Rencontre avec Paco CORPAS

Publié le par vingtpasses

 

 

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Paco CORPAS : « mon pays de cœur, c’est la France »

 

Par paul BOSC

 

 

Pour ne pas évoquer une feria de la Crau catastrophique et du fracaso  des toros de Pages-Mailhan, imprésentables pour une feria qui se veut « torista » comme du fracaso des toreros  espagnols embauchés pour combattre les  Cebada Gago du dimanche,  nous préférons évoquer une page d’histoire tauromachique avec un torero retiré  des ruedos mais actif pour la défense de tous les acteurs de la tauromachie, Francisco Corpas Brotons.

 

 Avec son frère Carlos, un peu plus âgé que lui, ils ont toréé ensemble, à la fin de la guerre, dans toutes les arènes de France comme becerristas.  Si on trouve dans le livre de Pierre Dupuy « Toros à Nîmes » la présence de Carlos dans l’amphithéâtre nîmois en 1954  avec  Juan Silveti et « Pedres » face à des toros de Bohorquez, nous n’avons pas trouvé trace de la présence de Paco dans les arènes de Nîmes mais nos amis aficionados, plus anciens pourront, peut-être  se souvenir de ce torero. Ces Bohorquez « enchantèrent les aficionados par leur trapío et leur bravoure (21 piques et 3 chutes) commente Paquito, l’ancien directeur de la revue « Toros ». « Dans le premier tiers, le combat du quatrième se résuma en un assaut perpétuel, sans cesse renouvelé, poussé avec ardeur, contre les places montées…. Ces mangeurs de muleta dominèrent Silveti, Pedres et Carlos Corpas. Le mayoral effectua une vuelta longuement fêtée. »  Il faut rappeler que Carlos avait porté son premier costume de lumières, en tant que novillero,  dans les arènes d’Arles le  7 aout 1948 et reçut l’alternative  à Murcia le 18 avril 1954, quelques semaines avant de se présenter à Nîmes. Autre anecdote qui concerne ce torero, le 12 juin 1953 il se présente à la Monumental de Madrid avec Cagancho hijo et Chicuelo II  face à des novillos de Tomas Frias Hermanos. S’il a coupé une oreille  lors de cette novillada, le torero né à Cordoba a été ovationné après la pose des banderilles et le public a même réclamé une vuelta parce qu’il s’était inspiré de la manière de sauter les barrières comme les razeteurs de Provence. Carlos Corpas est décédé en 2005 mais son frère « Paco » était présent le week-end dernier à Saint-Martin de Crau et a reçu une distinction en piste. Nous l’avons rencontré au siège de « La Muleta », société taurine arlésienne plus que centenaire. C’est la main sur la poitrine et les larmes aux yeux que Francisco Corpas  Brotons, matador de toros, a avoué son attachement à notre pays. « Mon pays de cœur c’est la France » a-t-il dit dans un excellent français aux membres présents réunis au siège ce samedi 28 avril à l’heure de l’apéritif.

 

Sa naissance est déjà exceptionnelle : c’est à la conciergerie des anciennes arènes de Barcelone que Francisco Corpas est né, son père étant le responsable de cette arène mythique de Las Arenas, aujourd’hui disparue. C’était le 6 juillet 1935.  Son père Ramon était banderillero. Et « Paco » avait 12 ans lorsqu’il commença à toréer...  Après la guerre civile, les frères Corpas qui ont vécu plusieurs années à Arles et à Saint-Martin de Crau, ont toréée dans tous les villages de Camargue, à mais aussi à Marseille, Nîmes, Toulouse et bien sûr Arles. Si leurs carrières de becerristas étaient parallèles, Carlos revêtit son premier costume de lumière le 7 aout 1948 dans les arènes romaines. « Paco » se présenta vêtu de « luces » à Saint-Chamas quelques semaines plus tard le 5 septembre. Torero « voluntarioso, alegre y vario » le qualifie le Cossío, « Paco » reçu l’alternative à Pamplona  le 7 juillet 1956 et après avoir toréé dans toutes les arènes d’Espagne, de France, du Portugal mais aussi dans les territoires colonisées d’Afrique, en Amérique du Sud et même en Chine, « Paco » termina sa carrière tauromachique en 1971 dans la province de Jaén en donnant l’alternative à Santos Mazzantini en présence d’Oscar Cruz comme témoin. Il consacra ensuite sa vie à aider les matadors, novilleros et rejoneadors pour qu’ils obtiennent un statut  et une couverture sociale. Il est toujours président, depuis 32 ans, de la mutuelle des acteurs de la tauromachie et a été décoré des plus honorables titres de la nation espagnole.

 

A la Muleta, et tout en Français, il a donné une véritable faena, pleine d’émotions où les toréadors ne sont pas des toreros, où les aficionados ne sont pas des spectateurs d’un spectacle où l’on plante les banderilles dans le berceau des cornes et où l’on effectue une vuelta avant de prendre la muleta, où la planta torera est toujours présente à 77 ans, même en costume civil. « Paco » était de ces toreros de vérité où la lidia ne commence pas avec la faena de muleta. L’aficionado André Lopez s’est souvenu l’avoir vu toréer dans les arènes d’Arles où il a coupé deux oreilles à son adversaire et Henri Laurent a raconté de nombreuses anecdotes de cette époque vécues avec Loulou Lapeyre où  Francisco et Carlos vivaient en Camargue. Une page d’Histoire.

 

 

Publié dans Histoire

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