LA CASTE FONDAMENTALE JIJÓN

Publié le par Vingt passes, pas plus


TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES (V)

Par jacques TEISSIER*


L'EMERGENCE DU "TORO BRAVO" (suite)

 

 


1. LES GRANDS TOROS "SAUVAGES" CASTILLANS, SOURCE DE LA CASTE FONDAMENTALE JIJÓN  

On sait que dans la région de Colmenar Viejo, tout près de Madrid, il y avait d'importants troupeaux plus ou moins sauvages, appelés populairement toros de la tierra. Il y avait aussi, plus au sud, en Castille-la-Manche, et au nord-ouest, en Castille-et-León, des troupeaux qui présentaient des caractéristiques très semblables. A partir d’un tel bétail castillan, dont l'origine précise est inconnue, la famille Jijón crée la caste jijón à Villarubia de los ojos del Guadiana dans la province de Ciudad Real (Castille-la-Manche) en 1780. Les Jijón ont regroupé particulièrement les colorado et les castaño, qui abondaient ; ils les ont sélectionnés pour leur donner certaines caractéristiques particulières, homogènes :

+ Robe colorado encendido (feu) (= jijón) dominante. Mais on trouvait aussi toute la gamme des colorado (roux) : melocotón, colorado, colorado avinagrado, retinto ; des castaño (châtain), et parfois des negro (noir) ;

+ Grande taille (mais moins que les cabrera) : hauts, d'allure grossière (bastos), avec beaucoup de fanon et de carcasse, avec des armures particulièrement développées ;

+ Très durs et braves au début de la lidia, ils développaient ensuite un sentido très accusé, ils s'éteignaient et se réfugiaient fréquemment, en mansos, contre les barrières pour se défendre : d'où grandes difficultés pour les toreros… et régression dès le XIXe siècle. 


jj 19e


En tant que caste fondamentale « pure » (!), la caste
jijón peut être considérée comme éteinte. Aleas, de Colmenar Viejo, a bien maintenu du bétail de cette origine jusque vers 1830, mais ensuite on a croisé avec du vistahermosa pour améliorer la bravoure ; et vers 1920, on a fait un croisement absorbant avec du santa coloma : au bout de plus de 80 ans, cet élevage est plutôt devenu du santa coloma « par absorption », comme on dit dans le milieu taurin.

 


Un détail : le 11 septembre 1984, à Aranda de Duero, Ruiz Miguel a estoqué un toro d’Aleas nommé
Montero ; il était fils de la dernière vache de caste jijona connue. Ce n’est guère à l’honneur de la torería… Cependant, quelques passionnés s'efforcent aujourd'hui, avec l'aide d'analyses d'ADN, de retrouver le plus possible cette caste à partir de restes plus ou moins métissés conservés dans certains élevages marginaux, à part le prestigieux Montalvo.


 

* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.

 

http://toro-genese.com/torogenese/html/index.html

 

Le 5 novembre 2009, Jacques TEISSIER a donné une conférence devant les membres du CERCLE TAURIN NIMOIS dont il était l’invité. Dans son intervention l’auteur évoque, l’essentiel de la genèse du toro bravo en laissant de côté les détails indigestes qui jalonnent habituellement ce sujet ardu mais incontournable et passionnant pour l’aficionado. « Vingt passes, pas plus »  publie le contenu intégral de cette intervention dans une série de 14 articles.

 

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