LA CASTE FONDAMENTALE PORTUGAISE

Publié le par vingt passes, pas plus...

TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES

Par Jacques TEISSIER *


(V) L'émergence du "toro bravo" (suite)

7. Les toros « sauvages » de la basse vallée du Tage, source de
la caste fondamentale portugaise



ptLa sélection du toro de combat n'a commencé au Portugal que fin XIXe : la lidia à cheval est moins exigeante qu'à pieds ! les toros « sauvages » du cru y suffisaient. Dans le bassin du Tage, il y avait un bovidé « sauvage », appelé toiro de la terra : tout comme dans les bassins de l'Èbre, du Guadalquivir ou du Duero… du Pô, du Rhône ou du Danube... C'était un morucho court de corps, de poil long, de cornes relevées assez semblables à celles des actuels camargues ; il constitue l'origine de la caste portugaise. Évidemment, il s'est produit des croisements avec le bétail espagnol : cf. en 1830, à la mort du créateur de la caste vázquez, le roi d'Espagne Fernando VII fit don à son neveu portuguais, Miguel de Bragança, de 50 vaches et 2 étalons vázqueños.

Dans les années 1940, huit élevages pouvaient encore prétendre posséder des bêtes lusitaniennes issues de ce 1er croisement [Branco Teixeira (disparu) ; Castro e Irmao (devenu Louro Fernandes de Castro, encaste parladé) ; Francisco Dos Santos (disparu) ; Morgado de Barcelos (disparu) ; Norberto Pedroso (disparu) ; Roberto e Roberto (disparu) ; Silva Vitorino (disparu) ; et enfin Vaz Monteiro. En 1998, Vaz Monteiro était le seul des 94 éleveurs inscrits à la APCTL (Associaçao Portuguesa de Toiros de Lide) à conserver encore la race de ces toiros de la terra sous le nom de Ganaderia de Vaz Monteiro… avec la réputation de n'être qu'une relique sans bravoure, ce qu’a confirmé leur sortie à Céret en 2002 ! Mais nous avons eu la chance extraordinaire de voir ce que pouvait être la violence du toro à l’état brut, avant d’être affiné par des siècles de sélection…

Ce bétail a été conservé en tant que relique par le ministère de l'agriculture lors de la révolution agraire (1975-1977) qui a suivi celle des œillets (1974) : il ne restait plus que 37 bêtes. En 1993, Vaz Monteiro a récupéré 55 vaches et un étalon laissés à l’abandon… et il les a sauvés, en tant que "vestiges du passé", du zèle des vétérinaires qui voulaient les faire abattre pour tuberculose ! Toutefois, 11 vaches sont mortes la 1e année malgré des soins intensifs. L'élevage est mené depuis par la petite fille, Rita Vaz Monteiro. En 1998, elle a 92 vaches et 2 étalons maison : elle commence à sélectionner depuis peu.

Victorino Martín Andrés s'est intéressé à ce bétail non sans affinités morphologiques avec le sien. Rita a décidé, malgré l'avis de son grand-père, de croiser la plupart du troupeau avec des santacolomeños de José Chafik Hamdan (Ganadería de San Martín) ; tout en conservant un noyau sans croisement. Le romantisme y perd sans doute, mais pas forcément l'avenir : comment "conserver le sang" si on ne peut jamais le "rafraîchir" ?… Et puis, son choix reste dans le toro de caractère. Ce qui, en outre, lui va bien ! Par ailleurs, des analyses génétiques (lesquelles au juste ?) ont montré que ce bétail n'était pas profondément différent des autres toros bravos… on se serait douté qu’il s’agit encore de bos taurus ! mais qui sait s’il n’y a pas d’affinités génétiques entre le saltillo et le la caste portugaise ?...


Que retenir de ce long parcours, complexe, semé d’incertitudes et sans doute bien touffu ? Eh bien, justement, que les origines de nos toros de combat sont complexes, semées d’incertitudes et touffues ! C’est ce que j’ai cherché à vous faire ressentir. Pourtant, le fond est simple : des bos taurus pur jus… comme nos vaches normandes ! ils se sont différenciés en quelques dizaines de siècles selon leur habitat dans la péninsule ibérique, et ils ont intégré des apports de bétail ibéro-africain, celte et arabo-africain. Quel est donc le mystère des origines de la bravoure ? Il reste entier… enfin, presque !



* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.


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