"TOROS DE FRANCE", l'oeil du veto

Publié le par vingtpasses

 

Le challenge TOROS DE FRANCE

 

par Hubert COMPAN, vétérinaire taurin

 

L’Association des Eleveurs Français de Toros de Combat a mis en place cette temporada 2011 le challenge « Toros de France ». 6 lots de toros ont été proposés à des organisateurs de corrida qui recevaient de l’Association des Eleveurs Français de Toros de Combat  une aide financière incitative. L’Association des éleveurs et Luc Jalabert  étaient maitres d’œuvre pour le choix des ganadérias. Un jury de 7 membres a été mis en place pour désigner la meilleure ganaderia, le meilleur toro, le meilleur torero à partir d’une fiche de notation qui estimait la présentation, le comportement à la pique et le comportement à la muleta (mobilité, noblesse). Le jury était composé de Ganaderos : Michel Barcelo,  Gérard Granier, du représentant des clubs taurins Ricard : Bernard Planchon, d’un journaliste : Laurent Deloye, d’un vétérinaire, d’aficionados : Guy Tangy, et de personnalités recrutées sur place : Jacques Cathala, Marcel Garzelli etc.

 

Les corridas

Le 3 avril à Vergèze : toros de Yonnet pour Guillermo Alban, Marc Serrano, Paco Ramos.

Le 9 avril à St Martin de Crau : toros de Tardieu Frères, pour Javier Castano, Julien Miletto, Ivan Fandino

Le 8 mai à Palavas : toros de Margé pour El Juli, Juan Bautista, Castella

Le 19 juin à Aire/Adour : toros de Jalabert pour Padilla, Juan Bautista, Miletto

Le 3 juillet à Eauze : toros de Gallon pour Curro Diaz et Juan Bautista

Le 27 aout à Mimizan : toros de Darré pour Miletto, Adame, Lescarret

 

Sur les 6 corridas il ya eu de tout, du meilleur et du moins bon, mais dans tous les cas la présentation des toros a été au niveau des ganadérias espagnoles et souvent au dessus. Vous avez peut être lu quelques chroniques qui en général ont été très « discrètes ». Les notations du jury ont été collectés par le Parc Régional de Camargue et le palmarès a été annoncé d’abord à l’issu de la corrida de Mimizan, puis le vendredi soir 9 sept après la (bonne) novillada de Margé en Arles :

 

meilleur lot : Jalabert, 2éme Gallon, 3éme Darré

meilleur toro : le no 122 de Gallon magnifiquement torée par Juan Bautista

meilleur torero : Juan Bautista en état de grâce devant les toros de la famille

 

quelques commentaires :

 

La corrida des fêtes à Aire/Adour :

Sur les 6 toros, 5 toros solides prenant 2 vrais piques rentrant dans la muleta allègrement, donnant tous du rythme au combat et terminant bouches fermées sans la moindre génuflexion. Seul le 6éme accusa de la faiblesse en début de faena mais récupéra par la suite grâce à la tauromachie intelligente de Miletto. Le public festif est rentré dans la corrida des le premier toro, et a su réclamer à juste titre la vuelta du 5éme, vuelta que le 4éme aurait autant mérité si Padilla avait économisé du carburant dans les 1éres séries données à un rythme d’enfer !

 

L’événement a été la conduite du tercio de pique.


D’abord avec l’utilisation de la pique de Bonijol qui semble être définitivement admise par les cuadrillas et qui rentre plus facilement dans les masses musculaires. En restant très prudent car sans preuves « scientifiques » pour le moment, je crois pouvoir dire que si la pique est donnée simplement sans faire le « marteau piqueur » le toro saigne moins. J’en arrive à l’évènement :

 

Apres une mise en suerte parfaite par les 3 toreros, Juan Bautista ayant à cœur de valoriser l’élevage familial, a placé le toro pour une première pique « légère » et aussitôt retirée puis pour une véritable 2ème pique en partant de loin et plus appuyée : tout le contraire de ce que la tauromachie actuelle nous impose.


C’est la première fois que j’ai observé cette façon intentionnelle de conduire le 1er tercio et c’est pour cela que j’en ai fait un évènement  qui signifie que lorsqu’un torero veut mettre en valeur un toro, qui de plus est issu de l’élevage familial, la fête peut commencer des le 1er tercio : c’est ce qui s’est passé à Aire et le public l’a bien compris.

 

La corrida de Gallon à Eauze

La noblesse Gallon, avec un tercio de pique minimal, mais aussi un grand toro, encasté, mobile et plein de toutes les qualités qui a fait remonter la moyenne des notes. Il est toutefois regrettable que pour les 2 corridas, les toros qui pour moi avaient le plus d’allure par leur taille, leur longueur et leur tête ont été mis en réserves !!

 

La corrida de JL Darré à Mimizan:

 Un lot de toros très musclés, devant et derrière, amenés à Mimizan 2 h avant la corrida. Les arènes étaient quasi pleines, et les quelques anti ridicules. Apres la présentation de ses toros  en corridas concours on craignait un manque de mobilité : tous ont galopé et ont été toréables avec des défauts qui génèrent le danger et maintient en haleine un public Sud Ouest qui aime ce type de corrida où l’efficacité prime sur l’art.

Ils sont rentrés au cheval en venant de prés, comme l’exige le règlement du rugby actuel. Et quant JL Darré fabriquera des toros plus proches des gabarits de 3éme ligne que de ceux de la 1ére ligne de l’équipe de Mirande, les résultats seront encore meilleurs

 

Un mystère : le manque « d’explosivité » des Yonnet à Vergéze, il est vrai âgés de plus de 5 ans et annoncés entre 520 et 590 kg. C’est pour moi toujours un plaisir de voir sortir les toros de la Bélugue, et ceux prévus le 23 octobre à Aire/Adour ne manquent pas de « piquant » (vous avez compris le mot « piquant » !).

 

Pour nous vétérinaires ces corridas auraient pu être l’occasion d’examiner les effets de la pique Bonijol dans de bonnes conditions : nous ne l’avons pas fait, ce sera pour l’année prochaine, et ce d’autant plus facilement que nous avons testé ce 9 octobre 2011 en collaboration avec le Club taurin La Unica de St Martin de Crau une méthode de mesure des trajets des différentes piques utilisées actuellement.

 

Il faut souligner aussi que les 3 premiers élevages du palmarès avait suivi les recommandations de l’INRA pour la préparation alimentaire des toros.

 

 Les « toros de France » ont été aussi présents dans d’autres corridas et novilladas qui ont marqué positivement la temporada.  Je parle de ce que j’ai vu :

 --L’exceptionnelle novillada de Blohorn à Lunel, 6 novillos encastés,  galopeurs infatigables, 14 vrais piques au total.

 --La corrida de Margé à Beziers, avec un magnifique toro toréé par Juan Bautista le 14 aout sous l’orage et 4 autres présentés le 24 sept avec Bolivar et Savalli : des beaux toros applaudis avant et après, le 2éme de Bolivar impressionnant, avec des morillos bien dessinés sur de solides charpentes :  des toros qui entrent au galop dans la muleta, des faenas à un rythme soutenu du début à la fin  et un public sympathique qui est entré dans la course des le 1er tercio en acceptant que Bolivar et Savalli n’étaient pas le Juli ou Castella. Il y a eu aussi la concours de Vic ( je n’y était pas) apparemment supérieure à celle de Pentecôte. Etc…. etc…

 

Le challenge Toros de France à constitué une bonne occasion pour  les éleveurs français de montrer leurs toros de 4 et 5 ans. Il faut donc espérer que l’action « Toros de France » va continuer sous formes de corridas ou novilladas (avec ou sans financement ?). Il y a eu parfois un manque de communication sur la présentation des toros et de la ganaderia, et sur le challenge « Toros de France » en général, notamment auprès du « noyau dur » des 2 à 3000 aficionados qui ne veulent pas être trompés sur la marchandise, qui aiment connaitre le « manejo » de la ganaderia, qui ont leurs exigences sur la conduite du tercio de piques et sa revalorisation : c’est ce public là qu’il faut séduire. 1/3 d’aficionados toristas, 1/3 des autres, 1/3 de spectateurs occasionnels, on rempli l’arène !

 

 Il faut savoir que en 2010  sur 800 males nés dans les Ganadérias françaises, seulement 285 toros ont été lidiés : 37 toros, 82 novillos et 166 NP : on doit pouvoir  mieux faire notamment grâce aux projets « Toros de France »,

 

...et ne pas oublier que la meilleure défense de la corrida…. C’est d’y aller.

 

Publié dans Le toro

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