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4 articles avec medecine et tauromachie

VISIONS TAUROMACHIQUES

Publié le par Charles CREPIN

 

 

La conférence donnée hier à Nîmes par le docteur Jean-Yves BAUCHU, "BIBLIOGRAPHIE TAURINE & MEDECINE" remet en lumière un article qu'il avait écrit pour Vingtpasses en septembre 2008. Une occasion de remettre cet article dans l'actualité.

 

La vision tauromachique du Professeur Henri EY, psychiatre de renom.

 

 
Henri Ey est né le 10 août 1910 à Banyuls -dels-Aspres, dans le Vallespir. Retraité dans son village natal après une très grande carrière de Psychiatre à l'hôpital de Bonneval, en Eure et Loire, en région parisienne, il y décédait le 8 novembre 1997. Psychiatre et psychanalyste de réputation mondiale, partisan et défenseur de l'organodynamisme, il nous faut simplement retenir de sa bibliographie qu'il fut l'auteur du « Manuel de Psychiatrie » qui a formé des dizaines de génération d'étudiants en médecine. S'il accomplit ses universités médicales à Toulouse puis à Paris, c'est bien à Céret qu'il effectua ses universités tauromachiques. Céret qu'il devait marquer de sa personnalité. En 1948, il fût un des fondateurs du Club Taurin de Paris, côtoyant Michel Leiris, Auguste Lafront dit Paco Tolosa, et Claude Popelin.


Dans son énorme bibliographie, quelques publications nous permettent d'approcher sa vision de psychiatre et de philosophe de la corrida. Voici quelques extraits :


Photo Charles CREPIN


« La bravoure du Taureau de combat » a été écrit en collaboration avec le Professeur Clément Bressou, Membre de l'Institut, Membre de l'Académie de Médecine et de l'Académie d'Agriculture, Directeur de l'Ecole Nationale Vétérinaire d'Alfort, et publié en 1964 dans l'ouvrage collectif « Psychiatre Animale » dont voici la conclusion :

« La bravoure au combat est un produit en grande partie artificielle de la sélection zootechnique. Si celle-ci cesse d'être rigoureuse et sévère (et surtout si elle recherche un autre critère de sélection), chaque toro tend à tomber dans la probabilité générale de la répartition statistique de la bravoure dans son espèce, c'est-à-dire celle d'une aptitude relativement rare. Il n'y a pas lieu de se demander dans ces conditions pourquoi parmi les toros de combat il y en a tant de mansos, mais plutôt d'admirer qu'il y en ait tant de bravos, moins que l'aficionado le désire, mais plus que le génie de l'espèce le permet dans des conditions naturelles de l'existence du Bos Taurus ».

 


Photo C. CREPIN

 

Un autre texte « La corrida et l'esthétique de la violence », publié en 1968 dans « Violence Humaine » de R. Bloy, à Paris, permet de noter : « Où est la violence de la corrida ? Elle est pour celui qui ne la considère qu'à l'extérieur d'elle même, dans le sang, les chevaux étripés, les coups de rapière infâmes, la mort stupide et parfois horrible d'une bête aux abois..Mais ce sinistre festival de la cruauté saturé de l'écœurante odeur du sang, c'est précisément ce que ni l'aficionado, ni les toreros ne voient et ne veulent. Rien ne les déçoit davantage qu'une corrida réduite à ces éclaboussures, à ces scories, à ces misérables souillures de l'art de toréer ».

 

 
 

Mithra Tauroctone  fin IIème siècle - Musée du Louvre

 

Un opuscule non publié d'une conférence prononcée par le Docteur Huguette Deprez, portant le titre : « Essai de la compréhension psychologique de la corrida  comporte une longue correction écrite par le Professeur Henri Ey. A propose du mythe de Mithra, voici ce qu'il écrit : « La référence à la mythologie du taureau, au Minotaure, à la Crète et au fameux culte de Mithra glace mon aficion. Rien ne peut, en effet, refroidir plus l'enthousiasme pour l'art tauromachique que cette référence 'universitaire' au culte du taureau. Ceci est pour moi aussi étranger à la tauromachie que le recours au mythe des Centaures pour exciter ou expliquer le zèle des jockeys ou l'intérêt des turfistes... ». Pour lui, écrit-il plus loin : « l'esthétique de la corrida commence lorsque s'égalisent les risques de mort, c'est à dire lorsque le taureau est assez dangereux ou lorsque l'homme s'expose assez. Mais bien entendu, l'émotion qui soulève l'enthousiasme de l'aficionado, ce n'est pas la mort sanglante et prévue du taureau et encore moins la mort de l'homme, c'est l'art par lequel l'homme se joue de la mort et en triomphe. Nous voici loin de l'adoration et du culte totémique du taureau ».

 

Qu'en termes choisis, ces choses sont bien dites...

 

Jean-Yves BAUCHU

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L'INFIRMERIE DES ARENES

Publié le par vingt passes, pas plus...




DU PHILOSOPHE AU
MOZO DE QUIRÓFANO
        Par Jean-François BENEZET *




DSC 0356 2
L'accident, d'après une chromolithographie de D. Perea

 


     Avant d'aborder à proprement parler le sujet de l'infirmerie des arènes, il me semble nécessaire de rappeler que toute plaza de toros contient dans son enceinte 4 lieux que l'on peut aisément et justement qualifier de secrets, à savoir le toril, la chapelle, le patio de caballos et enfin l'infirmerie. Si je peux me permettre de faire un aparté, quitte à vous surprendre, je vais faire un lien avec le mode de pensée chinoise qu'est le Tao. Dans la manière de pensée Taoïste, tout ce qui nous entoure, nos pensées, nos sentiments, nos émotions, notre propre corps sont soit Yin, soit Yang. Le Yang c'est l'Est, là où le soleil se lève, c'est le début, la naissance, l'espoir, la chaleur, la joie, le mouvement, la force, l'inspiration, la lumière, la beauté. Ainsi, n'est-il point vrai que 3 de ces lieux secrets (toril, capilla, patio de caballos) se trouvent dans la zone Yang des arènes, c'est à dire à l'est. Ceci se vérifie d'autant plus aisément que ces derniers sont Yang dans leurs caractéristiques et fonctions. Le toril préside à la base de la corrida par la présence du toro, âme du sujet tauromachique par tous les espoirs qui pèsent sur son morillo, sa mobilité, sa caste avec bravoure et ce qui en découle, sa noblesse. Et puis, peut-on rester insensible à sa beauté sauvage. La chapelle, lieu plus intimiste où brille la flamme de la bougie, réceptrice des souhaits voire rêves de succès, d'inspiration, d'approche du geste parfait, d'empathie avec la bête mais également lien fugace et quelque peu éthéré d'une demande de protection avec un "Quelque autre", peu importe sa représentation. Enfin le patio de caballos qui réunit l'effervescence, l'agitation du moment juste avant, la naissance du spectacle, la mise en lumière de l'Homme qui se prépare à accomplir une œuvre dont il ne connait pas l'issue mais qui ressemble tellement au déroulement de la vie. Le Yin se trouve à l'Ouest, là où se couche le soleil, là où les choses se terminent, c'est obscurité, le froid, la douleur, le repli sur soi, l'échec, le coté caché, le calme et le silence. L'infirmerie, sujet de notre propos, se trouve à l’Ouest, dans le Yin et elle est bien à sa place. N'est telle point le lieu où l'on ne désire aller, celui de la souffrance où tout peut être remis en cause ou s'achever, le passage de la lumière de l'inspiration au silence pernicieux du doute qui s'installe, l'échec d'une symphonie inachevée? Considérée sous l'angle de vision du mode de pensée traditionnelle chinoise, force est de constater que l'infirmerie est à sa place.



    L'aspect pragmatique en est tout autre. L'infirmerie est placée au pire endroit qui puisse être. Le règlement UVTF recommande une infirmerie en contact direct avec le callejon ce qui n'est pas le cas à Nîmes nous le savons bien. En effet, il n'y a pas loin de 30 mètres entre le bois de la contre piste et celui de la porte d'entrée de l'infirmerie, ponctués de surcroît de 4 marches que l'on peut qualifier de romaines. Ceci est bien sur délétère pour le torero victime d'un traumatisme fermé comme par exemple une lésion du rachis (cf Nimeño II) avec au bas mot 30 soubresauts assassins correspondants aux pas des "porteurs", tout comme dans le cas d'une plaie hémorragique où la pratique du point de compression est illusoire avant l'arrivée sur la table d'examen. De surcroît, la forme de la piste nîmoise étant ovale avec un petit axe et un grand axe, force est de constater que l'infirmerie se situe dans le grand axe impliquant une plus grande distance à parcourir en cas de blessure survenant au centre de la piste avec les mêmes conséquences néfastes pour l'organisme humain citées plus haut. A la vue de la configuration architecturale bien entendue non modulable de amphithéâtre nîmois, une meilleure localisation de l'infirmerie semblerai se situer sous la présidence actuelle avec tout ce que cela pourrai impliquer dans les changements d'habitudes de certains. Désormais, pénétrons dans ce lieu secret si vous le voulez bien. Nous sommes d'emblée interpelés par exiguïté des lieux, à peine plus de 7 mètres carrés avec 3 armoires de matériel,  le lit d'examen et une lampe halogène sur pied faisant office de scialytique. C'est peu lorsque l'on sait que 5 personnes du personnel soignant, dont nous verrons la composition plus en détail ultérieurement, doivent officier auprès du toréro blessé. Au fond de cette salle une porte coulissante s'ouvre sur l'espace de soins dédié au public d'une surface de 5 mètres carrés environ. Voici donc exposées succinctement les contraintes auxquelles se trouve confrontée l'équipe médicale lorsqu'elle doit intervenir. Il reste une question en suspend: quid en cas de 2 blessures simultanées?


   
Afin de préciser le mode de fonctionnement de l'infirmerie des arènes de Nîmes, nous allons dans un premier temps détailler les compétences humaines puis le niveau d'équipement technique pour ensuite découvrir le déroulement et l'organisation de la chaîne des secours en cas de blessure. En se référant à nouveau au règlement taurin UVTF, l'infirmerie doit se doter à minima d'un chirurgien, d'un anesthésiste ainsi que de 2 infirmiers diplômés d'état. En se qui nous concerne, nous sommes bien au delà de ces exigences puisque l'équipe médico-chirurgicale, au début de chaque spectacle est composée de 2 chirurgiens, 2 anesthésistes, 1 urgentiste, 1 médecin généraliste, 2 infirmiers, 1 représentant de la pharmacie du CHU et d'un homme à tout faire, (…) le mozo de quirófano **. L'ensemble des hommes et des femmes composant cette équipe a pour dénominateur commun "l'aficion a los toros" et travaille  bénévolement tout en devant prendre leurs dispositions à l'égard de leurs assurances professionnelles afin de déclarer ce type d'activité médicale quelque peu marginal et à haut risque de responsabilité. L'ensemble des intervenants est regroupé au sein de l'association gardoise de chirurgie taurine dont la spécificité est d'être composée de personnes issues du secteur privé (clinique Kennedy) et du secteur public (CHU Caremeau) sous-tendant une dynamique d'équipe qui n'est que bénéfique. Le niveau d'équipement technique répond largement aux exigences exprimées par le règlement de l'UVTF puisque nous disposons du matériel nécessaire à la pratique de la réanimation, anesthésie générale comprise, fournis par le CHU ainsi que de 2 boites de chirurgie indispensables à tout geste de parage de plaie voire de clampage vasculaire. Ce même matériel de chirurgie est quant à lui fourni par la clinique Kennedy. Nous retrouvons donc cette notion de parité privé-public qui nous est chère. Le matériel lourd de réanimation est assuré par le CHU de Caremeau et "délocalisé" sous couvert d'une convention passée entre le CHU et l'organisateur de spectacle. L'ensemble des médicaments est mis à disposition gracieusement par le CHU.

   
Que se passe t-il en cas de blessure? Tout d'abord l'équipe médico-chirurgicale est soumise à une double émotion, celle que vit tout spectateur sans rien pouvoir faire et ensuite celle de découvrir la lésion et d'en apprécier la gravité dans l'intimité de l'infirmerie. Notre organisation fait que 5 personnes vont quitter le callejon, un des deux chirurgiens, un des deux anesthésistes, l'urgentiste, un des deux infirmiers et le "mozo de qirófano" **. Chacun d'entre nous possède un rôle bien défini. Ainsi, le premier à intervenir est ce fameux mozo de quirófano, ancien novillero qui va s'atteler au déshabillage du torero et lui parler  en orientant les propos sur les antécédents et les éventuelles allergies mais aussi en tenant des propos réconfortants, le tout dans un parfait espagnol. Le chirurgien se place au niveau de la plaie en vue de l'exploration et d'un éventuel geste de clampage vasculaire. L'anesthésiste se trouve à la tête et commande aux manœuvres de réanimation et d'antalgie avec pour aide l'infirmier qui pose la ou les perfusions. Enfin, l'urgentiste peut travailler de concert avec l'anesthésiste mais surtout assure la liaison avec la structure de soins qui recevra le torero blessé, la clinique Kennedy ou le CHU, et adapte le moyen de transport le plus approprié à la sévérité des lésions, soit ambulance simple, soit ambulance de réanimation du SAMU. Le chirurgien suivra ainsi son patient jusqu'au bloc opératoire. Nous le voyons donc, l'infirmerie est et reste une infirmerie mais n'est surtout pas un bloc opératoire. L'équipe médico-chirurgicale se donne les moyens de stopper une hémorragie, et une fois parvenue à ses fins, la réparation des lésions se fera dans un bloc opératoire et nulle part ailleurs. Un des problèmes récurrents dans ces situations reste l'intrusion de personnes extérieures à l'infirmerie qui sous des prétextes multiples et variés s'introduisent dans l'infirmerie et dont la présence devient très rapidement gênante de par l'exiguïté des lieux, du non respect du secret médical et de l'aspect malsain de ce type de comportement. Il n'est pas prévu à ce jour de "service d'ordre" permettant de pallier efficacement à ce problème. Un autre aspect à ne pas négliger concerne ce que l'on peut nommer la pression médiatico-sociale qui pèse sur les épaules de chacun et surtout sur celles du chirurgien. Il faut savoir faire vite et bien, les gens ne comprennent dans ces circonstances pourquoi les choses durent et qu'ils ne puissent être informés. Seul le chirurgien est habilité à répondre aux questions de la presse et du Mundillo. La crédibilité de l'équipe passe aussi par là.

   
En conclusion, je voudrai aborder 3 aspects. Tout d'abord, la pratique médicale et chirurgicale au sein d'une infirmerie d'arène est certes enrichissante sur le plan purement professionnel mais l'est bien plus sur le plan humain. A une époque où dans la société qui est la notre, la notion de risque devient de moins en moins acceptable, il est extravagant de rencontrer des personnages hors-normes en la personne des toreros qui en plus d'accepter le risque l'assument totalement avec une très haute considération de ce qui se nomme le destin et le corollaire qui va avec, la fatalité. Nous sommes en face de gens véritablement responsables vecteurs inévitablement de valeurs. Ceci laisse bien évidemment à réfléchir. Le deuxième aspect abordé sera un paradoxe. Savez-vous quels sont les cas les plus graves que nous ayons eus à traiter? Nous en avons eu trois qui concernaient tous le public avec des pathologies mettant en jeu d'emblée le pronostic vital à savoir un infarctus du myocarde, une crise d'asthme gravissime chez une jeune femme de 25 ans et une réaction allergique généralisée avec œdème de Quincke. Dans ces 3 cas, l'infirmerie nous paraissait presque trop grande si vous voyez ce que je veux dire et pourtant dans ces instants le drame de la vie se jouait tout à la fois dans l'arène et à l'infirmerie mais là sans que quiconque ne s'en préoccupe. Paradoxe... Enfin pour terminer, l'infirmerie des arènes n'a rien pu faire pour cet ouvreur qui en prenant son poste s'est écroulé au pied de son vomitoire, terrassé par ce que l'on nomme communément une attaque cardiaque. Trente minutes plus tard les grilles ouvraient au public, en même temps que l'infirmerie devenait fonctionnelle. Fatalité...



* Jean-François BENEZET, médecin anesthésiste et aficionado, fait partie de l’équipe médico-chirurgicale de l’infirmerie des arènes de Nîmes (en tandem avec Jean-Yves BAUCHU, chirurgien des Arènes, dont nous avons déjà publié quelques "conseils de lectures"). Jean-François BENEZET est intervenu le 3 décembre 2009 devant les membres du CERCLE TAURIN NÎMOIS  sur le thème : L'INFIRMERIE, COMMENT çA MARCHE ?  "Vingt passes, pas plus" publie le contenu de cette intervention.

 

** littéralement, « garçon de salle d’opération ».   
 

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Les blessures dans la corrida

Publié le par jean-Yves BAUCHU - Chirurgien, médecin des arènes de Nîmes


Les blessures dans la corrida: une conférence du Dr Jean LAURET en 1943

J'ai sous les yeux la copie d'un texte tapuscrit de 23 pages d'une conférence faite par le Docteur Jean Lauret au Cercle d'Etudes Taurines le 5 décembre 1943 à Nîmes et intitulé « Les blessures dans la corrida ». Une belle occasion de vous en livrer une analyse, quelques extraits, et d'en signaler les curiosités

Quelques détails sur Jean Lauret. « Lorsque j'étais Interne des Hôpitaux, la ville de Nîmes ne possédait pas le luxueux et confortable Centre médical qu'elle a aujourd'hui ; mais le vieil hôpital Ruffi avait un avantage, c'est qu'il était près des Arènes, et les dimanches d'été, l'interne de garde était presque sûr de voir rompre la monotonie de son après-midi par la venue d'un razeteur ou d'un toréador victime d'un toro. C'est ainsi que j'ai vu en tant que médecin les premières cornades. Certes mon expérience n'est pas bien grande, mais pendant la guerre servant dans une ambulance chirurgicale, j'ai vu des blessures qui par de nombreux cotés se rapprochaient de celles par la corne. Je me crois donc autorisé à vous dire quelques mots sur le traitement des cogidas ». Jean Lauret cherchant à se documenter sur ces blessures si particulières, rencontra le nîmois André Castel renommé pour sa grande compétence et sa bibliothèque taurine. Celui-ci lui communiqua la thèse de Doctorat en Médecine de Roger-Jean Angelys Mouledous sur « Quelques considérations médico-psychologiques et chirurgicales sur les corridas de taureaux » parue en 1924, et à l'époque de 1943, seul livre traitant le sujet. Jean Lauret y fait allusion.
 

Huit chapitres, une introduction et une conclusion structurent cette conférence. Sont ainsi développés la fréquence et le siège anatomique des blessures, leur nature en rapport avec l'acte taurin, avec le taureau ; les victimes du toréo à Nîmes entre 1833 et 1922 ; les mesures de protections ; le traitement des blessures ; les conséquences morales des blessures sur le torero. Un extrait de l'Ordre Royal du 8 septembre 1911 précisant les conditions que doivent réunir les infirmeries des plazas de toros est annexé au document.
 

Comme souvent dans ce genre de conférence de vulgarisation médicale taurine, le propos est à la fois narratif historique et scientifique. Pour expliquer les blessures mortelles de l'arène, il convient de l'illustrer par le récit de quelques corridas dramatiques ; Pepe Hillo et Joselito sont souvent cités en exemple. Dans cette conférence Jean Lauret n'échappe pas à la loi du genre. Les références historiques viennent avec brio soutenir la présentation des formes anatomo-cliniques des blessures et démontrent la validité des principes chirurgicaux du traitement de ces plaies.
 

Le texte laisse apparaître quelques curiosités... A propos des plaies thoraciques, Jean Lauret cite ; « celle qui a ravi à notre sympathie un des membres de ce Cercle, le pauvre Emilio Canario, tué à Marseille le 19 octobre 1941 ». On retrouve dans « Deux siècles de tauromachie à Marseille » de Paul Casanova, l'histoire de cette corrida monstre de deux toros de Sol pour Madame Emma Calais, et de huit toros de Lescot pour Paradas, Charles Michelet le novillero français, Litri et Canario Hijo, apodo d'Emilio Soler. Canario reçût en pleine poitrine la corne du quatrième taureau et succomba immédiatement. J'ignorais le fait qu'il appartenait au Cercle d'Etudes Taurines et donc à priori nîmois ?
 

Beaucoup moins tragique. Dans le chapitre VI - Les mesures de Protection, Jean Lauret distingue les mesures de protection individuelles qui incombent au torero et les mesures de protection générale qui incombent aux directeurs des Arènes. « Parmi les mesures de protection individuelle nous pouvons distinguer les mesures spirituelles et matérielles. Les spirituelles sont celles que presque tous les toreros demandent à la religion. » souligne Jean Lauret.
 

Les toreros de nos jours cultivent beaucoup plus leur entrainement physique que leur force spirituelle pour éviter la blessure. Je souris volontiers à cette illustration du vieil adage « Aide-toi, le ciel t'aidera » qu'emploie mon confrère, dans un très grand souci didactique et pédagogique, qui lui fait honneur.




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" Docteur...! Vous pouvez m'appeler Maestro ! "

Publié le par jean-Yves BAUCHU - Chirurgien, médecin des arènes de Nîmes


Quatre médecins peuvent s'honorer du titre de « Torero ».

 

Victoriano de La Serna y Gil (né le 1er septembre 1910 à Sépulveda et décédé d'une tumeur cérébrale le 23 mai 1981 à Ciudad Réal). On a pu dire de lui « qu'il toréait en vers, quand ses compétiteurs devaient se contenter de la prose ». Il est reçu Docteur es tauromachie le 29 octobre 1931 dans les arènes de Madrid. De ses quatorze années de toréro professionnel, l'histoire retiendra son art de la véronique, la passe de las flores célèbre par le tableau de Carlos Ruano Llopis, son toreo « immobile, serré, hiératique, créant une sensation d'angoisse » et ne retiendra pas malheureusement son nom pour la manoletina dont il semble avoir été le créateur. Reçu Docteur en Médecine, c'est certain ; sa carrière médicale est moins connue. De mes recherches biographiques, je ne peux affirmer que deux choses : en 1938, il fut médecin de l'armée franquiste, d'une part, et d'autre part son fils a pu écrire de lui : « c'était un homme très cultivé, qui fit des études de médecine et je suis convaincu qu'il aurait pu être un génial chirurgien ».


Jean Maler, Malerito (né le 13 novembre 1934 à Nîmes), est cité dans le Dictionnaire Biographique des Toreros français de l'UBTF. Etudes de Médecine à Montpellier, une thèse sur le traitement de la tuberculose en milieu psychiatrique soutenue en 1967, et un exercice professionnel comme neuropsychiatre et psychanalyste à Villeneuve les Avignon. Double atavisme familial tauromachique par ses origines paternelles cérétanes et par ses grands-parents maternels, les époux Viret, éleveurs de toros de combat. C'est tout naturellement qu'il participe à des capéas, se forme au contact de José Piles, et revêt l'habit de lumière en novillada non piquée pour la première fois à Saint-Gilles, le 14 avril 1957. Une novillada par an à Nîmes en 1958, à Vergèze le 15 août 1959, où il fut blessé, et à Montfrin en 1960, avant de partir pour le service militaire prolongé en Algérie.


Jean Riboulet (né le 19 juin 1936 à Saint-Gilles, décédé le 11 décembre 1998 à Nîmes) est notre deuxième médecin-torero français. Des études à la faculté de Médecine de Montpellier, et une installation comme dermatologue à Nîmes, peuvent résumer sa carrière professionnelle. La passion de la tauromachie le tint toute sa vie, le conduisant de capéa (le 28 octobre 1958 à Saint-Gilles) en novillada piquée où il se présenta pour la première fois à Saint-Gilles le 1er novembre 1959. La férule de José Piles, l'amitié de Jean Maler, l'aide de Pépé de Montijo lui permettent d'assurer une quinzaine de novilladas jusqu'en 1968 et même un retour pour un festival à Vergèze avec une oreille méritée. Cette passion le poussa jusqu'à créer son élevage en Camargue gardoise au Mas de Madame près des Iscles. Son fils Olivier a repris l'élevage avec toutes les difficultés que l'on sait.


Christian Derbuel (né le 2 décembre 1950 à Fréjus) est bien connu des aficionados a los toros par ses articles et chroniques dans la revue Toros. On sait peut-être moins de lui qu'il exerce la spécialité de gynécologie-obstétrique dans sa ville natale après avoir soutenue sa thèse sur « Les blessures par corne de taureau lors des corridas » le15 janvier 1977 à la faculté de Médecine de Nice. Depuis cette thèse, rien n'a été écrit de mieux sur le sujet en français. On ignore peut-être encore plus qu'il a bel et bien estoqué une bête « brave » en public à deux reprises méritant ainsi son titre de médecin-torero. Les grands patrons de la faculté furent ses Maitres en Médecine, quant Jean Riboulet fut son maitre en tauromachie. Le torero espagnol Conrado Gil Belmonte programmé dans les arènes de Fréjus, le 14 juillet 1998, lui doit une fière chandelle.


Si à l'occasion de la féria, vous vous rendez à la bodega de Pepe de Montijo, rue Bigot à Nîmes, cherchez bien sur les affiches les noms de Jean Maler et de Jean Riboulet. Vous aurez ainsi, la preuve de la véracité des propos de ce billet. Allez-y de toutes façons, l'ambiance y est sympa et la sangria blanche délicieuse...




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