Ballet sur le sable

Publié le par vingtpasses

 

 

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Feria de la pentecôte à Nîmes. En principe, Vingtpasses ne publie pas les comptes-rendus de corridas. Mais on va faire une entorse au protocole ! Car l’ami Paul BOSC m’adresse l’intégrale de sa reseña (parue ce matin dans le quotidien LA PROVENCE), et je veux vous en faire profiter. Une reseña sans langue de bois, pour aficionados. Un récit vrai d’une scène de tauromachie devenue banale et quotidienne. Simulacre de piques, pose de banderilles n’importe comment, vedettes couvertes du fric d’un public ravi qui demande avec ravissement des paniers d’oreille et des puerta grande pour des ronds sur le sable et deux estocades biaisées. Des danseuses qui s’enroulent leurs toros à roulette autour de la ceinture !

 

Comme dit Sébastien Castella, « le toro est un compagnon, pas un adversaire » (…) la tauromachie n’est pas la guerre (donc pas de Miura), (…) Moi ma quête, c’est une union entre l’animal et l’homme, pas l’affrontement brutal (…) Une belle course doit proposer une chorégraphie, comme un ballet ».

 

A la fois le Bolchoï et Bouglione, quoi. Et tout cela pour « faire revenir les aficionados » !!!  Bref, un spectacle de moins en moins sérieux qu’aucun président de course fût-il à la hauteur comme ce fut hier le cas, ne peut légitimer.  Et savoir que l’amphithéâtre nîmois n’est pas le seul théâtre de la « corrida moderne » dérivante n’est pas de nature à rassurer l'aficion.

 

C.CREPIN.

 

 

 

Le professeur, le maître et l’élève 

 

Pour la deuxième corrida du cycle, deux oreilles pour El Juli, une pour Castella et salut  pour Patrick Oliver. La hiérarchie a été respectée.

Fiche technique : 

Arènes pratiquement pleine  pour assister à l’alternative du Nîmois Patrick Oliver (vêtu de noir et ors) en présence des  maestros El Juli (pistache et ors) et Sébastien Castella (violette de Toulouse et ors).

Patrick Oliver : salut et silence. El Juli : oreille et oreille et 1 avis. Sébastien Castella : salut, 2 avis et 1 oreille et 1 avis. Ganaderia de Victoriano del Rio. Le troisième toro pour Castella, de la ganaderia Cortes a été remplacé par un Victoriano del Rio puis par  un Los Galos appartenant à Simon Casas.  12 picotazos. Cavalerie de Philippe Heyral. Durée 3 heures. 


En vieil aficionado, il faut d’abord se conformer à la tauromachie actuelle. C’est-à-dire pas de piques, ou si peu. Pas non plus de banderilles, posées n’importe comment. Il ne reste plus que la faena qui a remplacé la lidia du toro, c’est-à-dire tout le travail indispensable pour conclure par la mise à mort. Seul critère nécessaire : la noblesse de la bête qui suit la  muleta sans broncher d’une virgule et si l’on ajoute des toros épais comme une sardine ou à peine plus gros qu’un novillo, il ne reste plus qu’à tirer le pompon… Il paraît que le public aime ça. Mais revenons à nos moutons. Oh ! Pardon.

Les Victoriano del Rio ont offert ce que l’on attendait d’eux : de la suavité, de la fluidité, de la gentillesse même : pas un écart, pas un mauvais coup en traître. El Juli qui connaît la musique a su pleinement en profiter surtout face  à Jocundo, son premier adversaire, qui devait souffrir de nanisme à sa naissance et ne s’est pas développé. Le Madrilène a joué avec l’orchestre philarmonique pour tordre le toro dans tous les sens en lui faisant faire des ronds, des ovales, des cercles, sur la gauche et sur la droite, en inversant la main, en lui tournant le dos, en se mettant en face. Après une estocade qui, là aussi, ne répond plus du tout aux critères anciens puisque il porte le coup d’épée en contournant le toro plutôt que d’éviter la corne en la déviant  de la main gauche, M. Laurent Burgoa, le président qui ne se laisse pas conter fleurette facilement, accorda l’oreille. Une seule.

Le même scénario a été renouvelé au 4e avec une grande faena, plus profonde que la première montrant au public qu’il était bien le maître, le numero uno de la tauromachie de ce siècle. Une oreille encore, malgré l’insistance des quelque 12000 spectateurs pour que le même Laurent Burgoa lui en accorde une seconde.

Sébastien Castella qui lui aussi mérite le titre de maître es-tauromachie a quand même montré une autre face de ses possibilités pour réduire un toro vicieux. Car c’est lui qui a dû ronger l’os du jour. Après changement du Cortes, autre fer de Victoriano del Rio, sorti en troisième position, pour un problème apparent de vision, déboula un Victoriano del Rio qui après la pique ne tenait plus debout. Re-changement pour un toro de la ganaderia Los Galos portant le fer de Simon Casas. Un dur à cuire de 515 kg qui ne s’engageait dans la muleta qu’avec parcimonie. Malgré 2 avis, les aficionados ont quand même applaudi le Biterrois car il avait su montrer son savoir-faire face aux difficultés.

Au cinquième, sa faena était quelque peu le copié-collé de celle de El Juli. A moins que se ne soit l’inverse !  1 oreille et un avis mais il revient cet après-midi prendre sa revanche

Quant au nouveau matador de toros Patrick Oliver, le public l’aura vu à son avantage pour ouvrir la course avec une faena calme et décontractée qui lui valut les applaudissements du public au centre de la piste. Au sixième qui avait plus de nerfs, il a été débordé dès les premières lances de muleta et malgré les conseils de El Juli de la barrière, n’a pu mieux faire que d’abréger.
El Juli est sorti en triomphe porté  a hombros.


Paul BOSC   

Publié dans Corrida et Société

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GIRARD Georges 10/06/2011 17:36


Enhorabuena! Il faut dire les choses plutôt que d'édulcorer le débat à grands coups de "tauromachiquement correct" ! La corrida moderne se donne des coups de descabello dans le pied et le public en
redemande ! Rien à craindre des antitaurins de tous bords, de toutes chapelles politiques ou autres... La corrida se meurt d'elle-même et aucun décret de loi n'aura à l'assassiner. A l'instar de
ceux qui criaient "No pasaran !" nous nous réveillerons un jour et nous constaterons que "Han pasados"... Alors nous feuilleterons nos souvenirs et nous mâcherons des herbes amères...