GROSSE FATIGUE...

Publié le par Guy PAILHES

 

Fatigué. Je suis fatigué. 

 

Pourtant, mon docteur a établi un plan global pour la saison : compenser les sels minéraux perdus avec la sueur, faciliter le sommeil, même en voiture, vitamines quotidiennes. On est loin du double cachet d'aspirine des temps anciens, deux heures avant la course. 

 

Voici mon deuxième toro. Encore un marron. On en voit de plus en plus. A croire que les éleveurs  privilégient cette robe comme d'autres privilégiaient le noir.





Fatigué. Fulano a appelé la bête, l'a fait cogner le burladero. Corne éclatée. Mais le public m'attend et s'en moque. Une, deux véroniques. Le retour rapide m'oblige à une chicuelina improvisée, puis la revolera, majestueuse. Le cheval n'existe plus et je me demande pourquoi je paie cher deux hommes inutiles ou presque. Penser à reprendre cet hiver l'idée de picadors attachés aux arènes . Mon collègue a fait un quite et je dois répondre : trois navarras au centre laissent le toro figé tandis que je m'éloigne sous les bravos.

 

Fatigué. Les hommes plantent les banderilles (les deux paires syndicales) tandis que je prépare muleta allégée et fausse épée d'aluminium. Je bois dans mon gobelet d'argent, cadeau d'une de mes peñas. Le toro ? le même que tout à l'heure (1 oreille ), qu'hier et que demain. A peine 4 ans, 450 Kg, bien fait, pattes fines, queue longue, armure normale mais en pinceau . Mon superviseur (veedor) fait bien son boulot. 

 

Pas de brindis aujourd'hui. J'attaque par ma spécialité : doblones genoux pliés, fouette gracieux en fin de course de la muleta. Attention de ne pas le fatiguer, de ne pas le brusquer, de ne pas l'indisposer surtout ; le laisser se reposer entre les séries, la langue est déjà pendante. Enfin, celui là tient sur ses pattes. Trois séries à droite, deux séries à gauche, attitude soignée. Je m'amuse (intérieurement) des olé du public . Selon les arènes,  ils prennent des tonalités curieuses. Rares sont les véritables cris des tripes que olé traduit bien mal. Retour à la barrière, boire un peu (le gobelet) prendre l'épée (la n°3, la plus employée) revenir au toro, obligé d'exécuter ces manolitinas à la mode. Tuer dans le petit coin de l'ancêtre Ordonez. Eviter le descabello, toujours mal vu par le public. Une oreille… Encore une sortie en triomphe, ballotté sur des épaules, meurtri par les tapes amicales. Penser à faire enlever les machos...

 

 

 

Fatigué. Je suis fatigué.

 

- D'abord de chercher à l'annonce d'un cartel, de quel élevage, de quel encaste il s'agit du fait de la prolifération du Domecq (je me souviens d'un éleveur du troisième groupe me montrant une pauvre vache rousse et très fier en m'annonçant "Domecq").

 

- De voir un tercio de varas symbolique . Pourquoi en effet payer deux hommes (généralement corpulents, ils prennent toute la place dans le fourgon sans compter leur équipement !).

 

- De voir les banderillos applaudis alors qu'ils ne font que leur travail lorsqu'ils l'exécutent correctement. Fatigué de voir les mêmes faenas, issues des mêmes écoles taurines, de voir les estocades escamotées,  de payer de plus en plus cher un spectacle où l'animal n'est plus qu'un faire valoir. Je sais bien que même une vache peut tuer (cf Bienvenida), mais n'est ce pas l'essence même de la tauromachie que d'affronter et tuer un animal sauvage en pleine possession de tous ses moyens ?

Alors ? Il reste à sélectionner à outrance les corridas, sans doute aussi les arènes où le public " serait " averti, ou suivre un matador dont on sait que les Domecq ne sont pas son lot coutumier… Mais aussi demander instamment à tous les médias tauromachiques, aux clubs, peñas, observatoires et autres de revenir à cette éthique, en privilégiant le toro et sa lidia au lieu d'encenser l'idole.

 

 

Fatigué vous dis-je.

 
 


Publié dans Humeurs

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