Les sources de la bravoure

Publié le par vingt passes, pas plus...

 

 

TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES

 

Par Jacques Teissier*

 




Après une série d'articles consacrés aux différentes castes fondamentales, (voir chronologie des publications dans la rubrique "GÉNÈSE - CASTES ET ENCASTES"), Jacques TEISSIER aborde le mystère des origines de la bravoure.



 

(VI) Les sources de la bravoure


 

 

Que retenir de ce long parcours, complexe, semé d’incertitudes et sans doute bien touffu ? Eh bien, justement, que les origines de nos toros de combat sont complexes, semées d’incertitudes et touffues ! C’est ce que j’ai cherché à vous faire ressentir. Pourtant, le fond est simple : des bos taurus pur jus… comme nos vaches normandes ! ils se sont différenciés en quelques dizaines de siècles selon leur habitat dans la péninsule ibérique, et ils ont intégré des apports de bétail ibéro-africain, celte et arabo-africain. Quel est donc le mystère des origines de la bravoure ? Il reste entier… enfin, presque !

 


Malgré son image dans les mentalités (cf. le loup), l'aurochs est considéré comme naturellement peu agressif. D’ailleurs, les derniers rapports historiques de Pologne, juste avant la disparition de l'animal (1627), indiquent que les aurochs n'avaient pas peur des humains et qu’ils ne se sauvaient pas quand ceux-ci approchaient, ne devenant agressifs que lorsqu'ils étaient chassés ou trop importunés. D'où pourrait venir la "bravoure" du toro de combat ? Rappelons tout de même que l'agressivité naturelle de nos toros est des plus relatives ; les actuels éleveurs de bravos qui, après des erreurs de sélection, cherchent à "récupérer" la caste de leur troupeau en savent quelque chose !… Même s’il n’est pas exclu qu’un simple croisement puisse conduire à accroître l’agressivité - que l’on pense aux fameux « combats de reines » [entre elles, et non envers les humains] en Suisse - il semble quand même que l’on puisse ancrer l'ensemble des comportements du bétail bravo dans la forme sauvage, l'aurochs.

 

Le plus vraisemblable serait que cette bravoure relève d'un caractère sélectionné de longue date, et donc avec une certaine base génétique, qui exacerberait deux traits de l’aurochs :


- le fait qu'un bovidé sauvage traqué et acculé finit par foncer et se défendre en chargeant (dans de grands espaces, même le toro bravo actuel fuit l'arrivée de l'homme…) ; le buffle n’est-il pas considéré comme l’animal africain le plus dangereux à chasser ?

- et le fait qu'à l'intérieur des troupeaux la dominance entre individus (notamment entre mâles) s'établit chez les bovidés par des combats frontaux.

 

Quelques vérifications sont aisées. Aujourd'hui encore, dans les troupeaux domestiques, et particulièrement dans les races rustiques, on trouve des individus plus agressifs que d'autres… que les éleveurs s'empressent de supprimer, réalisant, comme le dit Granier, éleveur de moruchos de Salamanque et de toros de combat, "une sélection à l'envers" ! De même, bien des taureaux "sauvages" ont été si bien domestiqués en vue des travaux agricoles, tant en Espagne et au Portugal qu'en Camargue, que l'on doit aux seuls jeux taurins la permanence de troupeaux "sauvages" et agressifs jusqu'à nos jours.

 

Inversement, dans l'histoire de la naissance des élevages bravos, on lit couramment qu’aux origines, on choisissait, à l'intérieur des troupeaux plus ou moins sauvages, soit des individus soit des lignées particulièrement agressifs. D’ailleurs, un bovin isolé pendant des mois sans contact avec l'homme devient agressif quand on pénètre dans son enclos… même quand il s'agit d'une paisible vache normande !

 

Une certaine agressivité naturelle demeure donc sous-jacente chez tous les bovins. Elle peut être plus ou moins cultivée par la sélection et transformée en bravoure au moins partiellement héréditaire – ce qui suppose une certaine base génétique -. Mais, comme le montre l’histoire des élevages, cette bravoure reste fragile. Quelle est sa base génétique ? Est-elle liée à un seul gène ou, plus probablement, est-elle multi génique ? Pourquoi est-elle aussi fragile ? Là, tout reste à trouver ! 


 


 

 

* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site:   TORO–GENESE.

 

http://toro-genese.com/torogenese/html/index.html

 

 Prochain article : LE MYSTÈRE SALTILLO.

 


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