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TOROS IDENTIQUES... D'UNE LANGUEUR MONOTONE...

Publié le par vingtpasses

 

 

 

Le 7 mars dernier, le Cercle Taurin Nîmois avait demandé à Hubert COMPAN, vétérinaire Taurin, d'évoquer le thème de l’ennui dans certaines corridas. Luc JALABERT, éleveur et empresa des arènes d’Arles, était venu enrichir ce débat, livrant aussi à cette occasion son point de vue sur l’absence de corridas-concours en France lors de la présente temporada.

Pour l’essentiel, le diagnostic sur les causes de l’ennui, et les propositions pour y remédier, fait à peu près consensus, tant il reflète le sentiment et l’attente des aficionados sur les remèdes possibles à cet avatar de la corrida.

Parmi les problèmes évoqués, la vision de la pique sous l’angle prioritaire de la taille ou du profil du fer, pour innovante et intéressante qu’elle soit, ne fait pas l’unanimité : beaucoup estiment que les « dégâts collatéraux » sont tout autant la conséquence de l’endroit où on pique, et de la façon de piquer… Et cela sous-tend une dimension « culturelle » du problème et la recherche d’autres « coupables ». Un sujet qui pourrait à lui seul nourrir bien des tertulias...

 

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Luc JALABERT et Hubert COMPAN - Photo Michel CHAUVIERRE

 

Toros identiques… d’une langueur monotone…

  par Hubert COMPAN

 

1-Pourquoi l’ennui dans certaines corridas de « figuras »

 6 toros: 450 kg, « commodes » de tête

Pas d’émotion esthétique, trapio banal

Aucune manifestation du public

Impression de danger : ?

Suspicion d’afeitado,

6 « clones » au comportement prévisible.

 

Sortie au galop, 1 ou 2 tours de piste inutiles.

Met la tête et se retourne dans le capote : toreabilité vite perceptible.

Emotion de courte durée car : Objectif du torero: garder le maximum de carburant pour la muleta. 

 

Tercio de piques

Le toro a vu le cheval, retenu par les peones.

Amené à la distance minimale réglementaire. 

1ére pique souvent entre les épaules ou dans le dos  et qui dure… Sifflets du public.

2ème pique à minima, sans replacer le toro, jamais donnée de loin...

Applaudissements !!

Absence de « quites »

Toujours le même objectif du torero:

Conserver de la mobilité pour la muleta

Eviter les « dégâts collatéraux » de la pique de 8.8 cm (pénétration 17 cm en moyenne).

 

banderilles

3 paires à la sauvette, parfois 2 paires

Comme une simple formalité qui suit un tercio de piques insipide.

Aucune préoccupation des « subalternes » de se mettre en valeur.

Toro bouche ouverte, mobilité difficile à évaluer.

 

La fête commencera-t-elle au 3éme tercio?

Les attentes du public  qui n’a pas vu grand-chose depuis la sortie du toro :

on espère le toro amené au centre qui part de loin au galop pour des séries rythmées et de l’émotion dès les 1ères passes.

1ère série : il part de loin au galop, génuflexion à la 3ème passe. 2ème série, génuflexion à la 3ème passe.

Récupération, pas de récupération? Inquiétude de l’aficionado :

  • Pas de récupération: faena abrégée, sans émotion malgré les efforts du torero, l’ennui  et la frustration s’installent.
  • Récupération grâce à la tauromachie de la lenteur, mais le public devient très exigent sur les qualités artistiques puisque l’impression de danger est minime. le rythme se ralentit, les « toques » se multiplient et les trajectoires se raccourcissent.

On connaît par cœur la suite: dans les cornes avec des charges courtes et une fausse impression de danger pour une faena interminable qui réveille un peu le public…..1 oreille.

On s'est ennuyé...

 

Compan-7-3-2013-5628.jpg

Photo Vingtpasses

  

Pour qu’on ne s’ennuie plus :

500kg bien « présenté » et astifino :

   Plaisir esthétique

   Impression de danger

   Applaudissements

   Et pourquoi pas un vrai « manso con casta » » dans le lot !

 

Pour moins d’ennui dans le 1er tercio

Toro fixé rapidement

Capote plus varié (= prise de risque), quites plus fréquents.

1ère pique moins appuyée, vite relevée

2ème pique en partant de loin: plaisir du galop + ovation.

Pique raccourcie avec moins de risques de « dégâts collatéraux » (pénétration 10 cm maxi   ?).

Moins de sang, moins de blessure, plus de rencontres.

 

Pour moins d’ennui dans le 2éme tercio

Qualité et volonté des peones: placement, technique, rythme du tercio.

La mise en évidence de la mobilité d’un toro qui part de loin et suit aux planches  fait espérer une grande faena.

 

Pour moins d’ennui dans le 3ème tercio

Avec un toro mieux présenté, impression de danger plus ou moins consciente, chaque passe compte chaque « passe de poitrine » en fin de série est un soulagement et génère plus d’applaudissements. Le public devient moins exigeant sur la perfection artistique.


Compan-7-3-2013-7771.jpgPhoto Vingtpasses

Avec un toro plus mobile, les trajectoires et le rythme de la faena sans les chutes chauffe vite le public, la phase finale dans les cornes est mieux acceptée.

Ambiance musicale de qualité

Avec des toros mobiles on ne s’ennuie pas, même si la noblesse est absente.

 

Les techniques qui améliorent la force et la mobilité

La génétique :

Typologie musculaire et comportement (les « Domecq »).

La sélection, les tientas, la combativité, la sauvagerie, l’entrainement.

L’alimentation : formulation des aliments, les mélanges fibreux, antioxydants, glucoformateurs.

 MCH_9446.jpg

Photo Michel CHAUVIERRE

 

2– Pourquoi l’ennui dans certaines corridas « dures » ?

6 toros d’encaste « réputée »

Identification de l’encaste parfois difficile, trapio et présentation souvent irréguliers.

Sortie en trottinant, souvent  peu « explosifs » au capote, difficiles à fixer, s’échappent en retrouvant leur trot.

On n’a pas vu grand-chose au capote et on attend les piques avec impatience

 

Piques

Part au petit trot au cheval, accélère à 2 m pour une pique appuyée dans la cruz

2ème pique autant appuyée dans le même trou. On sait que la 3ème est de trop. Elle est donnée…

Ovation au picador, on ne s’est pas ennuyé.

 

Avant d’aller plus loin, une précision importante sur la dépense énergétique du toro de lidia et son impact sur le comportement :

Coefficients de dépense énergétique mesurés selon les situations

  • Immobilité = temps x 1.2
  • Au pas = temps x 5
  • Au trot = temps x 15
  • Au galop = temps x 30
  • A la pique = temps de poussée x 60 !!!

  Banderilles

Le toro a accusé les efforts de la pique. Le toro est arrêté au centre, il prends les 3 paires sans mobilité. Le public commence à s’inquiéter...

La muleta

En début de faena : le sang continue de jaillir entre les épaules, le toro est ensanglanté jusqu’à la « pesuna » (= 3 à 4 litres de sang).

On a eu 3 piques et on espère tous une grande faena.

1éres séries un peu désordonnées, le toro raccourcit vite sa charge et devient dangereux, la conscience professionnelle du torero ne suffit pas à donner de l’émotion malgré le danger.

On se questionne : le toro s’est arrêté. Pourquoi?

décasté? les piques, la douleur? l’hémorragie?

On s’est ennuyé

Le tercio de piques ne suffit pas à faire une corrida,

On a des sujets de conversation à la buvette. On reviendra l’année prochaine !

   

Pour moins d’ennui

Présentation correspondant à l’encaste

Sans excès de poids, sans excès de cornes

Le toro sort  en trottant, tête haute, morillo bien dessiné, il observe, on applaudit

Capote: une serie complète de véronique suffit.

 

Le tercio de piques

Pour que la fête commence au 1er tercio

On a effacé les 2 lignes concentriques

On a dessiné des lignes type concours numérotées de 1 à 3

Mise en suerte plus « lisible ».

1 seul cheval

1 picador  mobile qui va au devant du toro sans le souci de la ligne.

Une pique raccourcie de 5 à 6 cm: moins de risques de « dégâts collatéraux »

Davantage de rencontres, avec moins de sang, moins de blessures.

Les 2 Piques Bonijol : la plus petite n’a jamais été utilisée.

 

banderilles

Valorisation des banderilleros :

Technique, diversification, animation.

 

Muleta

Les conséquences d’un tercio de piques avec moins de sang , moins de blessures plus de rencontres = plus de mobilité, des faenas plus abouties malgré la diversité des comportements.

Et à la fin…..le récibir…  2 oreilles

On ne s’ennuie pas et la fête a commencé au 1er tercio.

La corrida de Javier Castano seul contre 6 Miuras peut être considérée comme une refondation de la tauromachie. Elle est plus facile à reproduire que la corrida de Jose Tomas dans laquelle la part du hasard a été importante.


3- les corridas concours

Les attentes du public : choix des encastes, présentation, comportement à la pique, mobilité à la muleta.

 la réalité :

Que représente une corrida concours pour un ganadero ?

Toros pas toujours représentatifs de la ganaderia, souvent trop lourds, trop armés, trop âgés, hors du type.

Les exigences du public sur le nombre de piques : tercio de pique trop invalidant.

Choix des toreros (restreint).

 

Propositions pour les corridas concours

Choix des toros ? quelles compétences ?

Trapio sans excès, présentation au- dessus de la moyenne.

Tercio de pique récompensé, moins de sang, moins de blessures, plus de rencontres.

Et pourquoi pas une corrida-concours « Domecq » ? (NDLR : ???).


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Photo Michel CHAUVIERRE

 

Quelques réflexions de Luc JALABERT reproduites de mémoire :

- Oui les figuras sacrifient les 2 premiers tercios pour conserver la mobilité à la muleta : peu de passes de cape, pas de quites, tercio de pique réduit au minimum .

 

- La majorité des aficionados jugent les toreros sur leur prestation à la muleta, ils oublient même que  maestro a posé les banderilles : c’est pourquoi on ne voit plus de toreros banderilleros.

 

 - C’est dans les 10 dernières passes que se coupent les oreilles.

 

- Oui il faut diminuer les traumatismes de la pique, c’est à vous clubs taurins de le demander !

- Je suis d’accord avec Alain Bonijol, ce sont les Domecq qui s’emploient le plus au cheval.

 

- Il y a trop de corridas dans les ferias, on n’est plus à l’époque d’Ojeda, certains jeunes d’Arles ne savent même pas qu’on produit des corridas dans les arènes…

 

- la carte jeunes de 35 euros permet d’assister a des spectacles taurins à 6 euros le spectacle : 82 cartes seulement vendues en 2012… Le problème n°1 de la tauromachie est le non renouvellement générationnel. Les clubs taurins doivent être interpelés : offrez le pass jeunes à  vos enfants et petits enfants. (NDLR : certains clubs subventionnent le prix des places, à Arles et ailleurs).

 

- Il y a une demande de plus en plus forte de corridas où les 3 tercios sont mis en valeur : il faut conserver les gardiens du temple, mais qui connaît Fandino au Café du Commerce ?  Personne !  Je suis bien obligé de mettre des figuras connues dans les cartels. La présence des figuras est obligatoire pour attirer du monde.

 

- Il y a 5 figuras qui gagnent beaucoup d’argent, 15 toreros qui vivent bien, les autres...

 

- Apres l’échec de la concours d’Arles 2012, il faut laisser passer une année sans. Peut être l’année prochaine, mais les corridas concours peuvent laisser des souvenirs extraordinaires avec des toros exceptionnels.

 


Publié dans Le toro

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José TOMÁS, l'œuvre et le regardeur...

Publié le par Dominique VALMARY

jose-tomas-triomphe-nimes

 

« C’est  le  regardeur  qui  fait  l’œuvre »

Les   chroniqueurs   sont   d’accord   pour   dire   qu’il   s’est   passé   quelque   chose   de   grand à Nîmes le 16 septembre 2012, date du solo de José TOMAS ; quelle peut être la part prise dans ce succès par la préparation minutieuse   de   l’évènement ?   Le   public   n’a-t-il pas contribué lui aussi à cette réalisation ?

Il est commun de dire que le spectateur participe  à  l’invention de l’œuvre d’art ; le public en posant son regard sur une toile devient à son tour artiste et recrée avec sa propre sensibilité une histoire qui lui appartient. Pour un peintre les transferts de l’autre sur leur propre tableau en constituent un "miroir"...et c'est pour cela qu'au delà du temps intime de la création,  l’œuvre n'appartient plus à son géniteur et adopte une vie autonome, chargée des regards des uns et des commentaires des autres... Autrement dit depuis la célèbre phrase de Marcel Duchamp (1)« c’est   le   regardeur   qui   fait   l’œuvre »:

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  C’est   le   regardeur   qui   fait   l’œuvre : l’artiste interprète le monde extérieur   et   c’est   le   spectateur qui investit la création en déchiffrant et en lisant la proposition artistique, ajoutant ainsi sa propre  contribution  à  l’acte  initial. Mais en-deça de cette   appropriation   il   n’est   pas   aberrant   d’évoquer   l’interactivité   directe   avec   l’œuvre   lorsque le public participe directement ou indirectement à l’acte   de   créer   comme en tauromachie. Cette affirmation de Marcel Duchamp a peut être guidé l’esprit   des   trois protagonistes  lorsqu’ils  ont  élaboré  l’évènement  qui  devait  se  transfigurer en  une  œuvre  et qui a été salué comme tel quasi unanimement par le mundillo et même au delà. Je ne le pense pas, mais, si  pour  certains  la  providence  a  agi  en  faisant  qu’il  en  soit  ainsi, il est permis d’affirmer  que  de  manière  plus prosaïque la préparation minutieuse - un peu cynique diront  d’autres  – a accouché de ce fameux 16 septembre 2012.


Le duende est source d’émotions et créateur d’art  

Peut-on rapporter cette théorie admise pour  l’art  à  la  corrida ? Celle-ci  n’est pas uniquement une activité de nature artistique mais elle en contient les éléments essentiels : l’opérateur   dispose d’une   matière   brute   qui   reste à   façonner,   le   taureau,   il va vivre une séquence constituée d’un  affrontement   de   l’homme à la matière; des règles garantissent la conformité du résultat aux canons éthiques et esthétiques et enfin il est confronté au public qui, en principe, est le régulateur du marché. Et même dans ce domaine, les spéculateurs esthètes influeront sur le marché de l’art comme les affairistes pèsent sur les spectacles taurins. L’éphémère de la lidia se rapproche aussi des expressions artistiques spontanées et fugaces que sont les installations et les happenings dont la mémoire est conservée par l’image  numérisée avec la même perte de sensibilité  qu’implique  l’utilisation  d’un  média lors de la retransmission  télévisée  d’une  corrida.

Selon  l’observation  de Francis Wolff (2), la matière première à façonner proposée au torero est la charge du taureau et non pas le taureau lui- même; les gestes du torero vont ponctuer, rythmer, lier et conclure la faena donnant ainsi forme au mouvement créé par le déplacement du taureau par rapport au torero. « Le toreo fut inventé par celui pour qui la ligne droite en se soumettant devint courbe » précise José-Carlos Arévalo (3). Et  c’est  ainsi  que  des  toreros  aux succès pourtant rares sont ou ont été appréciés parfois pour un seul geste : Curro Romero, Morante de la Puebla, ou à une moindre mesure Javier Condé, peuvent satisfaire leurs amateurs par un relâchement extrême dans  la  réalisation  d’une  naturelle  qui  n’en finit plus de  s’alanguir...


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En règle générale la sélection de l’art  reconnu  par  les  marchands  et les collectionneurs, son assimilation par le grand public procèdent de  démarches  rationnelles  où  le  coup  de  cœur   n’est  pas  l’essentiel  même  s’il  est  avancé  pour parfaire la communication. Il est bien connu que  pour  qu’un  artiste  soit  « accompagné » dans la jungle du marché actuel de  l’art  il  doit   remplir une condition essentielle : être  capable  de  produire  un  nombre  important d’œuvres  pour satisfaire la demande de ceux qui font les tendances ; il existe en effet des lancements comme  on  lance  un  produit.  Exit  l’artiste  bohême  qui  paye  ses  repas  frugaux  et son gîte en échange  d’un  tableau. Le processus implique de faire des choix à chaque étape et l’improvisation n’a que peu d’espace dans un secteur où l’on attendrait plutôt de la spontanéité et de la créativité. Toute  naïveté  ou  ingénuité  n’est  plus  de  mise  dans  un  monde où les activités  s’inclinent désormais devant la domination de l’économique.

Le diable se niche dans les détails

En  dehors  de  ce  qui  s’est  passé  sur  le  sable  et  qui  reste  la  rencontre  de  l’intelligence  et  de  la force brute, c’est  l’heure  de  vérité,  quelle  qu’en ait été la préparation. Que  l’on  aime  ou  pas, le 16 septembre  a  été  conçu  d’une  manière  remarquable, faisant très certainement recours à une analyse  systémique  permettant  d’en  garantir  les  moindres  détails.  Demeurait  toutefois l’incertitude de  l’alliance  du  taureau à la volonté du torero et de l’organisateur.


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Décortiquer a posteriori cet évènement révèle combien la  préparation  s’est  attachée  à respecter  les trois axes devant en constituer la colonne vertébrale : scénariser la corrida, imposer un contexte et aiguiser les choix à faire. Pour  réussir  un  spectacle  il  faut  un  bon  synopsis,  en  l’occurrence celui de ce jour devenu unique sera le suivant : le torero le plus énigmatique du circuit, et qui a fait de la rareté de ses prestations un des fondements de la conduite de sa carrière, négocie la  seule  prestation  qu’il  servira  en  France.  Pour surprendre et  créer  l’évènement, il  décide d’affronter, seul, les six taureaux prévus en matinée. A  cette  fin il s’attache à veiller au moindre détail; il  s’entraîne très régulièrement pendant de longues semaines et répète la course avec toute son équipe une semaine avant la date dans une arène madrilène. La communication aidant, les jets privés affluent du monde entier vers ce lieu mythique, l’amphithéâtre romain.  En ce jour consacré au patrimoine, la ville de Nîmes est assiégée plus que pour une féria de printemps par une affluence de gens passionnés, par des occasionnels qui pourront dire « j’y   étais » et par les curieux et quelques sceptiques venus palper l’atmosphère.  Pour  ceux  qui  ne  pourront  y assister, nombreux sont ceux qui erreront autour du monument imaginant le déroulement de la corrida au travers des sons qui leur parviennent. Ils sont tous convaincus de vivre un moment particulier ; le spectacle sera-t-il à la hauteur des attentes ? Les conditions pouvant garantir que cette matinée devienne exceptionnelle sont méticuleusement réunies : José Tomas affrontera seul six taureaux provenant de six élevages différents.et sélectionnés « a gusto ». Ce sera la seule corrida en France  parmi  les  quatre  qu’il  a  décidé  de  combattre  cette  année.  La  communication  insiste sur  la  difficulté  de  l’exercice,  l’exclusivité  obtenue pour  Nîmes  et  l’annonce  à  l’avance  d’un   « no hay biletes » orchestré par la vente par abonnements ;   les   revendeurs de   l’ombre   campaient rue de la violette depuis plusieurs jours. Même France Info consacrera deux journées   à   promouvoir   l’évènement.   Un atout supplémentaire fait monter la pression puisque ce torero revendique être hors système et  qu’il  entend  gérer  sa  carrière  à   sa main. La plénitude sera atteinte avec la perfection des choix : une attention particulière est portée à la sélection des encastes et  à  l’intérieur  de  ceux-ci au tri des taureaux - 12 taureaux  seront  amenés  à  Nîmes  pour  n’en  combattre  que  six  – la mise en scène exigera des capes en soie qui magnifieront la diversité des gestes, certains longtemps oubliés et habilement ressortis de  l’empreinte  taurine.


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« La  musique  aussi  atteint  l’âme  de  la  foule »

La  foule,  majoritairement  conquise  à  l’avance,  est  venue communier avec ce José Tomas dont le comportement dans  la  vie  comme   dans   l’arène, son passé et sa carrière atypique ne laissent pas indifférent même  s’ils  ne  convainquent  pas  toujours. Le public sera soufflé, subjugué, sidéré par la pureté des gestes et la simplicité affichée devant  l’épreuve.  Un  signe de la réussite : les jugements défavorables, il y en eut peu, et les allusions n’ont  été  le  fait  que de personnes  bizarrement  absentes  de  l’amphithéâtre, les contempteurs incorrigibles de l’extraterrestre de Galapagar; mais Socrate n’affirme-t-il pas que nul n’est méchant volontairement. L’acteur, « actuor princeps » est devenu « ac-tueur » par la profondeur des estocs   faisant   taire   les   critiques   pour   une   trêve   suspendue   à   la  conduite qu’adoptera le maestro pour la suite de sa carrière ; la barre est haute. Basta le scénario et la mise en scène sans faille, ne restera que la somme des émotions et des souvenirs.


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Indéniablement le public, conscient du contexte favorisant, s’est laissé entraîner à la transformation  d’un évènement marquant en une corrida heuristique (4) ; la question restera de  savoir  ce  qu’il  serait  advenu  en  cas  d’échec.  C’est  en  cela  que  l’on  peut  convenir  que dès   le  premier  combat  le  public  conquis  a  contribué  à  faire  de  l’œuvre  dessinée sur le sable en six tableaux cet avatar qui ouvre une page de l’histoire tauromachique, cette science des choses qui – selon Paul Valéry - ne se répètent pas. "La meilleure corrida, c'est toujours celle où l'on n'est pas. Nous n'y étions pas », concluait Francis Marmande (5) ; je ne saurais dire mieux, n’y  étant   pas moi-même.

Dominique VALMARY



(1) Marcel DUCHAMP (1887 – 1968).  Fils  de  notaire  il  est  élevé  dans  une  famille  d’artistes.  Autodidacte  il   deviendra lui-même  artiste  après  avoir  hésité  avec  le  métier  d’humoriste.  Son  exercice  est  éclectique  et   s’exprime  avec  le  souci de révolutionner la conception académique de  l’art.  Il  a  traversé  les  principaux   mouvements  artistiques  du  XX°  siècle  (cubisme,  futurisme,  dadaïsme  et  surréalisme.  Il  sera  précurseur  de  l’art   conceptuel et des happenings. Il est connu par le grand public pour avoir créé le ready-made qui fait, selon la définition  d’André  BRETON,  que  « l’objet  est  promu  à  la  dignité  d’objet  d’art  par  le  simple  choix  de  l’artiste », l’œuvre emblématique étant le célèbre urinoir.

(2) Francis WOLFF. Philosophie de la corrida – Fayard – histoire de la pensée - 2007

(3)  José-Carlos AREVALO. Le Mystère Taurin – Cultures Sud - 2005

(4)  Simon CASAS. La corrida parfaite – Au diable Vauvert - 2013 / R BERARD, JM MAGNAN, F WOLFF – Une corrida  pour  l’histoire  – Ed° Passiflore

(5) Francis MARMANDE. Six contre un, « la corrida historique » de José TOMAS – Le Monde du 17 septembre 2012

 


Publié dans 16-9

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Vétérinaire taurin, indésirable ou incontournable ?

Publié le par vingtpasses

Gérard BOURDEAU, président de l'Association Française des Vétérinaires Taurins, était l'invité du CERCLE TAURIN NÎMOIS lors de son dernier JEUDI DU CERCLE.  L'intérêt bien compris de son exposé, soutenu par la technique et l'expérience de l'homme de terrain fut de souligner au long de la soirée le rôle original joué par le vétérinaire taurin à tous les stades de la vie du taureau de combat. Mais son auditoire l'attendait en particulier sur l'interrogation piquante contenue dans le titre de sa conférence : indésirable ou incontournable?

  Fidèle de ce rendez-vous aficionado, Gérard BOURDEAU savait par avance qu'il pouvait aborder le thème choisi, assurément provocateur, garanti 100% sans langue de bois... Et ce fut bien le cas. Le renfort d'anecdotes d'horizons divers et autres "nîmoiseries", encore intactes dans les mémoires, encore sensibles dans les esprits, a pour le moins éclairé l'auditoire sur les joies et les vicissitudes du beau métier de vétérinaire taurin.

C.C.


2013-CTN-GBourdeau3.jpgPhoto Michel CHAUVIERRE

 

Vétérinaire taurin, indésirable ou incontournable ?

Par Gérard BOURDEAU

La programmation de cette soirée était un peu provocatrice du moins polémique, mais elle était censée assurer un développement sans langue de bois et mettre à plat, l’état actuel du mundillo français.

Le Vétérinaire Taurin français est né le jour de la création de l’AFVT, en 1992, association regroupant en France, les vétérinaires concernés par les manifestations taurines, de favoriser les échanges de connaissances, d’apporter des suggestions à l’UVTF et d’établir des relations avec toutes les associations de ce type venues d’autres pays.

 L’UVTF, née en Arles en 1966 a pour mission la défense et la sauvegarde des courses de taureaux avec mise à mort, et notamment en empêchant que des abus ne soient commis sur la présentation des taureaux de combat et en veillant au respect du Règlement Taurin Municipal.

Tout de suite, l’UVTF, sous la pression d’un certain laissez-aller dans la présentation des taureaux, nous a demandé de procéder à l’examen des armures des dits animaux. Notre collaboration était née, et si le protocole actuel a été long à se mettre en place, son fonctionnement est aujourd’hui bien réglé. Il est de plus, redouté et respecté par tout le mundillo et nos voisins ibériques y songeront sans doute rapidement, la crise actuelle ‘permettant’ une certaine dérive qu’il faudra bien gommer. Il est évident que le rôle d’un Vétérinaire Taurin a un champ d’action plus vaste - surtout – en Espagne ( reconocimiento au campo et dans les arènes, présence au palco, entre autres missions… ) Cette partie est éludée en France, et le vétérinaire de la CTEM a-t-il seulement un rôle consultatif ? Se poser la question de notre non-participation, c’est avouer notre impuissance à pénétrer un milieu cadenassé où il ne faut pas mettre le nez. Seule, la partie sanitaire est également partagée. Aussi, avons-nous préféré, nous intéresser à des problèmes cruciaux de la tauromachie actuelle, comme les problèmes de comportement et des chutes du taureau de combat en relation ou non avec l’alimentation, avec le bon (ou non) déroulement du premier tiers de la corrida, de l’influence de la pose des ‘fundas’ sur les cornes des taureaux ( corne et manipulation) Bref, nous avons essayé, en trouvant parfois un écho à nos travaux. Merci à l’UVTF de s’être intéressée aux travaux de l’INRA, et de nous avoir aidés financièrement et techniquement. L’étude du premier tiers est, et j’ai un peu de mal à le comprendre, plus difficile à apprivoiser, à aborder. Pourquoi ? C’est une affaire de volonté collective. Or, nous avons du mal à reconnaître, aujourd’hui dans l’UVTF les signes d’une force susceptible de diriger le monde des Taureaux. Certains disent qu’elle est malade, que c’est la débâcle…c’est sûrement exagéré, mais significatif sans doute d’un malaise. Nîmes en s‘étant exclue de l’Union des Villes Taurines est à n’en pas douter la ville responsable de cet état actuel, à votre détriment, vous les aficionados. Que pena !!!

Je pense que nous, vétérinaires de l’AFVT, avons grandi à côté de l’UVTF, et si parfois nous avons été « indésirables » cela fait partie du passé. Nous voulons, dans une tauromachie ‘limpia’ être leurs partenaires « incontournables ».

Publié dans Conférences

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HAROLD EN ITALIE

Publié le par vingtpasses

 

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Le peintre albert MARTIN, connu pour ses peintures sur le thème du caparaçon, est mis à l'honneur pour sa peinture si particulière de la symphonie d'Hector BERLIOZ

Pour se rendre sur le site :

http://www.hberlioz.com/arts/AMartin.htm


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