LES GRANDS TRIOMPHES NÎMOIS (II)

Publié le par Paul BOSC

Du Cordobés à Ojeda

 

Si Antonio Ordoñez signa encore quelques chefs-d’œuvre dans les arènes de Nîmes, la révolution était en marche depuis 1962 où Manuel Benitez « El Cordobes » se présentait comme novillero avec des novillos d’Antonio Ordoñez. C’est la seule fois où le nom des deux maestros fut associé. Ils ne firent jamais un paseo ensemble.

 

Manuel Benitez « El Cordobes » 

En 1963, le Cordobes entendit le célèbre « Ave Maria » que chantaient les aficionados quand tout allait mal et les rouleaux de papier hygiénique descendaient des gradins dans des broncas qui n’existent plus. « Des toros, des toros » scandait la foule en colère. L’enfant de Palma de Rio touchait à l’époque 701.000 pesetas, un cachet respectable.


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Les mêmes aficionados changèrent de chanson l’année suivante. Le 17 mai 1964, « El Cordobes » face à un sobrero de Juan Pedro Domecq renversa tous les canons de la tauromachie. Paco Tolosa écrivit : « Dans cette faena, véritable morceau de bravoure cordobesista, il y eut tout ce que El Cordobes avait présenté à Séville. Les naturelles données avec un renversement de poignet, la muleta tenue en retrait ; les liaisons « derechazos-pecho » ou « naturelle-passe de dos » réalisées en douceur, sans rompre d’une semelle et toujours le prodigieux aguante de Benitez qui ne bronche pas si le toro s’arrête pile au milieu de la charge et trouve une parade à toutes les situations brûlantes. » Pris sans mal, le torero fut spectaculairement bousculé puis plaça une estocade fulgurante.  Deux oreilles, la queue et même la patte lui furent accordées. Un délire dans les arènes de Nîmes pour cette belle gueule de torero au rire carnassier et charmeur, coiffé comme un Beatnik, possédant un appétit de vaincre laissé par la guerre. Plus tard, on s’apercevra que le Cordobes ne toréait que des novillos afeités ce qui lui permettait de se « moquer » des terrains du toro.

Et puisque c’est de révolution qu’il s’agit, arrêtons-nous sur ce 29 septembre1968. Au cartel : Antonio Ordoñez, Paquirri et Palomo Linares dont c’était la présentation. Les toros : des Juan Pedro Domecq qui allaient faire scandale par leurs faiblesses et l’évident afeitado qu’ils avaient subi. « Ordoñez coupe les oreilles du premier, Palomo Linares est conspué. Des cornes ! hurle le public ; le troisième a du tonus et Paquirri coupe deux oreilles. Le quatrième chute plusieurs fois, les gradins explosent : Ordoñez se retire à la barrière. Le jeune torero nîmois Bernard Dombs « Simon Casas » saute en piste, Antonio lui tend épée et muleta. Bernard dessine quelques passes et tue la bête d’un pinchazo profond. Stupeur puis enthousiasme. Ordoñez embrasse Casas qui s’agenouille devant la présidence pour demander pardon. » Peut-on lire dans « Toros à Nîmes ».

Malgré Paquirri, Damaso Gonzales, Antonio Galan, Litri, Jose Mari Manzanares, Nino de la Capea et tant d’autres, il faudra attendre presque 20 ans pour connaître d’autres corridas historiques.

 

Paco Ojeda, l’autre révolution

En 1982, pour la feria des vendanges, face à des comte de la Maza, bien présentés mais sans caste, un torero pratiquement inconnu mais qui avait derrière lui une carrière toréa « a gusto » le cinquième, un colorado difficile. Son nom Paco Ojeda allait s’inscrire dans le livre d’or des arènes de Nîmes. Le samedi 21 mai 1983, face à des toros de Jandilla, le torero de Sanlucar mettait le feu dès le deuxième toro  sur un quite : « trois véroniques profondes et un remate lumineux » commente Jacques Thome. « Au troisième, mon stylo s’est immobilisé devant cette démonstration de science torera bâtie sur l’aguante, le temple et l’intuition, ce qui, avec de l’expression artistique, crée un toreo d’une rare intensité dont la profondeur résout les problèmes et procure une immense satisfaction de beauté et de vérité réunies… Torero de pied en cap avec des gestes à la fois puissants et élégants, dans sa façon d’aller en piste, dans ses réactions intuitives, dans son engagement aux frontières du possible, utilisant l’épée d’acier dans ses faenas ; un torero enfin ! » conclut l’auteur de la reseña.Dans l’enthousiasme général, Luis Francisco Espla et Nimeno II sortent à la suite de Paco par la grande porte avec Fernando Domecq et son mayoral.


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Deux jours plus tard, pour le lundi de la Pentecôte, la grande foule était présente lors du paseo où se présentaient en mano a mano Emilio Munoz et Paco Ojeda devant des toros de Manolo Gonzales. Pierre Dupuy écrit : « Je suis estomaqué par l’étendue des possibilités d’Ojeda. Il varie les plaisirs d’une manière confondante et passe du grand toreo façon don Antonio au numero d’aguante façon « Manolo Miracle » avec une facilité dérisoire. Je n’ai apprécié « El Cordobes » qu’en 1964-1965 et, je le dis tout net, Ojeda face au sixième nous fit passer trois minutes dignes du grand Manolo ». Re-triomphe avec oreilles et queue et même un lapin blanc offert par un aficionado descendu en piste pour le lui remettre. L’ère Ojeda s’ouvrait qui allait donner à Nîmes, à Jean Bousquet et à Simon Casas leurs lettres de noblesse. Dans « Le Provençal » Claude Mattei écrivait une page entière sur nouveau phénomène : « avec ses allures de berger andalou, son visage évoquant les peintures de Francisco de Zubaran, Paco Ojeda en deux après-midi est devenu le prince des arènes. » 

Ces trois grands maestros ne font pas oublier les grands moments que les arènes nîmoises ont connus avec des toros moins faciles même si ce genre de corrida n’était pas la tasse de thé de Ferdinand Aymé et encore moins de Simon Casas.

A suivre...


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