" Docteur...! Vous pouvez m'appeler Maestro ! "

Publié le par jean-Yves BAUCHU - Chirurgien, médecin des arènes de Nîmes


Quatre médecins peuvent s'honorer du titre de « Torero ».

 

Victoriano de La Serna y Gil (né le 1er septembre 1910 à Sépulveda et décédé d'une tumeur cérébrale le 23 mai 1981 à Ciudad Réal). On a pu dire de lui « qu'il toréait en vers, quand ses compétiteurs devaient se contenter de la prose ». Il est reçu Docteur es tauromachie le 29 octobre 1931 dans les arènes de Madrid. De ses quatorze années de toréro professionnel, l'histoire retiendra son art de la véronique, la passe de las flores célèbre par le tableau de Carlos Ruano Llopis, son toreo « immobile, serré, hiératique, créant une sensation d'angoisse » et ne retiendra pas malheureusement son nom pour la manoletina dont il semble avoir été le créateur. Reçu Docteur en Médecine, c'est certain ; sa carrière médicale est moins connue. De mes recherches biographiques, je ne peux affirmer que deux choses : en 1938, il fut médecin de l'armée franquiste, d'une part, et d'autre part son fils a pu écrire de lui : « c'était un homme très cultivé, qui fit des études de médecine et je suis convaincu qu'il aurait pu être un génial chirurgien ».


Jean Maler, Malerito (né le 13 novembre 1934 à Nîmes), est cité dans le Dictionnaire Biographique des Toreros français de l'UBTF. Etudes de Médecine à Montpellier, une thèse sur le traitement de la tuberculose en milieu psychiatrique soutenue en 1967, et un exercice professionnel comme neuropsychiatre et psychanalyste à Villeneuve les Avignon. Double atavisme familial tauromachique par ses origines paternelles cérétanes et par ses grands-parents maternels, les époux Viret, éleveurs de toros de combat. C'est tout naturellement qu'il participe à des capéas, se forme au contact de José Piles, et revêt l'habit de lumière en novillada non piquée pour la première fois à Saint-Gilles, le 14 avril 1957. Une novillada par an à Nîmes en 1958, à Vergèze le 15 août 1959, où il fut blessé, et à Montfrin en 1960, avant de partir pour le service militaire prolongé en Algérie.


Jean Riboulet (né le 19 juin 1936 à Saint-Gilles, décédé le 11 décembre 1998 à Nîmes) est notre deuxième médecin-torero français. Des études à la faculté de Médecine de Montpellier, et une installation comme dermatologue à Nîmes, peuvent résumer sa carrière professionnelle. La passion de la tauromachie le tint toute sa vie, le conduisant de capéa (le 28 octobre 1958 à Saint-Gilles) en novillada piquée où il se présenta pour la première fois à Saint-Gilles le 1er novembre 1959. La férule de José Piles, l'amitié de Jean Maler, l'aide de Pépé de Montijo lui permettent d'assurer une quinzaine de novilladas jusqu'en 1968 et même un retour pour un festival à Vergèze avec une oreille méritée. Cette passion le poussa jusqu'à créer son élevage en Camargue gardoise au Mas de Madame près des Iscles. Son fils Olivier a repris l'élevage avec toutes les difficultés que l'on sait.


Christian Derbuel (né le 2 décembre 1950 à Fréjus) est bien connu des aficionados a los toros par ses articles et chroniques dans la revue Toros. On sait peut-être moins de lui qu'il exerce la spécialité de gynécologie-obstétrique dans sa ville natale après avoir soutenue sa thèse sur « Les blessures par corne de taureau lors des corridas » le15 janvier 1977 à la faculté de Médecine de Nice. Depuis cette thèse, rien n'a été écrit de mieux sur le sujet en français. On ignore peut-être encore plus qu'il a bel et bien estoqué une bête « brave » en public à deux reprises méritant ainsi son titre de médecin-torero. Les grands patrons de la faculté furent ses Maitres en Médecine, quant Jean Riboulet fut son maitre en tauromachie. Le torero espagnol Conrado Gil Belmonte programmé dans les arènes de Fréjus, le 14 juillet 1998, lui doit une fière chandelle.


Si à l'occasion de la féria, vous vous rendez à la bodega de Pepe de Montijo, rue Bigot à Nîmes, cherchez bien sur les affiches les noms de Jean Maler et de Jean Riboulet. Vous aurez ainsi, la preuve de la véracité des propos de ce billet. Allez-y de toutes façons, l'ambiance y est sympa et la sangria blanche délicieuse...




Commenter cet article