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Campos y Ruedos : Le livre

Publié le par vingt passes, pas plus...


Nos amis de Campos y Ruedos publient "le livre", un recueil de chroniques d'aficionados pasionnés pour aficionados passionnés, sans langue de bois, pour la Fiesta.



image livre Cyr


 Pour en savoir plus, et commander, cliquez ici :   link



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Les sources de la bravoure

Publié le par vingt passes, pas plus...

 

 

TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES

 

Par Jacques Teissier*

 




Après une série d'articles consacrés aux différentes castes fondamentales, (voir chronologie des publications dans la rubrique "GÉNÈSE - CASTES ET ENCASTES"), Jacques TEISSIER aborde le mystère des origines de la bravoure.



 

(VI) Les sources de la bravoure


 

 

Que retenir de ce long parcours, complexe, semé d’incertitudes et sans doute bien touffu ? Eh bien, justement, que les origines de nos toros de combat sont complexes, semées d’incertitudes et touffues ! C’est ce que j’ai cherché à vous faire ressentir. Pourtant, le fond est simple : des bos taurus pur jus… comme nos vaches normandes ! ils se sont différenciés en quelques dizaines de siècles selon leur habitat dans la péninsule ibérique, et ils ont intégré des apports de bétail ibéro-africain, celte et arabo-africain. Quel est donc le mystère des origines de la bravoure ? Il reste entier… enfin, presque !

 


Malgré son image dans les mentalités (cf. le loup), l'aurochs est considéré comme naturellement peu agressif. D’ailleurs, les derniers rapports historiques de Pologne, juste avant la disparition de l'animal (1627), indiquent que les aurochs n'avaient pas peur des humains et qu’ils ne se sauvaient pas quand ceux-ci approchaient, ne devenant agressifs que lorsqu'ils étaient chassés ou trop importunés. D'où pourrait venir la "bravoure" du toro de combat ? Rappelons tout de même que l'agressivité naturelle de nos toros est des plus relatives ; les actuels éleveurs de bravos qui, après des erreurs de sélection, cherchent à "récupérer" la caste de leur troupeau en savent quelque chose !… Même s’il n’est pas exclu qu’un simple croisement puisse conduire à accroître l’agressivité - que l’on pense aux fameux « combats de reines » [entre elles, et non envers les humains] en Suisse - il semble quand même que l’on puisse ancrer l'ensemble des comportements du bétail bravo dans la forme sauvage, l'aurochs.

 

Le plus vraisemblable serait que cette bravoure relève d'un caractère sélectionné de longue date, et donc avec une certaine base génétique, qui exacerberait deux traits de l’aurochs :


- le fait qu'un bovidé sauvage traqué et acculé finit par foncer et se défendre en chargeant (dans de grands espaces, même le toro bravo actuel fuit l'arrivée de l'homme…) ; le buffle n’est-il pas considéré comme l’animal africain le plus dangereux à chasser ?

- et le fait qu'à l'intérieur des troupeaux la dominance entre individus (notamment entre mâles) s'établit chez les bovidés par des combats frontaux.

 

Quelques vérifications sont aisées. Aujourd'hui encore, dans les troupeaux domestiques, et particulièrement dans les races rustiques, on trouve des individus plus agressifs que d'autres… que les éleveurs s'empressent de supprimer, réalisant, comme le dit Granier, éleveur de moruchos de Salamanque et de toros de combat, "une sélection à l'envers" ! De même, bien des taureaux "sauvages" ont été si bien domestiqués en vue des travaux agricoles, tant en Espagne et au Portugal qu'en Camargue, que l'on doit aux seuls jeux taurins la permanence de troupeaux "sauvages" et agressifs jusqu'à nos jours.

 

Inversement, dans l'histoire de la naissance des élevages bravos, on lit couramment qu’aux origines, on choisissait, à l'intérieur des troupeaux plus ou moins sauvages, soit des individus soit des lignées particulièrement agressifs. D’ailleurs, un bovin isolé pendant des mois sans contact avec l'homme devient agressif quand on pénètre dans son enclos… même quand il s'agit d'une paisible vache normande !

 

Une certaine agressivité naturelle demeure donc sous-jacente chez tous les bovins. Elle peut être plus ou moins cultivée par la sélection et transformée en bravoure au moins partiellement héréditaire – ce qui suppose une certaine base génétique -. Mais, comme le montre l’histoire des élevages, cette bravoure reste fragile. Quelle est sa base génétique ? Est-elle liée à un seul gène ou, plus probablement, est-elle multi génique ? Pourquoi est-elle aussi fragile ? Là, tout reste à trouver ! 


 


 

 

* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site:   TORO–GENESE.

 

http://toro-genese.com/torogenese/html/index.html

 

 Prochain article : LE MYSTÈRE SALTILLO.

 


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Vient de paraître : LE TAUREAU MECANIQUE

Publié le par vingt passes, pas plus...


 


 
     " Par un chaud après midi de juillet, sur un terrain vague au cœur d’un populaire quartier nîmois, arrive une étrange brouette à cornes poussée par un gamin. Aussitôt les enfants du voisinage accourent. On déplie une vieille muleta, chacun s’improvise torero. Une école taurine « sauvage », non officielle mais bien réelle vient de naître : la charismatique « école taurine du Mont Margarot » aujourd’hui considérée comme ayant été à l’origine de l’éclosion des toreros français, qui, pour plusieurs, triomphent dans les plus prestigieuses arènes de France, d’Espagne et d’Amérique latine".
 


imageMargarot

 
LE TAUREAU MECANIQUE
L’aventure taurine
du Mont Margarot

Aux Editions Cairn - 18 €



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LE PASEO

Publié le par vingt passes, pas plus...


Dans ce deuxième poème d'Emile Reinaud, résonnent les accents de Carmen, et défilent les images intemporelles de la fière allure des alguazils, de l'or flamboyant de l'habit de lumière, du superbe équipage des picadors bardés de fer, et des mules coquettes, reluisantes sous les plumets... Tout comme dans "l'Amphithéâtre", un siècle plus tard, la magie opère toujours, l’aficion qui perce dans cette poésie est la nôtre.  Voici "Le Paseo".  

corrida01.jpg


LE PASEO
 
Quatre heures sonnent et soudain
Les deux battants des portes s'ouvrent
Aux accents joyeux de Carmen,
Et les alguazils que recouvrent
Les justaucorps de noir velours
De caracoler dans l'arène.
Drapant sous les plus beaux atours
Leur torse à l'allure hautaine,
Bien en forme, les Espadas
Fiers de leur cape de parade
Complaisamment rythment le pas
Vers la tribune de l'Alcade.
Viennent ensuite deux par deux
Les toreros aux bas de soie
Dont les costumes somptueux
Où l'argent brille, où l'or flamboie
Sont rehaussés par le soleil ;
Et puis le superbe équipage
Des picadors dans l'appareil
Des chevaliers du moyen-âge
Bardés de fer et les valets
D'arène et les mules coquettes
Reluisantes sous les plumets,
Les gais rubans et les clochettes.
Au cours du paseo, le peuple s'est dressé ;
Jusqu'au salut final les mains n'ont pas cessé
De battre et d'applaudir : est-il décor qui vaille
Cette scène réglée en matin de bataille ?


 
Emile REINAUD de l’Académie de Nimes
Aux arènes de Nîmes – 1906.


Publié dans Poèmes

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L'AMPHITHÉÂTRE

Publié le par Charles CREPIN


Un recueil vieux de cent ans nous livre quelques poèmes d'Emile Reinaud. Cet  ancien maire de Nîmes présenta sa poésie en 1906 devant l’Académie de la cité romaine dont il était membre, sous le titre "Aux arènes de Nîmes". Ces vers traduisent avec une familiarité intimiste l’éternelle splendeur de l’amphithéâtre "incrusté de chair vive", l’or des gradins brulés par le soleil, la voix échappée du vomitoire ou la rumeur bourdonnante de la foule. Un siècle plus tard, la magie opère toujours, l’aficion qui perce dans les vers d’Emile Reinaud est intacte : c'est la nôtre.  Une série de six poèmes à savourer lentement, dont voici le premier : 

         
corrida20.jpg


L'AMPHITHÉÂTRE

Quatre heures vont sonner ;  à travers le ciel bleu
Le soleil fait couler un déluge de feu
Sur les gradins dorés d'une antique ordonnance.
Dans l'atmosphère flotte une rumeur immense :
Les essaims bourdonnants, pêle-mêle établis,
Recouvrent tous les blocs, se glissent dans les plis
Du vieil amphithéâtre incrusté de chair vive,
Énorme grappe humaine à l'âme sensitive.
Les éventails légers dansent au bout des doigts,
Mille ombrelles en fleurs palpitent à la fois.
En haut, les tard venus ont mis une couronne
Sur ce panorama vivant qui papillonne
Depuis le podium jusqu’au dernier gradin.
Les lazzis, pour tromper l'attente, vont leur train:
« Qui n'a pas, dit la voix qui sort du vomitoire,
» Son petit vent du Nord?» ou «Qui désire à boire ?»
Dès l'abord, dans ce cadre auguste, original,
Le spectacle  apparaît épique et non brutal,
Jeu d'un peuple poli, non d'un peuple barbare.
Que sera donc celui qui tantôt se prépare ?
Du monument romain aura-t-il la grandeur ?
Essayons d'écouter de près battre le cœur
De cette foule en liesse et voyons si son âme
Est digne qu'on l'admire ou digne qu'on la blâme.


Emile Reinaud - 1906

Publié dans Poèmes

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LA CASTE FONDAMENTALE PORTUGAISE

Publié le par vingt passes, pas plus...

TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES

Par Jacques TEISSIER *


(V) L'émergence du "toro bravo" (suite)

7. Les toros « sauvages » de la basse vallée du Tage, source de
la caste fondamentale portugaise



ptLa sélection du toro de combat n'a commencé au Portugal que fin XIXe : la lidia à cheval est moins exigeante qu'à pieds ! les toros « sauvages » du cru y suffisaient. Dans le bassin du Tage, il y avait un bovidé « sauvage », appelé toiro de la terra : tout comme dans les bassins de l'Èbre, du Guadalquivir ou du Duero… du Pô, du Rhône ou du Danube... C'était un morucho court de corps, de poil long, de cornes relevées assez semblables à celles des actuels camargues ; il constitue l'origine de la caste portugaise. Évidemment, il s'est produit des croisements avec le bétail espagnol : cf. en 1830, à la mort du créateur de la caste vázquez, le roi d'Espagne Fernando VII fit don à son neveu portuguais, Miguel de Bragança, de 50 vaches et 2 étalons vázqueños.

Dans les années 1940, huit élevages pouvaient encore prétendre posséder des bêtes lusitaniennes issues de ce 1er croisement [Branco Teixeira (disparu) ; Castro e Irmao (devenu Louro Fernandes de Castro, encaste parladé) ; Francisco Dos Santos (disparu) ; Morgado de Barcelos (disparu) ; Norberto Pedroso (disparu) ; Roberto e Roberto (disparu) ; Silva Vitorino (disparu) ; et enfin Vaz Monteiro. En 1998, Vaz Monteiro était le seul des 94 éleveurs inscrits à la APCTL (Associaçao Portuguesa de Toiros de Lide) à conserver encore la race de ces toiros de la terra sous le nom de Ganaderia de Vaz Monteiro… avec la réputation de n'être qu'une relique sans bravoure, ce qu’a confirmé leur sortie à Céret en 2002 ! Mais nous avons eu la chance extraordinaire de voir ce que pouvait être la violence du toro à l’état brut, avant d’être affiné par des siècles de sélection…

Ce bétail a été conservé en tant que relique par le ministère de l'agriculture lors de la révolution agraire (1975-1977) qui a suivi celle des œillets (1974) : il ne restait plus que 37 bêtes. En 1993, Vaz Monteiro a récupéré 55 vaches et un étalon laissés à l’abandon… et il les a sauvés, en tant que "vestiges du passé", du zèle des vétérinaires qui voulaient les faire abattre pour tuberculose ! Toutefois, 11 vaches sont mortes la 1e année malgré des soins intensifs. L'élevage est mené depuis par la petite fille, Rita Vaz Monteiro. En 1998, elle a 92 vaches et 2 étalons maison : elle commence à sélectionner depuis peu.

Victorino Martín Andrés s'est intéressé à ce bétail non sans affinités morphologiques avec le sien. Rita a décidé, malgré l'avis de son grand-père, de croiser la plupart du troupeau avec des santacolomeños de José Chafik Hamdan (Ganadería de San Martín) ; tout en conservant un noyau sans croisement. Le romantisme y perd sans doute, mais pas forcément l'avenir : comment "conserver le sang" si on ne peut jamais le "rafraîchir" ?… Et puis, son choix reste dans le toro de caractère. Ce qui, en outre, lui va bien ! Par ailleurs, des analyses génétiques (lesquelles au juste ?) ont montré que ce bétail n'était pas profondément différent des autres toros bravos… on se serait douté qu’il s’agit encore de bos taurus ! mais qui sait s’il n’y a pas d’affinités génétiques entre le saltillo et le la caste portugaise ?...


Que retenir de ce long parcours, complexe, semé d’incertitudes et sans doute bien touffu ? Eh bien, justement, que les origines de nos toros de combat sont complexes, semées d’incertitudes et touffues ! C’est ce que j’ai cherché à vous faire ressentir. Pourtant, le fond est simple : des bos taurus pur jus… comme nos vaches normandes ! ils se sont différenciés en quelques dizaines de siècles selon leur habitat dans la péninsule ibérique, et ils ont intégré des apports de bétail ibéro-africain, celte et arabo-africain. Quel est donc le mystère des origines de la bravoure ? Il reste entier… enfin, presque !



* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.


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PLUMETA, torero français

Publié le par Charles CREPIN


Un élève torero


« Quand j’étais élève au Lycée de Nîmes, les anciens racontaient aux bizuts l’anecdote suivante, d’où ils prétendaient  tirer la preuve que le proto, M. Darboux, était un « chic type ».

Un dimanche, M. Darboux faisait (…) sa coutumière promenade à travers les cours, gourmandant l’un, félicitant l’autre de sa grosse voix qui sortait de sa moustache et de sa barbe, quand un élève s’approcha et lui demanda un entretien.

- Voilà, Monsieur le Proviseur !  je suis en retenue ! 
- Ah ! qu'est-c'e que tu as fait ?
- Oh ! pas grand'chose ; mais je suis en retenue ; il faut cependant que cette après-midi je sorte ; il le faut absolument, Monsieur le Proviseur !
-Tu crois que ça se fait comme ça ! Je suis en retenue, il faut que je sorte. Tout le monde en dirait autant et il ne resterait plus personne.
- Oh ! moi, Monsieur le Proviseur, moi, ce n’est pas la même chose, il faut que j'aille aux arènes !
- Qu'est-ce que tu me chantes là ? Il faut que tu ailles aux arènes ! Eh bien ! mon ami, tu t'en passeras, tu feras comme, moi ; d'ailleurs, on fera bien la course sans toi.
- Oh I Monsieur le Proviseur, vous commettez une grosse erreur ; sans moi, on ne fera pas la course.
- Voyons, mon vieux, ne fais pas l'idiot. Tu es en retenue et tu y resteras ; tu iras aux arènes dimanche prochain.
- Monsieur le Proviseur,  il faut absolument que je sois aux arènes cette après-midi, parce que...
- Parce que, quoi ?...
- Parce que Plumeta, vous savez, le torero dont le nom est sur l’affiche, qui doit courir cette après-midi.
- Eh bien !...
- Eh bien ! c'est moi !

M. Darboux, qui était nîmois, et sans doute aficionado, comprit qu'en effet, comme l’avait dit l’élève, on ne pouvait se passer de lui aux arènes et lui permit de sortir ».

Extrait d'un récit d'Alfred Gabourdes
26 mai 1912




La vie de Léonce ANDRÉ  "Plumeta"  (1880 – 1915)

Né à Lussan, Gard, il participe à des capéas autour de Nîmes dès l’âge de 15 ans. Il devient novillero, avec à son actif, de réelles qualités si l’on en croit la presse régionale de l'époque unanime à plébisciter son talent. (A l’inverse, nous ne trouvons pas trace de Plumeta dans les manuels espagnols que nous avons consultés).

Après de bonnes études au lycée de Nîmes, sa mère l’incite à préparer une carrière militaire qu’elle juge moins risquée que le métier de torero. Pour autant, il n’abandonne pas tout à fait la fiesta, donnant des conférences, écrivant récits et revistas dans la revue « le torero » et même un manuel intitulé « LA TAUROMACHIE MODERNE » (en vente sur eBay)

tauromachie_plumeta_moderne_001.jpg

En 1914, il épouse Adrienne Charre, fille du propriétaire du Modern’Hôtel situé à Nîmes sur l’avenue Feuchères. Il voyage, notamment en Espagne où il est reçu par le roi Alphonse XIII.

Lieutenant dans la coloniale, il fait ses armes dans les campagnes du Maroc, de Madagascar et d’Indochine. Blessé en 1914 et décoré pour sa bravoure, il tombe finalement au champ d’honneur sur le front de la Marne en février 1915, à l’âge de 35 ans.




Nous remercions Frédéric Lauret qui a mis gracieusement à notre disposition  une précieuse documentation concernant « Plumeta ».

Publié dans Histoire

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TAUREAU NUPTIAL

Publié le par vingt passes, pas plus...


Au fil de l’histoire, des célébrations nombreuses et variées de jeux taurins ont façonné la corrida moderne. Sur ce long chemin profondément marqué par les rites païens et religieux, le fil conducteur de ces pratiques consacre de façon constante jusqu’à la fin du XIXème siècle le pouvoir du taureau stimulant la fécondité de la femme et de l’homme.

Robert BERARD* a récemment développé ce thème devant les membres du CERCLE TAURIN NIMOIS. "Vingt passes, pas plus"  publie quelques extraits de cette conférence .



Le matador et la femme nue
Picasso - La femme et le torero

Il existait dans l’Espagne moyenâgeuse un rite aujourd’hui disparu qui impliquait le taureau dans sa symbolique : le taureau nuptial. Dans ces pratiques populaires liées au taureau, il est clair que son intervention est liée au pouvoir fécondant de l’animal dans le but de conquérir, stimuler et augmenter la fertilité de la femme et du mari. Et au-delà, de la réussite financière du couple.

En Estrémadure, les cérémonies nuptiales commençaient généralement deux jours avant la célébration du mariage. Le fiancé et ses amis faisaient sortir un taureau de l’abattoir attaché par une grosse corde pour lui faire parcourir le village en le toréant avec des vestes, des blouses ou des morceaux de drap jusqu’à la maison de la mariée où le fiancé lui posait une paire de banderilles ornées par la  fiancée et il le mettait à mort. Après la mise à mort, le sang était recueilli sur du linge blanc. Ainsi à Plasencia, dans la première moitié de XIIIème siècle, une fête a été organisée par l’époux sur la place publique de la ville. Un document accompagné d’une miniature en rend compte : on y voit un taureau imposant campé au milieu de la place qui tient en respect les participants. Un homme le tient au moyen d’une grosse corde. Ainsi au XIIIème siècle, comme depuis de longues décennies, le taureau n’est pas laissé en liberté. Un autre homme penché au-dessus de la balustrade le provoque avec un vêtement, une cape tandis que d’autres lui lancent diverses armes de jet qui se fichent dans son corps. Il ne s’agissait donc pas d’un combat mais de le rendre furieux et de faire couler le sang. Dans d’autres cas, le taureau n’était pas mis à mort mais on le faisait saigner de diverses façons.

Par ailleurs, le marié et ses amis, s’appliquent à courir devant le taureau sur le trajet qui les mène jusqu’à la maison de la mariée bien qu’il soit attaché. Cette expression « courir le taureau » est très ancienne et on la trouve très fréquemment et elle est à l’origine du substantif « corrida »

Cette coutume a eu cours depuis au moins la moitié de XIIIème siècle jusqu’à la fin du XIXème. Une des plus anciennes corridas connues date de 1080 et a eu lieu à Avila à l’occasion des noces de l’Infant Sancho de Estrada avec la noble dame Urraca Flores. Une autre corrida parmi les plus anciennes date de 1144, à León pour le mariage de Uracca, la fille de l’empereur Alfonso VII avec le prince Garcia de Navarre. Ainsi le rite du taureau nuptial perd-il de sa religiosité populaire pour devenir fête taurine pratiquée en diverses circonstances et pas uniquement lors des mariages.

Devenant fête taurine, on mit alors en pratique la mort systématique du taureau. Alors que le nombre était réduit à un dans le cas du taureau nuptial, c’est généralement six qui sont combattus et parfois jusqu’à douze dans le cas de combats à cheval qui parfois étaient fort brefs. Cette quantité s’oppose au seul taureau du rite.

C’est la modification du rite en combat qui nécessite un nombre important de taureaux, c’est la réitération de la mort qui la banalise et amène sa transformation de caractère profane. En laissant le taureau libre, le combat devient dangereux. Débarrassé de sa vision magico-religieuse, le taureau n’est plus perçu comme un animal sacré. Le rite devenu combat, la fin victorieuse s’impose et la mort du taureau devient nécessairement logique. Et, paradoxalement, le sacrifice apparaît lorsque la notion de sacré disparaît.

Chaque corrida comporte trois tercios bien distincts : celui des piques, celui des banderilles et celui de l’estoc ou de muleta appelé faena. C’est ce dernier qui nous intéresse particulièrement. Nous avons constaté que la mort du taureau ne constitue pas nécessairement un élément du rite originel mais s’est imposé progressivement lors de la corrida à cheval au XVIIème siècle pour devenir un élément essentiel, l’aboutissement  de la fête. Transféré de la corrida à cheval à la corrida à pied, il a perdu tout caractère rituel pour acquérir une fonction ludique. Cependant la fonction ludique de la mort du taureau ne semble pas évidente. Il est certain qu’à l’origine, cette mort était étrangère au rite qui l’a ensuite intégrée sous l’influence de la corrida à cheval. Et cet  événement non rituel est devenu essentiel dans les manifestations populaires, se transformant en thème rituel d’un thème profane durant cette période de spectacle anarchique, sauvage et sanguinaire où le peuple a le premier rôle. Il tire d’ailleurs ses actions des nouveaux éléments de la corrida moderne, le cape, les banderilles même la muleta. En ce qui concerne l’acte suprême, il est très nettement inspiré par la fête du taureau nuptial et en particulier les instruments nécessaires : l’épée et la muleta.



* Robert Bérard, a dirigé la rédaction de "LA TAUROMACHIE - histoire et dictionnaire ». Il a reçu le prix hemingway 2007 pour sa nouvelle "CORRIDA DE MUERTE".


Publié dans Culture taurine

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La Caste Fondamentale NAVARRA

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TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES

(V) L'émergence du "toro bravo" (suite)

Par Jacques TEISSIER *

6. Les « troncs » « sauvages » de Navarre, source de la caste fondamentale navarra


nv2De petits troupeaux sauvages pâturaient depuis des temps immémoriaux sur les rives de l'Èbre, en Navarre et en Aragon ; ils ont fini par peupler aussi le Levante et la Rioja. On parle de « troncs » navarrais. N’oublions pas qu’ils ont sans doute intégré l’apport des bovins celtes. Ces troupeaux ont évolué durant des siècles à l'écart des autres souches ibériques de bovins, ce qui a probablement contribué aussi à leur donner des caractéristiques et une personnalité particulières. La caste fondamentale navarra est issue de ces « troncs » navarrais. C’est la caste la plus ancienne de toutes en tant qu'élevage organisé puisqu’on trouve la trace de ganaderos navarrais dès le XVe siècle.

Ce bétail présente des traits particuliers :
+ Robes : le pelage typique est le colorado, dans toute la variété de sa gamme, ainsi que le castaño ; il y a aussi quelques negro, et peut-être des sardo.
+ De petite taille et peu de poids ; le tiers antérieur est nettement prédominant (aleonado). Tête, très caractéristique, à museau camus et concave ; yeux protubérants et regard vif ; des cornes caractéristiques caramel (acaramelado), dirigées vers le haut, fines et courtes, souvent en lyre.
+ D'une agressivité accusée, infatigables, très vifs et encastés, braves, de grand sentido, malins et collants (pegajoso), ces toricos posaient bien des difficultés aux toreros, malgré leur petite taille… d'oú leur régression proche de l'extinction.

Il n'en reste plus guère que dans quelques ganaderías navarro-aragonaises, qui s’en servent pour les festivités populaires traditionnelles ; et ils ont tous été plus ou moins croisés avec d’autres castes. Aujourd’hui, avec l’aide de la génétique, quelques éleveurs essaient avec acharnement de faire retrouver leur splendeur à ces petits toros dont la bravoure débordante enchantait les publics… et terrorisait la torería !




* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.


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NIVEAU EN HAUSSE

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LA CHRONIQUE DE FRÉDÉRIC PASCAL

Pour la première édition de sa  « feria de l’hiver », sous la coupole des arènes couvertes de Vista Alegre, Madrid a ouvert le bal de la temporada 2010. Le moins qu’on puisse dire,  c’est qu’avec un Morante et un Juli, tels qu’ils se sont montrés, le dimanche 28 pour l’un et le samedi 27 pour l’autre, les chefs de file de l’escalafon ne sont pas décidés à passer la main. Pour décourager la concurrence ils ont même zappé les essais d’échauffements et placé la barre très haut.

MORANTE-2009_5445.jpg

Dimanche, avec un lot de Nunez del Cuvillo compliqué, Morante est allé chercher au plus profond de lui-même les flagrances les plus pures de la tauromachie de toujours. Celle dont les valeurs traversent les âges et se jouent des modes pour toucher l’homme au cœur de son angoisse existentielle. Le sentiment tragique de la vie, que son vécu lui désigne comme suprême élégance, le spectateur le retrouve, poussé à son paroxysme, dans les évolutions de Morante face au toro. Avec un second adversaire, inconstant et court, ce dernier a littéralement surnagé dans l’écume de la charge, à l’instar de  l’homme, qui dans le torrent de la vie, se maintient hors de l’eau et tente ça et là de poser un geste salvateur. Chacun se tire de l’épreuve avec plus où moins de maestria. Les hauts sommets tutoyés par Morante ont ravalés ses compagnons de  cartel au rang des faiseurs, bons faiseurs certes, mais incapables de transcender la routine, besogneux et sans génie. Leur tauromachie productiviste ne manque pas de mérite, mais elle a perdu tout lien avec la tauromachie éternelle, que les prouesses de Morante ramènent sur les devants de la scène. Dans l’aventure on trouvera plus de circonstances atténuantes à Cayetano, qui a touché un mauvais lot, qu’à Talavante, qui, bien qu’en progrès, n’a rien coupé à deux collaborateurs.

DSC_1425.JPG

Samedi les Garcigande ont favorisé le succès de Juli (3 oreilles) et Manzanares (2 oreilles) au détriment de Perera qui, avec une seule oreille, est resté un peu en retrait. Sans une estocade tombée à son premier toro, qui l’a privé du second trophée, El Juli serait reparti avec quatre oreilles amplement méritées, tant il a été pléthorique et inspiré tout au long de l’après midi. Avec son collaborateur premier on l’a vu profond et sensuel tout au long de la faena. Avec le réticent second, il dut s’appliquer pendant les quatre premières séries pour façonner la charge de son adversaire, puis, bataille gagnée, il a donné libre cours à un sentiment artistique de plus en plus en veine chez ce torero.  Après une campagne d’Amérique plus que satisfaisante, il revient en Europe en « patron » du toreo. A ses cotés Manzanares a confirmé ses ambitions. Après un combat engagé et efficace  donné à un authentique manso,  il a pleinement profité du cinquième, l’exemplaire le plus complet du lot, lors d’une faena profonde souple et suave aussi capiteuse qu’un bouquet de fruits exotiques. Il ne lui manque plus que deux passes de plus par séries pour s’approcher de Morante. Les passes n’ont pas manqué dans la prestation de Perera mais l’absence de fond de ses deux opposants en a bridé la portée. Sans option de triomphe, il a marqué le pas sans rien renier de sa volonté de s’affirmer.

Le week-end précédent l’empresa avait souhaité présenter au public les toreros dits « médiatiques » et une course pour les jeunes talents. Ces derniers sont venus démontrer, une fois de plus, que la relève est assurée. La juvénile spontanéité de  Ruben Pinar, Miguel Tendero, Cortes et Leonardo, qui est entré dans le cartel des médiatiques suite au forfait de Jesulin, a fait plaisir à voir, d’autant que celle-ci n’est pas à mettre sur le compte de l’innocence, mais au crédit d’un métier déjà bien assimilé. Globalement, le niveau monte, tant artistiquement que techniquement.

Au moment de faire le bilan de ce lever de rideau sur la temporada 2010, on ne peut que louer la qualité artistique soutenue lors de ces deux week-ends. Le mordant du Juli assure un niveau de compétition intense parmi les vedettes installées et c’est avec une belle régularité  que les jeunes prétendants parviennent à se hisser à leur niveau. Si les toros « embistent » cela devrait nous valoir une belle saison. Une partie de la réponse nous sera très prochainement donnée avec les bilans des Ferias de Valence et Castellon.  José Tomas, Enrique Ponce,  Sebastien Castella entreront en lice chez les dominants, Daniel Luque chez les jeunes loups.
Suerte a todos !

Publié dans Chroniques

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