L'alternative en question

Publié le par Dominique VALMARY

Par Dominique Valmary

 

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Parmi les postulants au permis de toréer, les autodidactes sont désormais submergés par la vague des élèves issus des écoles taurines. Tout bon français, héritier de Jules Ferry, devrait se satisfaire de la mise en place de l’instruction taurine, gage d’un enseignement de qualité et d’une égalité d’accès à la connaissance. Le rapprochement est audacieux au regard du statut des dits centres de formation. Le cadre associatif domine avec en contrepoint quelques fondations qui garantissent un statut fiscal avantageux à leurs promoteurs et financeurs. Mais le problème n’est pas là puisque, malgré la variété des enseignements due aux origines diverses des moniteurs  (j’ai du mal à parler de professeurs) souvent autodidactes eux-mêmes à l’époque de leur propre formation, elles produisent paradoxalement une manière de toréer entièrement stéréotypée. Le circuit des novilladas confirme ce fait de semaine en semaine sans autre surprise que l’apparition rafraîchissante de quelques égarés venant toujours des lointaines contrées d’Amérique latine. Je ne connais ni l’organisation de la transmission, ni suffisamment le contexte ultra-océaniques pour juger de la pertinence de leur éducation tauromachique mais j’ai toujours tendance à privilégier les cartels où ils pointent leur nez. Quelle différence entre la récitation du bréviaire habituelle à nos européens et la spontanéité pas toujours concluante des ultra-marins ! L’efficacité revendiquée d’un côté et l’improvisation risquée d’un autre, autant dire un océan entre les deux manières de vivre la corrida.

 

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Photo Michel Chauvierre

Ne dit-on pas que l’ennui naît de l’uniformité ! Les figures imposées, les obligatoires circulaires inversées, l’abandon de la pose des banderilles par les novilleros et la limitation quasi systématique de celles-ci à deux paires m’horripilent au plus haut point.

Dans ce contexte comment peut se faire la sélection entre ceux dont le seul but est d’atteindre l’alternative sans ambition véritable au-delà et ceux qui chercheront à faire carrière. Le nombre de courses s’étiole alors qu’il devrait être proportionnel à l’effectif des apprenants. Il en résulte une expérience limitée et donc insuffisante au moment de franchir le pas et d’alterner. Le relationnel et l’entregent supplantent la performance et l’engagement. Or l’alternative n’est-elle pas ce « vaca-lauréat » qui marque la fin d’un cycle, le diplôme de fin d’études en quelque sorte, le doctorat disent certains, et signe le début d’une aventure humaine qui est beaucoup plus que professionnelle ? La décision de présenter un novillero à ce moment crucial ne me semble pas relever d’une logique cartésienne ayant personnellement le sentiment que parfois c’est l’envie irrépressible d’y aller qui prévaut, parfois les qualités revendiquées (mais pas toujours démontrées) et parfois l’impression de lâcher le prétendant devant les fauves dans un souci de rupture, le postulant ayant montré ses limites.

La cérémonie est devenue purement formelle et le compagnonnage n’est plus que de façade. Il n’exprime plus la solennité de l’acte autorisant le novillero à désormais alterner avec les toreros déjà adoubés. Toute émotion est gommée de cet instant qui est pourtant essentiel à la transmission des codes si ce n’est, il faut l’espérer, l’émotion du récipiendaire qui va souvent être jugé sur son taureau d’alternative. Que reste-t-il du parrainage et du témoignage ? Qui décide de l’apoderado  (il faut vendre la supposée pépite), du moniteur (ça valorise l’enseignement dispensé), de l’organisateur (on parle en bien de la place et si en plus c’est un local…), des parents (qui fantasment), de la peña (convaincue contre vents et marées), que sais-je encore ?  Le parcours initiatique qui passait autrefois par les fonctions de péon au service d’un maestro qui décidait, avait vraiment une autre allure. Nostalgique d’une époque que nous n’avons pas connue ? Certainement pour une part,  réaliste et un poil idéaliste pour le reste.

Malgré tout cela je ne peux qu’inviter les aficionados à se déplacer pour vivre les novilladas qui restent la confrontation de la naïveté du jeune taureau encore tout fou, mais pas tant que cela, et  l’ingénuité relative du torero en devenir. C’est toutefois une analyse que les courses sérieuses et de verdad vues cette année à Hagetmau ou Carcassonne viennent heureusement contredire, il y a toujours des exceptions. Ce sera aussi pour vous l’occasion d’affûter votre propre jugement face à une tauromachie où, en principe, les artifices sont absents.

 

Publié dans Humeurs

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ARSICAUD 08/09/2013 10:48

Remarquable analyse d'une situation qui a terme fabrique des débiteurs de passes plus que des toreros à proprement parler et qui fait que très peu de toros sortant du ruedo debout ou tiré par
l'arrastre n'ont pas été torée, c'est à dire dont les défauts n'ont pas été corrigés mais à qui on a débité une nuée de passes stéréotypées comme dans une chorégraphie ne s'adaptant pas au type de
taureau, à ses caractéristiques...Bravo