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LA CASTE FONDAMENTALE GALLARDO

Publié le par vingt passes, pas plus...

TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES

Par Jacques TEISSIER *


(V) L'EMERGENCE DU "TORO BRAVO"  (suite)

3. Des toros « sauvages » et « fraileros » d’Andalousie, source de la caste fondamentale gallardo


 

La caste gallardo a une origine semblable à la caste cabrera : toros fraileros issus des grands troupeaux sauvages qui, aux 15e et 16e siècles, paissent encore librement en basse Andalousie. Pourtant, dès les origines, le gallardo n’a pas tout à fait le même type physique que le cabrera (on voit par là que les troupeaux « sauvages » andalous étaient lon d’être homogènes… on aimerait en savoir davantage…) ; le gallardo est plus rond et moins haut, il reste combattif plus longtemps que le cabrera ; mais lui aussi est puissant, très agressif au cheval et de pelages assez divers. Il n'en reste plus d'exemplaires purs. Les derniers gallardo subsistent chez Pablo-Romero/Partido de Resina, mais croisés avec du jijón, du cabrera, du vázquez, un peu de vistahermosa, puis du saltillo…
Marcelino Bernaldo de Quirós, curé de Rota près de Cádix mais d'origine navarraise, possédait déjà du bétail bravo de caste navarra. En 1762, probablement grâce à ses relations ecclésiastiques, il achète aux Dominicains de Séville du bétail issu des Chartreux de Jerez (ceux de Cabrera). Il vend alors la plupart de ses navarrais à un autre ganadero de Rota, Francisco Trapero, et croise [dans quelles proportions ?] ses vaches andalouses cartujanas, devenues "dominicaines", avec des étalons navarrais : il crée ainsi un encaste précurseur du gallardo. Il garde sa ganadería pendant 30 ans et arrive à une renommée assez solide pour faire sa présentation à Madrid au bout de 28 ans.



Toro gallardoEn 1792, Francisco Gallardo et ses frères, du Puerto de Santa María (Cádiz), acquièrent la plus grande partie de la ganadería de Don Marcelino. Ils la garderont presque 50 ans. Comme ils n'y ajoutent, semble-t-il, aucun autre bétail, le gallardo sera donc à la base une caste andalouse mâtinée de navarro. Cependant il faut noter que les frères Gallardo éliminent, dit-on, la plupart des navarrais (purs ? croisés à dominante navarraise ?...) qui restent encore, ce qui ne veut certainement pas dire que tout sang navarrais ait été éliminé : nous sommes une caste "semi-navarraise", dira-t-on quelquefois chez les Pablo-Romero.

Dans les premières décades du XIXe siècle, il se dit que :

° Pelages : les capes dominantes sont negro, berrendo en negro [et en colorado, et en castaño ? et en... ?], castaño et colorado (on ne voit donc pas encore le cárdeno, du moins de manière notable !).
° Morphologie : les toros des Gallardo sont "fins, de bon trapío et corpulents" (corpulents : un trait que l'on retrouvera particulièrement accentué chez les pablorromeros, surtout après 1930), ainsi que "de grande taille, osseux et longs" (ce qui est moins vrai du futur pablorromero !)... soit de magnifique présentation. Il est remarquable que, sur un dessin du début des années 1850, on trouve déjà chez un toro "issu de Gallardo" la caractéristique tête en trapèze des futurs pablorromeros ;
° Comportement : ils sont braves, puissants, durs de pattes, rugueux ; ils conservent du pouvoir et de la charge jusqu'au bout du combat, ce qui est rare à cette époque et que l'afición d'alors apprécie particulièrement (autre trait qui se maintiendra chez le pablorromero). Combinent-ils un peu l'imposant physique des toros cartujanos avec la caste endiablée des "toricos" navarrais ?...

Quant à eux, les pablorromero actuels sont :

+ Pelages : cárdeno et negro (les anciens ensabanados, berrendo en negro et en colorado de l'élevage ont disparu : ces lignées ne donnait plus satisfaction).
+ Trapío formidable : larges de poitrine et de croupe, beaucoup de morillo, tronc cylindrique, extrémités courtes, excellente conformation musculaire ; bref, les seuls toros d'un poids vraiment au-dessus de l'ensemble, même si la chose est devenue moins flagrante avec l’inflation généralisée de la taille et du poids. Tête petite, disproportionnée par rapport au volume de la bête mais donnant un ensemble harmonieux, avec de longs poils sur le frontal (meleno) et des poils frisés sur le cou (carifosco). Le museau est très camus. Le cou est court.

Un détail : la famille Pablo-Romero soutient mordicus que jamais, au grand jamais ! elle n’a croisé avec du saltillo. Non seulement le mundillo n’en croit pas un mot car il voit bien qu’à partir des années 1920 le type et le comportement du pablorromero n’est plus le même, mais les analyses génétiques de l’UCTL montrent le contraire : la petite part vistahermosa du pablorromero est constituée à 95% de saltillo ! Ce qui n’empêche pas le commentaire du document final de l’UCTL de soutenir la thèse officielle de la famille Pablo-Romero… ¡Vaya mundillo !




* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.

http://toro-genese.com/torogenese/html/index.html

Le 5 novembre 2009, Jacques TEISSIER a donné une conférence devant les membres du CERCLE TAURIN NIMOIS dont il était l’invité. Dans son intervention l’auteur évoque, l’essentiel de la genèse du toro bravo en laissant de côté les détails indigestes qui jalonnent habituellement ce sujet ardu mais incontournable et passionnant pour l’aficionado. « Vingt passes, pas plus »  publie le contenu intégral de cette intervention dans une série de 14 articles.


Prochain article : LA CASTE FONDAMENTALE VISTAHERMOSA


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LA CASTE FONDAMENTALE CABRERA

Publié le par vingt passes, pas plus...


TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES

Par Jacques TEISSIER*


(V) L'EMERGENCE DU TORO BRAVO (SUITE)


2. Des toros « sauvages » et « fraileros » d’Andalousie, source de la CASTE FONDAMENTALE CABRERA


Le monastère de la "Cartuja de Nuestra Señora de la Defensión", sur les berges du río Guadalete, près de Jerez, est attesté pour ses toros dès le début du XVIIème siècle : ils étaient déjà fameux en 1614. Vu que les frères Chartreux (Cartujos) s'étaient installés à Jerez dès 1476, vers la fin de la Reconquête (achevée avec la prise de Grenade, le 2 janvier 1492), on peut supposer qu'au moment où leur réputation est établie, ils s'occupaient déjà de toros depuis longtemps. Pourquoi ?

 

Il faut savoir qu’après la reconquête de Séville (1248), l'Andalousie est une juxtaposition de petits royaumes agraires que les seigneurs de guerre, issus de Castille, se sont taillés épée en mains. Peu enclins à l'agriculture, ils développent un élevage extensif où la richesse se mesure en têtes de bétail : une dîme est probablement déjà payée aux évêques et aux ordres religieux, tant pour leurs besoins propres que pour leurs œuvres sociales. Avec la prise de Grenade, en janvier 1492, on voit s'établir des propriétaires terriens qui se lancent dans l'agriculture, tandis que l'élevage du toro bravo devient le fleuron des grandes exploitations aux mains des nobles et l'Église. Grâce à la dîme annuelle perçue sur les grands propriétaires terriens, les frères Chartreux se sont créé un troupeau d'origines diverses y compris les plus prestigieuses : chaque 10 naissances de veaux, on doit en donner un aux Chartreux. Pourquoi cette dîme ? Pour la subsistance de l'Église et de ses œuvres de charité : hôpitaux, institutions d'enseignement ou d'assistance, orphelinats... C'est une époque où le travail social n'est assuré que par l'Église et où les corridas sont une source de financement important : reste du passé, aujourd'hui encore, la Casa de Misericordia gère les arènes de Pamplona au profit de l'orphelinat des sœurs… Accessoirement, cette dîme sur bétail avait une autre utilité : divertir les protecteurs des religieux, les nobles, qui aimaient combattre des toros à la lance (cf. le Cid campeador de Goya) montés sur des chevaux… souvent cartujanos eux-mêmes.

 

D’où ce bétail provient-il ? Selon toute probabilité, il descend des grands troupeaux sauvages qui, aux 15e et 16e siècles, paissent encore librement en basse Andalousie sur d’immenses territoires, en particulier du côté de Tarifa, et bien sûr dans la marisma du Guadalquivir. Quand on sait le succès avec lequel, pour gagner le plus possible d’argent à la demande des évêques, les Chartreux ont sélectionné leurs fameux chevaux... cartujanos, encore aujourd’hui prestigieux, on n’est guère surpris que leurs toros bravos aient acquis une grande réputation. Là, on voit bien le passage du bétail « sauvage » à l’élevage bravo.

[Si les Chartreux de Jerez semblent être les premiers ganaderos de bravos, ils sont loin d’être les seuls : grâce à la dîme ! On appelle couramment les toros des ordres religieux andalous d'un nom générique : les toros "fraileros" (= des frères).

Parmi les "Frailes" restés fameux pour leurs toros, on trouve (outre nos Chartreux de Jerez) : le couvent "Santa María de las Cuevas" des Chartreux de Séville, attesté pour ses toros de 1731 à 1800 ; le couvent "San Hermenegildo" des Pères Jésuites de Séville, attesté de 1717 à 1763 ; le couvent de "San Isidro" de Séville, attesté de 1731 à 1796 ; le couvent des Augustins de la « Très Sainte Trinité » de Carmona, attesté de 1743 à 1780 ; le couvent royal "Santo Domingo" des Dominicains de Jerez, attesté de 1775 à 1820 ; le couvent "San Jacinto" des Dominicains de Séville, attesté de 1762 à 1794 ; le monastère Jéronimite de "San Jerónimo" de Séville, attesté de 1751 à 1796 ; le collège du couvent de "San Basilio" de Séville, attesté de 1770 à 1777 ; et les Augustins du couvent de "San Agustín" de Séville, attesté de 1782 à 1793. Ces dates, toutes du XVIIIe siècle, ne sont que des dates attestées ; elles ne signifient pas que l'activité ganadera n'ait pas commencé plus tôt ni continué plus tard.

A titre d'exemple,  la plus ancienne affiche tauromachique connue  annonce pour le 20 juin 1780, au Puerto de Santa María, une course avec, entre autres, des toros : du "Real Convento De Santo Domingo" "de Xerez", portant une devise blanc et noir [les couleurs de l'habit des frères Dominicains], pour Pedro Romero et son grand rival José Delgado "alias Yllo" [=le fameux Pepe Hillo, qui sera tué à Madrid par le toro "Barbudo" le 11 mai 1801].

Toutes ces ganaderías "fraileras" se retrouveront pas mal "tondues" lors de la guerre d'Indépendance contre Napoléon (1808-1813), avant que l'ordonnance d'exclaustration de Mendizábal, en 1835, n'en dépossède à tout jamais les religieux.]

 

A titre indicatif, au milieu du XVIIIe, les Chartreux de Jerez possèdent 3.500 hectares répartis en de nombreuses fincas ; ils y élèvent 1.000 bovins dont 100 toros de combat. Un détail : en 1798, ces Chartreux construisent dans leur dehesa de Salto del cielo (ça ne s’invente pas !) la première placita de tienta connue, preuve manifeste de leur souci de sélection ; ils semblent bien être les inventeurs de la tienta en plaza fermée _ et non par acoso y derribo... ou en laissant faire la nature à partir des sujets les plus agressifs.

 

Pendant la première moitié du XVIIIe siècle, près d’Utrera (Sevilla), Luis Antonio Cabrera Ponce de León y Luna semble avoir initié sa caste cabrera à partir du bétail des Chartreux de Jerez, des Dominicains de Sevilla, et peut-être de quelque autre de ces communautés religieuses andalouses qui possédaient du bétail par le biais de la dîme. Sa fille Bárbara, mariée avec Rafael José de Cabrera (c’est une époque où l’on se marie beaucoup entre cousins… patrimoine oblige, souvent !), lui succède en 1768 ; c'est alors que la ganadería acquiert les caractéristiques qui vont faire sa réputation.

 
 

Ces toros se distinguent par :

 

+ Une très grande taille et une grande puissance ; un corps long, un ventre avalé (agalgado) ; un poids conséquent et des armures développées ;

+ Une peau soyeuse et fine ; une grande variété de pelages, en particulier ces pelages rares que sont sardo (roux, noir et blanc), salinero (roux entremêlé de blanc), jabonero (beige) et berrendo (pie) ;

+ Un grand sentido (méfiance) tout au long de la lidia… qui explique leur régression progressive, à l’exception de Miura.

 

Malgré quelques croisements avec d'autres castes (surtout gallardo, plus un peu de vázquez, de navarre et de vistahermosa), Miura semble bien avoir gardé un fond très majoritaire de caste cabrera. Ces toros gardent beaucoup des caractéristiques primitives des cabrera, à savoir :

 

+ Pelages variés : negro (noir), colorado (roux), castaño (châtain), cárdeno (noir entremêlé de blanc) ; et moins fréquemment, salinero (roux entremêlé de blanc), sardo (roux, noir et blanc) ; par contre, les jabonero (beige), berrendo en negro (pie) et en colorado des cabrera primitifs ont disparu…

+ Prototypes du toro longiligne, les miura sont hauts, très longs, de grande taille, corpulents, de type galgueño (galgo = lévrier : ventre avalé), au cou très long, avec peu de morillo. Tête allongée, yeux grands et regard vif ; cornes très développées, souvent grosses à la base et insérées derrière la ligne du frontal (à ce sujet, on notera une similitude étonnante avec tel ou tel bucrane d’aurochs présenté dans les musées).

+ Leur comportement pendant la lidia a beaucoup changé, et récemment encore, par rapport aux antiques cabrera… qui paraîtraient aujourd'hui inlidiables ! Leur bravoure et leur toréabilité ont été très améliorées, leur force a souvent baissé ; mais plus d'un sortent encore avec du sentido et de la difficulté, donnant une grande émotion à leur combat. Et puis il y a leur inimitable "personnalité".

 

Un détail : les toros nés d’une mère d’origine cabrera sont marqués en bas de la cuisse ; les autres, essentiellement nés de mères d’origine gallardo, sont marqués en-haut. Ce sera intéressant le jour où Miura acceptera les analyses génétiques, car l’ADN mitochondrial est transmis uniquement par la mère, quoi qu’il en soit des croisements par les pères… 


 

* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.

 

http://toro-genese.com/torogenese/html/index.html

 

Le 5 novembre 2009, Jacques TEISSIER a donné une conférence devant les membres du CERCLE TAURIN NIMOIS dont il était l’invité. Dans son intervention l’auteur évoque, l’essentiel de la genèse du toro bravo en laissant de côté les détails indigestes qui jalonnent habituellement ce sujet ardu mais incontournable et passionnant pour l’aficionado. « Vingt passes, pas plus »  publie le contenu intégral de cette intervention intitulée "TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES" dans une série de 14 articles.


Prochain article : 

LA CASTE FONDAMENTALE GALLARDO



 

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MIURA et l'AFEITADO

Publié le par vingt passes, pas plus...


Avec l'aimable autorisation de "CAMPOS Y RUEDOS", nous reproduisons ci-dessous la photo et l'article parus le 16 décembre sur son blog, article qui nous paraît du plus grand intérêt et dont nous vous proposons une traduction.  En cause, l'Afeitado, deux toros ayant été confirmés positifs cette année à Arles après  contrôle diligenté par L'UVTF (Union des Villes Taurines de France).  Campos y Ruedos pointe le fait, pour le moins important que cette affaire met en cause une prestigieuse ganaderia appartenant de surcroît au président de l'UCTL (Unión de Criadores de Toros de Lidia), Don Eduardo Miura en personne !  Il n'en fallait sans doute pas davantage pour que l'UVTF ne commette pas le crime de lèse majesté qu'aurait constitué l'application des sanctions prévues par le règlement. Si, quand même, il y aura bien sanction puisque l'UVTF... augmentera le nombre de ses contrôles ...  Avis aux amateurs !





miura.jpg

Ci-dessous : l'article de CAMPOS Y RUEDOS


EL PRESIDENTE DE LA UCTL AFEITA A SUS TOROS

 

"No lo decimos nosotros pues, por supuesto, no se nos permitiría. Lo dicen los resultados oficiales, positivos y muy serios, de los análisis de los pitones de dos toros de la corrida que se lidió en Arles en 2009. Estos resultados han sido comunicados por el veterinario Dr. Compan en el congreso anual de la UVTF (Unión de ciudades taurinas francesas) que se desarrolló en Mont-de-Marsan el domingo 13 de diciembre del 2009. Como de costumbre se han analizado dos toros por corrida, y los dos de Arles resultaron posivitos, es decir, afeitados sin lugar a dudas.

Curiosamente estos resultados positivos han sido callados por el portal bodeguero, entre otros, pero en el fondo creo que lo han silenciado por un motivo muy sencillo: la Unión de ciudades taurinas francesas, a pesar de estos resultados, se ha negado a imponer las sanciones previstas por el reglamento de dicha asociación. Esa es la gran ventaja francesa para los afeitadores. Un reglamento de una asociación no es una ley, y es muy fácil hacer con él lo que les dé la gana, sin que ello suponga algún problema con la justicia o las autoridades.


Además hay que decir que el señor Miura lidiará en Francia en 2010 por lo menos cuatro corridas... y eso, a pesar de afeitar a sus toros descaradamente en 2009. Pero sí... Me equivoco... Los socios de la UVTF han sancionado el señor Miura: en 2010 se van a analizar no dos, sino cuatro toros por festejo. ¿Y si dan positivos los cuatro? Pues en 2011 seguramente analizarán los 6... y así, ¿hasta dónde? ¡Vaya chulería! Mientras tanto todos se dan la enhorabuena tratando de inscribir la fiesta como patrimonio inmaterial de la humanidad. La verdad es que, cada día que pasa, en esta fiesta lo más inmaterial es el toro, sus defensas, su fiereza, su poder, sus encastes, su integridad. Y esto sí que es una gran pena".

 


...et la traduction que nous proposons (en implorant votre indulgence) :


 

LE PRESIDENT DE L'UCTL AFEITE SES TOROS


"Nous ne le disons pas nous-mêmes, car naturellement, nous ne pourrions pas nous le permettre. Ce sont les résultats officiels qui le disent, les résultats, positifs et sérieux des contrôles de cornes de deux toros lidiés à Arles en 2009. Ces résultats ont été communiqués par le Dr Compan, vétérinaire, lors du congrès annuel de l’UVTF  (Union des Villes Taurines de France) qui s’est tenu à Mont de Marsan dimanche dernier 13 décembre. Comme d’habitude, deux toros par corrida ont été contrôlés, et les deux d’Arles ont été positifs, c’est à dire afeités, sans l’ombre d’un doute. Curieusement, ces résultats sont passés à la trappe, et au fond, je crois qu’ils ont été étouffés pour une raison bien simple : l’UVTF, en dépit de ces résultats, s’est refusée à appliquer les sanctions prévues par son règlement. C’est la grande chance des « afeiteurs » en France. Un règlement n’est pas la loi, et il leur est facile d’en faire à leur guise, sans craindre aucune difficulté avec la justice ou les autorités.

Et après tout ceci, il faut préciser que le Sieur Miura va lidier en France en 2010 au moins quatre corridas, et ceci, après avoir afeité ses toros d’une manière éhontée en 2009. Mais, je me trompe… les responsables de L’UVTF ont bien sanctionné Monsieur Miura : en 2010, ce n’est plus deux toros qu’ils contrôleront, mais quatre par corrida. Et si les quatre étaient positifs ? Et bien en 2011, ils en contrôleraient six, assurément… et ainsi de suite. Mais jusqu’où ? Quelle désinvolture ! Et malgré tout ceci, ils sont fiers d’envisager l’inscription de la Fiesta Brava au patrimoine immatériel de l’humanité. En vérité, dans la corrida, plus ça va, et plus l’immatériel, c’est le toro, ses cornes, sa bravoure, sa force, sa caste, son intégrité. Et ceci est en vérité une grande tristesse".

 

Publié dans Le toro

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LA CASTE FONDAMENTALE JIJÓN

Publié le par Vingt passes, pas plus


TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES (V)

Par jacques TEISSIER*


L'EMERGENCE DU "TORO BRAVO" (suite)

 

 


1. LES GRANDS TOROS "SAUVAGES" CASTILLANS, SOURCE DE LA CASTE FONDAMENTALE JIJÓN  

On sait que dans la région de Colmenar Viejo, tout près de Madrid, il y avait d'importants troupeaux plus ou moins sauvages, appelés populairement toros de la tierra. Il y avait aussi, plus au sud, en Castille-la-Manche, et au nord-ouest, en Castille-et-León, des troupeaux qui présentaient des caractéristiques très semblables. A partir d’un tel bétail castillan, dont l'origine précise est inconnue, la famille Jijón crée la caste jijón à Villarubia de los ojos del Guadiana dans la province de Ciudad Real (Castille-la-Manche) en 1780. Les Jijón ont regroupé particulièrement les colorado et les castaño, qui abondaient ; ils les ont sélectionnés pour leur donner certaines caractéristiques particulières, homogènes :

+ Robe colorado encendido (feu) (= jijón) dominante. Mais on trouvait aussi toute la gamme des colorado (roux) : melocotón, colorado, colorado avinagrado, retinto ; des castaño (châtain), et parfois des negro (noir) ;

+ Grande taille (mais moins que les cabrera) : hauts, d'allure grossière (bastos), avec beaucoup de fanon et de carcasse, avec des armures particulièrement développées ;

+ Très durs et braves au début de la lidia, ils développaient ensuite un sentido très accusé, ils s'éteignaient et se réfugiaient fréquemment, en mansos, contre les barrières pour se défendre : d'où grandes difficultés pour les toreros… et régression dès le XIXe siècle. 


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En tant que caste fondamentale « pure » (!), la caste
jijón peut être considérée comme éteinte. Aleas, de Colmenar Viejo, a bien maintenu du bétail de cette origine jusque vers 1830, mais ensuite on a croisé avec du vistahermosa pour améliorer la bravoure ; et vers 1920, on a fait un croisement absorbant avec du santa coloma : au bout de plus de 80 ans, cet élevage est plutôt devenu du santa coloma « par absorption », comme on dit dans le milieu taurin.

 


Un détail : le 11 septembre 1984, à Aranda de Duero, Ruiz Miguel a estoqué un toro d’Aleas nommé
Montero ; il était fils de la dernière vache de caste jijona connue. Ce n’est guère à l’honneur de la torería… Cependant, quelques passionnés s'efforcent aujourd'hui, avec l'aide d'analyses d'ADN, de retrouver le plus possible cette caste à partir de restes plus ou moins métissés conservés dans certains élevages marginaux, à part le prestigieux Montalvo.


 

* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.

 

http://toro-genese.com/torogenese/html/index.html

 

Le 5 novembre 2009, Jacques TEISSIER a donné une conférence devant les membres du CERCLE TAURIN NIMOIS dont il était l’invité. Dans son intervention l’auteur évoque, l’essentiel de la genèse du toro bravo en laissant de côté les détails indigestes qui jalonnent habituellement ce sujet ardu mais incontournable et passionnant pour l’aficionado. « Vingt passes, pas plus »  publie le contenu intégral de cette intervention dans une série de 14 articles.

 

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L'INFIRMERIE DES ARENES

Publié le par vingt passes, pas plus...




DU PHILOSOPHE AU
MOZO DE QUIRÓFANO
        Par Jean-François BENEZET *




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L'accident, d'après une chromolithographie de D. Perea

 


     Avant d'aborder à proprement parler le sujet de l'infirmerie des arènes, il me semble nécessaire de rappeler que toute plaza de toros contient dans son enceinte 4 lieux que l'on peut aisément et justement qualifier de secrets, à savoir le toril, la chapelle, le patio de caballos et enfin l'infirmerie. Si je peux me permettre de faire un aparté, quitte à vous surprendre, je vais faire un lien avec le mode de pensée chinoise qu'est le Tao. Dans la manière de pensée Taoïste, tout ce qui nous entoure, nos pensées, nos sentiments, nos émotions, notre propre corps sont soit Yin, soit Yang. Le Yang c'est l'Est, là où le soleil se lève, c'est le début, la naissance, l'espoir, la chaleur, la joie, le mouvement, la force, l'inspiration, la lumière, la beauté. Ainsi, n'est-il point vrai que 3 de ces lieux secrets (toril, capilla, patio de caballos) se trouvent dans la zone Yang des arènes, c'est à dire à l'est. Ceci se vérifie d'autant plus aisément que ces derniers sont Yang dans leurs caractéristiques et fonctions. Le toril préside à la base de la corrida par la présence du toro, âme du sujet tauromachique par tous les espoirs qui pèsent sur son morillo, sa mobilité, sa caste avec bravoure et ce qui en découle, sa noblesse. Et puis, peut-on rester insensible à sa beauté sauvage. La chapelle, lieu plus intimiste où brille la flamme de la bougie, réceptrice des souhaits voire rêves de succès, d'inspiration, d'approche du geste parfait, d'empathie avec la bête mais également lien fugace et quelque peu éthéré d'une demande de protection avec un "Quelque autre", peu importe sa représentation. Enfin le patio de caballos qui réunit l'effervescence, l'agitation du moment juste avant, la naissance du spectacle, la mise en lumière de l'Homme qui se prépare à accomplir une œuvre dont il ne connait pas l'issue mais qui ressemble tellement au déroulement de la vie. Le Yin se trouve à l'Ouest, là où se couche le soleil, là où les choses se terminent, c'est obscurité, le froid, la douleur, le repli sur soi, l'échec, le coté caché, le calme et le silence. L'infirmerie, sujet de notre propos, se trouve à l’Ouest, dans le Yin et elle est bien à sa place. N'est telle point le lieu où l'on ne désire aller, celui de la souffrance où tout peut être remis en cause ou s'achever, le passage de la lumière de l'inspiration au silence pernicieux du doute qui s'installe, l'échec d'une symphonie inachevée? Considérée sous l'angle de vision du mode de pensée traditionnelle chinoise, force est de constater que l'infirmerie est à sa place.



    L'aspect pragmatique en est tout autre. L'infirmerie est placée au pire endroit qui puisse être. Le règlement UVTF recommande une infirmerie en contact direct avec le callejon ce qui n'est pas le cas à Nîmes nous le savons bien. En effet, il n'y a pas loin de 30 mètres entre le bois de la contre piste et celui de la porte d'entrée de l'infirmerie, ponctués de surcroît de 4 marches que l'on peut qualifier de romaines. Ceci est bien sur délétère pour le torero victime d'un traumatisme fermé comme par exemple une lésion du rachis (cf Nimeño II) avec au bas mot 30 soubresauts assassins correspondants aux pas des "porteurs", tout comme dans le cas d'une plaie hémorragique où la pratique du point de compression est illusoire avant l'arrivée sur la table d'examen. De surcroît, la forme de la piste nîmoise étant ovale avec un petit axe et un grand axe, force est de constater que l'infirmerie se situe dans le grand axe impliquant une plus grande distance à parcourir en cas de blessure survenant au centre de la piste avec les mêmes conséquences néfastes pour l'organisme humain citées plus haut. A la vue de la configuration architecturale bien entendue non modulable de amphithéâtre nîmois, une meilleure localisation de l'infirmerie semblerai se situer sous la présidence actuelle avec tout ce que cela pourrai impliquer dans les changements d'habitudes de certains. Désormais, pénétrons dans ce lieu secret si vous le voulez bien. Nous sommes d'emblée interpelés par exiguïté des lieux, à peine plus de 7 mètres carrés avec 3 armoires de matériel,  le lit d'examen et une lampe halogène sur pied faisant office de scialytique. C'est peu lorsque l'on sait que 5 personnes du personnel soignant, dont nous verrons la composition plus en détail ultérieurement, doivent officier auprès du toréro blessé. Au fond de cette salle une porte coulissante s'ouvre sur l'espace de soins dédié au public d'une surface de 5 mètres carrés environ. Voici donc exposées succinctement les contraintes auxquelles se trouve confrontée l'équipe médicale lorsqu'elle doit intervenir. Il reste une question en suspend: quid en cas de 2 blessures simultanées?


   
Afin de préciser le mode de fonctionnement de l'infirmerie des arènes de Nîmes, nous allons dans un premier temps détailler les compétences humaines puis le niveau d'équipement technique pour ensuite découvrir le déroulement et l'organisation de la chaîne des secours en cas de blessure. En se référant à nouveau au règlement taurin UVTF, l'infirmerie doit se doter à minima d'un chirurgien, d'un anesthésiste ainsi que de 2 infirmiers diplômés d'état. En se qui nous concerne, nous sommes bien au delà de ces exigences puisque l'équipe médico-chirurgicale, au début de chaque spectacle est composée de 2 chirurgiens, 2 anesthésistes, 1 urgentiste, 1 médecin généraliste, 2 infirmiers, 1 représentant de la pharmacie du CHU et d'un homme à tout faire, (…) le mozo de quirófano **. L'ensemble des hommes et des femmes composant cette équipe a pour dénominateur commun "l'aficion a los toros" et travaille  bénévolement tout en devant prendre leurs dispositions à l'égard de leurs assurances professionnelles afin de déclarer ce type d'activité médicale quelque peu marginal et à haut risque de responsabilité. L'ensemble des intervenants est regroupé au sein de l'association gardoise de chirurgie taurine dont la spécificité est d'être composée de personnes issues du secteur privé (clinique Kennedy) et du secteur public (CHU Caremeau) sous-tendant une dynamique d'équipe qui n'est que bénéfique. Le niveau d'équipement technique répond largement aux exigences exprimées par le règlement de l'UVTF puisque nous disposons du matériel nécessaire à la pratique de la réanimation, anesthésie générale comprise, fournis par le CHU ainsi que de 2 boites de chirurgie indispensables à tout geste de parage de plaie voire de clampage vasculaire. Ce même matériel de chirurgie est quant à lui fourni par la clinique Kennedy. Nous retrouvons donc cette notion de parité privé-public qui nous est chère. Le matériel lourd de réanimation est assuré par le CHU de Caremeau et "délocalisé" sous couvert d'une convention passée entre le CHU et l'organisateur de spectacle. L'ensemble des médicaments est mis à disposition gracieusement par le CHU.

   
Que se passe t-il en cas de blessure? Tout d'abord l'équipe médico-chirurgicale est soumise à une double émotion, celle que vit tout spectateur sans rien pouvoir faire et ensuite celle de découvrir la lésion et d'en apprécier la gravité dans l'intimité de l'infirmerie. Notre organisation fait que 5 personnes vont quitter le callejon, un des deux chirurgiens, un des deux anesthésistes, l'urgentiste, un des deux infirmiers et le "mozo de qirófano" **. Chacun d'entre nous possède un rôle bien défini. Ainsi, le premier à intervenir est ce fameux mozo de quirófano, ancien novillero qui va s'atteler au déshabillage du torero et lui parler  en orientant les propos sur les antécédents et les éventuelles allergies mais aussi en tenant des propos réconfortants, le tout dans un parfait espagnol. Le chirurgien se place au niveau de la plaie en vue de l'exploration et d'un éventuel geste de clampage vasculaire. L'anesthésiste se trouve à la tête et commande aux manœuvres de réanimation et d'antalgie avec pour aide l'infirmier qui pose la ou les perfusions. Enfin, l'urgentiste peut travailler de concert avec l'anesthésiste mais surtout assure la liaison avec la structure de soins qui recevra le torero blessé, la clinique Kennedy ou le CHU, et adapte le moyen de transport le plus approprié à la sévérité des lésions, soit ambulance simple, soit ambulance de réanimation du SAMU. Le chirurgien suivra ainsi son patient jusqu'au bloc opératoire. Nous le voyons donc, l'infirmerie est et reste une infirmerie mais n'est surtout pas un bloc opératoire. L'équipe médico-chirurgicale se donne les moyens de stopper une hémorragie, et une fois parvenue à ses fins, la réparation des lésions se fera dans un bloc opératoire et nulle part ailleurs. Un des problèmes récurrents dans ces situations reste l'intrusion de personnes extérieures à l'infirmerie qui sous des prétextes multiples et variés s'introduisent dans l'infirmerie et dont la présence devient très rapidement gênante de par l'exiguïté des lieux, du non respect du secret médical et de l'aspect malsain de ce type de comportement. Il n'est pas prévu à ce jour de "service d'ordre" permettant de pallier efficacement à ce problème. Un autre aspect à ne pas négliger concerne ce que l'on peut nommer la pression médiatico-sociale qui pèse sur les épaules de chacun et surtout sur celles du chirurgien. Il faut savoir faire vite et bien, les gens ne comprennent dans ces circonstances pourquoi les choses durent et qu'ils ne puissent être informés. Seul le chirurgien est habilité à répondre aux questions de la presse et du Mundillo. La crédibilité de l'équipe passe aussi par là.

   
En conclusion, je voudrai aborder 3 aspects. Tout d'abord, la pratique médicale et chirurgicale au sein d'une infirmerie d'arène est certes enrichissante sur le plan purement professionnel mais l'est bien plus sur le plan humain. A une époque où dans la société qui est la notre, la notion de risque devient de moins en moins acceptable, il est extravagant de rencontrer des personnages hors-normes en la personne des toreros qui en plus d'accepter le risque l'assument totalement avec une très haute considération de ce qui se nomme le destin et le corollaire qui va avec, la fatalité. Nous sommes en face de gens véritablement responsables vecteurs inévitablement de valeurs. Ceci laisse bien évidemment à réfléchir. Le deuxième aspect abordé sera un paradoxe. Savez-vous quels sont les cas les plus graves que nous ayons eus à traiter? Nous en avons eu trois qui concernaient tous le public avec des pathologies mettant en jeu d'emblée le pronostic vital à savoir un infarctus du myocarde, une crise d'asthme gravissime chez une jeune femme de 25 ans et une réaction allergique généralisée avec œdème de Quincke. Dans ces 3 cas, l'infirmerie nous paraissait presque trop grande si vous voyez ce que je veux dire et pourtant dans ces instants le drame de la vie se jouait tout à la fois dans l'arène et à l'infirmerie mais là sans que quiconque ne s'en préoccupe. Paradoxe... Enfin pour terminer, l'infirmerie des arènes n'a rien pu faire pour cet ouvreur qui en prenant son poste s'est écroulé au pied de son vomitoire, terrassé par ce que l'on nomme communément une attaque cardiaque. Trente minutes plus tard les grilles ouvraient au public, en même temps que l'infirmerie devenait fonctionnelle. Fatalité...



* Jean-François BENEZET, médecin anesthésiste et aficionado, fait partie de l’équipe médico-chirurgicale de l’infirmerie des arènes de Nîmes (en tandem avec Jean-Yves BAUCHU, chirurgien des Arènes, dont nous avons déjà publié quelques "conseils de lectures"). Jean-François BENEZET est intervenu le 3 décembre 2009 devant les membres du CERCLE TAURIN NÎMOIS  sur le thème : L'INFIRMERIE, COMMENT çA MARCHE ?  "Vingt passes, pas plus" publie le contenu de cette intervention.

 

** littéralement, « garçon de salle d’opération ».   
 

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L'EMERGENCE DU TORO BRAVO

Publié le par Jacques TEISSIER.


TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES (V)
Par Jacques TEISSIER * 


L'EMERGENCE DU TORO BRAVO


Entre l'époque où existaient encore 7 ou 8 souches différentes de toros sauvages dans la Péninsule ibérique et les élevages actuels de "toros de combat", il y a quelque trois siècles de sélections, de croisements, et de création de nouvelles lignées (encastes). Il s'est peu à peu formé un incroyable écheveau.

 

De 1750 à nos jours, on totalise quelque 2.000 noms d'élevages de haute lignée. Au nombre s’ajoute la complexité : créations, successions et fractionnements d'élevages… circulations de sangs par la vente ou le prêt (parfois clandestins !) de reproducteurs entre élevages… tentatives de croisement réussies ou avortées… changements de caste ou d'encaste à l'intérieur d'un même élevage… succession d'élevages différents chez le même propriétaire… juxtaposition et/ou croisement de lignées différentes dans un même élevage… forment un véritable maquis. Un maquis encore compliqué par cette maladie du secret, endémique dans l’élevage bravo quasiment depuis les origines car, dès les origines, l’élevage bravo va de pair avec la recherche d’un prestige, quand ce n’est pas d’un pouvoir…. Il faut parfois jouer les Sherlock Holmes.

 

Très dispersée et difficile à rassembler, rarement de première main, parfois lacunaire parfois contradictoire, ici ou là difficile à interpréter, l’information reste susceptible de compléments et de corrections permanents au fur et à mesure des trouvailles.

 

Toutefois, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Il faut bien voir que l'incessante prolifération de nouvelles lignées masque en réalité un inquiétant appauvrissement génétique. En raison des évolutions conjointes de notre société et du "marché" de la corrida, une seule des castes fondamentales, vistahermosa, fournit aujourd'hui plus de 95% des toros que l'on peut voir dans une arène. Qui plus est, à de rares et précieuses exceptions près, l'ensemble de l'élevage bravo tend obstinément vers une standardisation du type et du comportement du toro. Ère de l'industrialisation et de la consommation de masse oblige…

 

Je viens de prononcer le nom de « caste fondamentale ». Une précision de vocabulaire s’impose. Le mot « caste » recouvre subrepticement deux significations différentes. Habituellement, il désigne lesdites « castes fondamentales » dont dérivent nos toros bravos actuels. Mais parfois, il désigne aussi les diverses souches primitives d’où sont issues les « castes fondamentales » ; et c’est source de confusion. Par exemple, les castes fondamentales gallardo (pablorromero) et cabrera (miura) sont différentes… mais elles sortent de la même souche primitive, andalouse. La caste fondamentale vistahermosa sort d’une souche inconnue et nettement différente, bien que très certainement purement andalouse elle aussi. Quant à la caste fondamentale vázquez, elle est, grosso modo, un salmigondis de cabrera et de vistahermosa.

 

 



Les 1éres
ganaderías des XVIe-XVIIe-XVIIIe siècles, constituées à partir du bétail "sauvage" local, sont considérées comme les castes fondamentales et fondatrices de l'élevage brave, même s'il ne reste rien ou presque de certaines. Les principales sont au nombre de 6, ou de 7 si l'on y rajoute la vieille race de combat lusitanienne.

 

Quelles sont donc les souches, ou ‘castes’ primitives, et les diverses castes fondamentales de toro bravo formées à partir de ces souches ?


Prochain article : LA CASTE FONDAMENTALE JIJÓN

 

* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: "TORO GENESE"
"Vingt passes, Pas plus "
publie une série de 14 articles tirés d'une conférence intitulée "TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES" donnée le 5 novembre 2009 devant les membres du CERCLE TAURIN NIMOIS.

 

http://toro-genese.com/torogenese/html/index.html

 

 

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1947 : situation insurrectionnelle dans les arènes d'Arles

Publié le par Charles CREPIN.




 

René CHAVANIEU dit "CHACHA", figure emblématique de l'aficion nîmoise, nous a fourni la photo ci-dessous, assez surprenante représentant les arènes d'Arles dévastées le 4 mai 1947, accompagnée d'un commentaire décrivant les circonstances qui ont amené les aficionados à se transformer en émeutiers et à tout casser ce jour là. Quand on pense que, de nos jours, il n'y a même plus de broncas… 
 



 



M
ai 1947 (…) les arlésiens étaient avides de corridas et (…) la guerre les avait peu favorisés. En 1946, l'amphithéâtre n'avait connu qu'une seule course : une course dite mixte avec José Gonzalez Carnicerito de Mexico, José Pulido Colombiano et José Valle Chato de Movera.
 

La frontière espagnole étant fermée — elle ne rouvrira qu'en février 1948 - organiser des corridas n'était pas, pour Vicente Jorda, chose facile. Le 4 mai 1947, les affiches annoncent cependant une corrida de la ganaderia Yonnet, pour Manuel Martin Vazquez, Benigno Aguado de Castro et Bonifacio Garcia Yoni.
 

Mais la frontière restant résolument fermée, Jorda se fait renvoyer de Madrid par Pedro Recorte le torero mexicain Carlos Vera Canitas, qui arrive en France sans cuadrilla. Vicente Jorda, qui disposait déjà de José Pulido Colombiano, tient les deux tiers de son cartel... Il reste à le compléter avec les subalternes vivant en France, lesquels refusent toute participation à une corrida sans matador espagnol... Le conflit hispano-mexicain est encore présent à toutes les mémoires.

 

Pour l'organisateur Jorda, les choses deviennent compliquées ! On se précipite chez Paco Bernal et Florentino Ballesteros, qui résident en France. Florentino avait fait des études commerciales et possédait le sens des affaires : Jorda a le couteau sous la gorge et le torero exige un cachet élevé. Après maintes palabres et l’intervention du Sous-Préfet d'Arles, soucieux de voir un règlement rapide de l'affaire, Ballesteros est inclus au cartel. Mais tout n'était pas réglé pour autant.   

 

Ballesteros avait bien reçu l'alternative à Barcelone, en octobre 1933, des mains de Vincente Barrera. Mais le succès du matador n'étant jamais arrivé, Ballesteros, aragonais né à Saragosse, renonça à l'alternative en 1936 pour redevenir novillero, et même plus tard, simple banderillero.
 

Et Canitas refuse de faire le paseo aux côtés d'un banderillero ! Après de nouvelles palabres, on arrive à un accord : la corrida sera mixte et Ballesteros combattra ses adversaires en fin de spectacle... Jorda retrouve le sourire... Mais peu de temps avant le début de la corrida, Florentino Ballesteros annonce qu'il ne fera pas le paseo. Motif : on l'a averti trop tard qu'il devait toréer et il a trop mangé ! Ce qui laisse rêveur en période de rationnement ! L'autorité se fâche : Ballesteros ira en prison !
 

Dans ['amphithéâtre romain, l'heure fatidique a sonné : le paseo s'ébranle, avec Carlos Vera Canitas et El Colombiano. Derrière eux, deux banderilleros, le français Charles Michelet et Teodoro Ruiz Macareño, ancien torero qui devait trouver une mort tragique dans les corrales des arènes de Nîmes, le 4 juillet 1954. Mais de picador ? point ! Le président ? Absent !
 

 Le ton monte, les cris de " Remboursez " fusent. En quelques minutes, l'incident se change en insurrection et les aficionados en émeutiers. Les planches et les bancs volent. Au centre de la piste, on a entassé des matériaux divers et on prépare l'autodafé... La police devra intervenir et la course sera annulée...

 

René CHAVANIEU

Publié dans Histoire

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AUX SOURCES DU TORO BRAVO

Publié le par Jacques TEISSIER


TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES (IV)


AUX SOURCES DU TORO BRAVO

Comme on l’a vu dans les précédents chapitres, notre toro bravo résulte donc uniquement d’un mélange variable entre 3 ou 4 lignées ('breeds' en anglais) de bos taurus venu d’Anatolie et de Syrie ; du bétail domestiqué d’importation si j’ose dire !

 

 

 

° A l’origine, la présence probable et très antique de bos taurus arrivés en bateau par sauts de puce le long de la méditerranée.

 

A cette base vraisemblable se sont ajoutés 3 apports successifs connus :

 

° Premier apport : aux approches du premier millénaire avant JC, les Ibères - peut-être venus d'Afrique du Nord - ont envahi le sud de la péninsule ibérique. Ils ont très probablement fait suivre en Andalousie des animaux venus d'Afrique du nord et des abords du Nil : certainement du bos taurus (sans une certaine domestication, comment "promener" des aurochs !) ; de plus, rien ne permet de dire aujourd'hui que cet apport des Ibères ait été croisé avec l’hypothétique aurochs nord-africain : on a à faire à du bos taurus « pur jus », issu de l'aurochs anatolien/syrien par domestication. De taille beaucoup plus petite que l'aurochs, à l'instar du reste du bétail européen, on pense que ce bétail africain aurait le dos ensellé et les cornes développées ; son pelage typique serait noir (negro), roux (colorado) et pie (berrendo). Certains prétendent que son agressivité serait plus marquée et que cela pourrait expliquer la plus grande "bravoure" du bétail de combat d’origine andalouse (d’où sa prédominance quasi absolue à partir de la seconde moitié du XXe siècle) ; c’est possible, mais pas prouvé.

Ce bétail ibère se serait établi assez librement surtout dans le sud de la péninsule ibérique, et plus particulièrement dans l'actuelle Andalousie ; il aurait majoritairement contribué à donner l'actuel bétail brave andalou. Il est possible et même probable qu’il se soit croisé avec les lignées domestiques déjà existantes sur place.

 

° Deuxième apport : vers le milieu du premier millénaire avant JC, les Celtes, venus de France, ont également amené avec eux du bétail, surtout dans le nord et l'ouest de l'Espagne : du bos taurus, lui aussi issu de la domestication de l'aurochs anatolien/syrien. Ces animaux, aux cornes généralement verticales et au pelage dominant roux, auraient majoritairement contribué à donner l'actuelle race navarraise.

 

° Troisième apport : lors de leurs invasions et de leur occupation de la péninsule ibérique entre +711 et +1147, les Arabes ont emmené avec eux du bétail africain bos taurus. On a pu démontrer cet apport arabe au Portugal par une approche génétique : non seulement on retrouve des traces de croisement entre taurus européens (ibériques) et taurus africains dans les populations bovines du Portugal ; mais on a pu constater que la proportion d’ADN mitochondrial africain correspond à l’importance de l’occupation arabe : elle diminue jusqu’à disparaître au fur et à mesure que l’on va vers le Nord du Portugal.

 

En se croisant, de façon volontaire ou/et accidentelle, avec le bétail domestiqué déjà présent sur la péninsule, ces trois apports auraient favorisé la création d'un tronc ibérique original et relativement diversifié : le "bos taurus ibericus". Ce tronc a continué à vivre, et donc à se diversifier, jusqu'à l'époque moderne : pour une part dans des troupeaux domestiques ; et pour une autre part dans des troupeaux plus ou moins retournés à l'état sauvage, et se développant à l’écart de l’homme, en totale indépendance, pendant des siècles, dans toute la péninsule ibérique mais plus particulièrement en Andalousie, Castille-la-Manche, Castille-et-León, Estrémadure et Navarre-Aragon, ainsi qu'au Portugal surtout dans la vallée du Tage. C'est seulement à partir des années 1500/1600 que va commencer un semblant d'élevage dirigé de ce bétail, qui donnera finalement, au XIXe siècle, notre toro de combat.

 

Voilà donc notre bétail "brave" espagnol bien démystifié ! Un simple bos taurus laissé à lui-même et redevenu à peu près sauvage. Pas même un aurochs local mâtiné de bos, ou inversement. Et moins encore un pur aurochs local, sauvage ou domestiqué.

 

Chose surprenante, il en va de même pour la totalité de nos bovins européens : de la vache normande à la vache écossaise en passant par le camargue et par les plus vieilles races, aucune évidence moléculaire ne signale que nos bœufs européens (bos taurus) se soient croisés avec les aurochs européens (bos primigenius primigenius) déjà existants chez nous. Nos bœufs européens seraient donc tous de purs bos taurus. Y compris, donc, notre bétail camarguais, lui aussi démystifié et que son ADN mitochondrial [transmis uniquement par les mères] situe comme tel.

 

Bos taurus ibericus ? à ce jour, un animal domestiqué revenu à la vie sauvage avant d'être à nouveau domestiqué… au moins juridiquement : d'abord par une reproduction dirigée, ensuite par l'apport de la nourriture. C’était l’opinion des archéozoologues, elle est maintenant vérifiée par les études génétiques, n’en déplaise à nos rêves d’aficionados !

Toutefois, le génome des bos européens est aujourd’hui séquencé ; quand on connaitra le chromosome Y [transmis uniquement par les pères] des aurochs et leur génome entier, peut-être découvrira-t-on chez nos bos taurus des traces de croisement avec l’aurochs local ? Peut-être même n’en trouvera-t-on que chez les toros de combat ??? Nous pouvons encore rêver…


Prochain article : L'EMERGENCE DU TORO BRAVO 


 

Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.


http://toro-genese.com/torogenese/html/index.html

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