LA FIN DU BON TEMPS DES COLONIES

Publié le par vingt passes, pas plus...


LA CHRONIQUE DE FREDERIC PASCAL
 

L'issue des appels d'offres lancés pour la gestion des arènes de Mont de Marsan et de Bayonne, qui se sont soldés par la défaite de la casa Chopera, marque la fin du régime colonial que l'Espagne à longtemps imposé à la France taurine. 


Avec la nomination de Casas à Mont de Marsan et de Lartigue  à Bayonne la reconquête commencée par le Sud Est est en voie d'achèvement. Les deux bastions historiques de l'entreprise fondée par le grand-père des Choperas actuels viennent de tomber. Il ne restent plus que Vic, directement, et Ceret, par l'intermédiaire de Careno, à rester dans l'orbite des héritiers de Pablo Martinez Flamarique. Il faut se souvenir qu'en 1968, toutes les arènes françaises étaient sous domination du fondateur de cette illustre dynastie. Don Pablo régnait en maître. Plaza après plaza, il avait conquis tout le sud de la France, ne laissant que Dax à Don Livino Stuyck, son alter ego de l'empresa de Madrid. Dans ce contexte, seule une enclave d'irréductibles gallo-romains avait réussi à conserver son indépendance. Gérée par Pierre Pouly, Arles faisait de la résistance. 


Pierre Pouly « Pouly III » était  le 3ieme toreros français de l'histoire. En 1921, il avait pris l'alternative à Barcelonne, succédant ainsi à son père, Ambroise, (Alternative en 1909) et à Felix Robert, premier matador français de l'histoire, (Alternative en 1894). Puis il y eut Pierre Schull, en 1952, et ,à partir des années soixante dix, le rythme des alternatives s'est accéléré. Si bien qu'on compte à ce jour plus de cinquante français matador de toros. Dans leur sillage s'est diffusé un nouveau savoir taurin, moins théorique que l'ancien, plus proche de la réalité et plus accessible aussi, puisque disponible en langue française. Avant le savoir taurin ne pouvait être que livresque et passé par le prisme déformant de la traduction pour d'être assimilé par l'aficionado français. Désormais, puisque la messe était dite en français, point n'était besoin d'apprendre le latin pour bénéficier des lumières de l'eucharistie. Toutes proportions gardées l'effet émancipateur sur le public est à rapprocher de l'abandon du latin pour le français dans la diffusion des grands textes. 


De 1968 à 2008, partout en France ce ferment a levé, dans les clubs taurins, dans les commissions taurines, dans la presse, dans le Mairies, etc. Des compétences inédites se sont révélées. Des professionnels français ont trouvé leur place à tous les niveaux du mundillo, toreros, bien sur, mais aussi empressa, apoderados, prestataires de services divers. La reconquête a pu s'organiser.  Les colonies espagnoles ne se sont pas rendues sans combattre. Les bastions du Sud Est sont tombés les premiers, puis des brèches se sont ouvertes dans le Sud Ouest, mais longtemps le front s'est stabilisé aux portes des places fortes qu'étaient Bayonne et Mont de Marsan. Réputées imprenables elles ont fini par céder et il n'est pas douteux que leur chute préfigure le démantèlement définitif des comptoirs  de la casa Chopera en France et avec eux la fin du bon temps des colonies pour les professionnels espagnols. 


L'indépendance que viennent de conquérir Bayonne et Mont de Marsan ouvre la voie à une nouvelle époque sur le marché français. Elle a été possible grâce aux mutations profondes qu'a su s'imposer l'aficion autochtone et à la montée en puissance du mundillo national, qui a su gravir tous les échelons pour devenir légitime au plus haut niveau. L'avenir a changé de main. Sera-t-il radieux pour autant? 

 

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