Alimón (suite et fin)

Publié le par vingtpasses

 

 

 

Alimón

 

 

 

ou

 

 

 

l'héritage d'Armando Sanchez

 


 

 

alimon phot

 

 

 

 

 

Nouvelle

 

 

 

Georges GIRARD

 

 

 

 

 

Chapitre 3

 

 

 

Faena y sangre.

 


 

" .../... Trois fois j'ai traversé l'Ebro dans l'eau noire et glacée, accroché à ma barque, une nuit d'épouvante ! Trois fois j'ai ramené dans nos lignes les camarades blessés. Certains étaient déjà morts sans savoir que je les avais arrachés aux baïonnettes des Maures...

Le cimetière d'Amposta tressautait sous les obus. Les tombes s'ouvraient, béantes, les croix se tordaient comme mains en prière, les pierres éclataient...Le bataillon se repliait et lançait ses dernières grenades. La Brigade agonisait. Valencia restait isolée, seule  face aux hordes franquistes. .../... "

 

Grave blessure de Ferrera à son second. Le public qui jusque là avait vibré en chaleureuses ovations et fêté trois grands banderilleros, a été cueilli à froid . Espla, magistral chef de lidia, a convaincu. El Fandi a enchanté par sa maîtrise et son enthousiasme. Ferrera à son premier se montra chatoyant à la cape, impérial avec les palos. C'est la cuisse garrottée, son sang rougissant la piste, qu'il a estoqué Pitillito avant d'être amené à l'infirmerie. Par respect, Fandi a refusé la Grande Porte. Un beau geste du granadín et un superbe 21 juillet de Feria à Valencia!

- ¡Hola, profesor !.. ¿Qué tal ?

- Toi, ici ? Quel bonheur ! Agnès, je vous présente Antoine Cailleurat, ex-écarteur landais, un grand, reconverti avec talent  dans le journalisme... Antoine m'a beaucoup appris...

- ... C'est elle la cousine ? Maquarelle ! Elle a pourtant l'air bien gentillette !

- Je ne sais pas ce que vous avez pu raconter à mon sujet à votre ami, mais lui au moins il sait reconnaître l'évidence ! C'est vrai que j'ai été "très" gentille de vous écouter, de supporter tant bien que mal ce que vous m'aviez donné pour être le plus extraordinaire des spectacles... Le fiasco de Madrid, le joyeux bordel de Pampelune et le drame d'aujourd'hui... ça fait beaucoup, vous ne trouvez pas ? Je vous avais dit que ce serait au-dessus de mes forces... J'ai eu la trouille de ma vie !  Ils sont fous ces types ! Se jouer la peau devant de tels monstres dépasse l'entendement !.. C'est vraiment un truc de dingues ! Non, je ne comprends toujours pas qu'on éprouve du plaisir à se faire mal aux fesses sur des gradins d'enfer, à cuire au soleil, pour voir des toros, ... ou des hommes.., se faire massacrer ! Et c'est ça que vous avez le culot d'appeler de l'Art ?.. Trop compliqué pour moi. J'abandonne.

- La petite n'a pas tort José. Il faut être préparé, informé, rassuré, consolé parfois... On "n'entre pas en tauromachie" du jour au lendemain, il t'a fallu combien d'années à toi ?.. et je suis à peu près certain que tu n'en as pas fait le tour... Je me trompe ?

- Bien sûr que non. Mais nous n'avons pas eu vraiment le choix non plus, tu es au courant. J'étais pourtant sûr des cartels. Elevages et matadors auraient pu donner beaucoup mieux. La corrida de Pamplona n'était pas si mauvaise, ce soir, celle du Puerto de San Lorenzo était bien présentée, bien armée... Il a fallu cette cornada ... Aussi, qu'avait-il besoin de se mettre en danger ?

- Tu sais bien qu'Antonio Ferrera se met systématiquement en danger ! Et le cœur au milieu, en plus !.. Il torée à l'ancienne, avec ses cojones ! Oh ! pardon Mademoiselle !..

- Rien de grave, allez...

- Vous savez à quoi vous me faites penser, les enfants ? A un quite d'une grande profondeur, d'une grande beauté aussi. Deux toreros présentent en même temps leur cape et font passer le toro entre eux en pivotant sur place, chacun dans un sens. Par chicuelinas ou par gaoneras, ce quite a beaucoup d'allure.

Vous êtes pareils à ces toreros. Vous tournez en sens contraire. Agnès avec ses refus, ses interrogations, ses doutes, ses peurs . Toi, José, avec ta connaissance, ton afición et surtout ton désir de lui offrir la chose la plus belle qui soit. Mais vous oubliez le toro. Personne ne peut prévoir dans laquelle des deux capes il va mettre les cornes... C'est là tout le mystère de la corrida. L'inconnue absolue demeure le toro... Ne le perdez jamais de vue.

Un jour, moi je l'ai oublié. J'écartais un toro limpio aux Fêtes de Bayonne. Absolument certain qu'il passerait. J'aurais parié jusqu'à mes espadrilles... Il est venu droit sur moi... et j'ai reçu la plus belle tumade de ma carrière! Deux mois d'hosto... ¡ Hijo de puta !

- Tu ne nous a toujours pas dit le nom de cette passe à deux...

- Le quite a l'Alimón , pourquoi ?

 

 

 

 

 

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Publié dans Récits & nouvelles

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