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Pedraza de Yeltes et les figuras, un jour peut-être...

Publié le par Paul Bosc

La vérité sortirait-elle des graviers de Yeltes ?

La traduction de Pedraza serait, selon certains linguistes, une gravière. Et les toros des frères Uranga, hommes d’affaires basques propriétaires de la jeune ganaderia Pedraza de Yeltes pourraient bien être sortis des graviers du rio Yeltes qui traverse le Campo Charro. Dans le milieu taurin, on aime bien les images quelque peu légendaires qui renforcent les réputations. Une chose est, en tout cas, sûre : en ce lundi de Pâques, à Arles, une nouvelle étoile s’est ajoutée, sur les couleurs de cet élevage de Salamanque. Et surtout « Dudanada », un toro de 600 kg, au cuir coloré, qui a laissé ses deux oreilles à l’Arlésien Thomas Joubert après un combat qui restera gravé dans les mémoires des aficionados présents.

T. Joubert (photo Michel Chauvierre)
T. Joubert (photo Michel Chauvierre)

Le torero qui a peu de contrats jouait ce jour-là, son va-tout. Ou ça gagne, ou ça casse ! Après une année sabbatique, après sa blessure lors de son alternative, « Tomasito » reprenait l’épée sous son véritable nom et se distinguait à Mauguio face à un toro des frères Gallon, puis à Istres l’année dernière et Jean-Baptiste Jalabert, le nouveau directeur des arènes d’Arles lui faisait confiance pour affronter ce bétail à la réputation sulfureuse surtout après la corrida de Dax, la novillada de Garlin ou ses présentations à Azpeita, Pamplona ou Madrid.

Pour la première fois, les arènes d’Arles accueillaient pour lla clôture de sa Feria pascale cet élevage confié à un ancien torero José Ignacio Sánchez qui, les anciens s’en souviendront sans doute, s’était présenté en France, à Beaucaire en 1995 avec César Rincon et Manzanares (père) et avant de subir une blessure qui devait le faire renoncer à toréer. Mais avant Arles, José Ignacio Sánchez était l’invité du CERCLE TAURIN NÎMOIS ce dimanche de Pâques à Nîmes dans les salons de l’Hôtel IMPERATOR. Et il faut bien reconnaître que l’adage que rappelait Francis Fabre lors de la conférence « les anciens toreros ne font jamais de bons ganaderos » était faux. Jeune (son ancienneté à Madrid ne date que de 2010, la ganaderia s’est rapidement imposée et, selon les dires du sémillant ganadero, par un travail de sélection impitoyable représentant 50 % du travail partagés ensuite par une alimentation de sportif de haut niveau et le maniement (manejo) des bêtes. La propriété bâtie exemplairement pour l’élevage de toros possède un « torodrome » de plusieurs kilomètres où les bêtes courent et se musclent pratiquement quotidiennement.

Photo Michel Chauvierre
Photo Michel Chauvierre

A Arles, quatre ou cinq fils de différents sementales étaient parmi le lot présenté mais les aficionados ont reconnu dans « Dudanada » les caractéristiques des toros de Dax qui chargent la cavalerie en « s’asseyant » sur leurs fesses pour mieux soulever le cheval. Mathias Forestier, le picador de Thomas a su contrôler ces deux assauts, Raphael Viotti le banderillero a été acclamé et Thomas Joubert a su construire une faena toute en finesse. Tout n’a pas été parfait, certes, la perfection n’est pas de ce monde mais aux côtés de toreros bien plus armés que lui et notamment Juan Del Alamo qui connaît cet élevage depuis son apprentissage, c’est bien l’Arlésien qui a su profiter du meilleur toro de l’après-midi salué par un tour de piste posthume accompagné par le mayoral Miguel Angél Sanchez « Curro » et un abrazo à Paquito Léal, professeur de l’Ecole taurine d’Arles. Dans les barrières, dans l’ombre presque, Alain Montcouquiol qui n’avait plus jamais mis les pieds dans les arènes d’Arles depuis l’accident de son frère, Nimeño II, donnait ses conseils à ce torero qui n’a pas d’apoderado mais qui poursuit une route tracée dans sa tête depuis son plus jeune âge et sa passion pour la tauromachie.

J.I. Sánchez au Cercle Taurin Nîmois (Ph M. Chauvierre)
J.I. Sánchez au Cercle Taurin Nîmois (Ph M. Chauvierre)

Mais qu’est-ce qui fait la différence entre les Pedraza de Yeltes, les Garcigrande, les Victoriano del Rio ou les Daniel Ruiz ? Si l’on parle d’encaste, ils sont tous issus de sang Domecq et Pedraza par El Pilar.

Comme le soulignait le ganadero, il faut savoir ce que l’on veut faire : soit vendre 50 ou 60 corridas par an, avec des critères de sélection qui satisfont les grandes vedettes actuelles, soit rechercher un toro qui se défend dès son entrée en piste jusqu’à sa mort. C’est le choix de la ganaderia Pedraza de Yeltes dont les pensionnaires marquent régulièrement des points mais que les El Juli, Manzanares, Morante de la Puebla, Talavante et bien d’autres n’acceptent pas.

Quoique ! Il paraît que El Juli serait prêt à franchir le pas. Lopez Simon est allé tienter chez Pedraza… « Un jour viendra où les vedettes accepteront de toréer nos toros. C’est sûr » affirme José Ignacio.

La corrida y retrouverait ses lettres de noblesse. Surtout quand, à l’inverse, on a vu les Garcigrande du samedi et les Daniel Ruiz le dimanche...

Les Cebada Gago ou Fuente y Imbro sont aussi des exemples qu’il n’y a pas que du sang de navet chez les Domecq. Alors une corrida comme celle-ci aurait dû accueillir bien plus de spectateurs qui, à l’heure où Thomas Joubert sortait par la grande porte des arènes d’Arles porté par Charly Lahoé, auraient arborré un grand sourire de satisfaction. Mais ce n’était que la première présentation des Pedraza de Yeltes. D’autres suivront…

Sur le même sujet, lire l'article (en espagnol) de l'excellent blog "toro, torero y aficion :

http://torear.blogspot.fr/2016/03/un-fantastico-toro-de-pedraza-gran.html

Publié dans Le toro

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RÉCUPÉRER LA BRAVOURE

Publié le par vingtpasses

RÉCUPÉRER LA BRAVOURE

En éminent spécialiste du comportement du taureau de combat (1), Antonio PURROY revient dans cet article sur la nécessité de sauvegarder les encastes minoritaires, mais pas seulement. Il rappelle précisément que la caste Vistahermosa qui produit aujourd'hui le plus grand nombre de corridas était à l'origine celle qui fournissait le taureau le plus équilibré, manifestant bravoure et noblesse dans les trois tercios. Bref, le plus complet.

Mais ça, c'était avant ! La corrida est aujourd'hui plutôt "submergée par l'esthérique" ainsi que le craignait Unamuno, et l'essentiel est d'agir pour récupérer la bravoure qui dort, plus que souvent, dans le Domecq d'aujourd'hui.

En cela, le propos du professeur PURROY est fondamental pour l'avenir de la Tauromachie universelle et singulièrement pour celui de l'éthique de la corrida.

OBJECTIF PRIORITAIRE : RÉCUPÉRER LA BRAVOURE

Traduction française : Jean-jacques DHOMPS

Nous sommes plongés dans des temps difficiles pour la Tauromachie, il n’y a pas d’autre remède que de veiller à la protéger. L'un des plus grands périls qu’elle rencontre aujourd’hui, ne vient pas de l’extérieur, il réside dans ses propres entrailles : le manque de bravoure et de race du taureau actuel, un animal qui passe par le premier tiers, celui des piques comme un rayon traverse un cristal, sans le rompre ni le marquer. Après les banderilles, il charge dans la muleta d'une manière noble, répétée, fade et prédictible. La récupération de la véritable bravoure et de l'équilibre entre les trois parties du combat est absolument indispensable pour sauvegarder la Tauromachie.

Casta Vistahermosa

Constatation évidente,  depuis plus d'un siècle les  grande vedettes qui ont dominé le spectacle, – au commencement c'était Guerrita, ensuite la paire Joselito/Belmonte et tous ceux qui ont suivi … – ont imposé la race Vistahemosa aux éleveurs de taureaux de combat parce que ce type de taureau était l'animal le plus complet et équilibré pour le combat, en effet, ayant été brave face au cheval, il arrivait à la muleta dans de bonnes conditions pour charger. C’est sans doute pourquoi  nous retenons de l'histoire de la tauromachie du XXe siècle qu’elle est jalonnée de taureaux qui, en plus d'avoir été braves au cheval, ont été nobles dans la muleta.

La préférence du sang Vistahermosa  est allée s'accentuant depuis les débuts du siècle dernier ce qui a conduit  à ce que presque tout le bétail de combat actuel procède de cette race fondatrice. La race Jijona a pratiquement disparu ; de la race Vazqueña, seuls restent très peu de troupeaux – et la trace de quelques autres – des races Cabrera et Gallardo, nous savons ce qui demeure, et la caste Navarra se trouve réduite à fournir des spectacles populaires  … C'est une réalité obstinée avec laquelle nous devons lutter dans le présent et dans l'avenir.

Les ganaderos se sont installés dans cette réalité jusqu'à se fixer au tronc Murube-Ybarra-Parladé dont procèdent la grande majorité des troupeaux actuels, Parladé étant l’encaste le plus nombreux dans la branche Domecq, branche Domecq qui a dérivé à son tour pour produire de “nouveaux encastes", bien qu'ils soient tous considérés  comme "encaste Domecq". La méthodologie presque parfaite de sélection – une sélection par ascendance, massale et par descendance – et les connaissances et l’aficion des éleveurs, les ont conduit à obtenir un taureau beaucoup plus noble que brave, comme conséquence de la pression asphyxiante de la "côterie taurine" et des connaissances insuffisantes du public, qui demande un animal ayant à peine besoin de l’épreuve des piques – d'ici à la disparition de ce tercio il n’y a pas loin – paisible et prédictible dans la muleta, et donc sans force et vigueur, permettant l’exposition d'un art sans émotion alors qu’il est connu que, dans la corrida, "l'art sans émotion n'est pas art". Parce que : où l'art du combat d'un taureau racé et difficile demeure-t-il, comme disaient, entre autres, Domingo Ortega et Marcial Lalanda.  Adviendra-t-il que "l'esthétique nous submerge", comme le craignait Unamuno ?

Bravoure versus noblesse

Il s’avère que dans la race de combat les améliorations du caractère “noblesse” sont plus lentes à obtenir que celles du caractère “bravoure”, puisque celui-ci se transmet des parents aux enfants plus rapidement que celui de la noblesse, autrement dit, possède un plus grand coefficient d'héritabilité. Les éleveurs de brave ont eu beaucoup de mérite, parce qu'ils ont réussi dans les cinquante dernières années à faire un taureau beaucoup plus noble que brave, non par leur propre volonté mais par l’exigence de la demande du marché taurin. Bien sûr, ils ont travaillé avec une bonne matière première puisqu’ils se sont trouvés pratiquement obligés de changer leur race originale pour celle de Vistahermosa, presque toujours par l’entremise de l'encaste Domecq.

Beaucoup d'éleveurs actuels pourraient retrouver le chemin de la bravoure et de la noblesse racée en peu de générations de leur élevage, parce qu'ils ont des connaissances suffisantes pour cela. Il est plus facile de passer de la noblesse - plus ou moins racée - à la bravoure que le contraire. Essayer de maintenir seulement la noblesse est très difficile et peut conduire à une mansedumbre sourde et  dangereuse, comme il s’en voit dans pas mal de ganaderias. Il s'agit de fabriquer un taureau plus équilibré, de bravoure intégrale, qui s'emploie dans les trois tiers du combat. C'est ce que préconisait l'éleveur J. P. Domecq Nuñez de Villavicencio qui cherchait ce type de taureau intégral quand il a changé l’origine vazqueño de son troupeau, pourtant récemment acquis, pour la race Vistahermosa par la voie Parladé/Conde de la Corte dans les années 30 du siècle dernier. Cet homme a été un bon éleveur et a eu une grande intuition de l'avenir de la tauromachie. Son fils Domecq Diez a assumé ce legs et a maintenu le cap fixé par son géniteur. Ce qu’il advint  par la suite est bien connu.

Pour redresser la direction, il faut changer les règles du marché taurin et les préférences du public, aficionados inclus, pour demander un taureau brave et vrai à la noblesse encastada qui irradie émotion et  beauté durant le combat ; il est logiquement nécessaire que les toreros qui commandent l’escalafón acceptent de les affronter. S'il n’y avait que ce type de taureau ils n’auraient pas d’autre solution que de s’annoncer avec eux, et de plus, l'offre serait beaucoup plus ouverte au reste des matadors. La responsabilité de diriger le grand public dans cette direction incombe aux aficionados, puisque, sauf exceptions honorables, il n’y a rien à attendre des médias.

Un grand écueil existe cependant pour ce faire, c’est la division parmi les aficionados,  puisque les dénommés toreristas ne seraient vraisemblablement pas favorables à ce changement. Il faudrait les persuader qu'il s'agit d'obtenir une nouvelle dose de bravoure, mais sans perdre l'essence de la noblesse. Et c'est le chemin que doit prendre la nouvelle tauromachie, dans le cas contraire, l'avenir de la Fête est en danger. Ceux qui aiment seulement l'art dépourvu d'émotion, les taureaux nobles mais privés de sauvagerie et de puissance, devront accepter le retour d'un taureau qui n’aurait jamais dû disparaître, un taureau capable d'endurer les trois tiers équilibrés du combat.

L'actuelle réalité est l'existence d'une majorité écrasante d'animaux de sang Vistahermosa par la voie de l'encaste Domecq et ses différents encastes dérivés. Cette situation s’est installée dans les dernières décennies et il est très difficile de faire marche arrière, presque impossible. Avec ces bœufs nous aurons à labourer!

Et maintenant ?

Aujourd'hui on ne peut pas biffer d'un trait de plume l'encaste Domecq qui inonde tous les coins du troupeau brave espagnol, mais oui, nous pouvons demander - exiger  - de revenir à la bravoure, de récupérer cette bravoure intégrale qui n'aurait jamais dû être perdue. La responsabilité des éleveurs propriétaires de cet encaste, dans ses différentes variantes, est très grande pour l'avenir de la Tauromachie. Il faudra demander le même travail aux éleveurs possesseurs d’encastes moins nombreux de nos jours, comme Murube, Ybarra/Saltillo, Núñez,  … pour qu'ils maintiennent ou reviennent au taureau brave et vigoureux, avec une noblesse encastada. Et aussi, naturellement, aux éleveurs d'encastes minoritaires – certains les nomment singuliers – en sérieux péril d'extinction, qui cherchent un taureau intégral et complet du commencement à la fin.

Il n’est pas admissible d’entendre que la vraie bravoure est celle d'un taureau qui, étant passé inaperçu à la pique, se met à charger dans la muleta de manière noble et prédictible. Ça pourrait être la vraie noblesse mais jamais la vraie bravoure. Débarrassons-nous pour toujours de cette tromperie. Un taureau brave plante sa tête dans le cheval, se grandit dans le châtiment, répète au moins la deuxième fois, attaque avec envie. Ensuite, se grandit dans les banderilles (des bouvets, comme on les appelait anciennement). Une fois dans la muleta, répète les charges avec une noblesse sauvage qui transmet une émotion aux gradins et qui exige d’être maîtrisée par le torero, pour créer art et émotion.

Ce type de taureau à retrouver, les éleveurs doivent l'obtenir à partir de la branche Domecq parce qu’elle est clairement majoritaire dans l’élevage actuel. C’est, en plus, le taureau que les bons aficionados désirent, il faut parvenir à ce qu’il soit aussi celui que le public demande de manière générale. Les gens ne reviendront  dans les arènes que s’ils perçoivent risque et émotion exposés sur la piste. Les éleveurs qui s'engagent dans cette tâche se sentiront plus authentiques parce qu'ils élèvent le vrai taureau de combat. Les toreros en tireront aussi un avantage parce que seul l'affrontement avec un taureau brave et encastado donne un sens à leur profession. La satisfaction de pouvoir façonner un taureau après s’être imposé et l’avoir dominé et après avoir par surcroit créé de l’art jusqu’à émouvoir le public doit produire une sensation de bonheur indescriptible. Ainsi, ils n'auraient pas à demander que les taureaux leurs soient laissés crus aux piques dans les ferias importantes, où un triomphe a une grande répercussion. L'exigeante difficulté de toréer ce genre de taureaux limiterait le nombre de leurs prestations ce qui laisserait des places pour les toreros situés à des niveaux inférieurs de l’escalafón.

Et surtout c’est la Fête, elle-même, qui en tirera avantage puisque, comme dit  au commencement de cet article, la récupération de la bravoure et de la race du taureau de combat est la condition fondamentale pour sauvegarder la Tauromachie universelle. Il n’y a que des avantages !

 

                                                                   Antonio Purroy Unanua

 

(1) Antonio PURROY est professeur à l'École Technique Supérieure d'Ingénieurs Agronomes de l'Université Publique de Navarre. Membre directeur des Jornadas sobre el toro de lidia de Pamplona, il est l'auteur  de La cria del toro bravo. Arte y progreso (Éditions Mundi-Prensa Madrid 1988) et Comportement du Taureau de combat ( Traduction française Éditions Atlantica 2014).

 

 

 

Retrouver aussi l'article sur le site de la FSTF : http://torofstf.com/content/objectif-prioritaire-r%C3%A9cup%C3%A9rer-la-bravoure-par-antonio-purroy

Version originale en espagnole : voir fichier joint.

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Le toro, politiquement correct ?

Publié le par charles CREPIN

Alain Rousset, Carole Delga, Christian Estrosi ignorent-ils qu'ils sont élus à la tête de Régions taurines ?

"Nos responsables politiques régionaux ont les oreilles aussi bouchées, quand ça les arrange, que celles des nationaux. Si nous voulons être entendus d’eux, crions plus fort, faisons beaucoup plus de bruit...
Ils devraient finir par s'apercevoir que les toros existent et les aficionados aussi, les aficionados qui comptent parmi leurs électeu
rs aussi".

A lire sur le site de la Fédération des Sociétés Taurines de France :

www.torofstf.com

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