LA CASTE VÁZQUEZ

Publié le par vingt passes, pas plus...


TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES

Par Jacques TEISSIER *

(V) L'émergence du "toro bravo" La caste VÁZQUEZ


5. Des toros « sauvages » et fraileros d’Andalousie, plus cabrera et vistahermosa, source de la caste fondamentale vázquez

 


vzAu milieu du XVIIIe siècle, vers 1755, Gregorio Vázquez, lui aussi d’Utrera (Sevilla), forme une ganadería avec du bétail d'origine inconnue ; mais on voit mal comment ce ne serait pas du bétail andalou. Soit par lui-même, soit par son fils et héritier (1778), Vicente José Vázquez, s’y ajouteront : du bétail frailero des Chartreux de Jerez, des Jésuites de Séville, plus, peut-être, des Dominicains de Séville ainsi que des Augustins de Carmona. Lui-même ou son fils ajoutent encore des bêtes de Cabrera et du Marqués de Casa Ulloa toutes cabrera, plus des bêtes de Bécquer (vaches de cabrera X étalons du Raso de Portillo, c’est-à-dire castillans, cf. jijón). Enfin, après mille et une péripéties, le même Vicente José Vázquez ajoute des reproducteurs du Conde de Vistahermosa qui ne voulait pas, même à prix d’or ! lui vendre la moindre vache et lui transmettre ainsi la bravoure de son élevage.
Qu’à cela ne tienne, Vicente José, le fils, est un rusé. Il se rend chez l'archevêque de Sevilla et s'entend avec lui pour affermer durant 2 ans (1790-1792) les dîmes du diocèse. Comme par hasard, la zone affermée comprend les villages dont dépendent les terres de Vistahermosa... qui, la mort dans l’âme, devra donc donner à ce riche et arrogant roturier de Vázquez, un veau ou une génisse pour dix bêtes nées dans chaque catégorie. Vicente José commence par élever à part ses vistahermosa et, malgré une tienta très sévère, leur qualité est telle qu’il obtient en quelques années un ensemble de 150 vaches reproductrices de haut niveau ; il les croise alors avec son troupeau et homogénéise l’ensemble : la caste fondamentale vázquez est née. Grand succès, qui ne se dément pas jusqu’à sa mort en 1830, date à laquelle l’élevage va se fractionner.

Son objectif affiché était de créer la meilleure ganadería de son temps en rassemblant des reproducteurs des élevages les plus renommés de l'époque en vue de réunir toutes leurs qualités. Il y est parvenu, créant une véritable caste nouvelle, la caste fondamentale vázquez, et il n’a pas oublié de s’en vanter !

+ Robe : la variété des sangs entraîne une très grande variété de pelages : ensabanado (blanc), jabonero (beige), colorado (roux), castaño (châtain), cárdeno ("gris"), berrendo (pie), salinero (roux mêlé de blanc), sardo (roux, noir et blanc), tostado (pain brûlé), negro (nettement minoritaire)… soit tous les pelages connus !

+ Type : joli, de taille moyenne, large, de bon trapío ; extrémités courtes ; très bien armé ; tête (carifosco) et cou (astracanado) abondamment frisés.
+ Ils ont la réputation d'être braves, puissants et très spectaculaires à la pique, mais de s'alourdir ensuite assez rapidement ; c'est pourquoi leur présence a peu à peu diminué dans l'élevage bravo à partir des années 1920/30. Une branche aboutira entre les mains des Domecq, qui n’en garderont qu’une pointe, suffisante pour maintenir une grande variété de pelages s’ils le veulent (mais je les soupçonne d’avoir gardé quelques lignées quasiment « pures » car on voit parfois sortir des toros dont le type, et particulièrement le jarret, est typiquement vazqueño !)



* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.


Le 5 novembre 2009, Jacques TEISSIER a donné une conférence devant les membres du CERCLE TAURIN NIMOIS dont il était l’invité. Dans son intervention l’auteur évoque, l’essentiel de la genèse du toro bravo en laissant de côté les détails indigestes qui jalonnent habituellement ce sujet ardu mais incontournable et passionnant pour l’aficionado. « Vingt passes, pas plus »  publie le contenu intégral de cette intervention dans une série de 14 articles.
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