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1er tercio (1) : la vacance du pouvoir

Publié le par Charles CREPIN

 

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Sur le site web de la Fédération des Sociétés Taurines de France (FSTF), on peut lire le 27 juillet 2013 un article saillant sous l’excellente plume de Jean-Jacques Domps. A nouveau en question, la grande incertitude qui règne en matière d’utilisation de la pique en France, les dérives dans lesquelles semblent se complaire nombre de piqueros et l’absence de décision de l’autorité compétente dont l’auteur évoque l'aboulie. Encore que pour être d’accord sur le terme employé, il faudrait savoir si en l'occurrence on ne peut pas décider, ou si on ne veut pas décider…

 

Lire l’article sur le site de la FSTF : "quand Ceret subit la fronde des picadors"

 

Publié dans Règles de l'art

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Question(s) d'aficion...

Publié le par Charles CREPIN

... sur une certaine "corrida-événement" des prochaines Vendanges nîmoises.

  • Ou bien c'est un festival de bienfaisance, façon Montepío (1) comme il a été dit. Bien !  Mais les donateurs que nous sommes pourraient-ils dans ce cas en savoir un peu plus sur les règles fixées par le fameux syndicat de toreros-organisateurs espagnols... et les réels bénéficiaires de la manifestation ?

 

  • Ou bien c'est une vraie corrida, avec des toros de corrida, comme il a aussi été dit. Mais dans ce cas, il y a des questions sur l'éthique taurine écornée par ces stars auto désignées, certes bénévoles pour l’occasion, qui contre tous les principes verrouillent le cartel entre copains et fournissent eux-mêmes les toros… qui restent " à désigner ", dans un certain délai. Et pendant la désignation, la vente des abonnements continue.

 

  • Ou bien c’est les deux à la fois, comme cela a été enfin évoqué. Et dans ce cas encore, les mêmes questions restent décidément posées.

 

2000 aficionados nîmois fédérés (quelle ville taurine peut en compter autant ?) ont-ils le droit de soulever de telles questions sur leur Feria sans être apostrophés et stigmatisés par le délégataire des arènes dont c'est désormais le lieu commun ? 


En réalité, une fois sorties du contexte "polémique" dans lequel elles ont été présentées, il n’est pas bien sérieux de prétendre que ces questions étaient "inutiles", ou situées "dans une démarche systématiquement négative", sinon de s'en service comme  prétexte à la coupe réglée dont elles sont l'objet. Chacun aura compris que l’aficion est juste dans son rôle lorsqu'elle pose de telles questions et dans une logique de bon sens lorsqu’elle espère que celles-ci sont au moins entendues et tolérées, sinon arbitrées par l'autorité, en guise de garde fou.

 

(1) Caisse de secours et d’entraide pour les taurins nécessiteux, l’association du Montepío a été créée par le torero Ricardo Torres « Bombita » en 1909.

 

Publié dans Humeurs

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Vendanges 2013 : la Coordination s'interroge...

Publié le par vingtpasses

 

Questions sur la programmation du vendredi après midi :

  •  S'agit-il d'un festival organisé par le syndicat des toreros espagnols qui dispose des arènes de Nîmes, compose le cartel et choisit les toros ? Les toreros vedettes imposent-ils aujourd’hui leurs décisions au délégataire et à la Ville ?
  •  Qui encaisse la recette de cette manifestation et pour quel but ?
  • En quoi ce spectacle compris dans l’abonnement au même tarif que les autres corridas est-il promotionnel de la tauromachie comme la presse s’en fait l’écho?
  • Dans ce montage (mise à disposition des arènes, gestion, recettes et redevance), la règlemention et les obligations de la Délégation de Service Public sont-elles respectées ?

 Des réponses à ces questions paraissent indispensables, car en dépit du succès annoncé pour cette « corrida-fleuve », la Coordination  voudrait être certaine que les principes de transparence et d’éthique de la corrida auxquels doivent prétendre les aficionados et les nîmois dans leur ensemble sont bien respectés.

 

Coordination des Clubs Taurins de Nîmes et du Gard

17 juillet 2013 - Contact : coordination.printemps@gmail.com

 


Publié dans Ferias

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Mandar, ou l'art de la guerre

Publié le par Charles CREPIN

 

Mandar signifie commander, imposer. Pour le torero, c'est obliger le toro à suivre la trajectoire qu'il a décidé de lui faire prendre, au rythme qu'il a choisi, en enlevant à l'animal toute possibilité d'initiative ou de latitude, traduisant ainsi sa maîtrise et sa domination. Ce commandement sans concession s'inscrit dans les trois temps de la passe : citar, mandar, rematar, que certains préfèrent adoucir en imaginant le torero parlant familièrement à l’animal :

¡ Buenos días ! (Bonjour !) en avançant la muleta, 

¿Que tal está usted, adonde va usted ? (Comment allez-vous, où allez-vous ?) en conduisant le toro de l'avant vers l'arrière,

¡ hasta luego ! (Au revoir !) en lui donnant la sortie.

 

c__ACT4033.jpgFernando Robleño devant Calerito d'Escolar Gil - Ceret 07/2012


Dans ces trois temps de la passe tient la stratégie du toreo, les stratégies devrait-on dire, tant les variantes sont nombreuses car tenant aussi bien à la nature, la force et la bravoure du toro, qu'au style propre du torero. Les inconditionnels du toreo classique estiment que la règle absolue de la domination tient dans la longueur des muletazos. Autrement dit : plus la passe est prolongée, plus le torero pèse sur la charge du taureau, et davantage il impose sa domination au toro. Ainsi, selon ce principe, doit-il avancer le plus loin possible la muleta vers le toro - enganchar adelante -, fixer le regard de ce dernier sur le leurre - lui « prendre la tête » allonger le temps de la réunion en ralentissant la vitesse de la charge - baisser la main -, en la conduisant loin derrière, vers l'intérieur - para dentro - et vers le bas, pour lier la passe suivante - ligar -. Ce toreo, idéal pour le toro puissant qui embiste, procure des passes d'une grande beauté plastique, profondes, suaves, qui transmettent l'émotion sur les gradins et font monter les Olé lorsqu’elles sont bien liées. La faena apparait ici dans sa quintessence, véritable prélude à la mise à mort, ce pourquoi elle est faite. Mais cette domination s'avère éprouvante pour l'animal, qui ne pourra parfois supporter autant de passes que le public l'exige en cette époque moderne, et où, de surcroît, la faiblesse est l'une des caractéristiques de nombreux élevages.

 

Des passes, des passes...

Tenant compte de cette situation, le torero qui souhaite donner quelques dizaines de passes supplémentaires pour toréer le public adopte couramment aujourd'hui un toreo moins contraignant pour l'animal, surtout si, derrière le potentiel de bravoure et de noblesse de ce dernier, il a constaté des signes de faiblesse. Dès lors, il va défaire le toreo dont on vient de parler, construisant une faena aux développements fort différents, où peser sur la charge n'est pas l'objectif : cite de près, muleta en retrait, parcours de la passe sensiblement réduit, avec allongement de la sortie en ligne droite et vers le haut.


001.JPGDaaniel Luque - Nîmes 05/2010 - Photo Vingtpasses

Autrement dit, on ne prend plus le temps de dire bonjour, ni comment allez-vous, et on s'attarde en revanche sur le palier pour dire au revoir, une fois la corne passée... (voir à ce sujet le cas El Juli sur Vingtpasses "un muletazo pour la postérité").

 Cette stratégie présente certains avantages : elle préserve une certaine esthétique du combat et un important potentiel de passes en économisant les forces de la bête. Suite logique de l'objectif recherché, elle rend possibles des triomphes que l'aficionado averti aurait sans doute souhaité plus modestes. Elle permet enfin à des toreros de talent de sauver des faenas vouées à la médiocrité devant des toros qui n'auraient pas logiquement tenu la distance (faenas d'infirmier). Les inconvénients de ce toreo allégé sont en revanche évidents : les passes manquent de profondeur et transmettent moins, le torero est moins engagé, moins croisé, il pèse peu ou pas du tout sur la charge, et sa domination sur la bête est en conséquence imparfaite, laissant à celle-ci la possibilité de réactions aléatoires. Mais surtout, il y a davantage d'oreilles, et plus du tout d'émotion... 

 


Publié dans Règles de l'art

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Templar, le temps suspend son vol

Publié le par Charles CREPIN

 Le temple (1) est l'expression gestuelle d'un processus technique et artistique complexe dans lequel l'intuition du torero est décisive. Bien exécuté, le temple est la quintessence d’une véronique sublime ou d'un muletazo parfait dont il ne peut être dissocié. Il prend aussi toute sa part dans la maîtrise de la passe et la domination du torero sur son adversaire.

 

CCR_3346.jpg Temple et domination palpables dès l'entame de cette verónica de Pepe Luis Vásquez... sur un nuage.

 

Templar consiste à régler le mouvement du capote ou de la muleta sur la vitesse de la charge du taureau. Le leurre donne la distance, suffisamment proche du mufle pour faire croire au taureau qu'il peut l'atteindre. Mais pas trop près, pour ne pas lui permettre d'accrocher sa cible et la frapper en désarmant le torero. Ni trop loin non plus, pour ne pas lui faire découvrir qu'il ne peut l'atteindre au risque de détourner son attention vers le torero. Avec une constante pour ce dernier : allonger les passes au maximum, pour notre plus grand plaisir.


Une question de tempo

On peut sans doute dire qu'une passe est templée lorsque la distance entre le leurre et les cornes du taureau reste constante tout au long des trois temps : le cite, la réunion, et le remate. Mais la distance n'est pas tout, la représentation de ce mouvement singulier est plus complexe. Une fois la synchronisation amorcée, le torero va tenter de renverser le rapport de l'initiative afin d'imposer à la bête d'adoucir et de ralentir sa charge pour la régler sur la cadence du leurre. Derrière le relâchement du torero et le glissement léger de l'étoffe, le changement de tempo perçu depuis les gradins crée une intense émotion, et le sentiment que le temps a suspendu son vol.  


Un exercice délicat

Le temple est un exercice difficile. Son exécution devant un toro puissant qui embiste violemment à mi-hauteur est très aléatoire et peut relever de la simple utopie pour beaucoup de toreros. Les figuras doivent sans doute pour une bonne part leur régularité dans les triomphes et leur suprématie dans l'escalafon à leur capacité à templer devant leurs adversaires... adversaires dont beaucoup ont été choisis dans ce but, comme vous savez. En leur temps, Rafael El Gallo, Pepe Luis Vásquez ou plus près de nous, Curro Romero, Rafael de Paula et aujourd’hui Morante, toreros artistes plus irréguliers et capricieux, sont quelquefois parvenus à hisser leur temple au sommet de l'art tauromachique, de la beauté et du surnaturel. Robert Bérard (2)  rapporte que Juan Belmonte confessa avoir pleuré devant la beauté de certaines passes d'El Gallo. J’imagine qu'elles étaient templées...

 


(1)    Cette série d’articles propose  une synthèse sur quelques fondamentaux de la tauromachie, Parar, Cargar la suerte, Templar, Mandar... Elle n'a pas bien sûr vocation à se substituer au contenu d'un manuel pratique, encore moins d’aborder un cours de toreo appliqué. Plus  modestement, et ceci depuis la création de ce blog, l'idée est de divertir les lecteurs aficionados et les amis de Vingtpasses. Mais sans oublier la pédagogie en direction de ceux d'entre nous qui désirent trouver dans ces lignes l’occasion d'analyser de plus près certaines séquences de la corrida de façon simple, divertissante et synthétique.

(2) La Tauromachie - Histoire et Dictionnaire – Éditions Robert Laffont 2003

 

A suivre demain : Mandar

 


Publié dans Règles de l'art

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Si on chargeait la suerte ?

Publié le par Charles CREPIN

 

En el toreo, todo lo que no sea cargar la suerte, no es torear sino destorear"  (Domingo Ortega).


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Le "destorear" pour les nuls...

 

Suite au précédent article consacré aux fondamentaux de la tauromachie, voyons de plus près ce véritable fondement de la corrida moderne qu'est "cargar la suerte". Ce sujet déjà abordé par Vingtpasses a été fréquemment analysé dans une littérature tauromachique abondante à laquelle quelques blogs (essentiellement espagnols), proposent des contributions significatives et des forums de discussions animés, montrant que ce thème majeur suscite toujours autant d'intérêt (et de passions). Sauf qu'il n'est pas toujours facile pour l'aficionado de trouver dans cette littérature une synthèse exhaustive du cargar la suerte qui prenne en compte toutes les pièces du puzzle utiles à la compréhension de cette construction complexe et sans doute inachevée. Construction de laquelle il souhaiterait avoir une perception aussi claire et complète que possible, afin de la mettre au service de ses observations personnelles, dès la prochaine corrida !  A Céret ce week-end, par exemple ?

Cargar la suerte ?

Au sens littéral, l'expression cargar la suerte n'est pas facile à comprendre : presque toutes les séquences, figures ou mouvements de la corrida sont désignés par le terme suerte. Et donc, charger la suerte, bien que traduit ainsi et couramment utilisé de ce côté des Pyrénées ne veut pas dire grand-chose non plus. Après avoir exploré la question, certains manuels sont d'accord pour une définition proche de Peser sur la charge, plus pertinente sans doute, et qui a l'avantage d'en approcher de plus près le sens et la finalité.


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Dans cette naturelle engagée, regardez bien la position de la jambe d’appui du torero par rapport à l’antérieur gauche du taureau…

 

Cargar la suerte, comment ?

« Cargar la suerte", c'est l'action de toréer le corps de profil, allongeant les bras et gardant les pieds dans une parfaite immobilité pour citer le toro et lui donner la passe de côté » (Pepe-Hillo - Tauromaquia 1796). Dans ce schéma, vous remarquez qu’il était exclu que le torero pénètre dans la ligne de charge naturelle du toro…

Quelques décennies plus tard, Paquiro écrit son traité (tauromaquia completa 1836), et une nouvelle règle : le torero doit se placer sur la trajectoire du toro (donc en face des cornes), et faire dévier sa charge. Cette nouvelle stratégie est certes différente, mais comme dans le cas de figure précédent, cargar la suerte consiste à peser sur la charge du toro en le rejetant vers l'extérieur, un point c'est tout.

Le fondement du toreo moderne commence à prendre corps avec Belmonte dans les années 1910, charger la suerte consistant là encore à dévier la charge du toro vers l'extérieur, mais de façon plus mesurée, et selon une courbe, en dessinant un point d'interrogation qui ramène la bête vers l'intérieur à la fin de la passe. Cette nouvelle règle, en modifiant radicalement le cargar la suerte, a révolutionné les fondamentaux du toreo, mettant davantage en jeu les problèmes de terrains et donnant au torero un plus grand pouvoir d'expression. Les choses n'en sont pas bien sûr restées là, le toreo ayant par la suite été profondément influencé par les « modernes » dont le plus célèbre fut MANOLETE, puis quelques autres, plus proches de nous, qui ouvriront la voie au toreo de profil.

 Aujourd'hui, la mise en œuvre du cargar la suerte est loin d'être homogène, que ce soit pour des principes d'ordre stratégique, esthétique, ou tenant simplement à la volonté ou la capacité de chaque torero de se mettre devant les cornes de tel ou tel taureau. José Mari MANZANARES (père), estime que « c'est la position du torero, lorsqu'il est croisé, entre les cornes, (jambe avancée ou non) qui l'oblige à prolonger la passe, et que c'est cela qui signifie cargar la suerte »(1). A l'inverse, certains prétendent que la règle absolue du cargar la suerte consiste à avancer la jambe de sortie, puis de faire porter sur elle le poids du corps dans un mouvement de bascule en avant, afin de peser davantage sur la charge du toro et gagner ainsi du terrain, mais aggravant de ce fait le risque d'accrochage.


2013-05-01-558CCR 1954 086Naturelle de Sanchez Vara devant un Dolores Aguirre (St Martin de crau 2013)

 

Avancer la jambe ou non est un sujet qui fâche

Certains affirment que cette action, particulièrement si elle est effectuée dès le cite du toro, doit être dissociée du cargar la suerte, la qualifiant de recours supplémentaire pour écarter davantage le toro et se donner ainsi un avantage... La vraie question n'est-elle pas précisément : à quel moment doit-on avancer la jambe ? Au toque pendant le cite, ou dans le deuxième temps de la passe, comme on va le voir plus loin ? D'un autre côté, certains toreros placés les pieds joints, de face ou de profil sur la trajectoire des cornes, savent dévier la charge du toro en aguantant et en liant les passes, transmettant de l'émotion et parfois de l'angoisse au public. Le toreo « authentique » de Belmonte possède de vigilants défenseurs. Toujours attentifs à préserver, encore aujourd'hui, son héritage, ces gardiens du temple n'ont jamais reconnu la légitimité le toreo de profil ou à « pieds joints » de MANOLETE, si grandes qu'aient été sa renommée et son influence dont le toreo moderne s'est considérablement enrichi.

 

Cargar la suerte, pourquoi ?

Bien qu'à leurs époques respectives, les tactiques prescrites par Pepe-Hillo et Paquiro, aient été radicalement différentes, cargar la suerte répondait essentiellement, on l'a vu dans les deux cas, au souci constant du torero d'écarter le toro de sa trajectoire initiale en le rejetant vers l'extérieur afin de se mettre hors de portée des cornes. Revers de la médaille : avec de telles stratégies, on toréait sur la défensive, on ne gagnait que peu (ou pas du tout) de terrain sur la bête, et cette dernière était en conséquence difficilement dominée ou réduite. Avec Belmonte et ses disciples, le cargar la suerte, plus fin et complexe, présente de multiples avantages, traduits par un jeu plus subtil dans le positionnement de l'homme et du toro sur leurs terrains respectifs, et un meilleur lié dans les passes, plus propice à l'expression d'une esthétique jamais atteinte à ce niveau auparavant, et à la transmission d'une plus grande émotion.


Joaquín VIDAL avait sur la question un avis pour le moins tranché, brillamment exprimé  dans "El toreo es grandeza" (2). J’ai modestement essayé de traduire un paragraphe se rapportant au sujet qui nous intéresse, et j'implore votre indulgence si d'aventure, ma passion pour ce texte m'a fait commettre quelques imprécisions. Votre attention s’il vous plait, ce qui suit est fon-da-men-tal !  Et le fait qu'une empresa bien connue ait violamment décrié ce grand chroniqueur (pour des raisons qu'on imagine) n'enlève rien à la pertinence de son propos, bien au contraire :

« L'action de cargar la suerte doit être exécutée une fois la passe engagée. La séquence se décompose ainsi : le torero se place face au toro. Littéralement face au toro. Pas en arrière, pas en bordure de la trajectoire, fuera de cacho comme on dit dans le jargon. Il se placera de face, ou au moins de trois quarts, jamais de profil.(...). Bien ! Au cite, le toro se fixe sur le leurre. Au mouvement de l'étoffe, dont un simple frémissement suffit pour provoquer le toro, la caste de ce dernier lui fait bouillir le sang et déclenche la charge (...) Quand le toro croit le leurre à sa portée, il humilie  pour armer sa frappe et détruire sa cible, mais il ne peut l'atteindre car le maestro tire le leurre au rythme de la charge. A l'instant précis de la juridiction (réunion), le torero, gardant immobile sa jambe d'entrée, avance doucement l'autre jambe, et cela s'appelle cargar la suerte. Qu'est-ce qui en résulte ? Et bien, le torero a gagné du terrain, en accentuant certes le risque d'accrochage. Mais, la position de la muleta ayant changé, le toro à son tour, en suivant sa cible pour l'intercepter, a également modifié son parcours. A partir de là, sa course emprunte une courbe, jusqu'au terme de la passe qui ira au-delà de la ceinture du torero. Celui-ci a accompagné la charge de telle manière qu'il se trouvera en place pour la passe suivante sans être obligé de rectifier sa position, sa position qui redevient celle du départ, sauf que dès lors, les passes se succèdent avec presque toujours une solution de continuité, ce qui s'appelle ligar. Et le torero va continuer de charger la suerte à chacune d'elles, gagnant à chaque fois du terrain sur le toro tout au long de la série, l'obligeant constamment à suivre une ligne de charge d'abord droite, et courbe ensuite, à la manière d'un point d'interrogation. Et l'animal, malgré sa caste, finira par se soumettre à sa domination ».

Verrons-nous ces principes appliqués par les toreros le week-end prochain ?

 

A suivre lundi : templar

 

(1)  A. Viard - Comprendre la corrida - - Éditions atlantica

 (2)  Joaquín Vidal  (1935-2002) « El Toreo es Grandeza » Editions turner 1987 


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Les fondamentaux s'il vous plait !

Publié le par Charles CREPIN

" ... novillos encima de la terna, déroute des cuadrillas, et le souhait que je formulerai serait la nécessité pour les écoles taurines de transmettre aux apprentis toreros LES FONDAMENTAUX DE LA TAUROMACHIE (je pense entre autres à cargar la suerte et à faire preuve de mando afin de conduire la charge du toro et non toréer sur le passage, ce qui a été le cas tout au long de la tarde)".

Un constat lucide dressé par Éric Pujante dans son excellent compte-rendu de la novillada de Palha dimanche dernier 7 juillet à Vauvert  (A lire sur le site de la FSTF). Son souhait en direction des écoles taurines sur la transmission des fondamentaux se fait l'écho de celui de beaucoup d'aficionados dépités, sujet de nombreuses tertulias...

Parar et cargar la suerte, mandar, templar ... et quelques autres fondamentaux qu'il n'est pas inutile de développer pour certains d'entre-nous, et que Vingtpasses a compilé dans la rubrique RÈGLES DE L'ART depuis plusieurs années.

Je vous propose donc de remettre ces quelques articles au dessus de la pile en guise de feuilleton de vacances. Et pour commencer : Parar  

 

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Photo Vingtpasses

Parar est le premier des trois principes de base de la lidia (parar, templar, mandar).

Le tome 1 du « COSSIO » (1943), nous propose une définition, toujours d'actualité, que l'on peut traduire ainsi : « action du torero pendant l'exécution des passes, de ne pas bouger les pieds, comme le réflexe naturel l'y pousserait ». André Viard n'est pas le seul à rappeler l'expression « quedarse quieto », qu'il n'est pas nécessaire de traduire (Comprendre la Corrida - Éditions atlantica).

Rappel de 2 principes essentiels :
• le toro dirige sa charge vers l'objet quelconque le plus proche de lui, 
• le toro charge de préférence un objet en mouvement, et son instinct du combat lui permet d'anticiper la trajectoire de sa cible pour l'intercepter et l'attraper plus facilement.

Le torero va donc tirer parti de ces deux caractéristiques tenant à la nature même du taureau de combat : 
• d'abord il reste parfaitement immobile et présente un leurre entre lui et le toro. Il « cite » ce dernier en faisant vibrer la cape ou en donnant « le toque » à la muleta (bref coup de poignet), souvent accompagné de la voix, afin de déclencher la charge. Ainsi, il exploite le premier penchant naturel du toro.

• Ensuite, en déplaçant le leurre dans la direction où il souhaite dévier la charge, il suggère au toro la trajectoire à suivre, utilisant ainsi l'instinct « prédictif » de l'animal. Cette manière de peser sur la charge du toro est désignée par l'expression « cargar la suerte ».

A noter : lorsque le toro ralentit au milieu de la passe et serre de près, mettant le torero en danger, le défi, pour ce dernier, est de rester immobile (de ne pas bouger les pieds !), provocant une émotion palpable sur les gradins . Quand c'est ce cas, on désigne l'attitude courageuse du torero par le mot « aguante ».

A suivre demain : Cargar la suerte


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Vuelta, et silence...

Publié le par Charles CREPIN

Dans ce titre, ni dilemme ni paradoxe. Ce dimanche à Vauvert, le palco a su faire la part des choses : vuelta pour le 4ème novillo de Palha, silence pour le maestro.


 Une vuelta bien payée pour ce novillo superbe, bien présenté, brave à la pique, noblissime, mais manquant de caste.

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Silence justifié pour Gaëtan. Élégant mais sans engagement ni transmission, toréant sur le voyage, il n’a pu se hisser au niveau de ses adversaires.

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Mal inspiré, il a suivi un conseil stupide venu du callejon, et misé tout son capital sur un improbable indulto. A se perdre dans un porfión truffé d'ornements dérisoires, il a indisposé les gradins où les touristes n’étaient pas majoritaires. Et à la fin, une fois revenu sur terre, l’épée lui a fait perdre la mise... Saura-t-il se consoler avec le trophée de la meilleure faena ? Ça, c'est le dilemme.


Quelques beaux gestes de son banderillero...

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Et de ses deux compagnons de cartel, plus limités dans les derniers tiers...

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CCR 3193

 

Si Fabio Castañeda sait toréer le public...

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c'est plus difficile pour l'estocade...

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Cesar Valencia, prudent et refusant de voir son dernier, après l'avoir fait sévèrement punir par le petit roquet qui lui sert de piquero...

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Publié dans Humeurs

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La littérature tauromachique aujourd'hui

Publié le par vingtpasses

Par Dominique Valmary


L’acte littéraire est extraordinairement adapté au thème éternel du taureau et de son affrontement à l’homme. Cette légitimité s’enracine dans la mythologie méditerranéenne qui a tant nourri l’imaginaire, contribué à élever les constructions spirituelles et, avec la préoccupation de transmettre, justifié de coucher les dires sur des supports plus ou moins durables. La codification de la corrida moderne élaborée au temps des Lumières a ouvert la voie au foisonnement des modes et des types d’expression. Les premières publications ont abordé le sujet sous la forme de traités décrivant les règles qui vont structurer la corrida.

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Tauromaquia - Cadiz 1786

 

De la magnificence au picaresque

Rapidement l’écriture s’ouvrira au récit et à la fiction. Au 19° siècle les écrivains voyageurs découvrent l’Espagne et en particulier cette pratique qui ne peut laisser indifférent, ni ceux qui aiment, tels Théophile Gauthier ou Prosper Mérimée, ni ceux qui dénoncent avec le souci de comprendre avant de juger comme  Ernest Cœurderoi, ce médecin français contraint à l’exil au Second Empire. Ils contribuent ainsi à la diffusion de ce phénomène qui n’est ni un rite, ni un sacrifice, ni un art ou un sport mais certainement un peu de tout cela. Les formes habituelles d’expression suivront : romans, nouvelles, essais, biographies, sans parler des chroniques ou de la poésie sans oublier les arts plastiques, la musique, l’opéra ou le cinéma.

Sujet anobli par les plus grandes plumes du 20° siècle la corrida présente pourtant à l’œil critique de l’observateur deux faces qui s’opposent. D’un côté la grandeur des représentations élevée au rang de rite, de sacrifice, avec cet enjeu de vie et de mort qui sublime le combat, et d’autre par les aspects triviaux, rustiques pour ne pas dire ancillaires liés à la manipulation de l’animal avant le combat et de la dépouille à son issue. Entre ces deux extrêmes la corrida s’abandonne avec délectation aux mots et elle s’expose indifféremment à la magnificence et à l’emphase mais aussi à la truculence et au picaresque. Parfois aussi, elle se prête à la déraison ou au délire. C’est là un de ses charmes.


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Mais où en est la littérature taurine en ce début de vingt et unième siècle ?

Force est de constater que les grands écrivains, ceux qui font l’actualité littéraire et occupent le haut des rayons et les têtes de gondole, ne prisent plus guère la tauromachie comme cadre de leurs intrigues et de leurs analyses sociétales bien qu’on puisse en croiser certains dans les arènes. Est-ce que la matière est épuisée et qu’il n’y a plus rien à en dire ? Est-ce un sujet considéré comme étant désormais en décalage avec les évolutions et les attentes des populations ? Au-delà des écrivains, les philosophes ont su prendre la plume avec succès pour amener du contenu à l’analyse de la raison d’être de la corrida et expliquer aussi ce qui en garantit la pérennité. Ce thème est d’évidence moins porteur mais il faut aussi y voir le résultat de l’image fâcheuse véhiculée par l’approche anglo-saxonne du bien être animal et la pression des abolitionnistes.

Nombreuses sont les personnes qui s’essayent à l’écriture avec plus ou moins de bonheur et osent s’exposer à l’appréciation des lecteurs ; il y a même nombre d’auteurs estimables par l’originalité de leurs écrits ou par leur style. Ce phénomène a toujours existé dans le passé comme en attestent les bibliographies publiées ou accessibles. Reste que le postulant devra s’adapter aux évolutions qui touchent désormais les mondes de l’édition et de la distribution.

Petits éditeurs passionnés, esprit militant

L’effacement des grandes maisons d’édition peut s’expliquer soit par la sensibilité du sujet, soit par la rareté de textes de qualité à la hauteur de leurs exigences, soit par les contraintes économiques liées au marché qui les obligent à réduire les prises de risque. Cependant, un inconvénient peut devenir un avantage puisque cet état de fait permet de découvrir la myriade ou la constellation constituées de ces petits éditeurs passionnés qui, comme l’artisan de quartier, défendent un savoir faire et une culture par la diversité des publications et encouragent ainsi les initiatives. Ils résistent parce qu’ils possèdent le sujet et qu’ils savent pénétrer le microcosme. Demeure chez eux l’esprit militant pour les causes que les grandes maisons ont abandonnées. Le revers de la situation est de « communautariser » la diffusion ce qui est réducteur et en contradiction avec l’idée même de culture.

Les mêmes sujétions produisent les mêmes effets en matière de distribution ; les réseaux ont progressivement « allégé » les linéaires jusqu’à supprimer toute exposition de littérature taurine et les indépendants ne s’aventurent que s’ils ont une inflexion vers la corrida soit qu’elle tienne à l’attachement personnel du libraire, soit à la localisation de son commerce dans une région de tradition.  Les libraires spécialisés vont perdre dans quelques semaines un des leurs qui n’a pas trouvé preneur pour assurer la succession; il faut avoir la foi à l’heure de la concurrence de la vente à distance ; il l’avait, ayant dénommé sa boutique « Pays Passion », c’était une adresse appréciable et appréciée à Biarritz.

 

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En matière de promotion, le mundillo, puisque l’édition se resserre autour de son cercle d’influence, fait plutôt dans la discrétion ; il y a peu de notes de lecture dans les revues taurines au regard du nombre d’ouvrages publiés. Les prix littéraires sont peu accessibles lorsque l’écrit traite de tauromachie et ceux qui sont dédiés à la corrida ne sont qu’au nombre de quatre ou de cinq et plutôt discrets dans leur démarche sauf peut être celui qui s’est donné les moyens de communiquer.


Quelles sont les tendances actuelles ?

Lorsqu’ils écrivent, de nombreux auteurs restent attachés au papier et à la relation si intime qu’il entretient ; d’autres se sont mis au clavier qui offre des facilités infinies de maniement même s’il occulte la graphie et les ratures qui font l’émotion procurée par les manuscrits ; cette émotion reste nettement supérieure au copié-collé ou à la sauvegarde sur disque dur.

Les nouveaux modes de communication ne sont pas neutres, ainsi l’avènement d’internet multiplie les opportunités de pouvoir publier ce qui reste l’aboutissement de l’acte d’écrire. L’inconvénient est la volatilité des publications sur le web où la notion de durée n’existe que pour celui qui prend la peine ou dispose du temps pour effectuer les recherches. La péremption de l’écrit se fait par l’effacement du texte lors de la parution de l’écrit suivant et par la rapidité de consultation par le lecteur.


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De la tablette numérique ... à la force du livre-papier

Que penser d’une cyber-bibliothèque dont l’outil associé, présenté aujourd’hui comme étant incontournable, est illustré par la tablette numérique ? La corrida ne pourra éviter l’évolution et, déjà aujourd’hui, figure au catalogue la première offre d’un livre numérique taurin, me semble-t-il, avec la version dématérialisée de « la corrida parfaite », l’ouvrage de Simon Casas. Un autre avantage sera de rendre accessible au bibliophile les fonds taurins et les ouvrages rares s’ils sont numérisés un jour. Il reste qu’une question essentielle n’est pas résolue, celle de la durée dans le temps du stockage des données numériques ; elle tient à l’obsolescence des supports et des formats utilisés qui sont rendus régulièrement caducs par de toujours nouvelles découvertes. En la matière l’exemple de la musique enregistrée devrait mener à beaucoup d’humilité, elle dont les supports ont rapidement évolué au cours des années rendant inutilisables les lecteurs de toutes sortes, les disques,  bandes, cassettes et les divers formats.

La littérature sert la culture taurine et assure à la fois la transmission, la pérennité et l’enrichissement des idées et des représentations par les messages et les témoignages qu’elle véhicule. Là, demeure la force du livre-papier que l’on range dans les rayons de la bibliothèque directement à portée de main et toujours disponible pour une éventuelle consultation. Personnellement j’apprécie l’aide apportée par internet au collectionneur chineur dans la recherche de l’objet rare ou désiré en ce qu’elle facilite la mise en relation de l’acheteur et du vendeur. Le champ de tous les possibles est plus que jamais ouvert comme l’édition d’ouvrages à l’unité évacuant ainsi le souci de la programmation aléatoire du tirage. Il reste donc aux libraires professionnels à investir les techniques informatiques et les outils qui leur permettront de mieux satisfaire le client par rapport aux monstres généralistes et impersonnels que sont devenus les diffuseurs industriels présents sur la toile.

 


Publié dans Culture taurine

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