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12 articles avec culture taurine

"La corrida" trottinait dans ma tête...

Publié le par Paul Bosc

Pourquoi, en prenant place sur les tendidos des arènes Manuel Benitez « El Cordobes » à Palavas la chanson de Gilbert Bécaud « la Corrida » trottinait dans ma tête ? Peut-être parce qu’elle rappelait qu’à une époque, les poètes écrivaient des vers et chantaient la tauromachie (Paroles de Louis Amade - 1956). Peut-être que les arènes joyeuses du dessinateur Dubout inspiraient cette nostalgie. Peut-être aussi que, comme dans la chanson, la Méditerranée toute proche continuait à rouler ses galets :

Ecouter : https://www.youtube.com/watch?v=ZM3CP1VxzYY

Voir le compte-rendu de Paul Bosc sur le site de la Fédération des Sociétés Taurines de France "Le beau triomphe de Juan Bautista"

http://torofstf.com/content/le-beau-triomphe-de-juan-bautista-à-palavas-par-paul-bosc

Les arènes gonflées d'une foule en délire
Regorgent de couleurs et d'âpre envie de sang
Il y a des soupirs et des éclats de rire
Et des épées pointues comme des cris d'enfants

On y vend des serments, des enjeux et des âmes
Des cacahuètes, des jus de fruits et des drapeaux
Des chapeaux de papier dont se parent les dames
On y vend de la mort noire comme un taureau

Soudain la foule crie
Comme pour une éclipse
Cyclone de folie
Remous d'Apocalypse

Car voici
Celui de, celui dont, celui qui, celui quoi
Celui que l'on attend
Le matador porté par la lumière,
Le matador, qui porte de la peur

C'est l'enchevêtrement de deux monstres qui bougent
La lutte a commencé, hissée par les bravos
Dans les valses de bonds, de bonds à cape rouge
Qui donc est le plus seul de l'Homme ou du Taureau?

Et pendant ce temps-là
La Méditerranée
Qui se trouve à deux pas
Joue avec les galets

La bête a longuement respiré la poussière
Elle a humé la Mort qui longuement passait
Dans un saut fabuleux qui fit trembler la terre
Elle a choisi la Mort qui fut son invitée.

Le cirque en explosant
D'un tumulte biblique
Paraît donner son sang
A ce sang en réplique

Car voici
Celui de, celui dont, celui qui, celui quoi
Celui que l'on attend
Le matador porté par tout un peuple
Le matador victorieux de sa mort

Demain quand sonnera à l'heure catalane
Le Midi au soleil éreinté de repos
Vous verrez, j'en suis sûr, à l'église romane
Entrer le matador pour dire son credo

Et pendant ce temps-là
La Méditerranée
Qui se trouve à deux pas
Joue avec les galets

Publié dans Culture taurine

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Paco Camino, "el niño sabio"

Publié le par vingtpasses

 

Il dormait quelque part, sur une étagère, oublié, même si la mémoire avait retenu son existence. Il a suffi d’un après-midi de pluie, en cette semaine de fin d’année, pour le revoir, l’ouvrir, se souvenir…

« Paco Camino, el Mozart del toreo »  côtoyait  “ Nacido para morir”  consacré à la vie de Paquirri, sur le rayon de la bibliothèque, deux ouvrages de la collection  “La Tauromaquia” parus chez éditeur espagnol Espasa-Calpe, il y a maintenant longtemps : en 1984 pour Paquirri,  dix ans plus tard pour Paco Camino. Deux destins exceptionnels et deux « figuras » de la tauromachie du XXe siècle. D’ailleurs c’est Camino qui avait été le témoin d’alternative de Paquirri comme celle de José Falcon, tous deux morts par la corne de toros.


paco-camino-ladrillos

Mais revenons à ce témoignage d’une époque révolue que Carlos Abella raconte dans cet ouvrage et souvenons-nous… Nous sommes en 1960. Nous étions ados et attendions l’ouverture des portes des arènes sur le coup de midi pour être assis juste en dessus de la présidence en ayant payé un billet d’amphithéâtre. Bien sûr il fallait attendre 4 ou 5 heures, sous le soleil avant que le speaker de service, je crois me souvenir qu’il s’appelait Casabianca, nous rappelle qu’il fallait faire attention aux picpockets et que « la Marseillaise » résonne, mettant les arènes debout.

Le dimanche 5 juin, Julio Aparicio, Jaime Ostos et le nouveau matador de toros Paco Camino étaient au paseo de cette corrida de Urquijo mais un des bichos devait être remplacé par un Carlos Nuñez. Un trio qui devait être souvent renouvelé, au début des années 60 avec ou sans Antonio Ordoñez ou Diego Puerta.

Dans la revue « Toros » Paquito commente cette course et plus particulièrement  le combat du  « Niño Sabio » qui avait reçu l’alternative quelques semaines auparavant  à Valencia, sortant en triomphe avec Jaime Ostos d’une corrida de Urquijo.  A part une novillada à Roquefort, il n’a jamais toréé en France mais la presse et la radio espagnole ont souvent relaté ses triomphes comme cette novillada, sa deuxième seulement avec picadors, où il coupa 2 oreilles, la queue et la patte. Ce garçon, âgé de 20 ans né à Camas, calle du Général-Franco le 14 décembre 1940, viendra ensuite toréer à Nîmes 29 corridas, plus que Bayonne (28) et seulement 3 à Arles et Fréjus. Mais c’est Barcelone qu’il affectionne et où il a le plus torée (82 corridas) pendant sa carrière qui s’est terminée en 1987.

« Un bicho dont il fallait ne pas perdre la tête parce qu’il s’arrêtait en suerte, se serrait, derrotait à mi-course… » Le  Niño fit étalage de son sens du terrain. « Ses veroniques et son remate furent dignes d’un vétéran » poursuit le revistero qui retient les chicuelinas et la rebolera et les trincheras et firmas qui commencent la faena puis redondos et naturelles, trois par trois, terminés par le pecho. « Surgirent enfin l’envolée du molinete et de deux banderas. Et alors ce fut l’entrée a matar, sensationnelle, croisant à la perfection, basculant sur la corne. Le chico mit trois-quart d’épée légèrement en avant. Un descabello. Pétition d’oreille. Deux tours de piste, bronca à la présidence, le public se demandait un peu s’il avait assisté à un vrai combat où s’il avait rêvé… »

Pierre Dupuis conclut ainsi cette reseña dans son livre « Toros à Nîmes » : « Ce fut la première des nombreuses tardes que Camino devait toréer à Nîmes, pas toujours, hélas, dans d’aussi bonnes dispositions. »

La dernière corrida de Paco Camino à Nîmes devait être le 6 juin 1981 avec au paseo El Cordobes et Patrick Varin et des toros de Manolo Gonzalez et Sanchez Dalp. Entre 1960 et 1983, Camino a torée 8 fois avec Nimeño et une fois avec Richard Milian mais 260 corridas avec Diego Puerta ; 184 avec El Viti ; 139 avec El Cordobes ; 128 avec Antonio Ordoñez ; 103 avec Paquirri et 95 avec Jaime Ostos. Il a torée pendant ces temporadas, 1456 corridas coupant 467 oreilles, 1046 deux oreilles et 141 queues.

Entre temps il sera présent à nouveau dans l’amphithéâtre nîmois pour une corrida-événement comme sait les dresser Simon Casas. Paco Camino et Miguel Baez Litri donneront à leurs fils Rafi et Mike l’alternative.

C’était le 26 septembre 1987.

On dit que « Canal + »  aurait ajouté 2 millions de Francs, uniquement pour les toreros. Dans le callejon toute la presse française et espagnole était invitée. Les deux récipiendaires sont vêtus de blanc et d’or. Une ovation accueille les toreros et Georges Lestié écrit pour « Toros » : « Ce fut une corrida à part ». On avait amené 11 Jandillas pour éviter les surprises. Ils donnèrent à la course l’allure du festival qu’elle était.

Mike Litri fut le premier sacré par son illustre père. Il fut quelconque, tua mal et l’oreille accordée fut contestée. Celle coupée au cinquième fut plus méritée. Son père montra encore à 53 ans son savoir taurin. Il coupa une oreille et sa… coleta qu’il offrit à la ville.

Rafi Camino fut décevant au toro d’alternative et se racheta au dernier mais laissa le succès à son père. Paco surclassa tout le monde.

« La faena comptera certaines séquences éblouissantes, écrit Georges Lestié, doblones du début, série de quatre naturelles aériennes et pecho immense… Une leçon d’adaptation des cites, de toreo sans effort, toreo de poignet et de « tête privilégiée » avec majesté naturelle et cette fluidité du geste, intacte, enchanteresse parfois. »

Paraphant le tout, une ahurissante estocade, portée au ralenti, décomposant les temps, jusqu’à la garde. Une oreille qui valait toutes les autres, grande ambiance lors de la vuelta finale sur les épaules et sortie triomphale.

 

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Les toros combattus par Paco Camino

Contrairement aux toreros actuels, Paco Camino a combattu pratiquement toutes les encastes et même s’il disait qu’il préférait les toros santacolomas, les statistiques prouvent que ce sont les toros de Juan Pedro Domecq qu’il a le plus estoqués : 160 mais les Joaquin Buendia arrivent tout de même en seconde position avec 145. Depuis ses débuts en 1954 dans un festival où il paraît en culottes courtes et larges qui descendaient jusqu’aux genoux où il coupa 2 oreilles, la queue et la patte d’un becerro de  Baldomero Sanchez, le torero de Camas a triomphé tant en Espagne qu’en France et en Amérique, notamment au Mexique où il rencontra son épouse, fille de l’empresa de la Monumental de Mexico, Norma Gaona. Leur mariage a eu lieu en l’église de Coyoacan le 23 novembre 1963 et la noce suivie par 2000 personnes.

A Séville, l’un de ses grands triomphes  l’a été face à un toro de Celestino Cuadri ; à Madrid à Las Ventas, il a coupé quarante oreilles et est sorti dix fois par la Grande Porte, entre 1963 et 1976. Sa faena au toro « Serranito » de Pablo Romero, ses quatre oreilles aux deux toros de Galache, en 1963, ses triomphes répétés devant les Baltasar Ibán, son solo de la corrida de Bienfaisance en 1970 où il va, de sept façons différentes, toréer sept toros issus de sept élevages, et couper huit oreilles, en font, avec El Viti, le torero absolu de Madrid. Mais Paco Camino connut de tristes tardes comme celle de Lima où il entendit les 3 avis. Toutefois sur l’ensemble de sa carrière, il ne reçut que 19 avis.

La vie aussi le marqua terriblement puisqu’il perdit son frère Joaquin, peone de confiance par la corne d’un toro dans les arènes de Barcelone le 3 juin 1973.

Dans la première partie de sa carrière et jusqu’en 1969, il toréa souvent des Francisco Galache, Antonio Perez, Martinez Elizondo, Marques de Domecq et Atanasio Fernandez puis des Juan Pedro Domecq, des Joaquin Buendia, Torrestrella, Juan Mari Perez Tabernaro, Baltazar  Iban et Manolo Gonzalez. S’il ne rencontra que 4 Victorino Martin et 4 Miura, il combattit 30 Pablo Romero.

« El Niño Sabio de Camas » aura marqué son époque mais restera dans les souvenirs de l’aficionado comme un grand estoqueador et se distinguait à la cape par ses veroniques mains basses et pieds plantés au sol et ses chicuelinas.  Un grand torero classique qui se convertit à l’élevage après avoir quitté les ruedos.

En 2005, le gouvernement espagnol lui remit la médaille des Beaux-arts.

Le livre se referme. Paco Camino nous aura fait rêver, une fois encore.

 

Paul BOSC

 

Bibliographie : « Paco Camino, el Mozart du toreo » de Carlos Abella ; « Toros à Nîmes” de Pierre Dupuy et le journal “Libération” Jacques Durand


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Rafael El Gallo, l'autre torero de la démesure

Publié le par Vingtpasses

Ce matin, un excellent article du blog "...algo de memoria... décrit la grandeur et la misère du torero Cagancho (*). l'auteur rêve de connaître  "Malgré tout ce que ça implique de tardes désastreuses, (...) un torero pareil. Un qui ressemble à Cagancho, ou à Curro Romero, ou à Rafael de Paula".

J'en rêve aussi. Mais il en fut un autre, célèbre dans la démesure, grand dans ses triomphes, piteux pour ses nombreuses fuites :  Rafael Gómez Ortega "El Gallo", qui n'a pas trouvé de successeur...

C'est l'occasion de remettre en première page un article publié dans Vingtpasses le 9 mai 2009, qui évoquait ce torero hors du commun.

 

"Le toreo n'est pas la messe des morts"


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Rafael Gómez Ortega « El Gallo » (1882-1960), fut l'un des toreros les plus fins, les plus captivants et les plus fantasques de l'histoire de la tauromachie. Le moindre écrit le concernant libère une avalanche de louanges et de superlatifs qui vous submergent, ou bien, de défauts et de reproches désopilants, voire méprisables ou honteux. Artiste, sublime, colossal, malicieux, fantaisiste,  "provoquant les sourires de joie plus que les olé profonds"...  Mais aussi, hélas : « toreo fait de ciselures, souvent marginal et profilé, souvent résumé à l'arabesque, à l'adorno por la cara et fuera de cacho, (ce qui ne veut pas dire qu'il n'ait jamais toréé de près, au contraire), absence de profondeur, torero fragile et inapte à la domination, plus attaché à pétiller et faire étalage de sa grâce que soucieux d'allonger la charge des fauves dans des passes longues...», ainsi que l'écrit Jacques Francès dans son livre El Gallo, orfèvre de l'éphémère (1).

Rafael « El Gallo », contrairement à son frère cadet, le grand «Joselito», n'était pas fait pour « commander ». Homme délicieux, délicat, pacifique, il fuyait les violences, les querelles et les compétitions, aussi bien que le combat dans l'arène, et préférait jouer avec le toro. Il toréait pour lui, sans se soucier des gradins et des modes, auxquelles il n'emprunta strictement rien. Il ne copiait pas, il avait son toreo, et il n'a jamais été facile de le classer dans une école ou de le répertorier dans un cadre ou un style particulier, si ce n'est le sien, inspiré des anciens, Lagartijo et Guerrita, et qu'il construisit avec fantaisie et pure inspiration. Et à l'inverse, sa grande originalité, sa singularité et son art sublime ne furent pas imités, même si beaucoup de toreros apprirent à son contact. Et le grand Juan Belmonte avoua avoir pleuré en regardant les passes du Gallo ! Torero gitan, au tempérament inconstant, le «divin chauve» pouvait basculer de la cime des plus hauts sommets vers le fond de vertigineux précipices. Il était habitué aux plus grands triomphes sur des fauves terrifiants, qui l'inspiraient, mais aussi à des fuites honteuses et d'ignominieux refus de tuer, face à des toros convenables qui subitement, on ne savait pourquoi, le terrifiaient. Ainsi, il récolta sur la piste autant de têtes d'ail, poivrons et choux-fleurs pour ses pitoyables « espantadas » que de cigares et de fleurs pour ses triomphes, dans d'interminables tours d'honneur.
 
El-Gallo-par-JF-Aguayo.jpg  El Gallo par José.Fernández-Aguayo
Notons ce détail singulier : en 1927, à Nîmes, au comble de la désinvolture, il fuma un cigare en toréant, ce qui irrita au plus haut point les spectateurs nîmois. Désinvolte, insouciant et farceur, il le fut : il lui arriva de brinder trois fois le même toro à des personnes différentes, puis de s'en aller vers son frère José (Joselito) pour lui demander de tuer à sa place la bête qui subitement ne l'inspirait plus ! Bref, on peut dire qu'il inventa le concept du "toreo non-combatif", ainsi que le souligne Domingo Delgado de la Cámara dans son ouvrage Le Toreo revu et corrigé (2) .

Sa vie privée ne fut pas moins originale : à trente ans, il séduit la célèbre danseuse de flamenco Pastora Imperio, et, une nuit, il l'enlève et l'emmène à Madrid où ils se marient. La belle était séduisante, intelligente et passionnée dit-on, mais le mariage ne dura guère plus que « le temps d'une faena » : Rafael décida, cette fois encore, de prendre la fuite...  El Tío Pepe a écrit que Rafael était à ce point un torero intemporel qu'il aurait pu sans problème alterner avec « Paquiro » et Cúchares » s'il était né en 1830, mais aussi avec  Camino ou « El Viti » dans les années 50. 
  
Il n'empêche, « El Gallo » inaugura une triste manière de fuir certains toros pendant le combat, aux antipodes de la finalité et des principes de la lidia, manière que certains toreros, plus proches de nous, ont hélas reprise à leur compte, d'une manière plus discrète et subtile.
   

Charles CREPIN 


* Cagancho http://algodememoria.blogspot.fr/2013/12/cagancho.html

Voir aussi http://www.torofstf.com/ubtf  le livre "Gagancho" vient de paraître aux éditions UBTF

  (1) El Gallo, orfèvre de l'éphémère - Editions UBTF 1996).

(2) Le Toreo revu et corrigé - Alianza Editorial Madrid 2002- Traduction française Loubatières 2004

 


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La littérature tauromachique aujourd'hui

Publié le par vingtpasses

Par Dominique Valmary


L’acte littéraire est extraordinairement adapté au thème éternel du taureau et de son affrontement à l’homme. Cette légitimité s’enracine dans la mythologie méditerranéenne qui a tant nourri l’imaginaire, contribué à élever les constructions spirituelles et, avec la préoccupation de transmettre, justifié de coucher les dires sur des supports plus ou moins durables. La codification de la corrida moderne élaborée au temps des Lumières a ouvert la voie au foisonnement des modes et des types d’expression. Les premières publications ont abordé le sujet sous la forme de traités décrivant les règles qui vont structurer la corrida.

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Tauromaquia - Cadiz 1786

 

De la magnificence au picaresque

Rapidement l’écriture s’ouvrira au récit et à la fiction. Au 19° siècle les écrivains voyageurs découvrent l’Espagne et en particulier cette pratique qui ne peut laisser indifférent, ni ceux qui aiment, tels Théophile Gauthier ou Prosper Mérimée, ni ceux qui dénoncent avec le souci de comprendre avant de juger comme  Ernest Cœurderoi, ce médecin français contraint à l’exil au Second Empire. Ils contribuent ainsi à la diffusion de ce phénomène qui n’est ni un rite, ni un sacrifice, ni un art ou un sport mais certainement un peu de tout cela. Les formes habituelles d’expression suivront : romans, nouvelles, essais, biographies, sans parler des chroniques ou de la poésie sans oublier les arts plastiques, la musique, l’opéra ou le cinéma.

Sujet anobli par les plus grandes plumes du 20° siècle la corrida présente pourtant à l’œil critique de l’observateur deux faces qui s’opposent. D’un côté la grandeur des représentations élevée au rang de rite, de sacrifice, avec cet enjeu de vie et de mort qui sublime le combat, et d’autre par les aspects triviaux, rustiques pour ne pas dire ancillaires liés à la manipulation de l’animal avant le combat et de la dépouille à son issue. Entre ces deux extrêmes la corrida s’abandonne avec délectation aux mots et elle s’expose indifféremment à la magnificence et à l’emphase mais aussi à la truculence et au picaresque. Parfois aussi, elle se prête à la déraison ou au délire. C’est là un de ses charmes.


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Mais où en est la littérature taurine en ce début de vingt et unième siècle ?

Force est de constater que les grands écrivains, ceux qui font l’actualité littéraire et occupent le haut des rayons et les têtes de gondole, ne prisent plus guère la tauromachie comme cadre de leurs intrigues et de leurs analyses sociétales bien qu’on puisse en croiser certains dans les arènes. Est-ce que la matière est épuisée et qu’il n’y a plus rien à en dire ? Est-ce un sujet considéré comme étant désormais en décalage avec les évolutions et les attentes des populations ? Au-delà des écrivains, les philosophes ont su prendre la plume avec succès pour amener du contenu à l’analyse de la raison d’être de la corrida et expliquer aussi ce qui en garantit la pérennité. Ce thème est d’évidence moins porteur mais il faut aussi y voir le résultat de l’image fâcheuse véhiculée par l’approche anglo-saxonne du bien être animal et la pression des abolitionnistes.

Nombreuses sont les personnes qui s’essayent à l’écriture avec plus ou moins de bonheur et osent s’exposer à l’appréciation des lecteurs ; il y a même nombre d’auteurs estimables par l’originalité de leurs écrits ou par leur style. Ce phénomène a toujours existé dans le passé comme en attestent les bibliographies publiées ou accessibles. Reste que le postulant devra s’adapter aux évolutions qui touchent désormais les mondes de l’édition et de la distribution.

Petits éditeurs passionnés, esprit militant

L’effacement des grandes maisons d’édition peut s’expliquer soit par la sensibilité du sujet, soit par la rareté de textes de qualité à la hauteur de leurs exigences, soit par les contraintes économiques liées au marché qui les obligent à réduire les prises de risque. Cependant, un inconvénient peut devenir un avantage puisque cet état de fait permet de découvrir la myriade ou la constellation constituées de ces petits éditeurs passionnés qui, comme l’artisan de quartier, défendent un savoir faire et une culture par la diversité des publications et encouragent ainsi les initiatives. Ils résistent parce qu’ils possèdent le sujet et qu’ils savent pénétrer le microcosme. Demeure chez eux l’esprit militant pour les causes que les grandes maisons ont abandonnées. Le revers de la situation est de « communautariser » la diffusion ce qui est réducteur et en contradiction avec l’idée même de culture.

Les mêmes sujétions produisent les mêmes effets en matière de distribution ; les réseaux ont progressivement « allégé » les linéaires jusqu’à supprimer toute exposition de littérature taurine et les indépendants ne s’aventurent que s’ils ont une inflexion vers la corrida soit qu’elle tienne à l’attachement personnel du libraire, soit à la localisation de son commerce dans une région de tradition.  Les libraires spécialisés vont perdre dans quelques semaines un des leurs qui n’a pas trouvé preneur pour assurer la succession; il faut avoir la foi à l’heure de la concurrence de la vente à distance ; il l’avait, ayant dénommé sa boutique « Pays Passion », c’était une adresse appréciable et appréciée à Biarritz.

 

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En matière de promotion, le mundillo, puisque l’édition se resserre autour de son cercle d’influence, fait plutôt dans la discrétion ; il y a peu de notes de lecture dans les revues taurines au regard du nombre d’ouvrages publiés. Les prix littéraires sont peu accessibles lorsque l’écrit traite de tauromachie et ceux qui sont dédiés à la corrida ne sont qu’au nombre de quatre ou de cinq et plutôt discrets dans leur démarche sauf peut être celui qui s’est donné les moyens de communiquer.


Quelles sont les tendances actuelles ?

Lorsqu’ils écrivent, de nombreux auteurs restent attachés au papier et à la relation si intime qu’il entretient ; d’autres se sont mis au clavier qui offre des facilités infinies de maniement même s’il occulte la graphie et les ratures qui font l’émotion procurée par les manuscrits ; cette émotion reste nettement supérieure au copié-collé ou à la sauvegarde sur disque dur.

Les nouveaux modes de communication ne sont pas neutres, ainsi l’avènement d’internet multiplie les opportunités de pouvoir publier ce qui reste l’aboutissement de l’acte d’écrire. L’inconvénient est la volatilité des publications sur le web où la notion de durée n’existe que pour celui qui prend la peine ou dispose du temps pour effectuer les recherches. La péremption de l’écrit se fait par l’effacement du texte lors de la parution de l’écrit suivant et par la rapidité de consultation par le lecteur.


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De la tablette numérique ... à la force du livre-papier

Que penser d’une cyber-bibliothèque dont l’outil associé, présenté aujourd’hui comme étant incontournable, est illustré par la tablette numérique ? La corrida ne pourra éviter l’évolution et, déjà aujourd’hui, figure au catalogue la première offre d’un livre numérique taurin, me semble-t-il, avec la version dématérialisée de « la corrida parfaite », l’ouvrage de Simon Casas. Un autre avantage sera de rendre accessible au bibliophile les fonds taurins et les ouvrages rares s’ils sont numérisés un jour. Il reste qu’une question essentielle n’est pas résolue, celle de la durée dans le temps du stockage des données numériques ; elle tient à l’obsolescence des supports et des formats utilisés qui sont rendus régulièrement caducs par de toujours nouvelles découvertes. En la matière l’exemple de la musique enregistrée devrait mener à beaucoup d’humilité, elle dont les supports ont rapidement évolué au cours des années rendant inutilisables les lecteurs de toutes sortes, les disques,  bandes, cassettes et les divers formats.

La littérature sert la culture taurine et assure à la fois la transmission, la pérennité et l’enrichissement des idées et des représentations par les messages et les témoignages qu’elle véhicule. Là, demeure la force du livre-papier que l’on range dans les rayons de la bibliothèque directement à portée de main et toujours disponible pour une éventuelle consultation. Personnellement j’apprécie l’aide apportée par internet au collectionneur chineur dans la recherche de l’objet rare ou désiré en ce qu’elle facilite la mise en relation de l’acheteur et du vendeur. Le champ de tous les possibles est plus que jamais ouvert comme l’édition d’ouvrages à l’unité évacuant ainsi le souci de la programmation aléatoire du tirage. Il reste donc aux libraires professionnels à investir les techniques informatiques et les outils qui leur permettront de mieux satisfaire le client par rapport aux monstres généralistes et impersonnels que sont devenus les diffuseurs industriels présents sur la toile.

 


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Musidora, la vamp amoureuse de l'Espagne

Publié le par Dominique VALMARY

  Musidora photo

 

Le succès du film « the artist » a-t-il aidé la présentation de films muets au cycle « les femmes de cinéma » par la cinémathèque de Toulouse ? Au premier abord il est permis de le penser et, même si c’est le cas, l’histoire du 7° art vient atténuer cette influence par la place essentielle occupée par  l’actrice Musidora et son réalisateur fétiche Louis Feuillade parmi les animateurs du premier tiers du 20° siècle. Et tout ceci avec un lien, étonnant et comme naturel, avec la corrida.

JEANNE ROQUES, alias Musidora (1889-1957)

 Jeanne Roques est née à Paris le 23 février 1889 dans un milieu artistique et engagé : son père compositeur de musique est aussi théoricien socialiste, sa mère critique littéraire féministe et peintre.


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Très jeune elle exprime ses prédilections pour les arts, monte sur les planches à l’âge de seize ans et prend pour nom de scène Musidora à la lecture de Fortunio, le roman de Théophile Gautier. Elle se produit dans diverses comédies, revues et surtout dans une adaptation de Claudine à Paris, œuvre alors attribuée à Henry Gauthier-Villars dont on apprendra plus tard qu'elle était l'œuvre de Colette son épouse. Musidora noue avec elle une amitié durable.

En 1913, Musidora apparaît pour la première fois sur les écrans, dans « les misères de l'aiguille », un drame noir à caractère social. Un an plus tard, elle signe un contrat à long terme avec la Gaumont et fait la connaissance de Louis Feuillade qui a réalisé la série très populaire des Fantômas. Ce cinéaste choisit Musidora pour incarner Irma Vep (anagramme du mot « vampire ») dans son chef-d'œuvre, « Les Vampires ». Vêtue d’une combinaison noire moulante, Musidora fait sensation dans ce rôle de la femme fatale partenaire du Grand Vampire qui dirige une société secrète de brigands semant la terreur dans Paris.


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Première femme fatale du cinéma français elle affiche une plastique irréprochable, de longs cheveux noirs, une peau très blanche rehaussée par un regard charbonneux; ces canons font d'elle l'incarnation de la beauté moderne. 

Après son mariage en 1927 avec le médecin Clément Marot, dont elle a un fils, Musidora s’éloigne du 7° Art. Femme de lettres, elle écrit deux romans (Arabella et Arlequin et Paroxysmes), un recueil de poésies, des chansons et une trentaine de pièces de théâtre. Après la réalisation d’un ultime court-métrage en 1950, elle termine sa carrière auprès d’Henri Langlois à la Cinémathèque Française au service presse et documentation. La muse des surréalistes (Louis Aragon et André Breton ont écrit, « Le Trésor des Jésuites », une pièce lui rendant hommage où tous les noms des personnages sont des anagrammes de Musidora : Mad Souri, Doramusi ...,), la première vamp du cinéma français s’éteint le 7 décembre 1957.

Louis Feuillade réalisateur aficionado

Louis Feuillade, né à Lunel le 19 février 1873, est issu d'une famille modeste ; son père est commissionnaire en vin. Sa famille, très pieuse, lui assure une instruction catholique suivie à l'Institut Religieux de Carcassonne. Jeune homme, Louis s’intéresse à la littérature et écrit de nombreux drames, vaudevilles et poèmes mais c’est surtout grâce à ses articles passionnés sur la tauromachie qu’il construit localement sa réputation.


louis Feuillade 2

 

 Son imagination féconde lui vaut d'être engagé chez Gaumont comme scénariste, et sa compétence technique le mène bientôt à la mise en scène. Léon Gaumont le nomme directeur artistique et donc responsable des choix artistiques d'une compagnie dont l'ambition est de concurrencer la maison Pathé.Lorsque le concurrent éternel annonce la présentation française du film « Les Mystères de New York», il réagit en recherchant l'actrice capable de rivaliser avec Pearl White: ce sera Jeanne Roques, alias Musidora. Les protagonistes, Judex et Diana Monti, se disputent, pour des causes opposées, la fortune d'un banquier véreux. Il décède à 52 ans, le 26 février 1925, à Nice, des suites d'une péritonite, quelques jours à peine après avoir achevé «Le Stigmate».

Passionné de tauromachie, il se fera connaître par ses chroniques taurines ; ces textes republiés sous le titre Chroniques taurines, 1897-1907 (éditions UBTF) mettent en exergue le militantisme actif de l’auteur : sa riposte à l’académicien Julien Lemaître, violent anti taurin, lui vaudra la reconnaissance du milieu aficionado parisien. Il adhère au Tori-Club Parisien  où il fait la connaissance  d’André Heuzé auteur dramatique et scénariste qui le met en contact avec le monde du cinéma. Il rédige également le feuilleton tauromachique intitulé : Mémoires d’un toréador français (éditions UBTF). Reconnu par sa ville, son nom sera  attribué au centre culturel.

Musidora en Espagne

L’artiste, déçue par plusieurs échecs, s'installe en Espagne En 1920, elle accepte de jouer « pour Don Carlos » (« la capitana Alegria »), adaptation d’un roman de Pierre Benoit. Un jeune sous-préfet, Olivier de Préneste, est nommé en décembre 1875 dans les basses Pyrénées. Dès son arrivée, il se trouve embarqué dans les rivalités qui opposent les partisans du prétendant au trône d’Espagne Charles de Bourbon,  Charles V, avec le pouvoir en place incarné par Alphonse XII. Il tombe dans un piège monté par Alegria Detchart, l'égérie de l'insurrection carliste et se rallie à la cause carliste avec sa fiancée. Faits prisonniers et condamnés à mort, ils sont sauvés par Alegria qui se sacrifie pour eux. Cette période troublée de l'histoire de l'Espagne débuta en 1830, année au cours de laquelle le roi d'Espagne Ferdinand VII modifia en faveur de sa fille Isabelle II, et au détriment de son frère don Carlos, l'ordre de succession à la couronne. Sur les plateaux elle fait la connaissance d’Antonio Cañero, une rencontre qui influence sa carrière.

Antonio Cañero l’être aimé

Né à Cordoue le 1er janvier 1885 et décédé en 1952, Antonio Cañero Baena est un rejoneador espagnol.


Antonio Cañero

 

Il est à l'origine de la renaissance dans son pays de la corrida à cheval délaissée pendant 150 ans. Professeur d'équitation dans l'armée, il devient capitaine de cavalerie. C'est à la suite du triomphe qu'il obtient à Madrid le 14 octobre 1921 au cours d'une corrida de bienfaisance qu'il décide de devenir professionnel. Avant cela, il avait participé à de nombreux concours équestres en France, en Espagne et au Portugal. Mais ses débuts dans la tauromachie remontent à l'année 1913 où on signale sa présence comme torero à pied dans des festivals taurins. Ses véritables débuts de rejoneador professionnel datent du 2 septembre 1923. Après la guerre, période où il reprendra la carrière avec le grade de commandant, il va s'intégrer parfaitement à la vie civile à Cordoue dont il devient conseiller municipal. Son nom reste attaché aux initiatives d’ordre social qu’il engage.

Le monde de la tauromachie lui doit une véritable renaissance de la tauromachie à cheval qu'il a codifiée.


Antonio Cañero 5

 

Cependant, cette forme de combat s'éteint avec lui. Il faudra attendre l'arrivée d’Alvaro Domecq Diez et de Conchita Cintron pour que le rejóneo retrouve les faveurs du public. C'est Antonio Cañero qui a eu l'idée de se passer d'un novillero pour la mise à mort du taureau. Il a mis pied à terre avec la muleta et a affronté directement l'animal. Il a également mis au point le costume de campo désormais adopté par les rejoneadors et posé les premières banderilles courtes dénommées « roses ». Le 1er novembre 1925 il se produit à Paris dans un spectacle équestre. Mais sa notoriété décroit assez rapidement en Europe. Après un triomphe sans précédent à Mexico en 1927, il torée de moins en moins jusqu'en 1935, date à laquelle il se retire des arènes.


Musidora et la corrida

Amoureuse d’Antonio Cañero elle recourt à ses services en qualité de conseiller artistique et acteur lors du tournage du film « Sol y Sombra » dont elle est la productrice, la réalisatrice et l’actrice principale. Dans cette tragédie tournée en 1922 à Tolède et en Andalousie une servante d'auberge, Juana, est fiancée à Antonio, un torero qui se laisse séduire par une étrangère. Antonio est tué lors d'une corrida. Juana, désespérée, poignarde alors sa rivale. Le roi Alphonse XIII déclare : " Une Française a fait là un film absolument espagnol et dans l'esprit espagnol".

En cours de tournage la comédienne est bousculée par un taureau ce qui ne l'empêche pas de réaliser un documentaire sur la vie des élevages. Ce film  « La Tierra de los Toros », composé de cinq tableaux : 1. La vie d'un ganadero, la veille d'une corrida. 2. La corrida, le rejoneador. 3. La laide. 4. Métamorphose. 5. Epilogue est largement inspiré de l’aventure que vivaient alors les deux acteurs.

 Deux réalisations mineures ponctuent son séjour : « une aventure de Musidora en Espagne » et « Juana, la servante d’auberge et la blonde étrangère ». Ces films ne lui apportent pas la fortune, ni même la gloire et, la quarantaine aidant, ils signent au contraire la fin de sa carrière cinématographique à l’heure de l’émergence du cinéma parlant et de la nouvelle silhouette de l’héroïne.

Tranche de vie

Le hasard provoque la rencontre de personnes qui deviennent de vrais personnages romanesques: la mythique femme fatale du cinéma muet, le réalisateur prolixe et l’icône du rejoneo. Cela pourrait être le prétexte d’un film avec pour décor  la Belle Epoque et l’ambiance colorée des Suds.  Synopsis : LF, un aficionado a los toros et militant de la cause, écrit « l’article » qu’il fallait avoir écrit en réponse à l’article violemment anti taurin de  l’académicien Jules Lemaître en pleine polémique relancée par la loi Bertrand interdisant en France les courses de taureaux; il est sollicité pour adhérer au club taurin parisien qui compte où lui est présenté l’homme qui l’introduit dans le mundillo du cinéma. Devenu directeur artistique de la Gaumont il découvre en M l’actrice à la plastique irréprochable dont il fait la première vamp de l’histoire du cinéma. Ont-ils parlé taureaux? Il reste que M s’installera en Espagne où, si elle poursuit sa carrière, elle séduit AC connu pour avoir inventé la corrida à cheval de l’époque moderne. La fin du scénario moins romanesque est plus difficile à envisager: de retour à Paris après une rupture sentimentale, un échec commercial et le décès de LF, M rentre dans le rang; elle adopte alors une vie bourgeoise et se consacre à l’écriture…..

C’est « une tranche de vie » dont les évènements semblent s’enchainer avec évidence et facilité ; hélas pour Musidora, elle coïncide avec l’arrivée du parlant qui promeut les nouveaux faiseurs de cinéma. D’autres destins, d’autres rencontres, d’autres aventures suivront...


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"Questions pour un champion"

Publié le par Dominique VALMARY

J C en 2012

Non vous ne rêvez pas, Julien Lepers vient d’enregistrer une séquence de son célèbre jeu sur le thème désormais fréquentable de la corrida, activité d’autant plus légale depuis la décision du Conseil Constitutionnel en ce 21 septembre. En voilà un extrait tiré d’une fiche consultée sur Facebook le jour du bug informatique :

« Je suis né le 28 février 1980 à Cistierna, province de Leon ; fils de bonne famille je me suis orienté très tôt vers un métier dangereux et aléatoire où priment courage et abnégation sans nier la part d’élégance qui en est aussi le signe. J’ai débuté le 8 mai 1999 à San Miguel de Valero devant des Cruz Madruga d’origine Montalvo donc Domecq y Diez. C’est à San Sebastian en 2001, un 1er avril,  que j’obtins la reconnaissance suprême des mains d’Enrique Ponce, mon parrain, en présence d’El Juli devant Entrador un Santiago Domecq de 562 kilos; cette reconnaissance se concluait par un salut au tiers avant que je ne sois blessé par mon second adversaire. Un mois et demi plus tard, le 17 mai, j’étais confirmé à Madrid par Ortega Cano et Finito de Cordoba devant Turronero le pupille de Doña Maria del Carmen Camacho, de sang  Carlos Nuñez. Je ferai ma présentation en France à Eauze la même année en compagnie de Victor Puerto et de Juan Bautista. Après une période difficile, quelques courses chargées d’émotions ont changé le cours de mon histoire : sûr de ma technique et de moi-même j’use désormais de mon dominio pour contraindre au mieux les Miura, Palha et autres Escolar ralliant à moi les aficionados les plus exigeants. Partisan de la corrida authentique je m’astreins à valoriser tous les membres de ma cuadrilla ; après Tito Sandoval en 2011 c’est au tour de David Adalid Sanchez de connaitre aujourd’hui et régulièrement les honneurs de saluts et de prix. Ma saison 2012 sera marquée de nombreuses cogidas, preuves s’il en est de mon engagement sincère, et surtout par mon succès printanier à Nîmes seul contre six Miura. Mes initiales sont J.C….

Je suis, je suis, je suis….? »

Comment exister en tauromachie quand on a dix ans d’alternative et une reconnaissance du mundillo toute relative? Comment se relancer lorsque la foi et l’envie sont toujours là mais que nombre d’illusions sont perdues?

J.C, les initiales sont déjà prises et  difficiles à porter… sauf par certains tel Javier Condé le torero qui, parfois, semble marcher sur l’eau, peut être très rarement mais alors il faut en être! La sélection est impitoyable et il a réagi après avoir pris conscience avec lucidité des limites qui s’imposaient à lui ; il a su prendre le virage des élevages exigeants en marquant son territoire. Pour cela il a rompu avec une certaine routine et cherché à surprendre en créant autour de lui une ambiance qui pour l’instant lui est propre ; mais jusqu’où ira-t-il?

L’engagement et le courage sont ses marques de fabrique indispensables pour affronter les taureaux dits de respect mais ce sont les fondamentaux de tous les oubliés du torerisme ;  elles  ne suffisent pas à compenser les faiblesses qui sont les siennes: un répertoire restreint, la « planta torera » plus dans la tête que dans l’expression corporelle, un peu froid le navarrais, ne permettent pas de faire la différence avec les autres belluaires de la classe. Il a pour lui son sérieux, l’avantage de la régularité dans son office et une autorité indéniable sur son équipe. L’opportunité que lui offre le retrait dans son créneau de compañeros plus anciens Victor Mendès, Richard Milian, Ruiz Miguel avant-hier, Stéphane Fernandez Meca et Luis Francisco Espla hier, El Fundi aujourd’hui mais aussi l’effacement d’un Rafaelillo et les espoirs déçus de tant d’autres lui permet de rebondir.

Désormais mature et peu susceptible d’évoluer, ses aptitudes physiques et ses qualités de torero le situent sur le plan technique dans la moyenne des actuaires condamnés aux corridas dures ; à lui de compléter un registre confiné aux gestes basiques traditionnels, ce qui ne suffit plus de nos jours, et à une irrégularité épée en main masquée en piste par son engagement à la mort, sans que l’on puisse mettre en doute sa sincérité devant les cornes. Cet autre chose qui fait la différence et crée l’écart avec les autres c’est l’attention qu’il porte à  mettre en scène ses combats.  

Cette référence empruntée au monde du théâtre n’est pas un contresens encore moins une incise teintée d’ironie ; dans son cas elle est à interpréter de manière positive puisqu’il  attend de ses initiatives des effets à son avantage dans deux directions : susciter l’envie des organisateurs de spectacles taurins en mal d’attractivité pour ce type de corridas et intéresser un public parfois rebuté par la dureté des faenas, l’un n’allant pas sans l’autre.

A ce propos la saison 2012 illustre bien toute l’intelligence qu’il a déployée sur deux années pour attirer l’attention sur lui avec un résultat probant : au final il a été très présent dans les arènes des deux continents. Le point d’orgue aura été son solo pour la feria de Pentecôte à Nîmes. Je n’y étais pas pour cause d’addiction vicoise mais, communication « casas-sienne » aidant, c’est comme si  j’avais assisté à l’évènement ;  de plus selon une maxime attribuée à Zocato « on ne parle que mieux de ce que l’on n’a pas vu » alors je prends acte de ce qui a été largement confirmé par la critique taurine, à savoir, que la diversité du jeu servi à chacun de ses adversaires a marqué les esprits.

La mise en scène des faenas passe par la valorisation de la cuadrilla lors des deux premiers tiers ; ce travail est unanimement salué.  Pour les piques elle intervient opportunément au moment où se développe un mouvement en faveur de cette suerte encouragé par l’émergence d’une jeune génération de picadors et la multiplication des prix. Pour les banderilles, tercio malheureusement de plus en plus négligé même en novillada, il est à espérer que l’initiative se développe dans un esprit salutaire de competencia.

Tout ceci se fait au travers d’actes individuels distingués qui s’inscrivent dans la pratique d’une équipe très soudée autour d’un chef toujours présent sur le sable ; il est là prêt à mettre le taureau en suerte ou faire le quite lorsque cela s’avère nécessaire. Il n’est jamais dans le callejon : il ne veille pas, il observe et dirige, même lors des banderilles et n’hésite pas à sortir le taureau du cheval sans que cela n’occulte  la place occupée par sa cuadrilla.

Qui peut critiquer un Placido Sandoval, dit « Tito », un vrai cavalier qui sait toréer? Même si parfois il abuse de ses facilités à cheval il demeure un piquero de verdad faisant honneur au fil d’or de son costume hérité de la corrida équestre originelle. Mais il n’est pas seul son maestro ayant su s’entourer d’autres picadors talentueux, tel Paco Maria ou en devenir tel Alberto Sandoval, le neveu de son oncle….

Qui peut critiquer un David Adalid Sanchez, difficile à prendre en défaut aux banderilles?  Sa frêle silhouette toute « picassienne » ne laisse pas indifférent tout comme son aisance « palos » en main et son taux de réussite frôlant les cent pour cent. Et ses compagnons ne sont pas des manchots non plus, c’est dire.

La mise en scène produit réellement ses effets puisque les spectateurs subjugués en redemandent et vont jusqu’à applaudir le picador, parfois à tout rompre, comme quoi la vigilance d’un public éduqué  est bénéfique. Toutefois abondance de bien pouvant nuire il n’est pas inutile de relever ce qui peut faire l’objet d’observations sans apparaître comme le « pisse-vinaigre ou le criticaïre » de service. C’est la musique intervenant prématurément et a priori avant même que le picador, spécialiste des cites à distance et des levades, ou le banderillero, adepte du  quiebro, aient engagé leur geste ; il y a là préméditation d’une décision qui ne peut être fondée que sur la réputation. C’est que David Adalid pose deux fois deux paires de bâtons prenant le pas sur les autres peons; c’est que ces acteurs bénéficient d’un avantage lors de l’attribution des prix, alors qu’ils peuvent ne pas être les meilleurs comme à la dernière feria du riz. C’est la suerte de la chaise à la pose des banderilles, à Nîmes bien sûr….Tout ceci avec pour partie la complicité des organisateurs et l’indulgence des présidences.

Attention à l’excès de spectacle !

Les intentions du maestro (souvent fidèle à son costume blanc et or ; doit-on voir là un signe de renaissance? alors que je crois savoir que son habit d’alternative était blanc et argent), certainement aussi de son impresario, sont louables en tant qu’elles participent réellement à la revalorisation des tiers de piques et de banderilles, encore faut il qu’elles ne soient pas pour masquer les quelques insuffisances du chef qui demeure le « liliador »!

Saluons aussi la manière qu’il a de nous surprendre comme il l’a fait dernièrement à Bayonne en effectuant le travail de muleta et l’estocade à l’ancienne montera sur la tête. Tout est dans l’équilibre des choses et les nuances; encore une raison d’aller dans les arènes pour voir s’il saura raison garder en 2013.

« Je suis, je suis… je suis Javier CASTAÑO PEREZ, matador de toros…….

 

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Figuras des années 70

Publié le par Charles CREPIN

 

 

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L’écrivain mallorcain  Guillermo Sureda * a parlé d’or en matière de toreo. Evoquant les toreros des années 70, il résumait ainsi la situation :

 1-    Il y a des toreros qui toréent joliment et savent toréer ;
2-    d’autres qui toréent joliment et ne savent pas toréer ;
3-    d’autres encore qui toréent laidement mais qui savent toréer.

Domingo Delgado de la Camara **, qui lui aussi parle d’or, met malicieusement un nom sur chacune des catégories de toreros énumérées par Sureda : 1- Antoñete, 2- Raphaël de Paula, 3- Dámaso Gonzáles. Et il s'amuse à recenser une quatrièmes catégorie :

 - les toreros qui toréent joliment, qui savent toréer, mais qui n’en ont pas envie… Verdict : Manzanares (père) !

Et oui, le magnifique Manzanares, des années 70, qui d’une seule passe géniale pouvait sauver une feria de la San Isidro. Qui fut à cette époque le torero des toreros, récupéra les inconditionnels d'Antonio Ordóñez et fit taire le tendido siete. Le même Manzanares dont le courage ne fut pas au niveau de son talent, et ne voulut pas commander, cédant le trône, dans la décennie suivante au grand Paquirri, puis à Espartaco, figura savante… et  si monotone. 

* Guillermo Sureda Molina – TAUROMAGIA - Editions Espasa Calpe (1978).
** Domindo Delgado de la Cámara – Le toreo revu et corrigé – Éditions Loubatières (2004).

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La chaise, un clin d'oeil au divino calvo

Publié le par Charles CREPIN

 Morante, l'héritier des toreros sévillans    

 

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Photo JY BAUCHU

 

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  le divino calvo

 

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      Goya

 

 

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Picasso    

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      SCENES D'ARENES, Eddie PONS - Editions Au diable Vauvert 2007

 

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TAUREAU NUPTIAL

Publié le par vingt passes, pas plus...


Au fil de l’histoire, des célébrations nombreuses et variées de jeux taurins ont façonné la corrida moderne. Sur ce long chemin profondément marqué par les rites païens et religieux, le fil conducteur de ces pratiques consacre de façon constante jusqu’à la fin du XIXème siècle le pouvoir du taureau stimulant la fécondité de la femme et de l’homme.

Robert BERARD* a récemment développé ce thème devant les membres du CERCLE TAURIN NIMOIS. "Vingt passes, pas plus"  publie quelques extraits de cette conférence .



Le matador et la femme nue
Picasso - La femme et le torero

Il existait dans l’Espagne moyenâgeuse un rite aujourd’hui disparu qui impliquait le taureau dans sa symbolique : le taureau nuptial. Dans ces pratiques populaires liées au taureau, il est clair que son intervention est liée au pouvoir fécondant de l’animal dans le but de conquérir, stimuler et augmenter la fertilité de la femme et du mari. Et au-delà, de la réussite financière du couple.

En Estrémadure, les cérémonies nuptiales commençaient généralement deux jours avant la célébration du mariage. Le fiancé et ses amis faisaient sortir un taureau de l’abattoir attaché par une grosse corde pour lui faire parcourir le village en le toréant avec des vestes, des blouses ou des morceaux de drap jusqu’à la maison de la mariée où le fiancé lui posait une paire de banderilles ornées par la  fiancée et il le mettait à mort. Après la mise à mort, le sang était recueilli sur du linge blanc. Ainsi à Plasencia, dans la première moitié de XIIIème siècle, une fête a été organisée par l’époux sur la place publique de la ville. Un document accompagné d’une miniature en rend compte : on y voit un taureau imposant campé au milieu de la place qui tient en respect les participants. Un homme le tient au moyen d’une grosse corde. Ainsi au XIIIème siècle, comme depuis de longues décennies, le taureau n’est pas laissé en liberté. Un autre homme penché au-dessus de la balustrade le provoque avec un vêtement, une cape tandis que d’autres lui lancent diverses armes de jet qui se fichent dans son corps. Il ne s’agissait donc pas d’un combat mais de le rendre furieux et de faire couler le sang. Dans d’autres cas, le taureau n’était pas mis à mort mais on le faisait saigner de diverses façons.

Par ailleurs, le marié et ses amis, s’appliquent à courir devant le taureau sur le trajet qui les mène jusqu’à la maison de la mariée bien qu’il soit attaché. Cette expression « courir le taureau » est très ancienne et on la trouve très fréquemment et elle est à l’origine du substantif « corrida »

Cette coutume a eu cours depuis au moins la moitié de XIIIème siècle jusqu’à la fin du XIXème. Une des plus anciennes corridas connues date de 1080 et a eu lieu à Avila à l’occasion des noces de l’Infant Sancho de Estrada avec la noble dame Urraca Flores. Une autre corrida parmi les plus anciennes date de 1144, à León pour le mariage de Uracca, la fille de l’empereur Alfonso VII avec le prince Garcia de Navarre. Ainsi le rite du taureau nuptial perd-il de sa religiosité populaire pour devenir fête taurine pratiquée en diverses circonstances et pas uniquement lors des mariages.

Devenant fête taurine, on mit alors en pratique la mort systématique du taureau. Alors que le nombre était réduit à un dans le cas du taureau nuptial, c’est généralement six qui sont combattus et parfois jusqu’à douze dans le cas de combats à cheval qui parfois étaient fort brefs. Cette quantité s’oppose au seul taureau du rite.

C’est la modification du rite en combat qui nécessite un nombre important de taureaux, c’est la réitération de la mort qui la banalise et amène sa transformation de caractère profane. En laissant le taureau libre, le combat devient dangereux. Débarrassé de sa vision magico-religieuse, le taureau n’est plus perçu comme un animal sacré. Le rite devenu combat, la fin victorieuse s’impose et la mort du taureau devient nécessairement logique. Et, paradoxalement, le sacrifice apparaît lorsque la notion de sacré disparaît.

Chaque corrida comporte trois tercios bien distincts : celui des piques, celui des banderilles et celui de l’estoc ou de muleta appelé faena. C’est ce dernier qui nous intéresse particulièrement. Nous avons constaté que la mort du taureau ne constitue pas nécessairement un élément du rite originel mais s’est imposé progressivement lors de la corrida à cheval au XVIIème siècle pour devenir un élément essentiel, l’aboutissement  de la fête. Transféré de la corrida à cheval à la corrida à pied, il a perdu tout caractère rituel pour acquérir une fonction ludique. Cependant la fonction ludique de la mort du taureau ne semble pas évidente. Il est certain qu’à l’origine, cette mort était étrangère au rite qui l’a ensuite intégrée sous l’influence de la corrida à cheval. Et cet  événement non rituel est devenu essentiel dans les manifestations populaires, se transformant en thème rituel d’un thème profane durant cette période de spectacle anarchique, sauvage et sanguinaire où le peuple a le premier rôle. Il tire d’ailleurs ses actions des nouveaux éléments de la corrida moderne, le cape, les banderilles même la muleta. En ce qui concerne l’acte suprême, il est très nettement inspiré par la fête du taureau nuptial et en particulier les instruments nécessaires : l’épée et la muleta.



* Robert Bérard, a dirigé la rédaction de "LA TAUROMACHIE - histoire et dictionnaire ». Il a reçu le prix hemingway 2007 pour sa nouvelle "CORRIDA DE MUERTE".


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MANOLETE - UN PROFIL

Publié le par Charles CREPIN.

 



MANOLETE est le torero mythique des années 40. On dit que seul Pepe Luis VÁZQUEZ aurait pu le dépasser. Pepe Luis, c'était l'élégance, la subtilité, la délicatesse et l'inspiration au service d'un classicisme épuré et d'une grande intelligence du toro. Et pour couronner le tout, il était parfois comme touché par la grâce divine. On comprend pourquoi la critique et le mundillo littéraire, restés très belmontistes, lui étaient, favorables. Mais il lui manquait sans doute la volonté et le courage nécessaires pour se hisser au rang de numéro un. Il ne combattait pour personne. Il attendait le bon toro, et lorsqu’il l’avait trouvé, il toréait avec détachement, sur un nuage et pour lui-même. MANOLETE, lui, c’était tout le contraire : un grand corps longiligne raide et emprunté, un visage triste et ingrat, mais une volonté de fer, un immense courage, un sens inné du sitio lui permettant d'enchaîner naturellement les passes, et ceci devant tous les toros. Du jamais vu ! Son aguante majuscule et son immobilité incroyable pour l'époque, transmettaient une  forte émotion sur les gradins et lui valurent d'être adulé par le public. Atypique et révolutionnaire, il a imposé sa personnalité et donné le « la » du toreo moderne. Par la suite, tous les toreros, même ceux qui se sont réclamés du plus pur style « néo-classique », ont beaucoup emprunté au toreo du "Calife de Cordoue". Et ceux d'aujourd'hui davantage encore. 
 

 

MANOLETE est aussi le héros d’une légende noire, fragile et contrefait par des soupçons de trucage et d’artifices que le temps n’a pas totalement effacés. Son image reste pour certains celle d’un torero habile motivé par l’argent, et grandi par sa mort. Lieux communs et critiques intégristes ont longtemps alimenté ce sombre portrait, accusant le célèbre maître d’avoir toréé des « becerrotes afeitados » et dénonçant son toreo de profil, une faute impardonnable pour les gardiens du temple belmontiste. Et pour finir, son écrasante domination finit par lasser un public toujours plus exigeant, ce qui fit dire à MANOLETE, désabusé : « Je ne pense pas qu’on puisse toréer de plus près ni plus immobile qu’on l’exige de moi, à moins de monter sur l’animal (…) ». 


Paix à son âme. Avec du recul, les reproches qui lui ont été faits ne semblent pas tous fondés. L'utrero (toro de 3 ans) toréé par MANOLETE était la règle dans l'Espagne d'après guerre. Tous les toreros sans exception ont combattu des utreros jusqu’en 1973 !  Et puis, ces novillos auraient sans doute  pu  rivaliser de caste et de dangerosité avec beaucoup de nos cuatreños actuels ! Ensuite, à propos de l’afeitado, vous savez sans doute que cette pratique centenaire a toujours autant d’adeptes…  Parlons d'argent. Inflation comprise, les cachets de MANOLETE étaient sans doute plutôt modérés comparés à ceux de nos riches figuras d'aujourd'hui. Et enfin, venons en au toreo de profil, car c'est la question intéressante. On a vu plus haut combien plusieurs générations de toreros ont emprunté à ce style (sans faire toujours aussi bien que MANOLETE...). Vue sous cet angle, la querelle faite à MANOLETE paraît un peu étroite, non ? En tout cas, en décalage avec ses passes serrées « au fil de la corne » et chargées d'émotion. L'aficionado reste parfois perplexe et frustré devant cette éternelle dualité du couple « toreo belmontiste / toreo profilé ». A cet égard, les citations reprises ci-dessous permettent d'élargir un peu les points de vue. 
 
 

 


 

« - En el toreo, todo lo que no sea cargar la suerte, no es torear sino destorear"   

Domingo Ortega.

 



« (…) - On peut très bien avancer la jambe tout en déchargeant la suerte, si au lieu de déplacer le poids du corps sur la jambe de sortie, on le laisse sur la jambe d’entrée. En fait, avancer la jambe, ce n’est qu’un recours destiné à rejeter le taureau vers l’extérieur (…). 


Joselito, cité par André VIARD –
COMPRENDRE LA CORRIDA - Éditions atlantica 2001

 




« - J’évite d’avancer la muleta vers la corne contraire ; je la garde plutôt légèrement en retrait par rapport à mon corps. J’évite aussi de « charger la suerte », car toutes ces sollicitations reviennent à forcer le sort, à tordre les évènements. Elles sont pour ainsi dire les béquilles qu’offre la technique quand on a une insuffisante maitrise de soi et de la bête ». François ZUMBIEHL « dans la tête de MANOLETE » 

François ZUMBIEHL - MANOLETE -  Éditions Autrement 2008


 


 

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Un desplante qui dégénère !

Publié le par vingt passes, pas plus...

Victoriano Roger y Serrano «Valencia II» (1898-1936) fut un torero « court  de répertoire», et de surcroît sans main gauche (ce qui, à son époque était encore un défaut rédhibitoire...).  Malgré tout, ce torero généreux, trémendiste et courageux conquit le public madrilène et connut un bon succès d'estime.

 


Le «Cossio» relate sa carrière et mentionne sobrement sa mort au cours des  «événements tragiques» de 1936. Mais Domingo Delgado de la Camara (LE TOREO REVU ET CORRIGE. Editions Loubatières - 2004) va plus loin. Il nous révèle que «Valencia II», phalangiste de la première heure se trouva retenu à Madrid dans les premiers jours de la guerre civile. Le Frente popular l'invita à toréer au cours d'un festival dans les arènes de las Ventas. A la fin du paseo, il salua la présidence... en faisant le salut romain des phalangistes !!!  «El Gallo», présent à ses côtés lui glissa : «Victoriano, je t'en prie, ils vont nous tuer». Quelques jours plus tard, en effet, on fit monter "Valencia II" dans un camion afin de le conduire vers le cimetière de Fuencarral, pour la corvée de bois... Là, avant d'être fusillé, il arracha son dernier trophée : l'oreille d'un milicien qu'il avait mordu. 


Charles CREPIN



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Rafael El Gallo, le toreo n'est pas la messe des morts

Publié le par vingt passes, pas plus...

 


 

Rafael Gómez Ortega « El Gallo » (1882-1960), fut l'un des toreros les plus fins, les plus captivants et les plus fantasques de l'histoire de la tauromachie. Le moindre écrit le concernant libère une avalanche de louanges et de superlatifs qui vous submergent, ou bien, de défauts et de reproches désopilants, voire méprisables ou honteux. Artiste, sublime, colossal, malicieux, fantaisiste,  "provoquant les sourires de joie plus que les olé profonds"...  Mais aussi, hélas : « toreo fait de ciselures, souvent marginal et profilé, souvent résumé à l'arabesque, à l'adorno por la cara et fuera de cacho, (ce qui ne veut pas dire qu'il n'ait jamais toréé de près, au contraire), absence de profondeur, torero fragile et inapte à la domination, plus attaché à pétiller et faire étalage de sa grâce que soucieux d'allonger la charge des fauves dans des passes longues...», ainsi que l'écrit Jacques Francès dans son livre El Gallo, orfèvre de l'éphémère (1).
 

Rafael « El Gallo », contrairement à son frère cadet, le grand «Joselito», n'était pas fait pour « commander ». Homme délicieux, délicat, pacifique, il fuyait les violences, les querelles et les compétitions, aussi bien que le combat dans l'arène, et préférait jouer avec le toro. Il toréait pour lui, sans se soucier des gradins et des modes, auxquelles il n'emprunta strictement rien. Il ne copiait pas, il avait son toreo, et il n'a jamais été facile de le classer dans une école ou de le répertorier dans un cadre ou un style particulier, si ce n'est le sien, inspiré des anciens, Lagartijo et Guerrita, et qu'il construisit avec fantaisie et pure inspiration. Et à l'inverse, sa grande originalité, sa singularité et son art sublime ne furent pas imités, même si beaucoup de toreros apprirent à son contact. Et le grand Juan Belmonte avoua avoir pleuré en regardant les passes du Gallo ! Torero gitan, au tempérament inconstant, le «divin chauve» pouvait basculer de la cime des plus hauts sommets vers le fond de vertigineux précipices. Il était habitué aux plus grands triomphes sur des fauves terrifiants, qui l'inspiraient, mais aussi à des fuites honteuses et d'ignominieux refus de tuer, face à des toros convenables qui subitement, on ne savait pourquoi, le terrifiaient. Ainsi, il récolta sur la piste autant de têtes d'ail, poivrons et choux-fleurs pour ses pitoyables « espantadas » que de cigares et de fleurs pour ses triomphes, dans d'interminables tours d'honneur.
   

El Gallo par José.Fernández-Aguayo


Notons ce détail singulier : en 1927, à Nîmes, au comble de la désinvolture, il fuma un cigare en toréant, ce qui irrita au plus haut point les spectateurs nîmois. Désinvolte, insouciant et farceur, il le fut : il lui arriva de brinder trois fois le même toro à des personnes différentes, puis de s'en aller vers son frère José (Joselito) pour lui demander de tuer à sa place la bête qui subitement ne l'inspirait plus ! Bref, on peut dire qu'il inventa le concept du "toreo non-combatif", ainsi que le souligne Domingo Delgado de la Cámara dans son ouvrage Le Toreo revu et corrigé (2) .
Sa vie privée ne fut pas moins originale : à trente ans, il séduit la célèbre danseuse de flamenco Pastora Imperio, et, une nuit, il l'enlève et l'emmène à Madrid où ils se marient. La belle était séduisante, intelligente et passionnée dit-on, mais le mariage ne dura guère plus que « le temps d'une faena » : Rafael décida, cette fois encore, de prendre la fuite...  El Tío Pepe a écrit que Rafael était à ce point un torero intemporel qu'il aurait pu sans problème alterner avec « Paquiro » et Cúchares » s'il était né en 1830, mais aussi avec  Camino ou « El Viti » dans les années 50. 
  
Il n'empêche, « El Gallo » inaugura une triste manière de fuir certains toros pendant le combat, aux antipodes de la finalité et des principes de la lidia, manière que certains toreros, plus proches de nous, ont hélas reprise à leur compte, d'une manière plus discrète et subtile.
   

Charles CREPIN 

 

  (1) El Gallo, orfèvre de l'éphémère - Editions UBTF 1996).

(2) Le Toreo revu et corrigé - Alianza Editorial Madrid 2002- Traduction française Loubatières 2004

 


Publié dans Culture taurine

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