et pas tendres, photos à l’appui montrant l’objet du délit. C’est gros comme un camion. Notez bien, je ne voudrais pas donner l’impression que je m’acharne sur David MORA. A force, c’est rébarbatif, et ça décourage les gens d’aller voir des corridas. C’est pourquoi aujourd’hui, dans mon introduction, je lui ai adressé quelques fleurs, et consenti l’aveu de son réel talent…d'autant qu'il ne torée pas des "bonbons", ce qui mérite déjà notre respect.

 

Rien à faire ! En visionnant les 175 photos prises de lui dimanche soir en rafale, je discerne clairement chez notre figura son réel penchant à ne pas empiéter sur la ligne de charge du toro, sauf peut-être sur les chicuelinas et quelques autres passes de capote, mais presque jamais dans le troisième tiers. Qu'on s'entende bien, toréer de profil n’est pas déshonorant, surtout si la passe est réalisée "au fil de la corne". Comme vous savez, c’était le cas de Manolete, et de bien d’autres toreros contemporains influencés par le maître. Ce n'est pas en revanche le cas de MORA, qui confirme bien ce que j'en ai déjà dit.

 

Quelques instantanés :

 

 

Le-Riz-2011---Concours 7833

Une chicuelina serrée

 

 

Le-Riz-2011---Concours 7853

 

 

 

Le-Riz-2011---Concours 7921

- sois prudent David !

 

 

Le-Riz-2011---Concours 7918

 

 

 

Le-Riz-2011---Concours 7931

"court et droit" !

 

 

Le-Riz-2011---Concours 7936


 

 

Le-Riz-2011---Concours 8131

Pas mal !    

 

Le-Riz-2011---Concours 8164


 

 

Le-Riz-2011---Concours 8176

 

 

Le-Riz-2011---Concours 7758

Julien aussi !

 

Le-Riz-2011---Concours 7961

Et Rafaelillo...

 


 


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Estocade : volapié ou julipié ?

Publié le par Charles CREPIN

 

 

"Va tout droit, sans dévier"... 

Francisco MONTES 

 

 

 

Démonstration élémentaire par l'image...

 

 

 

  1. Nimes-11-juin-2011_2.jpg

Un volapié de Rafaelillo devant un toro de Miura. Nîmes 11/06/2011

Photo Jean-Louis Gelas

 

 

 

 

 

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Un "Julipié" d'El JULI devant un toro de Nuñez Del Cuvillo. Nîmes 13/06/2011

Photo Vingtpasses

 

 

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Cadrer le toro

Publié le par Charles CREPIN

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Voilà une éternité que Je n’ai pas publié un article dans la rubrique « RÈGLES DE L’ART ». Pourtant, c’est l’un des principaux objectifs de « Vingt passes, pas plus » de contribuer si peu que ce soit, à l’aficion et l’occasion, pour quelques uns dont je suis, d’approfondir leur connaissance de la tauromachie. Donc, allons-y ! Aujourd’hui, essayons de comprendre ce que recouvrent le terme et l’action de cadrer le toro, cette séquence incontournable de la lidia dont le respect des règles va conditionner l’entrée à matar et favoriser la sûreté de l’estocade.

 

Quelques lexiques espagnols ou français à notre disposition (pas tous) définissent le terme taurin « cadrer », de façon plus ou moins succincte ou plus ou moins exacte. Je vous laisse le soin d’y recourir au hasard de vos lectures. Mais tout compte fait, je ne peux m’empêcher de reproduire ici une description réellement pertinente de ce terme taurin par le torero français Plumeta * qui avait abordé le sujet en avril 1912 !  Et son propos reste bien sûr d’actualité.

 


 

 

 

Pérorant un jour dans un club taurin du Gard, je fus interpellé par un aficionado qui me demanda : « Pourquoi faut-il que le toro soit cadré quand le matador va l'estoquer ? » Un de ses voisins devançant ma réponse dit : « C'est pour que l'épée pénètre mieux. Le toro d'aplomb, l'estoc ne risque pas de rencontrer les os».
« C'est inexact », m'écriai-je aussitôt. « Cette grave erreur dure depuis que la corrida a été importée en France. Si l'on pouvait frapper le toro absolument immobile, votre assertion aurait une apparence de vérité. Mais il n'en est rien. Au moment du centre de suerte, il est rare de voir un toro parfaitement indifférent et ne bougeant pas. En réalité, il faut cadrer le toro pour permettre à l'homme de mesurer son coup avec art, et surtout pour lui assurer l'avantage sur l'animal ».
-  Comment cela ? Vous allez vite le comprendre :
Cadrer vient du terme espagnol cuadrar […]. Nous avons plus ou moins bien francisé le mot. On pourrait aussi bien dire cuadrer, mais cadrer est entré dans la langue taurine. Acceptons-en l'usage, à l'instar de l'Académie.

Une croyance commune chez les, aficionados français est la suivante : cadrer veut dire mettre les quatre pieds du toro sur une même ligne, deux à deux. C'est exact, mais incomplet. […] Le toro n'est pas parfaitement cadré si, en outre, il n'a pas la tête horizontale et les yeux fixés sur la muleta du matador qui va s'engager à l'estocade. Il n'est d'ailleurs pas absolument nécessaire, lorsque l'espada entre à matar que les quatre pieds soient égalés, condition rarement réalisable. Il suffit des deux pieds de devant, contrairement à ce que croient beaucoup d'aficionados de chez nous. La raison en est bien simple. Si l'animal a l'un de ses deux pieds de devant en avant ou en arrière, il n'a plus qu'un pas à faire pour se porter avec facilité à la rencontre du matador : d'où désavantage pour celui-ci; en effet, le toro se meut plus difficilement quand ses jambes sont sur le même plan. Nous lisons dans la Tauromaquia de Guerrita, page 327, l'excellente explication qui suit : « Si le toro a avancé une patte, il possède déjà de la force pour s'élancer et le point d'appui nécessaire pour donner de l'élan à sa course ».

D'autre part, si le toro a la tête trop haute, le matador portera difficilement le coup, surtout sil est de petite taille. Si, au contraire, la bête a la tête basse, elle n'aura qu'à la relever en un temps pour cueillir l'espada entrant à l'estocade. Il faut, par conséquent que la tête du toro soit horizontale afin qu'il la baisse et la relève en deux temps. C'est à peu près entre ces deux temps que le diestro signe l'estocade.

Enfin, il est compréhensible qu'il est dangereux de porter un coup à un animal distrait, d’où la nécessité de l'obliger à fixer les yeux sur le leurre. (NDLR : Plumeta n’aborde pas ici le rôle majeur de la muleta et de la main gauche dans l’estocade).

Ces trois conditions remplies, le toro est bien cadré.

Plumeta - Avril 1912



 


 


•    Léonce ANDRÉ  "Plumeta" Torero français (1880 – 1915).

 

 


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