Nimeño...

Publié le par vingt passes, pas plus...

Maroc. Casablanca, Hôtel International, fonctionnel mais anonyme; j'attends le repas du soir, allongé sur le lit, écoutant distraitement TV5 Europe... Soudain, «... le torero français Nimeño II s'est donné la mort... ». Effondré sur ce lit trop grand, les larmes affluent ; dans cette immense solitude, personne à qui parler, personne avec qui partager cette peine. Des souvenirs défilent...

 


L'hôtel de Dému, à quelques kilomètres de Vic, et ces interminables parties de flipper en attendant la corrida du lendemain...


La fameuse novillada nocturne de Nîmes ; je m'étais faufilé jusqu'au dessus du toril. Dans l'attente du paseo et de Macandro en retard, je voyais Espla et sa mèche de cheveux à la Hitler, Nimeño plus blanc et ailleurs que jamais...


L'historique Miurade de Béziers, Mendez et Christian blessés tous deux, en piste pendant la faena de Milian, insistant face à un assassin malgré blessure ouverte au bas ventre. Je n'ai jamais revu deux maestros en piste pendant la faena du troisième...


La folle équipée Limoges - Logroño et retour dans le week-end pour voir Christian tuer un Miura et le sobrero.


La grandiose corrida de Guardiola. Pressentant l'histoire, j'avais acheté un billet bien au dessus de mes moyens !   Comment oublier Christian assis à l'estribo après la mort du cinquième, seul, vieilli, vidé, répondant distraitement au Président qui lui demande si le sixième peut sortir.


D'autres souvenirs s'emmêlent au travers des larmes. La somptueuse alternative, le portier du Grau du Roi refusant l'entrée au callejon, le quiebro après poursuite à Barcelone...


La nuit a été très pénible. Deux jours plus tard, j'étais à Zahariche devant le célèbre portail aux bucranes. Je n'ai jamais osé rentrer. Dans le cercado de gauche, un autre Pañolero* me regarde fixement...



Guy PAILHES. 


* Pañolero, toro de Miura qui accrocha dramatiquement Nimeño à Arles le 10 septembre 1989.

Publié dans Récits & nouvelles

Commenter cet article