VISIONS TAUROMACHIQUES

Publié le par Charles CREPIN

 

 

La conférence donnée hier à Nîmes par le docteur Jean-Yves BAUCHU, "BIBLIOGRAPHIE TAURINE & MEDECINE" remet en lumière un article qu'il avait écrit pour Vingtpasses en septembre 2008. Une occasion de remettre cet article dans l'actualité.

 

La vision tauromachique du Professeur Henri EY, psychiatre de renom.

 

 
Henri Ey est né le 10 août 1910 à Banyuls -dels-Aspres, dans le Vallespir. Retraité dans son village natal après une très grande carrière de Psychiatre à l'hôpital de Bonneval, en Eure et Loire, en région parisienne, il y décédait le 8 novembre 1997. Psychiatre et psychanalyste de réputation mondiale, partisan et défenseur de l'organodynamisme, il nous faut simplement retenir de sa bibliographie qu'il fut l'auteur du « Manuel de Psychiatrie » qui a formé des dizaines de génération d'étudiants en médecine. S'il accomplit ses universités médicales à Toulouse puis à Paris, c'est bien à Céret qu'il effectua ses universités tauromachiques. Céret qu'il devait marquer de sa personnalité. En 1948, il fût un des fondateurs du Club Taurin de Paris, côtoyant Michel Leiris, Auguste Lafront dit Paco Tolosa, et Claude Popelin.


Dans son énorme bibliographie, quelques publications nous permettent d'approcher sa vision de psychiatre et de philosophe de la corrida. Voici quelques extraits :


Photo Charles CREPIN


« La bravoure du Taureau de combat » a été écrit en collaboration avec le Professeur Clément Bressou, Membre de l'Institut, Membre de l'Académie de Médecine et de l'Académie d'Agriculture, Directeur de l'Ecole Nationale Vétérinaire d'Alfort, et publié en 1964 dans l'ouvrage collectif « Psychiatre Animale » dont voici la conclusion :

« La bravoure au combat est un produit en grande partie artificielle de la sélection zootechnique. Si celle-ci cesse d'être rigoureuse et sévère (et surtout si elle recherche un autre critère de sélection), chaque toro tend à tomber dans la probabilité générale de la répartition statistique de la bravoure dans son espèce, c'est-à-dire celle d'une aptitude relativement rare. Il n'y a pas lieu de se demander dans ces conditions pourquoi parmi les toros de combat il y en a tant de mansos, mais plutôt d'admirer qu'il y en ait tant de bravos, moins que l'aficionado le désire, mais plus que le génie de l'espèce le permet dans des conditions naturelles de l'existence du Bos Taurus ».

 


Photo C. CREPIN

 

Un autre texte « La corrida et l'esthétique de la violence », publié en 1968 dans « Violence Humaine » de R. Bloy, à Paris, permet de noter : « Où est la violence de la corrida ? Elle est pour celui qui ne la considère qu'à l'extérieur d'elle même, dans le sang, les chevaux étripés, les coups de rapière infâmes, la mort stupide et parfois horrible d'une bête aux abois..Mais ce sinistre festival de la cruauté saturé de l'écœurante odeur du sang, c'est précisément ce que ni l'aficionado, ni les toreros ne voient et ne veulent. Rien ne les déçoit davantage qu'une corrida réduite à ces éclaboussures, à ces scories, à ces misérables souillures de l'art de toréer ».

 

 
 

Mithra Tauroctone  fin IIème siècle - Musée du Louvre

 

Un opuscule non publié d'une conférence prononcée par le Docteur Huguette Deprez, portant le titre : « Essai de la compréhension psychologique de la corrida  comporte une longue correction écrite par le Professeur Henri Ey. A propose du mythe de Mithra, voici ce qu'il écrit : « La référence à la mythologie du taureau, au Minotaure, à la Crète et au fameux culte de Mithra glace mon aficion. Rien ne peut, en effet, refroidir plus l'enthousiasme pour l'art tauromachique que cette référence 'universitaire' au culte du taureau. Ceci est pour moi aussi étranger à la tauromachie que le recours au mythe des Centaures pour exciter ou expliquer le zèle des jockeys ou l'intérêt des turfistes... ». Pour lui, écrit-il plus loin : « l'esthétique de la corrida commence lorsque s'égalisent les risques de mort, c'est à dire lorsque le taureau est assez dangereux ou lorsque l'homme s'expose assez. Mais bien entendu, l'émotion qui soulève l'enthousiasme de l'aficionado, ce n'est pas la mort sanglante et prévue du taureau et encore moins la mort de l'homme, c'est l'art par lequel l'homme se joue de la mort et en triomphe. Nous voici loin de l'adoration et du culte totémique du taureau ».

 

Qu'en termes choisis, ces choses sont bien dites...

 

Jean-Yves BAUCHU

Commenter cet article