Un merveilleux malheur

Publié le par Charles CREPIN


 

L’indulto d’Arrojado samedi à Séville a magnifiquement théâtralisé la corrida voulue par un public, de plus en plus nombreux, prêt à enterrer les fondamentaux de la lidia, et en premier lieu le tercio de piques. Arrojado est décrit comme un toro plutôt petit, correctement armé, manso sans caste, peu piqué, et noblissime dans la muleta du maître, ainsi que le voulait Juan Pedro Domecq. Le public de la Maestranza, légitime s’il en est, debout, au bord de l’extase, a obtenu l’indulto après une pétition ultra majoritaire parfaitement orchestrée par Manzanares. Un public tendu vers le seul aspect esthétique de la faena, un toro fabriqué sur mesure pour servir sur des roulettes cette faena, soixante passes durant. Voilà qui répond à la question que beaucoup d’aficionados désabusés se posent de façon récurrente : où va la corrida ?

 

Situation pathétique qui me rappelle un dilemme d’un autre ordre que le psychanalyste Boris Cyrulnik évoque dans deux de ses ouvrages : « Un merveilleux malheur », et « Parler d’amour au bord du gouffre ».

Publié dans Humeurs

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GIRARD Georges 01/05/2011 20:25


Je n'étais pas à Séville, mais j'étais en Arles où il m'a fallu "avaler" l'indulto de Pasion ! Bien sûr qu'il venait et revenait, et retournait sans cesse boire la muleta magique d'El Juli... Bien
sûr que c'était beau à voir... Mais il faut savoir raison garder. Quel mouchoir sortira un président le jour où un grand toro ira trois fois sous la pique, vendra chèrement sa peau aux bandérilles
et donnera LA faena de rêve, celle de bandera dont on ne sait pas quand elle s'arrêtera ? Dans la palette des couleurs, ce mouchoir-là n'existe pas. Il reste donc à l'inventer. Comme il reste à
réinventer l'indulto, le vrai. Celui du Règlement de la Corrida. La pétition du public, si majoritaire soit-elle, n'a rien à voir avec cette décision grave et solennelle que seul peut prendre un
président responsable, c'est à dire respectueux des textes, respectueux du dogme. Arrojado, Pasion, seront-ils les géniteurs des toros indultables de demain ? Ce n'est pas parcequ'ils ont eu la vie
sauve grâce à des humains bêlants, au bord de l'hystérie, et faisant dans le "tauromachiquement correct" qu'ils seront de grands sementales , ceux qui perpétuent la race. Décidément, bravoure et
noblesse vont rarement de pair. Il fut une époque, pas si éloignée que ça, où l'on "indultait" un toro ou deux par temporada. A force de jouer les apprentis sorciers, c'est la Corrida que l'on
menace. Les antitaurins ont encore de beaux jours devant eux et n'ont pas de souci à se faire. Ce sont les aficionados qui tuent la Corrida !... La poule aux oeufs d'or, vous connaissez ?


genevieve Clamens 01/05/2011 19:25


Mais ça suffit les "extasiés" qui ne pensent qu'à une chose : indulto ..! Quel dommage de finir ainsi , sans l'épée finale une faena somme toute très belle, presque " tendre" et dans le vrai sens
du dominio cependant, malgré un toro manso ! Quel régal ces minutes où le bonheur de Manzana..se lisait tellement qu'il était le nôtre ! Je ne regrette pas les paroles de ce torero " j'en ai rêvé
depuis mon enfance de franchir cette Porte Mithyque "- Il nous a fait plaisir...il n'aurait pas du y avoir cet indulto qu'on devrait définitivement bannir de la corrida..NON, NON, Le vrai sens de
la corrida ..c'est LA MORT, dans sa terrible vérité- ..Réfléchissons-y, sans imbécilité meutrière ( !! ) sans sadisme..Comment justifier " la grâce " ...l'Homme et l'Animal ne vivent pas la même
chose, on ne peut, nous humains, voir, sentir,agir, tel l'Animal , et cet espace fabuleux de la Minute de Vérité...est bien différent pour chacun ! Qui sait ce que voit l'oeil du Toro dans l'arêne
? Qui sait ce que pense, oui, pense, le toro ___
Je vous en prie ne me répondez pas, la réponse est trop facile- Essayons tous .....de trouver des " sementales " autre part que dans un combat que le toro ne voit pas pour cela !!!


Marc Delon 01/05/2011 19:19


Peut-être le signal politique que le discours du Juli a bien été entendu. Bon, ben y'a plus qu'à se mettre en mode "résilience" alors...


Charles CREPIN 01/05/2011 19:28



Oui, avec une notre d'espoir : la résilience de cyrulnik, c'est renaître de sa souffrance. On croise les doigts...