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Pour la corrida, est-ce la fin de l'histoire ?

Publié le par vingtpasses

Pour la corrida, est-ce la fin de l'histoire ?

Par François ZUMBIEHL*

Synthèse de l'intervention aux Jeudis du Cercle du 7 Mai dernier intitulée "Pour la Corrida, est-ce la fin de l'histoire" devant les membres du Cercle Taurin Nîmois. L’auteur du « Discours de la Corrida »(1) et du célèbre « Manolete » (2) (3) analyse le rituel tauromachique et l’art raffiné qu’il produit sous l’angle de son évolution positive séculaire, ainsi que les signes inquiétants qui le menacent aujourd’hui…

Pour la corrida est-ce la fin de l’histoire ?

Cette interrogation peut avoir deux sens contradictoires : la corrida est en danger soit par le dépérissement de sa qualité intrinsèque – sa décadence comme l’affirment certains -, soit par son rejet de plus en plus prononcé par une large couche de l’opinion relayée par les médias, sans oublier les mouvements animalistes.

On peut, au contraire, considérer que le spectacle taurin est parvenu à une sorte de sommet, en tout cas sur le plan esthétique : « On n’a jamais toréé aussi bien » répètent souvent les professionnels et bon nombre d’aficionados. De même dit-on, non sans raison, « que le toro est plus brave que jamais », compte tenu de son engagement dans la muleta et dans le jeu en général.

Joselito et Belmonte
Joselito et Belmonte

Commençons par ce bon côté des choses : depuis la fin du XVIIIe siècle l’art taurin n’a cessé d’évoluer dans le sens d’un plus grand raffinement. Le toreo andalou, reposant sur le temple et la grâce a supplanté la tauromachie pyrénéenne, reposant sur la course des hommes et l’esquive. Le toreo est reconnu comme un art à part entière avec la « révolution » provoquée par Belmonte au contact de Joselito : le mouvement des bras remplace l’agilité des jambes ; les terrains de l’homme et du toro se rapprochent, les courbes qui prolongent la passe remplacent les lignes droites, la lenteur s’impose….Après, viennent l’enchaînement des passes avec Chicuelo, l’avance vers la corne contraire et l’immobilité de l’aguante, avec Manolete, ce qui augmente considérablement le pourcentage des faenas réussies, les liaisons « improbables » inventées par Ojeda, rivé à un espace de plus en plus restreint. Dans le même temps, une sélection de plus en plus rigoureuse développe chez les toros des qualités offensives, les conduit à s’engager en baissant la tête, à répéter leurs charges.

« Cúchares" -1818-1868
« Cúchares" -1818-1868

Dans l’organisation et la réglementation du spectacle l’évolution est également, et à l’évidence, « globalement » positive : vers les années 1845 Francisco Montes Paquiro impose les trois tiers et la suprématie du matador. Dans les années 1850-1860 Cúchares développe le toreo de muleta avec la main droite, faisant de ce leurre bien autre chose qu’un simple instrument pour la mise à mort (avec raison la périphrase pour la tauromachie devient « l’art de Cúchares »). En 1900 le tirage au sort des toros devient la règle sous l’influence de Mazzantini. En 1928 le caparaçon empêche le carnage des chevaux et permet de mesurer davantage à la pique la bravoure des toros.

Tout est-il pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Non, évidemment. Nombreux sont les signes inquiétants qui affectent le présent et menacent le futur de la corrida.

Le spectacle d’une certaine manière s’est figé, pas d’évolution remarquable depuis plusieurs décennies, et l’émotion, ingrédient essentiel de la fête taurine, se fait de plus en plus rare. Certes, la beauté plastique des passes et l’élégance des gestes sont indéniables, et les documents vidéos montrent que de ce point de vue l’art des grands prédécesseurs, Ordoñez, Rafael Ortega, Pepe Luis Vazquez (4), Manolete, était en un sens moins « abouti », mais ceux-ci avaient plus de créativité, un plus grand sens de l’improvisation, les toros étaient moins dociles, d’où davantage d’émotion de la part du public.

Deux qualités fondamentales font défaut aux toreros actuels parce qu’elles ne sont plus nécessaires : le sens de la lidia – la technique du combat – qui devrait être l’échafaudage sur lequel se construit la faena, et la torería, qu’on peut définir par le talent de trouver le geste opportun et élégant pour résoudre une situation ou un danger imprévus.

« On torée mieux qu’hier », mais un seul type de toro : le toro « bravito », presque jamais complètement mauvais ou manso, mais combinant rarement la bravoure et la caste, ce reste de sauvagerie du toro bravo ; un toro qui « sert », comme disent les professionnels ! Il est vrai que les éleveurs sont devenus les parents pauvres de la Fête, obligés de se plier aux exigences des figures et de la grande masse du public, survivant à peine sur le plan économique, mise à part une dizaine d’entre eux, recourant aux fundas, pour éviter les pertes des toros dans les luttes de la prairie, et pour faire en sorte que les cornes restent astifinas, comme l’exige le public. Il s’agit d’une manipulation de plus.

Ces deux pertes progressives d’équilibre – équilibre entre l’émotion esthétique et l’émotion du danger et, par ailleurs, équilibre entre la sauvagerie du toro et sa propension à servir l’entreprise artistique du torero – justifient un sentiment de relative décadence, une décadence annoncée – il faut le dire ! – dès les années 30 par des écrivains tels que Hemingway, Montherlant, Díaz-Cañabate ou Chaves Nogales.

Hemingway, précisément, a affirmé que, pour que la corrida survive, il faut « que l’on continue à élever des toros bravos et que les gens continuent de montrer leur intérêt pour la mort. » On comprend, en effet, que la permanence de la corrida est liée au fait qu’on continue à percevoir et assumer la signification profonde de ce rituel, à savoir :

-la mise en scène de l’affrontement entre le caractère redoutable d’une bête et l’intelligence d’un homme, s’exprimant en particulier par la grâce de son art ;

-la mise en scène de l’affrontement entre la vie et la mort.

Pour la corrida, est-ce la fin de l'histoire ?

Or il se trouve que la mort et ses rituels publics ont disparu du paysage de la plupart des sociétés contemporaines. Tout cela est occulté comme quelque chose d’obscène.

Par ailleurs, la corrida est fondée, à son origine, sur l’osmose entre la ville et la campagne, sur l’envahissement des places publiques, puis des arènes urbaines par le campo. Or, nos sociétés hyper-urbanisées ont perdu le contact avec les réalités de la campagne ; beaucoup de jeunes ne savent plus ce que c’est que d’avoir à tuer un animal après l’avoir élevé. « L’idéologie de Walt Disney » (l’équivalence de statut entre les hommes et les animaux) est reprise, dans une formulation radicale, par les mouvements animalistes, importés du monde anglo-saxon prédominant. Cet animalisme anti-taurin constitue la menace externe la plus directe contre la corrida. Heureusement, il est desservi par les excès de son fanatisme. Face à ses agressions deux réponses, qui se rejoignent et s’épaulent, ont été orchestrées par l’Observatoire national des cultures taurines, qui a su ne pas tomber dans le piège de la provocation : la réponse judiciaire et la reconnaissance culturelle, dans l’esprit des conventions de l’UNESCO de 2003 et 2005. Notre principal angle d’attaque a été la défense de la liberté culturelle des aficionados et de leur droit à la diversité. Nous avons revendiqué et obtenu, auprès des principales instances judiciaires, l’exigence du respect de notre communauté, ce qui nous resitue dans le combat on ne peut plus actuel contre l’uniformisation des modes de pensée et de vie.

Reste la question cruciale pour l’avenir de la corrida : le renouvellement de l’afición auprès des jeunes, la « transmission de génération à génération », condition sine qua non pour qu’un patrimoine culturel immatériel reste vivant et légitime.

Pour la corrida, est-ce la fin de l'histoire ?

Quant aux « jeunes générations », il faut savoir leur expliquer ce qui constitue l’essence de la tauromachie, ce qui la justifie, en particulier sur le plan écologique, préoccupation à laquelle ils sont très sensibles. Il faut, en outre, envisager avec eux l’évolution possible et souhaitable de la corrida, dont ils seront les héritiers.

Pour qu’elle soit acceptée par le plus grand nombre on peut songer à éliminer progressivement ses aspects sanglants, soit comme a voulu le faire Don Bull à Las Vegas (mais la corrida devient mascarade !), soit comme s’est proposé de le faire Salvador Tavera avec sa « corrida moderne », joignant les tauromachies à cheval et à pied, et éliminant le picador (mais alors il faudra bien limiter le poids, l’âge et la bravoure du toro pour qu’il puisse être toréé sans pique).

Je pense, au contraire, que l’évolution souhaitable est dans le fait que le spectacle retrouve toute sa dimension de rituel, et qu’à côté de ses acquis artistiques il ne perde pas son authenticité de combat vivant, avec sa part d’imprévisible. Pour cela il faut revoir plusieurs points et améliorer grandement les choses dans plusieurs directions :

  • revoir les critères de sélection pour que le toro retrouve la bravoure de jadis de telle sorte que le torero éprouve la nécessité de lidier avant de toréer ;
  • préserver la variété des encastes ou branches de race brave en évitant la monoculture du sang Domecq ;
  • s’interroger sur la pertinence et les conséquences éventuellement négatives de l’apposition des fundas (gaines de protection des cornes) dans le campo ;
  • développer, selon la recommandation du maestro Jaime Ostos, les corridas de 6 toreros, avec inclusion obligatoire à l’affiche d’un ou deux jeunes matadors, et avec tirage au sort de l’ordre des prestations ;
  • revoir l’organisation et le coût des novilladas, en supprimant l’obligation pour les jeunes aspirants d’être accompagnés par 2 picadors et 3 banderilleros. Ces coûts prohibitifs paralysent l’émergence de nouveaux talents ;
  • revoir, surtout en Espagne, l’organisation du marché pour que celui-ci ne soit pas plié et figé, en début de temporada, pour tout l’ensemble de la saison et, quelquefois, pour plusieurs années et sur un nombre considérable d’arènes ;
Pour la corrida, est-ce la fin de l'histoire ?
  • retrouver une corrida avec trois vrais tiers et non un seul, les deux autres devenant une formalité. Il faut revoir en particulier l’exécution et le règlement de la pique ; bannir la monopique, mais alors mesurer le temps où le toro est laissé à la merci du picador, et être particulièrement vigilant à l’endroit où doit être appliqué le fer : à la base du morrillo, et non pas dans la croix, encore moins en arrière (dans 90% des cas !), et sur les côtés ;
  • garder toute sa place à la mise à mort dans l’arène, qui constitue le cœur du rituel de la corrida. Mais il convient, à mon sens, de revoir ou de corriger les phases ultimes, parfois sordides, et extérieures au combat (c’était l’opinion d’Antonio Ordoñez), où le toro, dans son agonie, apparaît comme une victime plus que comme un combattant. Je veux parler des coups de grâce maladroits et à répétition qui suscitent un spectacle déplorable, voire insoutenable, qu’il s’agisse du descabello et surtout de la puntilla. Pour ce dernier coup il faut, comme c’était le cas dans certaines grandes arènes, confier la chose à un puntillero professionnel, et non au troisième banderillero, ou recourir au pistolet d’abattoir pour mettre fin à l’agonie de l’animal après un nombre raisonnable de tentatives à la puntilla.

En conclusion je dirai que la corrida ne peut évoluer que par le haut, en cultivant ses fondamentaux. Si elle devait mourir un jour, faute d’être comprise par un nombre insuffisant d’aficionados, que ce soit en conservant sa dignité, comme meurt un toro brave.

* Agrégé de Lettres Classiques, Docteur en anthropologie culturelle, François ZUMBIEHL a exercé des fonctions dans divers domaines de l'Éducation et des relations culturelles internationales. Il est Vice-Président de l'Observatoire National des Cultures Taurines.

(1) Le Discours de la Corrida - François Zumbiehl - Éditions Verdier 2008

(2)"Manolete" François Zumbiehl Éditions Marval 1995, Éditions Autremeent 2008

(3) www.vingtpasses.com/article-manolete-un-profil-39461123.html

(4) www.vingtpasses.com/article-pepe-luis-vazquez-la-derniere-porte-des-princes-117970832.html

Publié dans Conférences

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Nîmes, Pentecôte en images

Publié le par Charles CREPIN

Un bajonazo du maestro El Juli qui ne serait qu'un geste involontaire et maladroit s'il ne venait aggraver la tricherie désormais légendaire du "julipié". Presque invisible à l'oeil nu et à vitesse réelle, la tricherie est mise en lumière par l'instantané. Voir plus bas les 2 estocades du jeune débutant Andy Younes qui reste dans les cornes jusqu'au bout du "volapié". A méditer...

Un bajonazo du maestro El Juli qui ne serait qu'un geste involontaire et maladroit s'il ne venait aggraver la tricherie désormais légendaire du "julipié". Presque invisible à l'oeil nu et à vitesse réelle, la tricherie est mise en lumière par l'instantané. Voir plus bas les 2 estocades du jeune débutant Andy Younes qui reste dans les cornes jusqu'au bout du "volapié". A méditer...

Morante à l'épée - Photo Bernard Brahin - NB : 2 belles séries au capote, mais pas plus...

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La chaise pour le talentueux Gines Marin. Andy Younes, première "Piquée", lui arrache une "Cape d'Or" de poids, grâce à son fort engagement et son courage. A suivre !
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Première à Nîmes réussie pour El Fandi : variation au capote et  pose de banderilles époustouflante aux deux Nuñez del Cuvillo - NB : Belle séquence templée de Manzanares - Talavante n'y était pas...
Première à Nîmes réussie pour El Fandi : variation au capote et  pose de banderilles époustouflante aux deux Nuñez del Cuvillo - NB : Belle séquence templée de Manzanares - Talavante n'y était pas...

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M. Escribano : en difficulté devant un Victorino

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Triste tarde pour Fandiño. Quand ça veut pas, ça veut pas...

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Publié dans Ferias

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Le Maréchal et la corrida, un été 42...

Publié le par Charles CREPIN

En explorant les archives d'un vieux club taurin (qu recèle des trésors de souvenirs parfois inattendus), je découvre une lettre datée du 13 Mai 1942. Le Président d'une société bien connue écrivait au Préfet du Gard pour présenter une requête particulière. Ci-dessous, repproduction et copie d'un extrait de la missive en question :

 

"Nîmes le 13 Mai 1942

Monsieur le Préfet,

Au cours de mon dernier passage à Nîmes dimanche et lundi derniers, j'ai été averti par des personnes généralement bien informées des faits divers de la tauromachie, qu'il se préparait en sourdine une corrida pour Juillet prochain.

Avant même que l'organisation d'un pareil spectacle prenne corps, je tiens à vous demander de toutes mes forces, Monsieur le Préfet, d'en empêcher par tous les moyens la réalisation. Au moment où le Maréchal fait appel à tous les sentiments moraux de la Nation pour accomplir la Révolution Nationale, il me paraîtrait scandaleux qu'on puisse laisser recommencer le plus immoral des spectacles...".

 

Le Maréchal et la corrida, un été 42...

Publié dans Histoire

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Le taureau de combat, producteur de comportement?

Publié le par Charles CREPIN

Le taureau de combat, producteur de comportement?

Le 2 Avril dernier, Antonio PURROY était l'invité des JEUDIS du CERCLE, cycle de conférences organisé par le CERCLE TAURIN NÎMOIS. Sa brillante intervention avait pour toile de fond le thème de son dernier livre "COMPORTEMENT DU TAUREAU DE COMBAT". Antonio PURROY est professeur à l'École Technique Supérieure d'Ingénieurs Agronomes de l'Université Publique de Navarre. Directeur des Prestigieuses "Jornadas sobre el toro de lidia de Pamplona", il est également l'auteur de "La cria del toro bravo - Arte y progreso" - (Éditions Mundi Prensa Madrid 1988). La synthèse de l'intervention du 2 Avril est reproduite infra, traduction française et texte original.

Le taureau de combat, producteur de comportement?

JEUDIS du CERCLE

Nîmes le 2 Avril 2015

Le Taureau de combat, producteur de comportement ?

Antonio PURROY

Professeur à l’École Technique Supérieure d’Ingénieurs Agronomes

Université Publique de Navarre-Espagne

 

 

Introduction

Le Toro de combat est élevé pour produire du comportement, sous forme de bravoure et de noblesse. Les éleveurs sont responsables du fait qu’aujourd’hui, ce type de bétail existe. Ils ont réussi à transformer un animal ancestral furieux, en un animal moderne, sauvage et noble, apte à la lidia.

Ce processus de sélection nous fait comprendre, quand nous apercevons un toro à la porte du toril, qu’en plus de sa beauté et de sa vigueur, il possède une accumulation d’histoire, de tradition, de travail, d’étude, de connaissance... Par conséquent, les éleveurs, grâce à l’utilisation d’une méthodologie adéquate de sélection, ont réussi à améliorer certains caractères du comportement, difficiles à bonifier, tant ils sont subjectifs et complexes à mesurer.

Qu’est-ce que le comportement?

Le comportement est le résultat de l’interaction de l’animal avec le milieu ambiant. L’animal perçoit les stimuli externes au travers des sens, et à la suite de leur intégration dans laquelle intervient le système endocrinien et où se produisent les réponses sous forme de comportement. Les quatre sens qui participent à ce processus sont l’ouïe, la vue, l’odorat et le toucher.

L’ouïe est très développée chez le bétail brave. Elle détermine sa relation avec ses congénères et avec les hommes. La vue est importante au campo pour reconnaître ses compagnons, ses soigneurs et le lieu où il va grandir, alors que dans l’arène, elle lui sert pour réagir aux différentes stimulations par la mobilité.

L’odorat joue un rôle fondamental lors des relations sexuelles, dans le lien mère-fils, et dans la reconnaissance des aliments et du territoire. Finalement, le toucher est aussi important, par la stimulation tactile de la peau et par la sensibilité des cornes.

Principaux comportements

Le Toro Brave a plusieurs comportements, entre lesquels il faudrait distinguer l’associatif, le hiérarchique, le sexe, le maternel, le nutritionnel et le territoire.

Le comportement associatif, directement lié à la hiérarchie, prend son origine dans le grégarisme du bétail bovin, de telle sorte que quand dans ce type d’élevage si sauvage, avec autant de tempérament, il y a envahissement de la zone « personnelle » (ou zone sûre), le processus de fuite-menace-agression, se met en marche; les bagarres chez le bétail de lidia sont aussi nécessaires que dangereuses (accidents, morts) et marquent ainsi la hiérarchie du groupe.

Le comportement sexuel a deux composantes fondamentales : les amours de la vache, et la libido du mâle. La période de rut de la vache brave est plus courte et plus intense que chez d’autres femelles bovines, ce qui ne passe pas inaperçu chez le semental, qui depuis la civilisation crétoise, est le représentant universel de la puissance sexuelle. Pour l’accouplement, à chaque semental, on attribue un lot de 30 à 40 vaches pour plusieurs mois, pour au final, connaître exactement la généalogie des animaux qui naissent.

Autre comportement intéressant dans l’élevage ‘brave’, c’est le comportement maternel. Après l’accouchement rapide et discret (sans aide, souvent la vache s’éloigne et s’isole, recherchant indépendance et liberté), naît un sentiment mère-fils très fort qui peut se traduire par de l’agressivité si la mère considère qu’il y a danger pour son petit.

La principale occupation quotidienne d’un bovin est la recherche, la consommation et la rumination de l’herbe ingérée, traduisant le comportement d’ingestion (nutrition). En accord avec les systèmes de production actuels, il est nécessaire de complémenter cette herbe soit par du fourrage conservé ou soit par de l’aliment concentré (pienso). Cette dernière opération se fait à l’aide de mangeoires individuelles ou non, où entre en jeu la hiérarchie et la compétition entre les animaux. Dans ce chapitre, il faut parler aussi de la consommation d’eau, indispensable les jours d’été. Avec les fortes températures et l’ingestion d’aliments secs, un animal adulte boit 40-50 l. d’eau/jour.

Finalement, il est nécessaire de parler du comportement territorial pour l’importance qu’ont les endroits-refuges (querencias) pour les toros, tant au campo que dans l’arène. Il existe un territoire « basal » dans lequel se déplace normalement l’animal, et le territoire « personnel » que l’on ne doit pas franchir sous peine d’agression. A l’intérieur de ce territoire se trouve l’espace de la tête, celui que l’animal contrôle par les mouvements du cou. Les animaux ont l’habitude de marquer le territoire par des empreintes physiologiques (urine, excréments) ou laissent des marques avec leurs cornes, sur les arbres ou clôtures...

Au fur et à mesure de ces lignes, on s’aperçoit que le toro est passé d’un animal quasi sauvage à un animal domestique actuellement, qui ne se bat plus pour la nourriture ou une femelle. Il est élevé en captivité et exploité par l’homme pour son propre avantage.

Action de charger, d’attaquer (embestida)

Les aficionados a los toros ont l’habitude de se poser cette question : pourquoi le toro charge-t-il dans l’arène ? Le concept de bravoure a évolué au fur et à mesure du temps, parallèlement à l’évolution de l’animal qui est passé du toro ancestral, devant lutter pour survivre (« urus » sauvage), à un animal luttant pour sa liberté lorsqu’il se trouvait dans une enceinte fermée et enfin au toro actuel qui charge de manière désintéressée et presque par jeu, en étant un animal plus noble et collaborateur que sauvage et furieux. Néanmoins, le toro de combat actuel peut et doit être brave et noble, et satisfaire aux attentes de ceux qui le désirent (impresario, manager, public et éleveurs appuyés par les bons aficionados).

Quelques contradictions

Il ne fait aucun doute qu’une personne étrangère au monde de la tauromachie qui se pencherait pour la première fois sur la corrida, ne comprendrait pas tout le chemin parcouru par le toro de combat, depuis la tranquillité du campo à l’effervescence de l’arène. Elle ne comprendrait pas non plus, comment les aficionados aspirent à avoir en même temps un toro brave et encasté et un toro noble et collaborateur. Ou comment conjuguer la mobilité du toro, avec le calme du torero, ou la puissance du toro avec l’art du torero... N’exigerions-nous pas trop du toro de lidia actuel ? Non. Si les objectifs de sélection sont corrects, c’est à dire, la création d’un toro brave, noble et encasté, si les règles d’élevage et de gestion sont les bonnes, et si le développement de la lidia est conforme aux règles établies, on peut donc obtenir un toro brave, intègre et bien présenté.

 

Bibliographie

  • Purroy Antonio (2014) Comportement du toro de combat Ed. Atlantica (Biarritz 2014)
  • Sanz EGAÑA Cesáreo - Histoire et bravoure du toro de lidia - Éditions Espasa-Calpe. Collection Austral, 1283, Madrid. (1958)
Le taureau de combat, producteur de comportement?

LES JEUDIS DU CERCLE

Nîmes, 2 Avril 2015

Le taureau de combat, producteur de comportement?

Antonio Purroy

E.T.S. de Ings. Agrónomos -Universidad Pública de Navarra- Espagne

El ganado de Lidia se cría para producir comportamiento en forma de bravura y de nobleza. Los responsables de que hoy en día exista este tipo de ganado son los ganaderos, que han conseguido convertir un animal ancestral y furioso, en un animal moderno con bravura y nobleza, apto para la lidia.

Este proceso selectivo es el que nos tiene que hacer comprender que cuando vemos aparecer un toro por la puerta de toriles, además de su belleza y de su pujanza, posee un cúmulo de historia, tradición, trabajo, estudio, conocimiento... Por tanto, los ganaderos mediante la utilización de una metodología adecuada de selección han conseguido mejorar unos caracteres de comportamiento que son difíciles de mejorar por ser subjetivos y muy complejos de medir.

¿QUÉ ES EL COMPORTAMIENTO?

El comportamiento es la resultante de la interacción del animal con el medio. El animal recibe los estímulos externos a través de los sentidos y, después de una integración interna en la que interviene el sistema endocrino, se producen las respuestas en forma de comportamiento. Los cuatro sentidos que participan en este proceso son el del oído, la vista, el olfato y el tacto.

El sentido del oído está muy desarrollado en el ganado de Lidia, ya que a través de él los animales se relacionan con sus compañeros y con el hombre. La vista es importante en el campo para reconocer a sus compañeros, a sus cuidadores y al habitat

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en el que se desenvuelve, mientras que en la plaza sirve para reaccionar a los diferentes estímulos en forma de movimiento. El olfato juega un papel fundamental en las relaciones sexuales, en el vínculo madre-hijo y en el reconocimiento de los alimentos y del territorio. Finalmente, el tacto también tiene su importancia por la estimulación táctil de la piel y por la “sensibilidad” de los cuernos.

PRINCIPALES COMPORTAMIENTOS

El ganado de Lidia posee diferentes comportamientos, entre los cuales habría que resaltar el asociativo y jerárquico, el sexual, el maternal, el ingestivo y el territorial.

El comportamiento asociativo, directamente relacionado con el jerárquico, tiene su origen en el gregarismo del ganado vacuno, de manera que cuando en este tipo de ganado tan bravo y temperamental se invade la zona “personal” (o zona segura), se pone en marcha el proceso de huída-amenaza-agresión; las peleas en el ganado de Lidia son tan necesarias como peligrosas (accidentes, muertes) y son las que finalmente marcan la jerarquía del grupo.

El comportamiento sexual tiene dos componentes fundamentales: el celo de la hembra y la libido del macho. El celo de la vaca brava es más corto e intenso que en otras hembras vacunas, por lo que no suele pasar desapercibido al semental que, por otra parte, es un animal que desde la civilización cretense es un exponente de potencia sexual universal. La cubrición es dirigida de manera que a cada semental se le asigna un lote de 30-40 vacas durante varios meses, con el fin de conocer exactamente la genealogía de los animales que nacen.

Otro comportamiento interesante en el ganado bravo es el maternal, ya que al parto rápido y discreto de la vaca (no necesita ayuda y a menudo se aleja y se aísla en busca de independencia y de libertad), sigue un vínculo madre-hijo muy intenso, que se traduce en agresión por parte de la madre si considera que el pequeño corre peligro.

La principal ocupación diaria de un bóvido es la búsqueda, consumo y rumia de la hierba ingerida, que es lo que se conoce como comportamiento de ingestión o ingestivo. De acuerdo con los sistemas de producción vigentes es necesario complementar dicha hierba, bien con forraje conservado o bien con pienso concentrado. Esta última complementación se realiza en comederos individuales o corridos, donde entra en juego la competencia y la jerarquía entre los animales. Dentro de este apartado se incluye el consumo de agua, indispensable en los días calurosos del estío, en los que debido a las altas temperaturas y al consumo de alimentos secos, un animal adulto necesitar hasta 40-50 l/d.

Finalmente, merece la pena reseñar el comportamiento territorial por la importancia que tienen las querencias territoriales, tanto en el campo como en el ruedo. Existen el territorio “basal” que es por el que normalmente se mueve el animal, y el territorio “personal” que es el que no se debe traspasar por el riesgo de una agresión por parte del animal; dentro de este último se encuentra el espacio de la cabeza, que es el que el animal controla con los movimientos del cuello. Los animales suelen marcar el territorio bien con huellas fisiológicas (orina, heces...) o haciendo marcas con los cuernos en árboles, tapias...

A lo largo de estas líneas, se vislumbra que el toro ha pasado de un animal casi salvaje a un animal doméstico en la actualidad, ya que no lucha por el alimento ni por la hembra, se cría en cautividad y se explota por el hombre en su propio beneficio.

ACCIÓN DE EMBESTIR

Los aficionados a los toros suelen plantearse a menudo esta pregunta: ¿por qué embiste un toro en la plaza? El concepto de bravura ha ido evolucionando a lo largo de los tiempos de forma paralela a como lo ha hecho el propio animal, ya que se ha pasado de un toro ancestral que tenía que luchar por todo de forma obligada para subsistir (uro salvaje), a un animal que luchaba por la búsqueda de la libertad cuando se encontraba confinado en un recinto cerrado (Sanz, 1.958) y, finalmente, al toro actual que embiste de forma desinteresada y casi por puro divertimento (Purroy, 2.003), siendo un animal más noble y colaborador que bravo y fiero. No obstante, el toro de Lidia actual puede y debe ser bravo y noble y a ello tienen que tender tanto los que demandan el toro (empresarios, apoderados, público), como los que lo producen (ganaderos), apoyados siempre por los buenos aficionados.

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ALGUNAS CONTRADICCIONES

No cabe duda de que si alguna persona ajena al mundo de la tauromaquia se asomase por primera vez a la Fiesta de los toros, no entendería la trasformación que sufre un toro de Lidia, desde la tranquilidad del campo al enervamiento del ruedo. Tampoco entendería cómo los aficionados pretenden al mismo tiempo un toro bravo y encastado con un toro noble y colaborador. O cómo se puede conjugar la movilidad del toro con la quietud del torero, o la pujanza de un toro con el arte del torero.... ¿No estaremos exigiendo demasiado al toro de Lidia actual? Decididamente, no. Si los objetivos de selección son los correctos, es decir, la creación de un toro bravo, noble y encastado, si las pautas de cría y de manejo son las adecuadas y si el desarrollo de la lidia es conforme a las normas establecidas, entonces se puede conseguir: un toro bravo, íntegro y con trapío.

BIBLIOGRAFÍA

-Purroy, Antonio (2014). Comportement du toro de combat. Ed. Atlantica (Biarritz (France)

-Sanz Egaña, Cesáreo (1958). Historia y bravura del toro de Lidia. Colección Austral no 1283, Madrid

 

Publié dans Le toro

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"La corrida" trottinait dans ma tête...

Publié le par Paul Bosc

Pourquoi, en prenant place sur les tendidos des arènes Manuel Benitez « El Cordobes » à Palavas la chanson de Gilbert Bécaud « la Corrida » trottinait dans ma tête ? Peut-être parce qu’elle rappelait qu’à une époque, les poètes écrivaient des vers et chantaient la tauromachie (Paroles de Louis Amade - 1956). Peut-être que les arènes joyeuses du dessinateur Dubout inspiraient cette nostalgie. Peut-être aussi que, comme dans la chanson, la Méditerranée toute proche continuait à rouler ses galets :

Ecouter : https://www.youtube.com/watch?v=ZM3CP1VxzYY

Voir le compte-rendu de Paul Bosc sur le site de la Fédération des Sociétés Taurines de France "Le beau triomphe de Juan Bautista"

http://torofstf.com/content/le-beau-triomphe-de-juan-bautista-à-palavas-par-paul-bosc

Les arènes gonflées d'une foule en délire
Regorgent de couleurs et d'âpre envie de sang
Il y a des soupirs et des éclats de rire
Et des épées pointues comme des cris d'enfants

On y vend des serments, des enjeux et des âmes
Des cacahuètes, des jus de fruits et des drapeaux
Des chapeaux de papier dont se parent les dames
On y vend de la mort noire comme un taureau

Soudain la foule crie
Comme pour une éclipse
Cyclone de folie
Remous d'Apocalypse

Car voici
Celui de, celui dont, celui qui, celui quoi
Celui que l'on attend
Le matador porté par la lumière,
Le matador, qui porte de la peur

C'est l'enchevêtrement de deux monstres qui bougent
La lutte a commencé, hissée par les bravos
Dans les valses de bonds, de bonds à cape rouge
Qui donc est le plus seul de l'Homme ou du Taureau?

Et pendant ce temps-là
La Méditerranée
Qui se trouve à deux pas
Joue avec les galets

La bête a longuement respiré la poussière
Elle a humé la Mort qui longuement passait
Dans un saut fabuleux qui fit trembler la terre
Elle a choisi la Mort qui fut son invitée.

Le cirque en explosant
D'un tumulte biblique
Paraît donner son sang
A ce sang en réplique

Car voici
Celui de, celui dont, celui qui, celui quoi
Celui que l'on attend
Le matador porté par tout un peuple
Le matador victorieux de sa mort

Demain quand sonnera à l'heure catalane
Le Midi au soleil éreinté de repos
Vous verrez, j'en suis sûr, à l'église romane
Entrer le matador pour dire son credo

Et pendant ce temps-là
La Méditerranée
Qui se trouve à deux pas
Joue avec les galets

Publié dans Culture taurine

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Le temps de la justice, le temps du projet

Publié le par vingtpasses

Sur le site web de la Fédération des Sociétés taurines de france, un édito de son Président Dominique Valmary http://torofstf.com/content/lédito-de-dominique-valmary-1

évoque d'un plan commun triennal en faveur du développement de la corrida et de la transmission de notre passion. Nous le reprosuisons ci-dessous, et attendons d'en connaître plus de détails :

 

"Le temps de la justice n’est pas toujours celui de l’aficionado. Lorsqu’on est victime, la longue maturation des procédures et des décisions, la chaîne des jugements, des appels et des pourvois peuvent pousser au renoncement, à la désillusion, au minimum à l’incompréhension.

En effet engager une action en justice c’est s’engager dans une épreuve d’obstacles de longue haleine où seuls les professionnels du droit savent se situer.

Cependant il est important de souligner combien les actions engagées au pénal, au civil et devant les juridictions administratives ou constitutionnelle sont pour l’instant et par leurs décisions définitives  très majoritairement à l’avantage de la communauté taurine.

Croire au droit opposable, ne pas céder aux provocations, ne pas se faire justice soit même se révèle payant ce qui n’est pas étonnant puisque le droit est là pour garantir le vivre ensemble.

Ce sont les résultats objectifs obtenus par l’ONCT et par sa commission juridique.

Désormais l’Union des Villes Taurines de France est entrée dans le jeu en votant le plan triennal de développement de la corrida. Au-delà de la protection juridique qui va être poursuivie et renforcée, ce plan comprend des volets visant à restaurer l’image de notre passion et agir en faveur de la transmission envers les jeunes populations.

Bien évidemment chacun est libre d’avoir un avis sur le contenu et les actions décidées et peut émettre des réserves ou formuler des propositions, mais il y a quelques certitudes :

  -  Le projet a l’avantage de dépasser les éternels plans sur la comète et les interminables discussions sur l’avenir compromis de la corrida distillées au prix de décalitres de salive, d’encre d’imprimerie et de milliers de k. octets.

  -  Son analyse montre un équilibre appréciable entre le lobbying indispensable auprès des décideurs politiques, la communication visant aussi le grand public et l’objectif ciblant la jeunesse (le plus innovant avec l’école aficion et le passeport arènes).

  -  Il est conçu par des personnes compétentes venant d’horizons divers - les aficionados sont dans le jeu - qui se sont engagées à agir et dont on pourra mesurer l’efficacité.

  -  De plus, il n’exclut nullement l’engagement d’initiatives complémentaires par tout promoteur qui le décidera.

Certains approuvent ce plan du bout des lèvres; ils osent  en critiquer son management a priori sans en connaître le dispositif et cela avant même que les premières actions ne soient engagées. Ces critiques exprimées sont particulièrement déplacées. Elles semblent relever de la volonté de toujours avoir raison avant même que l’évènement ne se soit produit. C’est un travers habituel à la tauromachie, certes, mais il est préjudiciable au regard du contexte actuel.

Un des principes de la conduite de projet repose sur l’évaluation au fil de son exécution afin de rectifier le tir si nécessaire, alors laissons du temps au temps, le plan n’en est qu’à sa première phase.

L’aficion y est partie prenante, il nous appartient de vous représenter et de vous rendre compte. Vous pourrez juger  sur pièces et sur place comme le dit l’expression chère aux juristes."

Dominique Valmary

Publié dans Aficion

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ORDOÑEZ, ombre et lumière...

Publié le par Charles CREPIN

Parlant du toreo d’Antonio Ordoñez, José Maria de Cossio évoquait un style porteur de perfection… Les formes d’un toreo belmontiste et l’immobilité de Manolete alliées à cette recherche de perfection, Il n’en fallait pas plus pour qu’Antonio Ordoñez ne devienne le premier grand torero d’esthétique néoclassique, précurseur de ce qu’on appela la génération des prodiges, créant son style propre dont beaucoup de toreros peuvent se réclamer encore aujourd’hui. Mais de la "veronica céleste" d’Ordoñez, beaucoup ont imité la plastique, aucun ne l’a égalée.   Et quand sortit Matajacas dans le ruedo nîmois le 7 août 1960, Ordoñez signa une faena pour l’histoire. 

Une planche de dessin d'Antonio Alcalde Molinero intitulée "la deuxième corrida de la Feria" extraite des archives personnelles d'André Bazile évoque de triste mémoire une corrida de la Pentecôte nîmoise 1960 où le grand Antonio Ordóñez toucha le fond avant l'apothéose qui suivit peu de temps après.​

*****

Nîmes, 6 Juin 1960, l'ombre d'une triste tarde...

2ème corrida de la Pentecôte. Arènes pleines à craquer. Antonio Ordóñez, Pedro Martinez "Pedrés", Juan Garcia "Mondeño" affrontent les Carlos Nuñez. De lourds nuages plombent l'atmosphère de cette triste tarde gachée par le bétail. Un toro protesté, l'autre refusé pour cause d'armure défectueuse (on disait frauduleuses à l'époque, plus stoïquement suspectes aujourd'hui),  soulevant l'hostilité d'un public déchaîné qui conspue la star adulée malchanceuse aux aciers, oubliant les somptueuses véroniques de son entame, les muletazos ciselés et le desplante à genoux jugé peu glorieux en face d'un adversaire débile d'armure.

Oreille et ovation pour Mondeño. Salut et vuelta pour Pedrés, bronca pour Ordóñez. Constatant la déroute, le maestro de Ronda fait profil bas et promet de se racheter.

ORDOÑEZ, ombre et lumière...

Le retour au toril du sixième Nuñez refusé par le public pour son manque d'armure. Dessin sur le vif de l'artiste Alcade Molinero

*****

Nîmes, 7 Août 1960, la lumière et le firmament...

Le livre LA PEÑA ORDÓÑEZ - Un demi-siècle d'Aficion - retrace l'époustouflante corrida de ce fameux après-midi nîmois.

"Le 7 Août, les nîmois rancuniers le reçoivent (Ordóñez) sous les siflets. La confrontation avec un Juan pedro Domecq pourtant manso fait chavirer l'assemblée en sa faveur. D'ensorceleuses naturelles exécutées avec un temple exquis sidèrent le public versatile qui à présent l'acclame. Recompensé par tous les trophées, le chef d'oeuvre fascinant s'achève dans une euphorie collective qui marque à jamais cette fabuleuse tarde. D'aucuns s'exclament : une telle faena, ce n'est pas possible !  Auréolé, l'astre luit"

De cette inoubliable corrida est née la PEÑA ANTONIO ORDÓÑEZ.

Ordóñez toréant suavement son premier adversaire par véronique basse.

Ordóñez toréant suavement son premier adversaire par véronique basse.

Pedrés donnant une passe en rond au second toro

Pedrés donnant une passe en rond au second toro

Une Giraldilla de Mondeño au 3ème Carlos Nuñez dont il coupa l'oreille

Une Giraldilla de Mondeño au 3ème Carlos Nuñez dont il coupa l'oreille

Dessins "la deuxième corrida de la Feria" - 1960 d'Antonio Alacalde Molinero, peintre et dessinateur taurin (1906 - 2000) qui collabora à de nombreuses publications taurines dont la revue Toros.

Publié dans Histoire

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