MORANTE DE LA PUEBLA

Publié le par Charles CREPIN

 

Photo C. CREPIN


 Morante !

 

Pour les uns, ce nom n’éveille qu’indifférence ou dérision. Ils n’ont pas vu, pas apprécié ou pas saisi ce qu’il fait. Ou de guerre lasse, ils sont passés à autre chose… Pour les autres, le nom de Morante résonne comme une aubade, un refrain magique. Morante les fait rêver. Il allume une petite lueur dans leur regard. Mais il fait naître une pointe de regret dans leur voix, et de la frustration aussi. C’est que le maestro use cruellement leur patience. C’est égal. Pour lui, ils en gardent encore un peu en réserve. La frustration, presque une souffrance, est perceptible chez ces aficionados qui savent ce qu’il veulent et attendent que Morante torée, là, sous leurs yeux, comme il est capable de le faire, comme aucun autre torero ne le fait aujourd’hui.

 

Capable, il l’est. Ils en sont persuadés. Il l’a même prouvé quelques fois, et ces quelques fois valaient amplement le billet de corrida, et même le voyage ! Comme ce jour de mai où il a triomphé à Madrid, saisi par l’essence même d’un toreo empreint de grâce et de délicatesse, par la magie d’un art spontané. Par la beauté d’un drame baroque inattendu, improbable, qui jaillit sur le sable, sous leurs yeux écarquillés. Par la lenteur presque irréelle d’un temple céleste et majestueux, par l’infinie délicatesse de gestes jamais banals, jamais vulgaires, laissant loin derrière la mécanique reluisante des redondos inversés qui chavirent un autre public. Même que le « tendido 7 », debout, a demandé une deuxième vuelta !  Morante a pleuré… Et ce jour de juillet, à Pamplona, où il regarde ses compagnons de cartel sortir à hombros, par la grande porte, rassasiés de vaines récompenses, tandis que lui se dirige vers le patio, en modeste piéton. Et c’est lui, Morante, que le public acclame…

 

 Et puis, il y a le Morante des jours ordinaires, des jours gris, le Morante qu’ils vont voir, remplis d’espoir, attentifs à bien saisir au vol quelques bribes somptueuses de sa lidia, des bribes faites de détails épars et éphémères. Éphémères ? Pas vraiment, car dans leur tête, la magie opère encore longtemps après la symphonie, fut-elle inachevée, quand de sublimes  « détails » se sont insinués dans leur mémoire. 

Publié dans Aficion

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