NIVEAU EN HAUSSE

Publié le par vingt passes, pas plus...


LA CHRONIQUE DE FRÉDÉRIC PASCAL

Pour la première édition de sa  « feria de l’hiver », sous la coupole des arènes couvertes de Vista Alegre, Madrid a ouvert le bal de la temporada 2010. Le moins qu’on puisse dire,  c’est qu’avec un Morante et un Juli, tels qu’ils se sont montrés, le dimanche 28 pour l’un et le samedi 27 pour l’autre, les chefs de file de l’escalafon ne sont pas décidés à passer la main. Pour décourager la concurrence ils ont même zappé les essais d’échauffements et placé la barre très haut.

MORANTE-2009_5445.jpg

Dimanche, avec un lot de Nunez del Cuvillo compliqué, Morante est allé chercher au plus profond de lui-même les flagrances les plus pures de la tauromachie de toujours. Celle dont les valeurs traversent les âges et se jouent des modes pour toucher l’homme au cœur de son angoisse existentielle. Le sentiment tragique de la vie, que son vécu lui désigne comme suprême élégance, le spectateur le retrouve, poussé à son paroxysme, dans les évolutions de Morante face au toro. Avec un second adversaire, inconstant et court, ce dernier a littéralement surnagé dans l’écume de la charge, à l’instar de  l’homme, qui dans le torrent de la vie, se maintient hors de l’eau et tente ça et là de poser un geste salvateur. Chacun se tire de l’épreuve avec plus où moins de maestria. Les hauts sommets tutoyés par Morante ont ravalés ses compagnons de  cartel au rang des faiseurs, bons faiseurs certes, mais incapables de transcender la routine, besogneux et sans génie. Leur tauromachie productiviste ne manque pas de mérite, mais elle a perdu tout lien avec la tauromachie éternelle, que les prouesses de Morante ramènent sur les devants de la scène. Dans l’aventure on trouvera plus de circonstances atténuantes à Cayetano, qui a touché un mauvais lot, qu’à Talavante, qui, bien qu’en progrès, n’a rien coupé à deux collaborateurs.

DSC_1425.JPG

Samedi les Garcigande ont favorisé le succès de Juli (3 oreilles) et Manzanares (2 oreilles) au détriment de Perera qui, avec une seule oreille, est resté un peu en retrait. Sans une estocade tombée à son premier toro, qui l’a privé du second trophée, El Juli serait reparti avec quatre oreilles amplement méritées, tant il a été pléthorique et inspiré tout au long de l’après midi. Avec son collaborateur premier on l’a vu profond et sensuel tout au long de la faena. Avec le réticent second, il dut s’appliquer pendant les quatre premières séries pour façonner la charge de son adversaire, puis, bataille gagnée, il a donné libre cours à un sentiment artistique de plus en plus en veine chez ce torero.  Après une campagne d’Amérique plus que satisfaisante, il revient en Europe en « patron » du toreo. A ses cotés Manzanares a confirmé ses ambitions. Après un combat engagé et efficace  donné à un authentique manso,  il a pleinement profité du cinquième, l’exemplaire le plus complet du lot, lors d’une faena profonde souple et suave aussi capiteuse qu’un bouquet de fruits exotiques. Il ne lui manque plus que deux passes de plus par séries pour s’approcher de Morante. Les passes n’ont pas manqué dans la prestation de Perera mais l’absence de fond de ses deux opposants en a bridé la portée. Sans option de triomphe, il a marqué le pas sans rien renier de sa volonté de s’affirmer.

Le week-end précédent l’empresa avait souhaité présenter au public les toreros dits « médiatiques » et une course pour les jeunes talents. Ces derniers sont venus démontrer, une fois de plus, que la relève est assurée. La juvénile spontanéité de  Ruben Pinar, Miguel Tendero, Cortes et Leonardo, qui est entré dans le cartel des médiatiques suite au forfait de Jesulin, a fait plaisir à voir, d’autant que celle-ci n’est pas à mettre sur le compte de l’innocence, mais au crédit d’un métier déjà bien assimilé. Globalement, le niveau monte, tant artistiquement que techniquement.

Au moment de faire le bilan de ce lever de rideau sur la temporada 2010, on ne peut que louer la qualité artistique soutenue lors de ces deux week-ends. Le mordant du Juli assure un niveau de compétition intense parmi les vedettes installées et c’est avec une belle régularité  que les jeunes prétendants parviennent à se hisser à leur niveau. Si les toros « embistent » cela devrait nous valoir une belle saison. Une partie de la réponse nous sera très prochainement donnée avec les bilans des Ferias de Valence et Castellon.  José Tomas, Enrique Ponce,  Sebastien Castella entreront en lice chez les dominants, Daniel Luque chez les jeunes loups.
Suerte a todos !

Publié dans Chroniques

Commenter cet article