LAS VENTAS

Publié le par C.CREPIN



Véritable temple mondial de la tauromachie, Las Ventas est la troisième plaza de toros du monde par sa capacité, après la Monumentale de Mexico et celle de Valencia du Venezuela. Contrairement aux amphithéâtres romains qui nous sont plus familiers, Las Ventas est un ensemble complexe où tout a été pensé dès l'origine pour la corrida, tant du point de vue du spectacle lui-même que des aspects moins visibles de son organisation (administration, gestion et service divers à tous les stades du déroulement des corridas. Voyons de plus près cette arène emblématique, ses caractéristiques, les pratiques en vigueur et l'ambiance qui y règne. 



LA PLAZA 

 

 

Photo C. CREPIN



On peut considérer que les arènes de Las Ventas furent l'aboutissement d'un rêve du  Maestro Joselito : une grande arène offrant au plus grand nombre de madrilènes la possibilité de voir des corridas en abaissant le prix des billets. La décision d'édifier ces arènes fut prise dès 1918 et la construction débuta en 1922 après la mort du grand maestro. L'inauguration de l'édifice eut lieu en 1931. 
 

Photo Cossio



 

La construction est monumentale. De style "mozarabe", la façade est constituée de briques apparentes, et décorée de céramiques représentant les provinces espagnoles.

D'une superficie totale de 45 000 m2, elle peut contenir 23 800 spectateurs. Elle est édifiée sur quatre niveaux, ses structures métalliques supportant les tendidos bajo et alto, eux-mêmes surmontés par les gradas et andanadas en bois, y compris le Palco Royal et le Palco Présidentiel qui marquent la division des 10 tendidos fermant le cercle : 4 "en sombra" de part et d'autre de ces derniers, 2 en "sol y sombra", et les 4 autres "en sol". En plus des différents patios (cuadrillas, caballos, arrastre, chiqueros, etc... une chapelle baroque consacrée aux vierges de la Paloma et de Guadalupe donne sur une imposante infirmerie composée de différentes salles d'hospitalisation et plusieurs blocs opératoires. Un musée taurin, une bibliothèque-vidéothèque ainsi que plusieurs bars et restaurants viennent compléter les équipements de las Ventas.

 




LE CALLEJÓN

 

 

Photo C. CREPIN



Un vaste callejón, large de 2,20 mètres, ceinture un ruedo de 60 mètres de diamètre (le plus grand du monde), et comporte pas moins de 31 burladeros en plus des 4 burladeros de piste réservés aux cuadrillas et au passage des monosabios. Tout les occupants autorisés y trouvent leur place, réservée de façon permanente : empressa, gestion de la plaza, administration, police, délégation de l'autorité, vétérinaires, mulilleros, mayorales, médecins, picadors, apoderados, cuadrillas, areneros, monosabios, comunidad de Madrid, journalistes et photographes etc. Une fois les personnels précités, abrités derrière les burladeros, et hormis les alguaciles et les toreros situés à la hauteur du tendido 9, il n'y a personne dans le callejón !  Outre la sécurité offerte en cas d'intrusion du toro derrière la barrera, on verra plus loin que cela est très utile pour le  bon déroulement de la course.
 



LA PRESIDENCE



Elle est la représentante de l'autorité et fait appliquer le règlement à tous les stades de la course. Elle dispose de pouvoirs de sanctions et peut se faire assister par les forces de sécurité. Située au niveau des gradas (au dessus du tendido alto), elle est hors de portée de spectateurs trop agités et donc à l'abri de trop fortes pressions. Elle se fixe en général un niveau d'exigence élevé, tant du point de vue de l'intégrité physique et de l'aspect des toros (elle sort facilement le mouchoir vert), que de celui des prestations des toreros. Dans un tel contexte, les trophées sont comptés, et les toreros savent qu'ils doivent se surpasser pour y prétendre.


LES ALGUACILES


 

Photo C. CREPIN



Il y a deux alguaciles à Las Ventas. Ils tiennent le rôle que l'on connaît (ouverture du paseo, réception de la clé du toril, trophées...). Ils sont les auxiliaires du président de la course et doivent veiller au respect du règlement par les toreros. Leur pouvoir est réel, et ils ne manquent pas de rappeler énergiquement à l'ordre le torero contrevenant aux bonnes pratiques, que celui-ci soit de rang modeste ou même qu'il s'appelle Morante de la Puebla. 







LA COURSE

 

Une corrida à Las Ventas dure rarement plus de deux heures. Première explication : peu de trophées distribués et donc peu de vueltas aussi. Ensuite, l'enchaînement de la lidia entre deux toros est bref. Dès la puntilla, l'arenero présente déjà en piste le panneau indiquant l'âge et le poids du toro suivant. A noter également qu'après chaque tercio de pique, la cavalerie regagne rapidement le patio en empruntant un callejón parfaitement dégagé, sans avoir à se faire escorter par les banderilleros et se préserver des charges du toro. Ainsi, la suerte de banderilles peut débuter immédiatement. 

Il n'y a pas de musique durant la faena. La banda de música joue son paso doble entre chaque toro.


LES TOROS




Beato de Victoriano del Rio - Despedida d'ESPLA. 2 oreilles et puerta grande  - Vuelta pour Beato  
Photo C.CREPIN


A Las ventas, les toros, quelle que soit leur origine, sont en général bien présentés. Ici, la moyenne de poids approche fréquemment les 600 Kg, et les armures sont impressionnantes. En témoigne Beato, le toro de Victoriano Del Rio, 620 Kg, vuelta al ruedo, auquel Espla a coupé 2 oreille le 5 juin. Pourtant, le moteur n'est pas toujours aussi rutilant que la carrosserie. Les prestigieux Palha, Victorino, Cebada Gago et bien d'autres, ont plombé la Feria de la San Isidro par leur comportement médiocre, voire catastrophique !




LE PUBLIC DE MADRID

  

Photo C. CREPIN


 

Lors des ferias de la San Isidro et de la San Miguel,  Las Ventas enregistre 18 000 abonos ! Les prix s'échelonnent de 2 Euros à 125 Euros, avec des tarifs spéciaux pour les jeunes de 14 à 25 ans, et les seniors de plus de 65 ans.
 

 

Le public de Madrid est particulièrement bruyant. les spectateurs continuent de parler fort pendant le paseo, couvrant la musique, souvent même en début de lidia. On se croirait dans une ruche! Pourtant, dès la deuxième passe bien liée, il s'enflamme très vite, et les "bieeeen" jaillissent immédiatement des gradins dans un ensemble parfait. Ces réactions instantanées et convergentes, témoignent d'une expérience et d'une compétence largement partagées, tranchant parfois avec celles des "pensionnaires du tendido 7 " dont le comportement est aléatoire et parfois outrancier.


A Madrid, le public applaudit les belles piques, et siffle les mauvaises. Il n'applaudit pas le piquero qui ne pique pas... Il ovationne le torero qui donne le quite au compagnon en danger, et non celui qui s'est mis à la merci du toro. Il sort son mouchoir à bon escient pour la première oreille, et ne pense pas que la deuxième va tomber systématiquement après avoir chahuté la Présidence. L'ovation pour le toro à l'arrastre et la pétition de vuelta sont généralement méritées  et donc parcimonieuses.


Quelquefois quand-même, le consensus est rompu : le public madrilène lui aussi a ses "chou-chou" auxquels il peut réserver un traitement de faveur. En témoigne par exemple Uceda Leal auquel il pardonne plus volontiers son manque d'inspiration qu'à Talavante, il est vrai très médiocre dans ses dernières prestations, ou même El Juli. Ou bien la puerta grande de Ruben Pinar le 7 juin dernier, jugée très généreuse et contestée par l'ensemble de la presse spécialisée.


Vu sous l'angle de la conception d'ensemble, de la gestion et de l'organisation, de la qualité des spectacles, et sur bien d'autres plans, las Ventas surpasse toutes ses concurrentes. L'aficionado français qui s'y aventure éprouvera bien souvent le sentiment de vivre un moment privilégié.


Mais chacun, selon sa sensibilité, pourra préférer la solennité et la dimension historique de la Real Maestranza de Séville, ou la beauté intemporelle de nos amphithéâtres romains. Certains aficionados relèveront sans doute aussi de notables différences entre les corridas de Las Ventas décrites dans ces lignes, et celles qu'ils voient dans leurs arènes favorites, à Nîmes, à Vic Fézensac, ou ailleurs. 


 

 


 

 


 

Publié dans Arènes

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dissertation 28/12/2010 06:10


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