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VEEDOR (suite et fin)

Publié le par vingtpasses

 

 

 

 

UNE NOUVELLE INEDITE


de Georges GIRARD *

 

 

 

  (SUITE ET FIN)

 

 

Chapitre 2.     

                     Couvent San Bartolomeo.                            

 

 

 

Sierra de Hornachuelos, novembre 1936.

Les yeux. Des yeux immenses, écarquillés dans la pénombre humide de la salle voûtée. De grands yeux gris, d'un gris si clair qu'on le dirait délavé si une intense lumière intérieure ne jaillissait du tréfonds de cet être de chair, frémissant d'effroi, défaillant d'horreur... Elle cherche le regard de l'homme dont elle a pourtant si peur, y accroche le sien comme un noyé s'accroche au bois flotté qui le sauvera. De ses lèvres tremblantes une prière à peine audible monte jusqu'à celui  qui a le pouvoir de l'épargner.
    - Pas moi... ten piedad...

Mais il n'a pas ce pouvoir, il ne possède aucun pouvoir. Il a déjà désigné six de ces pauvres filles à cause de leur corps épanoui. Six qui sanglotent doucement dans un coin, dévêtues, recroquevillées sous un amoncellement de chasubles et de voiles lacérés que les brutes leur ont arrachés. Il n'en a regardé aucune dans les yeux.  Elle est une des dernières, nue, désemparée, suspendue à la sentence qui va l'envoyer au martyre. Elle n'a pas conscience de sa juvénile beauté dont elle ne cherche même plus à dissimuler la nudité. Cette beauté la condamne. Huit de ses compagnes, plus âgées ou sans grâce, ont très vite été écartées du groupe et amenées sans ménagement dans le jardin du cloître. On perçoit des rafales par intermittence...
    - Pas celle-là, elle est malade, ça n'en vaut pas la peine...
    - Ta gueule ! Tu voudrais peut-être  la garder pour toi, sale fasciste ? Je t'ai dit sept, tu m'en donnes sept ! Sinon je te fous une balle dans la nuque... Tu ne seras pas le premier à  faire connaissance avec mon Makarov ! Tu te décides ou je te tue ?
    - Fais ce qui te plaira, Camarade Lieutenant... Moi, je t'ai sélectionné six novices. Une de plus ça risquerait de fatiguer tes hommes, non ? Et vu ce que vous allez en faire, pas besoin de sobrero , c'est pas une corrida...
    - Qu'ils sont cons ces phalangistes de mierda ! Toujours à discuter comme dans un salon ! Et vous pensez la gagner comment cette guerre ? C'est le Peuple que vous trahissez avec vos beaux discours d'intellectuels ! Et le Peuple, c'est nous ! La preuve ? On va bientôt  faire passer en jugement et  fusiller  ton chef, Primo de Rivera, à Alicante. Vu ?
Attachez-le ! Je lui règlerai son compte plus tard à ce maricón. Camarades, nous avons de quoi nous distraire un bon bout de temps ! Demain, il fera jour.  ¡ Vamonos, Compañerones !
Le Teniente Martinez, de la 3ème Milice Ouvrière de Cordoba, tire violemment la septième novice par les cheveux et quitte avec elle à grand  fracas la salle à manger du couvent, non sans vider au passage un chargeur entier sur un magnifique crucifix en bois ciré.
Les autres lui emboîtent le pas, chacun traînant derrière lui une religieuse dénudée, affolée. Tard dans la nuit, leurs hurlements désespérés font place à un silence de glace...
Entravé à un banc, il veillera jusqu'à l'aube, tendu à craquer vers le moindre bruit, même fugace,  qui pourrait lui donner une indication sinon un semblant d'espoir. Se savoir condamné ainsi le révolte. Finir sa vie à 40 ans, pour rien, il ne peut se résoudre à l'admettre !
Dire qu'il a remué ciel et terre pour sauver celle de Garcia Lorca !..
Tout comme l'ami du Poète, Luís Rosalés, phalangiste convaincu, il s'est heurté à une montagne de bêtise haineuse entretenue par une propagande de fiel et une soif aveugle de vengeance. Rien n'a pu aboutir. Lorca était déjà mort... Et ça, on ne le lui pardonnera jamais. On l'a dénoncé, c'est certain. Arrêté par un groupe de miliciens au portail de la finca Maraval où il pensait se réfugier, ils l'ont entraîné à marche forcée vers la Sierra, repli stratégique d'après les militaires. Martinez l'a néanmoins incorporé comme "supplétif sans arme" dans son unité composée en grande partie d'ouvriers du cuir, de syndicalistes cordouans pressés d'en découdre et de quelques sous-officiers légalistes. Un simple sursis... Il n'appartient pas plus à la Phalange que d'autres, mais les nombreuses relations professionnelles qu'il a nouées au fil des années y ont adhéré. Il fait donc un otage idéal et un parfait "Ennemi du Prolétariat". Sa peau ne vaut pas bien cher. On se charge de le lui rappeler en ricanant sur son passage... Il ne comprend d'ailleurs toujours pas pourquoi on ne l'a pas tué sur place, comme tant de soi-disant suspects... Ce Martinez est décidément un drôle de type. Lunatique, déterminé, courageux, brutal. Cependant, à son égard, il a fait preuve d'un semblant de correction. Jusqu'à l' irruption dans ce couvent perdu au fond d'un vallon de montagne. L'alcool, toutes ces jeunes femmes promises à leurs ébats guerriers, le masque est tombé.
    - Toi ! le Señorito ! Tâche de nous les choisir bien fichues ! On veut pas baiser les duègnes et les laiderons ! A ce que j'en sais, tu as l'œil exercé ! Fais-nous un joli lot de sept... c'est le nombre réglementaire, non ? Tiens, pour te faciliter le tri, les camarades vont te les foutre à poil, prêtes à servir... Mais je t' interdis de toucher à la marchandise ! Exécution !

Sous la menace des fusils et quelques coups de crosses, les nonnes se sont déshabillées, hagardes, grelottantes. Les larmes, les supplications de la Mère Supérieure, Assunta del Carmen, , n'auront servi qu'à décupler la brutalité et la hargne des miliciens, ivres d'une revanche qu'on leur a dit nécessaire à leur croisade ...
Le soleil se levait à peine quand l'ordre fut donné: Rejoindre sans délai les autres unités en mouvement vers Madrid. Ce n'est qu'une fois ses hommes embarqués dans les camions que Martinez réalise en un éclair qu'il laisse derrière lui des preuves infamantes. Il aurait dû les achever, toutes, mettre le feu au couvent, le raser à l'explosif... Quant à cet Aranda, il n'est pas même pas sûr que la balle qu'il lui a tirée au jugé l'a atteint. Mais le temps est compté et il faut prendre le large au plus vite.
D'autres combats les attendent...

Beaucoup plus tard,  José-Marí émerge douloureusement de sa torpeur. Une silhouette diaphane bouge doucement. Des sons déformés lui parviennent, lointains. Une main légère effleure sa joue, ses cheveux. Il distingue, très près des siens, de grands yeux gris-pâle qui l'interrogent. Un vertige soudain l'empêche de se redresser sur le matelas posé à même les dalles. Il distingue les dents parfaites que découvre un sourire timide. José-Marí aimerait le rendre ce sourire, mais il a si mal !..
Sa tête semble se craqueler, s'ouvrir comme une grenade, prête à exploser...
    - Doucement... ça va aller, vous êtes hors de danger. La balle a simplement rasé l'os frontal et a ricoché. Un vrai miracle que vous soyez vivant... Merci mon Dieu !.. Le docteur doit repasser ce soir pour contrôler votre blessure et vous administrer un calmant. Reposez-vous.

Le couvent, devenu infirmerie de campagne des troupes insurgées qui montent sur Madrid, grouille d'uniformes. Dans le cloître, seule une rangée de tombes fraîchement refermées, rappelle le passage des miliciens. Angelina Valdes ne quitte plus le chevet de son blessé. Elle se surprend à l'admirer. Son sang-froid, son courage, son mensonge à ce minable lieutenant. Au moins aura-t-il tenté l'impossible pour lui épargner l'horreur... Le viol qu'elle a subi n'apparaît à ses yeux que comme une  épreuve de plus imposée par la volonté divine... Si douloureuse qu'elle soit, elle finira bien par l'accepter, la prière l'aidera... Mais le risque insensé qu'a couru pour elle cet homme... Une nuit d'épouvante  aurait-elle scellé son destin au sien ? Elle n'ose l'envisager. Et pourtant...Cette évidence la trouble à un point tel... Seigneur, ayez pitié !.. Le médecin Major craint pour la vue de son malade ? Qu'importe, elle restera à ses côtés. C'est là qu'est désormais sa place...
    - Señorita, je suis à peu près certain qu'il risque de devenir aveugle. Totalement ou partiellement, je ne sais pas. Rien ne permet de déterminer à quel moment cette cécité le frappera... Vous a-t-il parlé de son métier ?
    -  Non, pourquoi ?.. C'est si important ?..
    - José-Marí Aranda est veedor.

 

 

 

 

Chapitre 3 .              

Epilogue.

 

 

Angelina Valdes quitta les Ordres quelques semaines plus tard.
Elle était enceinte.
José-Marí Aranda prit sur le champ toutes les dispositions nécessaires pour qu'elle puisse mettre au monde son bébé dans les meilleures conditions possibles. Ce ne fut pas facile vu les circonstances...
Une fille vit le jour au mois d'août 1937. Angelina ne lui survécut pas.

Il donna son nom à l'enfant  en l'adoptant et dénicha une nourrice qui accepta de la garder dans son village le temps que les évènements dramatiques qui secouaient l'Espagne prennent une autre tournure.
Amparo fit ses premiers pas au milieu des gravats, bercée par les explosions de la guerre. Elle passa sa petite enfance à Grenade, quartier de l'Albaicín où son père possédait une agréable maison. L'éducation qu'il lui offrit laissait une grande part à la liberté et à l'initiative. Amparo, fillette curieuse, studieuse et aimante, vénérait ce père si attentionné. Ses grands yeux gris étaient comme une caresse. Cela suffisait à le rendre heureux..
L'année de ses treize ans tous deux déménagèrent pour Pueblo de Granada, des revers de fortune ayant contraint Aranda à une existence moins luxueuse. Il ne garda que sa voiture, une Hispano-Suiza décapotable blanche.
Il retrouva par hasard la trace de ce Martinez qu'il s'était juré de tuer et qu'il recherchait depuis tant d'années. Il n' eut pas à le faire. Le lieutenant était tombé pendant la défense de Madrid en 1939... Ses camarades du PCE semi-clandestin écoutèrent  avec attention la relation qu'il leur fit des atrocités commises par celui qu'ils considéraient comme un héros. Son silence valait bien qu'on le laissât vivre en paix, lui et sa fille... non ?
Amparo l'accompagnait dans les élevages où il repérait avec justesse et autorité les toros braves destinés aux arènes des grandes villes d'Andalousie. Ses lots de six, plus le sobrero, étaient très prisés. Ils  contribuaient toujours à faire le succès des empresas, des grands  toreros du moment et la joie du public de la Fiesta Nacional !

Il perdit peu à peu l'usage de la vue. Personne ne s'en rendit vraiment compte. Amparo avait suffisamment  appris ... Elle était devenue ses yeux.

 


 


 

 

 

* Georges Girard réside dans le Var. Retraité de l’éducation nationale, passionné d’histoire, de maquettisme d’exposition, ancien alpiniste, spéléologue et parachutiste amateur, il est aussi aficionado et collabore à la revue Toromag. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie, et de trois nouvelles dont le fil conducteur est la guerre d’Espagne : "Le jupon rouge de Rosario", texte lauréat au concours Toreria 2007, aux éditions Alteregal,  "Le pyjama de lumière", finaliste au Prix Hemingway 2009, aux éditions Le Diable Vauvert. Le dernier volet de cette trilogie, Veedor, présentée au concours Toreria 2009, tient dans une nouvelle inédite que Vingtpasses publie ici en intégralité.

 

Pour accéder au texte intégral de cette nouvelle, cliquez  ici

 

 

 

 


Publié dans Récits & nouvelles

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VEEDOR (3ème épisode)

Publié le par vingtpasses

 

 

 

 

UNE NOUVELLE INEDITE


de Georges GIRARD *

 

 

                                                          

 

CHAPITRE 1 

 

   Où il est question de déboutonnages (suite 2)

 

 

Pueblo de Granada, fin juillet 1976.

 

... Don Pedro, la soutane verrouillée jusqu' au menton, Carlino à ses basques, revient vers eux.
          - Qu'est-ce que vous complotez ? On nous attend...
    - Rien, Padre... Nous nous posions simplement une question d'ordre métaphysique. Les boutons de la robe d'Amparo. Combien de temps tiendront-ils avant que Dieu nous permette de découvrir sa merveille dans tout l'éclat de sa nudité ?
    - Carlino parie deux cents pesetas qu'ils vont bientôt lâcher les boutons ! On va tout voir ! Carlino en est sûr ! Carlino aime bien les femmes à poil !
    - Tais-toi donc, brebis égarée ! Quant à vous, espèces de mécréants, arrêtez de lui mettre ces idées en tête ! Et qui te les donnera ces fameuses pesetas ? Tu es toujours sans un duro mon pauvre !
    - Carlino fera l'estatua à la corrida de dimanche et il gagnera beaucoup d'argent parce qu'il ne bouge pas d'un cil Carlino !
    - Si c'est pas malheureux ! Faire faire la statue à un simple d'esprit qui risque sa peau dans des courses de mala muerte à la grande joie d'une bande d'imbéciles avinés !
    - Carlino est torero ! Sur les affiches c'est écrit : "El Manco animera la corrida en faisant la statue devant les prestigieux toros de l'éleveur Don Felipe Arranz. Molinero et Pepe Rubio El Gato seront aussi au cartel ".
Carlino aime bien faire la statue ! Et se mettre dans le tonneau aussi ! Parce qu'il ne voit plus les cornes... Carlino a peur des cornes...
    - Un jour on nous le ramènera comme un sac d'avoine troué par la grêle. Que Dieu n'accepte une chose pareille !..
    - T'en fais pas l'abbé, allez ! Il est souple comme un chat le Carlino, il se fera pas prendre !...    Mais où est-ce qu'il a appris à lire cet imbécil ? Il n'a jamais mis les pieds dans une école...
    - C'est moi. Quand je l'ai trouvé après le bombardement de Lérida en 38, il avait à peine dix ans, une main arrachée et un éclat dans la tête. Sa mère était devenue folle l'année précédente, à la mort du pauvre Fabra que tes amis des tchekas ont fusillé près d'Alarcón... ne m'interromps pas Martial...  c'est un gamin fracassé comme des milliers d'autres qu'il m'a fallu sauver du chaos. J'étais brancardier régimentaire et on m'a laissé m'en occuper. Un toubib anglais des Brigades a même tenté plusieurs fois de l'opérer, sans succès. A la fin de la guerre je suis revenu ici et je l'ai gardé près de moi. On m'avait interdit tout ministère. Prêtre sans paroisse comme toi instituteur sans élèves, j'avais tout mon temps à lui consacrer.  J'ai mis pourtant plusieurs années à lui apprendre à lire et à compter !  C'est hélas  tout ce que j'ai pu faire pour lui donner un semblant de dignité... Voilà l'histoire.
    - L'abbé... sauf le respect que je te dois, sache que jamais, non, jamais je n'ai cautionné, et je ne suis pas le seul, les exactions des "conseillers" soviétiques dans cette guerre atroce. Je le jure sur la Vierge, et pour un non croyant comme moi... c'est pas des paroles en l'air, tu peux me croire ! Les membres des tchékas, les purges qu'ils ont multipliées à coups de sacas, ces rafles aveugles, les charniers qu'ils ont laissés sur leur passage à Alarcón, à  Paracuellos ou ailleurs, tout ça n'a rien à voir avec mon propre engagement au PCE et les combats que j'ai menés pour cette Liberté que certains ont voulu confisquer aux Espagnols... J'ai payé très cher ma fidélité au Parti, ils ont même failli m' exclure, et maintenant que Franco est mort, je continue à payer... Je ne t'en veux pas l'abbé, les tiens aussi ont payé très cher... Je le sais... et je le déplore.
Ah... Padre, y' a des moments où je regrette presque que les franquistes ne m'aient pas fusillé au bord de la route d'Alfacar en 36, aux côtés de Dioscoro Galindo, "El maestro rojo". Ils l'ont exécuté dans le ravin de Viznar. Lui au moins il est parti en bonne compagnie... Federico Garcia Lorca, tu te rends compte ? On peut raconter tout ce qu'on veut sur  leur bourreau, qu'il était drogué au café, qu'il était au bout du rouleau, qu'il ne savait plus ce qu'il faisait... non, ce cabrón de José Valdès Guzmán a commis ce jour-là un crime impardonnable que rien ne pourra jamais effacer, rien... tu m'entends ?
Mourir un beau matin d'été en récitant des vers... Quelle ironie !..

 

 

 Verde que te quiero verde.
 Verde viento. Verde ramas.    
 El barco sobre la mar
 y el caballo en la montagna...

 

 - Ne ressasse plus ces monstruosités Martial... tu te fais du mal ! Si tu n'es pas tombé sous les balles des assassins de Viznar, c'est que Notre Seigneur ne l'a pas voulu... Eh ! Tu écoutes quand je te parle ?.. Nom de ... !
          - ... Il y avait aussi deux anarchistes avec eux, des toreros. Andres les a peut-être connus.
    - Joaquim Arcollas Cabezas oui,  j'avais fait le paseo plusieurs fois avec lui, mais pas Francisco Galadi... Martial, arrête de remuer cette merde comme un malade... C'est fini ces horreurs, non ?... Quelle tristesse !
    - Tu as raison compañero. Mais ça fait du bien de dérouler le fil de  ma chienne de vie, surtout avec l'abbé et toi. Après toutes ces années de plomb c'est tellement bon de pouvoir enfin parler librement aux amis, les vrais, ceux qui n'ont jamais failli... Même à Dolorès  j'ose pas raconter ces choses. C'est une femme, elle comprendrait pas...
- Moi je n'aime pas beaucoup revenir sur mon passé. Il n'a rien de glorieux tu le sais. Cette saloperie de guerre a brisé ma carrière. Je n'étais pas un aigle, non, mais j'en voulais, je me battais, je rêvais... Quand on a vingt ans, on boufferait la lune à pleines dents ! Je me les suis cassées en croyant que je deviendrais un grand torero... Cette guerre, il fallait la faire. Je me suis engagé comme tant d'autres... sans bien comprendre. J'ai fini chauffeur d'un capitaine polonais à la 13ème Internationale, Bataillon Rakoski. Tu parles d'un héros !.. En 38, j'ai suivi l'exode vers la France, la retirada... Lamentable... J'ai échoué à Collioure sous une pluie glaciale. J'y suis resté. C'est là que j'ai assisté à l'enterrement d'Antonio Machado qui est venu  y mourir, en exil, si loin de sa patrie... Cette guerre  aura dévoré jusqu'à ses plus grands poètes... Je me souviens que son cercueil était recouvert du drapeau républicain... Après seulement je suis rentré au pays. Et j'ai vivoté, corridas, festivals, comme banderillero sans cuadrilla fixe, subalterne, quoi... puisqu'on refusait mon nom sur les cartels. Puis j'ai été valet d'épée, des gamins qui n'ont pas percé... En  71, quand mon jeune cousin José Mata  s'est fait prendre à Villanueva de los Infantes et qu'il est mort... pauvre Pepe... à trente-quatre ans... j'ai raccroché définitivement. Mais c'est pas le tout, au boulot, assez de bavardage !.. ¡ Adelante !
 
Don Pedro et Carlino s'installent sur le chariot, mi herse mi traîneau, que tirent en tournant en rond dans les épis coupés jusqu'au ventre deux mules à la croupe rebondie.                                     .
Un parasol délavé qui abrite les fouleurs vante les mérites d'une boisson américaine "con gas". Le soleil monte à son zénith.
Andres et Martial ont repris leurs fourches. Ils vannent à grandes envolées, sous une averse de grains lourds, un mouchoir sur le visage. Avec leurs chapeaux à larges bords on dirait des vaqueros démontés, égarés dans la poussière âcre de cette moisson d'un autre âge. La légère bise descendue de la sierra  toute proche soulève d'épais tourbillons de fétus de paille.
Battement des fléaux, claquements du fouet, rires clairs des femmes, cris aigus des enfants couverts par les coups de trompettes des ânes.
Amparo, botijo sur la hanche, va d'un à l'autre, encourage, désaltère. Son décolleté  généreux redonne aux hommes un surcroît de vigueur ! Quelques épouses en éprouvent un pincement de jalousie et pas mal de regrets...
L'une d'elles entonne une sévillane que toutes reprennent en chœur :

 

 

                ¡ Viva mi Andalucía,
                viva mi pueblo !
                Andalucía, guapa, gitana,
                mujer morena,
                despierta que eres libre
                gitana, de tus cadenas.
                ¡ Despierta !

 

 

 

Un touriste français égaré mitraille cette scène colorée et campera.
Ce soir, dans le bistrot de Jefe, on fumera avec délectation les "Gitanes" que Carlino lui aura extorquées, tout un paquet !...
          - Je me demande comment il a réussi son coup...
    - En faisant faire des "tours de manège" aux niños du francés ! Tu parles s'ils étaient heureux de tenir les rênes !

Assis à l'écart devant un verre de fino, José-Marí Aranda est plongé dans la contemplation d'une vieille affiche de la Real Maestranza de Sévilla. Les murs en sont tapissés. On ne distingue pas ses yeux dissimulés derrière d'épaisses lunettes noires. Amparo est la seule femme au milieu de tous ces hommes en chemise blanche qui bavardent gravement dans d' épaisses volutes de fumée. Sa présence n'a rien de déplacé. La robe de cotonnade légère est pudiquement boutonnée.
          - L'abbé, parle-moi du père d'Amparo.

 

(A SUIVRE)

 

 

 


 

 

* Georges Girard réside dans le Var. Retraité de l’éducation nationale, passionné d’histoire, de maquettisme d’exposition, ancien alpiniste, spéléologue et parachutiste amateur, il est aussi aficionado et collabore à la revue Toromag. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie, et de trois nouvelles dont le fil conducteur est la guerre d’Espagne : "Le jupon rouge de Rosario", texte lauréat au concours Toreria 2007, aux éditions Alteregal,  "Le pyjama de lumière", finaliste au Prix Hemingway 2009, aux éditions Le Diable Vauvert. Le dernier volet de cette trilogie, Veedor, présentée au concours Toreria 2009, tient dans une nouvelle inédite que Vingtpasses publie ici en intégralité.

 

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VEEDOR (2ème épisode)

Publié le par vingtpasses

 

 

AVERTISSEMENT

 

Au début, on ne se doute de rien. L’auteur tisse doucement la trame de son récit et nous familiarise avec des personnages simples et authentiques de l’Espagne profonde des années 70. Quelques pages plus loin, le drame sera brutalement révélé. Une brutalité incroyable qui vous saute au visage et vous rappelle que les bornes de la sauvagerie humaine et de sa barbarie, près de nous comme jadis, peuvent être indéfiniment reculées. Et si le temps fait son œuvre, et si la vie reprend ses droits, il y a  néanmoins l’héritage. Passées la tragédie et les années, l’amertume est restée, au fond du cœur. Le temps n’a pas effacé la blessure qui brûle encore la chair et le cœur. La descendance est sauve mais pas indemne. Ce récit bouleversant suggère tout à la fois la survivance du traumatisme, le devoir de mémoire, et la force qui soutient la vie. 

 

C. CREPIN

 

 

 

 

UNE NOUVELLE INEDITE


de Georges GIRARD *

 

 

 

 

 

CHAPITRE 1 (suite 1)

 

   Où il est question de déboutonnages 

 

 

Pueblo de Granada, fin juillet 1976.

 

... Amparo noue la corde à l'arbre et rejoint l'infirme qui renifle en s'essuyant les yeux de sa lourde patte maculée de morve. Il se serre dans l'encorbellement  des bras nus comme un enfant contre sa mère. Elle caresse les cheveux broussailleux d'un geste tendre, protecteur. Carlino gargouille d'un rire décentré, haut perché. Le chagrin est oublié.
Riant aussi, elle  le raccompagne par la main sous l'olivier et détache d'un geste coulé un énorme botijo tout suintant. Andres s'en empare, surpris par le poids . Il le cale sur son avant-bras relevé et présente le goulot dodu aux lèvres d'Amparo qui boit de longues rasades à la régalade. L'eau coule sur son menton, glisse dans son cou, s'insinue entre ses seins. Elle remercie d'un éclatant sourire. La soixantaine d' Andres s'en trouve tout émoustillée !
    - Je vais porter aux autres, buvez tant qu'elle est encore fraîche. ... Et, por favor , soyez gentils avec Carlino... ¡ Hasta pronto !

Ils la suivent des yeux qui dégringole vers l'aire où les faneurs déchargent des ribambelles d'ânes croulant sous les gerbes.
          - ¡ Qué maravilla ! Nom de Dieu, qu'elle est belle !.. Oh ! Pardon l'abbé !..
    - Tu es tout pardonné Andres, et toi aussi Martial car sous peu tu vas nous servir la même litanie ! C'est vrai que Notre Seigneur a fait du bon  boulot et qu'il nous donne à admirer, sans nous condamner pour autant, une de ses plus belles créatures.
    - Tu le remercieras de notre part l'abbé ! C'est bien aimable à lui ! Mais comme dans la foulée il interdit le péché de chair, on se retrouve quand même marrons nous autres...
    - Surtout qu'Amparo, pour ce qui est de ... hum... enfin, vous m'avez compris ... ¡ nada !

Don Pedro Pradal ne tient pas à en entendre davantage. Il entreprend de reboutonner son antique soutane lustrée. Bedeau pour l'occasion, Carlino le seconde du mieux qu'il peut.
          - C'est drôle les femmes. Je veux dire certaines femmes. Elles te montrent rien et c'est pire que si elles se baladaient entièrement nues ! Tu as vu les boutons de sa robe ? Ouverts en haut et en bas, et les rares qui restent fermés t'empêchent de te rincer l'œil !
    - Moi, je n'oublierai jamais que je l'ai reluquée à poil pendant plus d'une heure... Je m'étais même promis de la marier après ça...
    - C'était quand ?
    - Elle devait avoir dix-sept ans, en 54 je crois. A l'époque je bandérillais pour " El Granada" et je courais beaucoup pour garder la forme, à presque trente-huit ans il le fallait ! Un jour que je soufflais comme un bœuf en suivant le Rio, je l'ai vue. Elle se baignait sans rien sur elle, la guapa ! Je me suis planqué et j'ai assisté au spectacle... C'est long une heure, allongé dans les herbes à faire le voyeur... j'en pouvais plus !
    - Et alors ?
    - Alors... Rien ! Elle s'est rhabillée et a pris tranquillement le chemin du village. Après, j'ai bien tenté des approches mais ça n'a pas marché.
J'ai même pas eu droit à "La porte", son père me l'a refusée sous prétexte que j'étais trop vieux et qu'un banderillero c'était pas assez reluisant ... Pour ce que ça a donné ! A trente-neuf ans, elle est toujours pas casée. Je te jure Martial, que par moments je peux pas m'empêcher d'y repenser, son corps, son cul, ah ! ce cul !.. ses seins, son ... tout quoi !
    - Vu la façon dont tu la déshabillais du regard tout à l'heure, je comprends mieux ! Moi aussi j'aurais bien aimé me la culbuter un brin, dans une grange ou même derrière le cimetière, tiens... C'était en 65, quand je suis sorti de tôle. A Carabanchel, pendant quinze ans, tu as le temps de te fabriquer des cuentas de hadas à te faire péter  les méninges ! Je suis devenu comme fou la première fois que je l'ai vue, mais j'ai pas osé. Et puis Dolorès veillait au grain ! Tu la connais ! Au Parti, les camarades m'ont laissé entendre qu'il fallait pas trop lui tourner autour, rapport à son père. Ils ne tenaient pas à avoir des problèmes avec lui... si j'ai bien compris, une vieille histoire qu'ils ne voulaient pas remuer. Va savoir...
Tu le connais, toi, le père d'Amparo ?
    - Pas plus que ça. Il n'est pas d'ici à ce qu'on dit. Il est arrivé avec sa gamine l'année où tu es rentré de France et qu'ils t'ont arrêté. Pas très sympathique à ce que j'en ai vu. J'ai appris qu'il va souvent dans les ganaderias de la région et qu'il y amène toujours  sa fille. C'est elle qui conduit. Tu sais, l'Hispano- Suiza T49 "Barcelona" blanche, une vraie pièce de collection, ça vaut des millions de pesetas un truc pareil ! Doit pas être fauché le José-Marí Aranda... Faudra demander à l'abbé, il sait des choses.

 

 

(A SUIVRE)

 

 

 


 

 

* Georges Girard réside dans le Var. Retraité de l’éducation nationale, passionné d’histoire, de maquettisme d’exposition, ancien alpiniste, spéléologue et parachutiste amateur, il est aussi aficionado et collabore à la revue Toromag. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie, et de trois nouvelles dont le fil conducteur est la guerre d’Espagne : "Le jupon rouge de Rosario", texte lauréat au concours Toreria 2007, aux éditions Alteregal,  "Le pyjama de lumière", finaliste au Prix Hemingway 2009, aux éditions Le Diable Vauvert. Le dernier volet de cette trilogie, Veedor, présentée au concours Toreria 2009, tient dans une nouvelle inédite que Vingtpasses publie ici en intégralité.

 

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VEEDOR (1er épisode)

Publié le par vingtpasses

 

 

 

UNE NOUVELLE INEDITE


de Georges GIRARD *

 

                                                             à Francine.                         

                                                                        à Marion qui aimait tant Chamaco...

        


Note de l'auteur : Toute ressemblance avec des personnages ou des évènements existant ou ayant existé est purement fortuite, quoique...

 

 

 

* Georges Girard réside dans le Var. Retraité de l’éducation nationale, passionné d’histoire, de maquettisme d’exposition, ancien alpiniste, spéléologue et parachutiste amateur, il est aussi aficionado et collabore à la revue Toromag. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie, et de trois nouvelles dont le fil conducteur est la guerre d’Espagne : "Le jupon rouge de Rosario", texte lauréat au concours Toreria 2007, aux éditions Alteregal,  "Le pyjama de lumière", finaliste au Prix Hemingway 2009, aux éditions Le Diable Vauvert. Le dernier volet de cette trilogie, Veedor, présentée au concours Toreria 2009, tient dans une nouvelle inédite que Vingtpasses publie ici en intégralité dans une serie de 6 aricles dont voici le premier.

 

NB : Le lecteur impatient peut accéder au texte intégral sans attendre la publication des épisodes suivants en cliquant  ici

 

 

 

 

CHAPITRE 1 


   Où il est question de déboutonnages  

 

 

Pueblo de Granada, fin juillet 1976.

    Carlos Fabra, dit Carlino, qu'on surnommait "El Manco", tournait à vide et avec frénésie la mollette de mise au point d'une relique de jumelles qui avaient dû être des Zeiss, dénichées dix ans plus tôt sous un tas de pierres sèches à l'orée d'un champ. Il ne les quittait plus, sinon pour se laver, chose qu'il entreprenait très rarement vu que l'eau était précieuse et qu'il importait de ne pas la gaspiller ! Les laissant pendre à la courroie de ficelle bricolée, Carlino pointa vivement l'index de sa main valide en direction d'une silhouette qui montait le chemin vibrant d'air surchauffé. En ce milieu de matinée la température grimpait déjà.
    - C'est Elle ! Elle arrive ! Elle vient porter à boire ! Carlino est content ! Carlino est très content !
Un sourire extatique retroussait ses lèvres épaisses sur une denture tout de guingois.
    - ¡ Quieto hombre ! Calme-toi !.. De toute façon elle  sera pas là avant un bon quart d'heure. Tu ferais mieux de mettre vite fait de l'ordre dans ta tignasse d'épouvantail... Amparo n'aime que les hommes soignés !
    - Andres a un peigne à prêter à Carlino ?
    - Pas sur moi. Martial, passe-lui le tien.
    - Pour qu'il me casse encore trois dents comme la dernière fois ? Qu'il se démerde... Padre, vous auriez bien un peigne, non ?
    - Fous-toi de ma gueule Martial ! Andres et toi, je vous trouve foncièrement cruels envers Carlino. Vous savez pourtant qu'il n'a pas toute sa tête... Fichez-lui la paix, bon Dieu !
    - Amen !... Tu as raison l'abbé, nous  sommes des brutes ! Sauf qu'il aime assez qu'on le charrie le Carlos, et c'est sans méchanceté, non ?
    - C'est pas un peu fini vos discussions ? J'aimerais me reposer au calme. Cette chaleur de plomb me tue, pas vrai Carlino ?
    - Si Andres dit qu'il fait chaud, alors Carlino a chaud lui aussi.

Il n'en finissait plus avec sa mise au point. A l'ombre ronde de l'olivier les corps étendus dessinaient les rayons d'une roue de charrette. Ils avaient accroché leurs chemises aux branches basses, l'abbé sa soutane retournée comme peau de lapin. Une femme effectivement approchait, tirant un âne gris chargé d' un chapelet de  botijos ruisselants et ventrus.
Elle disparut dans le dernier lacet avant le raidillon qui mène à l'aire de battage.
    - Carlino ne la voit plus ! Carlino l'a perdue ! Carlino est un burro ! Et il s'enfuit à toutes jambes, moulinant frénétiquement des bras. Recroquevillé contre un muret, il ne bougea plus. Il pleurait...
    -  Pauvre gosse !
    - L'abbé, je te rappelle que le gosse en question aura bientôt la cinquantaine et qu'il ne t'a pas attendu pour galoper après toutes les gamines de la région ! Malgré son bout de ferraille dans le crâne, manchot ou pas, il court comme un lapin, même que quelques pères ont failli sortir les fusils !  Enfin, ceux qui avaient réussi à en garder un... Avec toutes ces réquisitions, ça n'a pas été facile de camoufler des flingues, surtout des armes de guerre ! La Gardia Civil  a perquisitionné chez moi je ne sais plus combien de fois...¡ Hijos de Puta !
    - Oui mais toi... après quinze ans dans leurs prisons, tu étais resté un suspect. Maintenant, ça va changer, le Roi l'a proclamé... ! La guerre est finie... Le franquisme c'est fini ... Que Dieu en soit remercié !
    - Que tu dis... Les camarades n'ont pas confiance. Et moi non plus d'ailleurs. Même certains vieux de la Phalange pensent comme moi, tu imagines. Je l'ai entendu à la télé chez Jefe. Pourtant eux, il en ont donné des gages de bonne volonté depuis quarante ans !..
C'est pas tout ça, Andres ! remue-toi, nous avons de la visite !
    - Tu me fatigues, l'instit, avec ta dialectique... Putain ! Mais c'est vrai qu'elle arrive ! T'aurais pas pu le dire plus tôt, non ?

 

Le bourricot rétif mordille la longe courte. Elle continue d'avancer avec une grâce ondulante dans la splendeur de ses quarante ans. Ses cheveux de jais en bandeau se rejoignent sur la nuque en un  lourd chignon, sa peau est hâlée naturellement. Elle est en nage. La bricole tendue par l'animal fait ressortir les muscles d'une épaule galbée, raidissant le coton anthracite de sa robe, écrasant sa poitrine épanouie qui colle, triomphante, au tissu moite de transpiration. Tous les boutons du col sont dégrafés. Chacun de ses pas souples creuse sur ses cuisses, entre l'aine et la hanche un sillon nerveux dont le léger vêtement conserve l'empreinte. Ses jambes sont longues, son ventre plat, ferme. Elle a ouvert aussi le bas de sa robe pour se faciliter la marche.  Il émane de sa personne une troublante sensualité...
    - ¡Hola Padre ! Hola Martial ! Hola Andres ! Qu'est ce que vous avez encore fait à Carlino ?
    - Il boude ! Il ne t'avait plus dans ses jumelles !

 

(A SUIVRE)

 

 

 

Publié dans Récits & nouvelles

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Le Printemps

Publié le par Paul BOSC

 

 

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La nature reprend vie, s’épanouit, étale ses couleurs, comme chaque année depuis des millions d’années. On fête ici l’espoir de belles récoltes, l’avenir de jours meilleurs. La liaison secrète qui lie la terre au soleil est encore honorée par les cultures anciennes amérindiennes. Nous, ici, nous les avons perdues, obstinés par le progrès, la marche en avant de notre société impitoyable. Et pourtant nous avons les mêmes pulsions que la petite fleur qui pousse, que l’arbre qui bourgeonne, que la prairie qui verdit. Et la vie est alors belle et les filles aussi…
Le grand-père de Jonathan Veyrunes qui sera présent  dimanche prochain pour la tienta de machos à Saint-Gilles, nous le disait l’autre matin : « Jonathan qui vit aujourd’hui en Espagne m’a reproché d’avoir vendu la propriété que je possédais. Il aurait voulu vivre à la campagne, près de la terre. Reprendre le bistrot de son père, ce n’était pas son truc. Là-bas il est heureux au milieu des terres à toros.»
Voici quelques années, dans les arènes des Saintes-Maries de la Mer, Diamante Negro, novillero de valeur,  qui aurait pu devenir un très grand torero artistique et qui possède ce duende que seuls, peut-être, Curro Romero et Morante de la Puebla ont à fleur de peau, avait donné une faena magnifique à un novillo de Zalduendo. Une de ces faenas qui vous hérisse les poils, qui font jaillir des larmes de vos yeux. De l’émotion comme seule la tauromachie sait en donner.  Juan Pedro Domecq était venu le féliciter et, en piste comme sur les gradins, tout le monde était heureux. Curro Caro, torero arlésien de grande sensibilité  avait alors trouvé cette phrase magnifique : « On aurait dit une petite fleur colorée qui apparaissait au milieu d’un désert de sable ».
Le printemps est magique. Et imprévisible, hélas. Les soubresauts de cette terre malmenée du  Japon nous inspirent compassion et tristesse.
Le week-end prochain, LE PRINTEMPS DES JEUNES AFICIONADOS revivra, à Saint-Gilles, porté par des aficionados véritables qui  au sein de la COORDINATION DES CLUBS TAURINS DE NÎMES ET DU GARD se dépensent sans compter pour mettre sur pied ces journées de découverte de la tauromachie mais aussi pour permettre à de jeunes talents d’éclore, sans idées mercantiles puisque toutes les animations, tous les spectacles sont gratuits. Et l’on pense à ces toreros en devenir, pleins  d’espoir et de vérité qui seront dans les arènes dimanche après-midi : Sergio Salas Suarez (Espagne), Kike, (France) ; Tiago Santos (Portugal) et Clementito (France), qui auront l’opportunité de toréer des erales de la ganaderia du Scamandre, propriété d’Olivier Riboulet dont les toros seront présentés dans les arènes d’Arles quelques jours plus tard.
Demain, c’est déjà le printemps.

Publié dans Aficion

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Pour défendre las traditions

Publié le par vingtpasses



En décembre dernier MM. Enry Bernard-Bertrand  et Jean Spalma ont été condamnés, par le Tribunal correctionnel de Nîmes pour l’organisation d’une bandido pendant les fêtes locales de 2006 qui avait occasionné le décès d’un Graulen de 77 ans, M. Giovanni Tempesta. Les deux élus communaux ont fait appel de ce jugement mais ils restent fortement traumatisés par cette lourde condamnation (prison avec sursis, 3000 euros d’amendes et 90 000 euros d’indemnités aux familles).

Certes, il y a eu mort d’homme.

Certes l’arrêté  municipal d’interdiction de stationner n’a pas été respecté.

Certes ils peuvent raconter mille fois comment la scène s’est déroulée : si M. Tempesta n’avait pas bougé de sa place, le taureau serait passé à côté de lui sans le toucher.

Une question de millième de seconde.

Mais il y a eu tout de même mort d’homme.

Ce n’est que ce drame que le tribunal a jugé. Sans vouloir retenir les conditions particulières de la fête locale avec ses traditions camarguaises, ses taureaux dans la rue, le danger de ces jeux taurins indissociables de toutes les villes et villages du Sud.

« Nous avons besoin du soutien de toutes les associations provençales et languedociennes  qui défendent les traditions  taurines, car si nous sommes à nouveau condamnés, en appel, plus personne ne voudra organiser de fêtes locales, de bandido, d’encierro, d’abrivado, de courses camarguaises, même de toro-piscine. Nous avons été jugés nominativement, nous devons assumer la responsabilité de la mort d’un homme et c’est très lourd à porter. »

De nombreuses associations, de clubs taurins, de mairies ont fait signer des pétitions qui seront remises aux intéressés le samedi 12 mars au départ de la marche solidaire organisée juste avant la traditionnelle abrivado des plages qui, cette année, ne traversera pas la ville et se terminera au devant de la villa Parry, tout à côté de l’ancien phare de la rive droite.

Cette grande manifestation de soutien pour la défense des traditions camarguaises et le soutien à ces deux élus attend beaucoup de participants.

Le rendez-vous est donné à 9 h 30  devant les arènes. Puis, à 11 heures, s’élancera de l’ancien sanatorium jusqu’à la villa Parry, l’abrivado en suivant la mer de la rive droite. Un spectacle qui attire chaque année des milliers d’afeciouna.

MM. Spalma  et Bernard-Bertrand n’ont pas renoncé dans l’organisation de cette tradition en renforçant la sécurité du parcours, en ajoutant des barrières. « Pourtant le public continue à vouloir se mettre au premier rang, à s’exposer au danger des taureaux lâchés dans la ville et les jeunes se font un plaisir à les faire sortir de l’encadrement des gardians. Cela nous ne pouvons pas le changer. Le jeu avec les taureaux c’est dans nos veines. »

A moins de tout interdire… 

 

Par Paul BOSC

Publié dans Aficion

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