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6 articles avec histoire

Le Maréchal et la corrida, un été 42...

Publié le par Charles CREPIN

En explorant les archives d'un vieux club taurin (qu recèle des trésors de souvenirs parfois inattendus), je découvre une lettre datée du 13 Mai 1942. Le Président d'une société bien connue écrivait au Préfet du Gard pour présenter une requête particulière. Ci-dessous, repproduction et copie d'un extrait de la missive en question :

 

"Nîmes le 13 Mai 1942

Monsieur le Préfet,

Au cours de mon dernier passage à Nîmes dimanche et lundi derniers, j'ai été averti par des personnes généralement bien informées des faits divers de la tauromachie, qu'il se préparait en sourdine une corrida pour Juillet prochain.

Avant même que l'organisation d'un pareil spectacle prenne corps, je tiens à vous demander de toutes mes forces, Monsieur le Préfet, d'en empêcher par tous les moyens la réalisation. Au moment où le Maréchal fait appel à tous les sentiments moraux de la Nation pour accomplir la Révolution Nationale, il me paraîtrait scandaleux qu'on puisse laisser recommencer le plus immoral des spectacles...".

 

Le Maréchal et la corrida, un été 42...

Publié dans Histoire

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ORDOÑEZ, ombre et lumière...

Publié le par Charles CREPIN

Parlant du toreo d’Antonio Ordoñez, José Maria de Cossio évoquait un style porteur de perfection… Les formes d’un toreo belmontiste et l’immobilité de Manolete alliées à cette recherche de perfection, Il n’en fallait pas plus pour qu’Antonio Ordoñez ne devienne le premier grand torero d’esthétique néoclassique, précurseur de ce qu’on appela la génération des prodiges, créant son style propre dont beaucoup de toreros peuvent se réclamer encore aujourd’hui. Mais de la "veronica céleste" d’Ordoñez, beaucoup ont imité la plastique, aucun ne l’a égalée.   Et quand sortit Matajacas dans le ruedo nîmois le 7 août 1960, Ordoñez signa une faena pour l’histoire. 

Une planche de dessin d'Antonio Alcalde Molinero intitulée "la deuxième corrida de la Feria" extraite des archives personnelles d'André Bazile évoque de triste mémoire une corrida de la Pentecôte nîmoise 1960 où le grand Antonio Ordóñez toucha le fond avant l'apothéose qui suivit peu de temps après.​

*****

Nîmes, 6 Juin 1960, l'ombre d'une triste tarde...

2ème corrida de la Pentecôte. Arènes pleines à craquer. Antonio Ordóñez, Pedro Martinez "Pedrés", Juan Garcia "Mondeño" affrontent les Carlos Nuñez. De lourds nuages plombent l'atmosphère de cette triste tarde gachée par le bétail. Un toro protesté, l'autre refusé pour cause d'armure défectueuse (on disait frauduleuses à l'époque, plus stoïquement suspectes aujourd'hui),  soulevant l'hostilité d'un public déchaîné qui conspue la star adulée malchanceuse aux aciers, oubliant les somptueuses véroniques de son entame, les muletazos ciselés et le desplante à genoux jugé peu glorieux en face d'un adversaire débile d'armure.

Oreille et ovation pour Mondeño. Salut et vuelta pour Pedrés, bronca pour Ordóñez. Constatant la déroute, le maestro de Ronda fait profil bas et promet de se racheter.

ORDOÑEZ, ombre et lumière...

Le retour au toril du sixième Nuñez refusé par le public pour son manque d'armure. Dessin sur le vif de l'artiste Alcade Molinero

*****

Nîmes, 7 Août 1960, la lumière et le firmament...

Le livre LA PEÑA ORDÓÑEZ - Un demi-siècle d'Aficion - retrace l'époustouflante corrida de ce fameux après-midi nîmois.

"Le 7 Août, les nîmois rancuniers le reçoivent (Ordóñez) sous les siflets. La confrontation avec un Juan pedro Domecq pourtant manso fait chavirer l'assemblée en sa faveur. D'ensorceleuses naturelles exécutées avec un temple exquis sidèrent le public versatile qui à présent l'acclame. Recompensé par tous les trophées, le chef d'oeuvre fascinant s'achève dans une euphorie collective qui marque à jamais cette fabuleuse tarde. D'aucuns s'exclament : une telle faena, ce n'est pas possible !  Auréolé, l'astre luit"

De cette inoubliable corrida est née la PEÑA ANTONIO ORDÓÑEZ.

Ordóñez toréant suavement son premier adversaire par véronique basse.

Ordóñez toréant suavement son premier adversaire par véronique basse.

Pedrés donnant une passe en rond au second toro

Pedrés donnant une passe en rond au second toro

Une Giraldilla de Mondeño au 3ème Carlos Nuñez dont il coupa l'oreille

Une Giraldilla de Mondeño au 3ème Carlos Nuñez dont il coupa l'oreille

Dessins "la deuxième corrida de la Feria" - 1960 d'Antonio Alacalde Molinero, peintre et dessinateur taurin (1906 - 2000) qui collabora à de nombreuses publications taurines dont la revue Toros.

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Rendre à César...

Publié le par vingtpasses

 

 

1920c.jpg

La "levée des tridents" 17 novembre 1921 Collection Arnaud Moyne-Bressand

 

 

 

Par Charles CREPIN

Président du CERCLE TAURIN NÎMOIS

 

 

 

De l’interdiction à la résistance

 

En 1894, la loi Grammont de 1850 en faveur de la défense des animaux devenait applicable sur l’ensemble du territoire français. Les corridas étaient désormais illégales. Les nîmois ont toujours farouchement défendu les traditions taurines et la corrida, n’hésitant pas à défier de façon spectaculaire les lois d’interdiction et l’autorité de l’état. Deux évènements exemplaires en témoignent :  

  • Le 14 octobre 1894, la mémorable course de contestation réunit 20 000 personnes dans l’amphithéâtre romain au cours d’une corrida présidée par Frédéric Mistral pour protester contre l’interdiction des corridas.
  • Le 17 novembre 1921, avec la même passion indignée, la fameuse levée des tridents, manifestation monstre, fut suivie par une foule immense et cent cavaliers de la Nacioun Gardiano conduits par le Marquis Folco de Baroncelli et le célèbre avocat manadier Bernard de Montaut Manse qui fit débouter la SPA de son action en justice contre les corridas à Nîmes.

Sur ce terreau sacré légué par les anciens se sont enraciné des clubs taurins qui portent et transmettent la tradition taurine. 

 

 

Les conditions du succès

 

Vers 1950, la frontière espagnole s’entrouvrit, laissant à nouveau passer les aficionados impatients de retrouver l’ambiance des ferias et de voir des corridas dont ils avaient été privés durant toutes ces années. Madrid, Barcelone, Séville, Pampelune et son incontournable San Fermín, étaient autant de rendez-vous courus par l’aficion nîmoise. L’Union Taurine Nîmoise (UTN) avait déjà 50 ans, le Club Taurin Lou Ferri fêtait son 30ème anniversaire, le Cercle Taurin Nîmois (CTN) s’était constitué 3 ans plus tôt, et l’Aficion Cheminote Nîmoise (ACN) venait de naître (Francis CANTIER "PAQUITO" allait bientôt les rejoindre avec les AMIS DE TOROS). Dans la passion retrouvée au cours de leurs séjours en Espagne, il est  fortement probable que certains membres de ces clubs aient caressé le rêve d’importer à Nîmes le modèle espagnol de la Feria. Deux évènements survenus en 1951 allaient précipiter les choses :

  • La loi du 24 avril 1951 dite loi « Ramarony-Sourbet réformant la loi Grammont fut enfin promulguée. Elle légalisait les corridas dans les villes du Midi qui pouvaient se prévaloir d’une tradition ininterrompue et récompensait ainsi cent ans de lutte des gens du Midi.
  • La Fédération des Sociétés Taurines de France avait su réconcilier l’aficion du Sud-Ouest et celle du Sud-Est. Elle donna aux clubs nîmois son accord pour organiser le 37ème congrès à Nîmes en 1952. Ceci fut déterminant pour ce qui allait se passer par la suite.  Dès lors, le congrès de Nîmes, prévu du 30 mai au 2 juin 1952 n’attendait plus qu’un programme digne d’une vraie Feria.

  • La voie était enfin libre.

 

A suivre : Les débuts de la FERIA de NÎMES

 

 

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Rencontre avec Paco CORPAS

Publié le par vingtpasses

 

 

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Paco CORPAS : « mon pays de cœur, c’est la France »

 

Par paul BOSC

 

 

Pour ne pas évoquer une feria de la Crau catastrophique et du fracaso  des toros de Pages-Mailhan, imprésentables pour une feria qui se veut « torista » comme du fracaso des toreros  espagnols embauchés pour combattre les  Cebada Gago du dimanche,  nous préférons évoquer une page d’histoire tauromachique avec un torero retiré  des ruedos mais actif pour la défense de tous les acteurs de la tauromachie, Francisco Corpas Brotons.

 

 Avec son frère Carlos, un peu plus âgé que lui, ils ont toréé ensemble, à la fin de la guerre, dans toutes les arènes de France comme becerristas.  Si on trouve dans le livre de Pierre Dupuy « Toros à Nîmes » la présence de Carlos dans l’amphithéâtre nîmois en 1954  avec  Juan Silveti et « Pedres » face à des toros de Bohorquez, nous n’avons pas trouvé trace de la présence de Paco dans les arènes de Nîmes mais nos amis aficionados, plus anciens pourront, peut-être  se souvenir de ce torero. Ces Bohorquez « enchantèrent les aficionados par leur trapío et leur bravoure (21 piques et 3 chutes) commente Paquito, l’ancien directeur de la revue « Toros ». « Dans le premier tiers, le combat du quatrième se résuma en un assaut perpétuel, sans cesse renouvelé, poussé avec ardeur, contre les places montées…. Ces mangeurs de muleta dominèrent Silveti, Pedres et Carlos Corpas. Le mayoral effectua une vuelta longuement fêtée. »  Il faut rappeler que Carlos avait porté son premier costume de lumières, en tant que novillero,  dans les arènes d’Arles le  7 aout 1948 et reçut l’alternative  à Murcia le 18 avril 1954, quelques semaines avant de se présenter à Nîmes. Autre anecdote qui concerne ce torero, le 12 juin 1953 il se présente à la Monumental de Madrid avec Cagancho hijo et Chicuelo II  face à des novillos de Tomas Frias Hermanos. S’il a coupé une oreille  lors de cette novillada, le torero né à Cordoba a été ovationné après la pose des banderilles et le public a même réclamé une vuelta parce qu’il s’était inspiré de la manière de sauter les barrières comme les razeteurs de Provence. Carlos Corpas est décédé en 2005 mais son frère « Paco » était présent le week-end dernier à Saint-Martin de Crau et a reçu une distinction en piste. Nous l’avons rencontré au siège de « La Muleta », société taurine arlésienne plus que centenaire. C’est la main sur la poitrine et les larmes aux yeux que Francisco Corpas  Brotons, matador de toros, a avoué son attachement à notre pays. « Mon pays de cœur c’est la France » a-t-il dit dans un excellent français aux membres présents réunis au siège ce samedi 28 avril à l’heure de l’apéritif.

 

Sa naissance est déjà exceptionnelle : c’est à la conciergerie des anciennes arènes de Barcelone que Francisco Corpas est né, son père étant le responsable de cette arène mythique de Las Arenas, aujourd’hui disparue. C’était le 6 juillet 1935.  Son père Ramon était banderillero. Et « Paco » avait 12 ans lorsqu’il commença à toréer...  Après la guerre civile, les frères Corpas qui ont vécu plusieurs années à Arles et à Saint-Martin de Crau, ont toréée dans tous les villages de Camargue, à mais aussi à Marseille, Nîmes, Toulouse et bien sûr Arles. Si leurs carrières de becerristas étaient parallèles, Carlos revêtit son premier costume de lumière le 7 aout 1948 dans les arènes romaines. « Paco » se présenta vêtu de « luces » à Saint-Chamas quelques semaines plus tard le 5 septembre. Torero « voluntarioso, alegre y vario » le qualifie le Cossío, « Paco » reçu l’alternative à Pamplona  le 7 juillet 1956 et après avoir toréé dans toutes les arènes d’Espagne, de France, du Portugal mais aussi dans les territoires colonisées d’Afrique, en Amérique du Sud et même en Chine, « Paco » termina sa carrière tauromachique en 1971 dans la province de Jaén en donnant l’alternative à Santos Mazzantini en présence d’Oscar Cruz comme témoin. Il consacra ensuite sa vie à aider les matadors, novilleros et rejoneadors pour qu’ils obtiennent un statut  et une couverture sociale. Il est toujours président, depuis 32 ans, de la mutuelle des acteurs de la tauromachie et a été décoré des plus honorables titres de la nation espagnole.

 

A la Muleta, et tout en Français, il a donné une véritable faena, pleine d’émotions où les toréadors ne sont pas des toreros, où les aficionados ne sont pas des spectateurs d’un spectacle où l’on plante les banderilles dans le berceau des cornes et où l’on effectue une vuelta avant de prendre la muleta, où la planta torera est toujours présente à 77 ans, même en costume civil. « Paco » était de ces toreros de vérité où la lidia ne commence pas avec la faena de muleta. L’aficionado André Lopez s’est souvenu l’avoir vu toréer dans les arènes d’Arles où il a coupé deux oreilles à son adversaire et Henri Laurent a raconté de nombreuses anecdotes de cette époque vécues avec Loulou Lapeyre où  Francisco et Carlos vivaient en Camargue. Une page d’Histoire.

 

 

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PLUMETA, torero français

Publié le par Charles CREPIN


Un élève torero


« Quand j’étais élève au Lycée de Nîmes, les anciens racontaient aux bizuts l’anecdote suivante, d’où ils prétendaient  tirer la preuve que le proto, M. Darboux, était un « chic type ».

Un dimanche, M. Darboux faisait (…) sa coutumière promenade à travers les cours, gourmandant l’un, félicitant l’autre de sa grosse voix qui sortait de sa moustache et de sa barbe, quand un élève s’approcha et lui demanda un entretien.

- Voilà, Monsieur le Proviseur !  je suis en retenue ! 
- Ah ! qu'est-c'e que tu as fait ?
- Oh ! pas grand'chose ; mais je suis en retenue ; il faut cependant que cette après-midi je sorte ; il le faut absolument, Monsieur le Proviseur !
-Tu crois que ça se fait comme ça ! Je suis en retenue, il faut que je sorte. Tout le monde en dirait autant et il ne resterait plus personne.
- Oh ! moi, Monsieur le Proviseur, moi, ce n’est pas la même chose, il faut que j'aille aux arènes !
- Qu'est-ce que tu me chantes là ? Il faut que tu ailles aux arènes ! Eh bien ! mon ami, tu t'en passeras, tu feras comme, moi ; d'ailleurs, on fera bien la course sans toi.
- Oh I Monsieur le Proviseur, vous commettez une grosse erreur ; sans moi, on ne fera pas la course.
- Voyons, mon vieux, ne fais pas l'idiot. Tu es en retenue et tu y resteras ; tu iras aux arènes dimanche prochain.
- Monsieur le Proviseur,  il faut absolument que je sois aux arènes cette après-midi, parce que...
- Parce que, quoi ?...
- Parce que Plumeta, vous savez, le torero dont le nom est sur l’affiche, qui doit courir cette après-midi.
- Eh bien !...
- Eh bien ! c'est moi !

M. Darboux, qui était nîmois, et sans doute aficionado, comprit qu'en effet, comme l’avait dit l’élève, on ne pouvait se passer de lui aux arènes et lui permit de sortir ».

Extrait d'un récit d'Alfred Gabourdes
26 mai 1912




La vie de Léonce ANDRÉ  "Plumeta"  (1880 – 1915)

Né à Lussan, Gard, il participe à des capéas autour de Nîmes dès l’âge de 15 ans. Il devient novillero, avec à son actif, de réelles qualités si l’on en croit la presse régionale de l'époque unanime à plébisciter son talent. (A l’inverse, nous ne trouvons pas trace de Plumeta dans les manuels espagnols que nous avons consultés).

Après de bonnes études au lycée de Nîmes, sa mère l’incite à préparer une carrière militaire qu’elle juge moins risquée que le métier de torero. Pour autant, il n’abandonne pas tout à fait la fiesta, donnant des conférences, écrivant récits et revistas dans la revue « le torero » et même un manuel intitulé « LA TAUROMACHIE MODERNE » (en vente sur eBay)

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En 1914, il épouse Adrienne Charre, fille du propriétaire du Modern’Hôtel situé à Nîmes sur l’avenue Feuchères. Il voyage, notamment en Espagne où il est reçu par le roi Alphonse XIII.

Lieutenant dans la coloniale, il fait ses armes dans les campagnes du Maroc, de Madagascar et d’Indochine. Blessé en 1914 et décoré pour sa bravoure, il tombe finalement au champ d’honneur sur le front de la Marne en février 1915, à l’âge de 35 ans.




Nous remercions Frédéric Lauret qui a mis gracieusement à notre disposition  une précieuse documentation concernant « Plumeta ».

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1947 : situation insurrectionnelle dans les arènes d'Arles

Publié le par Charles CREPIN.




 

René CHAVANIEU dit "CHACHA", figure emblématique de l'aficion nîmoise, nous a fourni la photo ci-dessous, assez surprenante représentant les arènes d'Arles dévastées le 4 mai 1947, accompagnée d'un commentaire décrivant les circonstances qui ont amené les aficionados à se transformer en émeutiers et à tout casser ce jour là. Quand on pense que, de nos jours, il n'y a même plus de broncas… 
 



 



M
ai 1947 (…) les arlésiens étaient avides de corridas et (…) la guerre les avait peu favorisés. En 1946, l'amphithéâtre n'avait connu qu'une seule course : une course dite mixte avec José Gonzalez Carnicerito de Mexico, José Pulido Colombiano et José Valle Chato de Movera.
 

La frontière espagnole étant fermée — elle ne rouvrira qu'en février 1948 - organiser des corridas n'était pas, pour Vicente Jorda, chose facile. Le 4 mai 1947, les affiches annoncent cependant une corrida de la ganaderia Yonnet, pour Manuel Martin Vazquez, Benigno Aguado de Castro et Bonifacio Garcia Yoni.
 

Mais la frontière restant résolument fermée, Jorda se fait renvoyer de Madrid par Pedro Recorte le torero mexicain Carlos Vera Canitas, qui arrive en France sans cuadrilla. Vicente Jorda, qui disposait déjà de José Pulido Colombiano, tient les deux tiers de son cartel... Il reste à le compléter avec les subalternes vivant en France, lesquels refusent toute participation à une corrida sans matador espagnol... Le conflit hispano-mexicain est encore présent à toutes les mémoires.

 

Pour l'organisateur Jorda, les choses deviennent compliquées ! On se précipite chez Paco Bernal et Florentino Ballesteros, qui résident en France. Florentino avait fait des études commerciales et possédait le sens des affaires : Jorda a le couteau sous la gorge et le torero exige un cachet élevé. Après maintes palabres et l’intervention du Sous-Préfet d'Arles, soucieux de voir un règlement rapide de l'affaire, Ballesteros est inclus au cartel. Mais tout n'était pas réglé pour autant.   

 

Ballesteros avait bien reçu l'alternative à Barcelone, en octobre 1933, des mains de Vincente Barrera. Mais le succès du matador n'étant jamais arrivé, Ballesteros, aragonais né à Saragosse, renonça à l'alternative en 1936 pour redevenir novillero, et même plus tard, simple banderillero.
 

Et Canitas refuse de faire le paseo aux côtés d'un banderillero ! Après de nouvelles palabres, on arrive à un accord : la corrida sera mixte et Ballesteros combattra ses adversaires en fin de spectacle... Jorda retrouve le sourire... Mais peu de temps avant le début de la corrida, Florentino Ballesteros annonce qu'il ne fera pas le paseo. Motif : on l'a averti trop tard qu'il devait toréer et il a trop mangé ! Ce qui laisse rêveur en période de rationnement ! L'autorité se fâche : Ballesteros ira en prison !
 

Dans ['amphithéâtre romain, l'heure fatidique a sonné : le paseo s'ébranle, avec Carlos Vera Canitas et El Colombiano. Derrière eux, deux banderilleros, le français Charles Michelet et Teodoro Ruiz Macareño, ancien torero qui devait trouver une mort tragique dans les corrales des arènes de Nîmes, le 4 juillet 1954. Mais de picador ? point ! Le président ? Absent !
 

 Le ton monte, les cris de " Remboursez " fusent. En quelques minutes, l'incident se change en insurrection et les aficionados en émeutiers. Les planches et les bancs volent. Au centre de la piste, on a entassé des matériaux divers et on prépare l'autodafé... La police devra intervenir et la course sera annulée...

 

René CHAVANIEU

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