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Sánchez Fabrés a punto de desaparecer...

Publié le par vingt passes, pas plus...

La ganadería de Sánchez Fabrés está a punto de desaparecer y, con ella, el encaste coquilla, que se encuentra en vías de extinción.
La diversidad de la cabaña brava es cada día más pobre, y así la tauromaquia pierde fuerza y belleza.
Nosotros los aficionados no tenemos muchas posibilidades de reacionar frente a esta triste noticia, pero lo mínimo que podemos hacer es decir a Sánchez Fabrés que apoyamos, por lo menos moralmente, su tarea. Aunque es muy difícil, vale la pena intentarlo.Por eso invitamos a aficionados, críticos taurinos, empresarios, ganaderos, mozos de espada, o cualesquiera otros a que mandéis un mensaje de apoyo antes del miércoles a nuestro email contact@camposyruedos.com
Se los remitiremos al ganadero.
 
Pedimos a los webmasters de páginas taurinos, grandes o pequeñas, que difundan este mensaje de la forma más amplia posible.
Gracias a todos.

 
* * *

En signe de solidarité, et à la demande de "CAMPOS Y RUEDOS", nous reproduisons dans nos lignes l'article relatif à la menace de disparition de l'élevage Sánchez Fabrés. Adressez votre message de soutien à contact@camposyruedos.com.

 
La ganaderia de Sánchez Fabrés est sur le point de disparaître et avec elle, c’est l’encaste Coquilla qui se retrouve en voie d’extinction. La diversité de la cabaña brava s’amenuise tous les jours un peu plus, la tauromachie y perdant sa force et sa beauté.
Les aficionados que nous sommes ont peu de moyens de réaction face à cette triste nouvelle mais le minimum que nous puissions faire est de montrer à Juan Sánchez Fabrés que nous le soutenons, ne serait-ce que moralement. Le combat, si dur fut-il, vaut peut-être la chandelle d’être poursuivi…
Pour cela, que vous soyez aficionado, chroniqueur taurin, empresario, torero, ganadero, mozo de espada ou autre, écrivez avant mercredi soir (02 décembre 2009) un message de soutien à Juan Sánchez Fabrés à l’adresse suivant : contact@camposyruedos.com , qui fera suivre au ganadero.
Pour tous les webmasters de sites ou blogs taurins, grands ou petits, veuillez avoir l’amabilité de diffuser ce message le plus largement possible.
Merci à tous.

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LE TORO BRAVO ET L'AUROCHS ESPAGNOL

Publié le par Jacques TEISSIER.

 

TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES (III)


LE TORO BRAVO ET L'AUROCHS ESPAGNOL
 

D’où viennent les toros sauvages de la péninsule ibérique, qui ont donné naissance à notre toro bravo ? quel est leur rapport avec l’aurochs local ? La réponse n’est pas évidente car il faut compter aussi avec d’autres sources de bovins.

 

 

Il est reconnu que, dans leurs migrations, les diverses peuplades faisaient suivre leurs 'bos', évidemment domestiqués (donc des bos taurus et non des bos primigenius primigenius), même si, peut-être, ils étaient peu dociles. Le bos taurus semble s’être répandu en Europe par 2 grandes voies. Ce sont les céramiques qui font apparaître les deux voies le long desquelles se sont répandues les cultures néolithiques : la voie danubienne (caractérisée par la céramique appelée Linearbandkeramik « LBK ») et la voie méditerranéenne (caractérisée par la céramique appelée cardiale). On ne sait toujours pas avec certitude si ce sont seulement les cultures qui ont migré, par diffusion progressive, ou si les hommes néolithiques ont eux aussi migré ; cette seconde hypothèse semble quand même la plus vraisemblable. Mais quelle que soit l’hypothèse, diffusion culturelle ou déplacements de populations, les bos sont probablement arrivés en Europe de façon privilégiée par ces deux voies. Le long de la vallée du Danube, les déplacements se sont évidemment faits à pieds; le long du littoral méditerranéen, il semble que les déplacements se sont faits par sauts de puce en bateau. Ces bos taurus sont-ils arrivés jusqu’en Espagne ? C’est des plus probables. Quand y sont-ils arrivés ? Voilà qui reste à ce jour bien difficile à préciser, mais les origines doivent être très anciennes. Étant entendu que le toro bravo ou de lidia est un bos : descend-il directement de l'aurochs de la péninsule ibérique (un bos primigenius primigenius) ? est-il un bos taurus ? ou bien est-il un croisement des deux ?

 

La thèse classiquement soutenue dans les milieux taurins est que le toro bravo descendrait directement de l'aurochs de la péninsule ibérique ; c’est ce qui expliquerait son originalité par rapport à tous les autres bovins d’Europe. Dans la péninsule ibérique, l'aurochs serait devenu, par adaptation au milieu, plus petit et plus robuste ; il aurait subi une certaine différenciation selon les habitats - ce qui est fort possible car il est bien connu qu'une espèce sauvage est en équilibre avec son biotope, et notamment avec les ressources alimentaires qu’il lui offre -. Par exemple, toutes les études indiquent qu'entre les aurochs danois (de grande taille) et ceux du pourtour méditerranéen, il y avait de fortes différences de format. On cite un cas de nanisme insulaire en Italie (Sicile). Dans le midi de la France et en Suisse, on a trouvé de tout petits bœufs d’un néolithique récent : les âges du Bronze (entre -2.000 et -1.100 en France) et du Fer (il débute vers -1.100 dans le monde méditerranéen). Bref, les sauts de taille des bos sont si évidents qu’ils intriguent les chercheurs ! Notons au passage que la riche alimentation des toros de combat actuels en protéines a eu pour effet, en moins d'un demi-siècle, de grandir considérablement leur type physique… comme pour les humains ! Même si la sélection de reproducteurs plus charpentés y a contribué aussi, le fait est significatif.


 

 

Eh bien la génétique dit tout autre chose que la thèse classiquement soutenue dans les milieux taurins selon laquelle le toro bravo descendrait directement de l'aurochs ibérique. Si curieux que cela puise paraître, la supposée "adaptation au milieu" de l'aurochs pour donner le toro bravo cache en réalité la disparition pure et simple de l’aurochs, et sa substitution par diverses lignées de bos taurus, tous issus des foyers de domestication néolithiques du Proche-Orient, sans aucune trace visible de domestication locale de l’aurochs espagnol. Logiquement, on aurait pu penser au moins à un croisement, volontaire ou accidentel aurochs X bos taurus ; mais même s’il y en a eu, ce qui est fort vraisemblable, aucune trace génétique n’a encore été trouvée : soit les descendants ont été tués tout de suite, soit les lignées ainsi produites se sont éteintes… Lorsqu’on disposera du génome entier des toros de combat et des aurochs, peut-être trouvera-t-on quelque chose ? Pour l’instant, au risque de décevoir notre romantisme, nous devons reconnaître que notre toro bravo n’a probablement pas d’autre origine que le bos taurus : un animal domestiqué !

prochain article : AUX SOURCES DU TORO BRAVO 

 

* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.


http://toro-genese.com/torogenese/html/index.html

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MANOLETE - UN PROFIL

Publié le par Charles CREPIN.

 



MANOLETE est le torero mythique des années 40. On dit que seul Pepe Luis VÁZQUEZ aurait pu le dépasser. Pepe Luis, c'était l'élégance, la subtilité, la délicatesse et l'inspiration au service d'un classicisme épuré et d'une grande intelligence du toro. Et pour couronner le tout, il était parfois comme touché par la grâce divine. On comprend pourquoi la critique et le mundillo littéraire, restés très belmontistes, lui étaient, favorables. Mais il lui manquait sans doute la volonté et le courage nécessaires pour se hisser au rang de numéro un. Il ne combattait pour personne. Il attendait le bon toro, et lorsqu’il l’avait trouvé, il toréait avec détachement, sur un nuage et pour lui-même. MANOLETE, lui, c’était tout le contraire : un grand corps longiligne raide et emprunté, un visage triste et ingrat, mais une volonté de fer, un immense courage, un sens inné du sitio lui permettant d'enchaîner naturellement les passes, et ceci devant tous les toros. Du jamais vu ! Son aguante majuscule et son immobilité incroyable pour l'époque, transmettaient une  forte émotion sur les gradins et lui valurent d'être adulé par le public. Atypique et révolutionnaire, il a imposé sa personnalité et donné le « la » du toreo moderne. Par la suite, tous les toreros, même ceux qui se sont réclamés du plus pur style « néo-classique », ont beaucoup emprunté au toreo du "Calife de Cordoue". Et ceux d'aujourd'hui davantage encore. 
 

 

MANOLETE est aussi le héros d’une légende noire, fragile et contrefait par des soupçons de trucage et d’artifices que le temps n’a pas totalement effacés. Son image reste pour certains celle d’un torero habile motivé par l’argent, et grandi par sa mort. Lieux communs et critiques intégristes ont longtemps alimenté ce sombre portrait, accusant le célèbre maître d’avoir toréé des « becerrotes afeitados » et dénonçant son toreo de profil, une faute impardonnable pour les gardiens du temple belmontiste. Et pour finir, son écrasante domination finit par lasser un public toujours plus exigeant, ce qui fit dire à MANOLETE, désabusé : « Je ne pense pas qu’on puisse toréer de plus près ni plus immobile qu’on l’exige de moi, à moins de monter sur l’animal (…) ». 


Paix à son âme. Avec du recul, les reproches qui lui ont été faits ne semblent pas tous fondés. L'utrero (toro de 3 ans) toréé par MANOLETE était la règle dans l'Espagne d'après guerre. Tous les toreros sans exception ont combattu des utreros jusqu’en 1973 !  Et puis, ces novillos auraient sans doute  pu  rivaliser de caste et de dangerosité avec beaucoup de nos cuatreños actuels ! Ensuite, à propos de l’afeitado, vous savez sans doute que cette pratique centenaire a toujours autant d’adeptes…  Parlons d'argent. Inflation comprise, les cachets de MANOLETE étaient sans doute plutôt modérés comparés à ceux de nos riches figuras d'aujourd'hui. Et enfin, venons en au toreo de profil, car c'est la question intéressante. On a vu plus haut combien plusieurs générations de toreros ont emprunté à ce style (sans faire toujours aussi bien que MANOLETE...). Vue sous cet angle, la querelle faite à MANOLETE paraît un peu étroite, non ? En tout cas, en décalage avec ses passes serrées « au fil de la corne » et chargées d'émotion. L'aficionado reste parfois perplexe et frustré devant cette éternelle dualité du couple « toreo belmontiste / toreo profilé ». A cet égard, les citations reprises ci-dessous permettent d'élargir un peu les points de vue. 
 
 

 


 

« - En el toreo, todo lo que no sea cargar la suerte, no es torear sino destorear"   

Domingo Ortega.

 



« (…) - On peut très bien avancer la jambe tout en déchargeant la suerte, si au lieu de déplacer le poids du corps sur la jambe de sortie, on le laisse sur la jambe d’entrée. En fait, avancer la jambe, ce n’est qu’un recours destiné à rejeter le taureau vers l’extérieur (…). 


Joselito, cité par André VIARD –
COMPRENDRE LA CORRIDA - Éditions atlantica 2001

 




« - J’évite d’avancer la muleta vers la corne contraire ; je la garde plutôt légèrement en retrait par rapport à mon corps. J’évite aussi de « charger la suerte », car toutes ces sollicitations reviennent à forcer le sort, à tordre les évènements. Elles sont pour ainsi dire les béquilles qu’offre la technique quand on a une insuffisante maitrise de soi et de la bête ». François ZUMBIEHL « dans la tête de MANOLETE » 

François ZUMBIEHL - MANOLETE -  Éditions Autrement 2008


 


 

Publié dans Culture taurine

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L'AUROCHS EN ESPAGNE

Publié le par Jacques TEISSIER.

 

TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES (II) 
 

Au fur et à mesure, mais de manière de plus en plus intensive à partir du milieu du XVIIIe siècle, un élevage systématiquement dirigé s'est organisé, par sélection puis par croisements divers, en fonction des résultats recherchés pour les jeux taurins : ceux des villes et villages en fête [cf. el toro de la Vega], ou ceux des spectacles organisés, offerts ou payants. Et c'est là que tout va se compliquer… Mais nous n’en sommes pas là ! Voyons d’abord la question des origines : quel est le rapport entre l’aurochs et le toro de combat ? 


L'AUROCHS EN ESPAGNE



Il est admis par les zoologues/archéozoologues que l'aurochs, ou bos primigenius, est l'ancêtre de tous les bovins actuels du monde. Il a été présent pendant une période très longue (un demi million d'années à peu près) et sur un territoire très étendu (Europe et Asie, voire Afrique). C'est pourquoi il est raisonnable de penser qu'il s’est différencié graduellement au cours du temps. Aussi paraît-il préférable à beaucoup d'admettre l'existence de ces deux, voire trois, sous-espèces géographiques à la fin du pléistocène et au début de l'holocène, c’est-à-dire il y a 10.000 ans (= en -8.000), date à laquelle commence la révolution néolithique. Ces 3 sous espèces sont l'une européenne et proche-orientale (bos primigenius primigenius), l'autre asiatique (bos primigenius namadicus), plus peut-être une troisième africaine (bos primigenius hahni).



 

 

 

A l'origine, l'aurochs est grand : dans les 2 mètres au garrot, d'après les ossements fossiles. D'après les peintures et les récits, on le suppose véloce, farouche, avec un avant-train puissant (aleonado, de type 'lion', selon l'expression espagnole), et ayant tendance à fuir l'homme… comme tous les animaux sauvages, et plus encore les herbivores qui constituent la proie des félins. Son pelage typique serait negro listón (noir avec une raie, dite 'listel', plus claire le long de l'épine dorsale) ou castaño oscuro (châtain foncé). Il vit en hardes essentiellement composées de vaches : il semble que la règle soit un groupe de base d'origine matriarcale, d'une vingtaine de têtes au plus, associant les femelles et les jeunes, avec un mâle dominant ; les autres mâles adultes évoluant en périphérie par groupes de 5 à 15, et les vieux mâles solitaires étant rejetés plus loin. Cette organisation joue sur de vastes espaces, hors de la saison de reproduction où les mâles tentent de rejoindre les femelles, ce qui engendre des luttes pour la dominance.

 

La totalité des bovins domestiques actuels dérive de l'aurochs, bos primigenius. La forme domestiquée du bos primigenius primigenius, l’aurochs d'Europe et du Proche-Orient, est le bos taurus. D’après les études archéologiques et archéozoologiques, son centre de domestication se situe sur le plateau anatolien et jusqu’en Syrie, où l’on a retrouvé quelques foyers de domestication datant tous de quelque 8.000 ans avant JC : l’époque de la "révolution néolithique", caractérisée par le passage de la chasse-cueillette à l'élevage-culture. Les données génétiques des bos modernes vont dans ce même sens ; et peut-être aurons-nous un jour des données paléogénétiques suffisantes, réalisées à partir d’ossements archéologiques pour confirmer pleinement la chose : si on arrive à retrouver de plus en plus d’ADN dans les os de l’homme de Neandertal, pourquoi pas chez le bos !

 

La présence des aurochs en Espagne est attestée par les ossements archéologiques. Quant aux peintures du paléolithique supérieur (autour de -15.000 ans), elles attestent aussi leur importance pour ses habitants à cette époque. On est donc certain que des hardes d'aurochs erraient dans la péninsule ibérique à l'état sauvage… et que l’homme les a rencontrés. Puisqu’ils ne pouvaient certainement pas traverser Gibraltar à la nage, on pense qu’ils seraient entrés naturellement dans la péninsule par les Pyrénées. Ces hardes sont-elles à la source de nos toros bravos ? Ce n’est pas impossible dans cette péninsule ibérique coincée entre Océan, Méditerranée et Pyrénées qui forme une véritable niche écologique. Mais est-ce la réalité ?

 

Continuité culturelle : plus tard, les Ibères - arrivés aux approches de -1.000 - voueront au taureau un véritable culte, comme l'ensemble des civilisations méditerranéennes (Crète, Thessalie, Égypte et tout le Proche-Orient ancien). A ce sujet, Tite Live raconte que les cavaliers ibériques aimaient défier à cheval les taureaux sauvages. On connaît d'ailleurs un exemple historique fameux d'utilisation par les Ibères de taureaux plus ou moins sauvages [pas forcément des aurochs, on ne sait pas !] dans des batailles militaires – étaient-ils déjà manœuvrés grâce à des "mansos" ?... - : en - 228, le fameux guerrier ibère Orisón provoqua une nuit de terreur dans le camp du carthaginois Amílcar Barca (de barak qui signifie foudre en phénicien-punique), installé à Héliké (Elche de la Sierra - Albacete), en lançant contre lui des taureaux 'emboulés' avec des torches avant de porter son attaque ; un combat dans lequel Amílcar trouva la mort. Ce pourrait être l'origine des actuels "toros de fuego"… à moins que ce ne soit l'inverse !

 

Quel est donc le rapport entre l’aurochs et le toro de combat ? Comme nous ne pourrons jamais comparer le toro bravo avec des aurochs espagnols encore vivants. Il nous faut trouver d’autres voies.

Prochain article : LE TORO BRAVO ET L'AUROCHS ESPAGNOL
 

* Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.

 

http://toro-genese.com/torogenese/html/index.html

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TORO BRAVO, CASTES ET ENCASTES (I)

Publié le par Jacques TEISSIER.


Par Jacques TEISSIER*

 * Prêtre, aumonier des arènes de Nîmes, aficionado practico, Jacques TEISSIER  a réalisé depuis plus de 10 ans un considérable travail de recherche dédié aux élevages et aux encastes de toros bravos, travail que les aficionados, les journalistes taurins, les professionnels de l'arène, les éleveurs, ainsi que les scientifiques peuvent découvrir sur son remarquable site: TORO–GENESE.

 

http://toro-genese.com/torogenese/html/index.html


Le 5 novembre 2009, Jacques TEISSIER a donné une conférence sur la Génèse du TORO BRAVO devant les membres du CERCLE TAURIN NIMOIS dont il était l'invité. Au cours d'une intervention d'une grande densité, l'auteur évoque l'essentiel de cette génèse en laissant de côté les détails indigestes qui jalonnent habituellement ce sujet ardu mais néanmois incontournable et passionnant pour l'aficionado.

Vingt passes, pas plus
publie le contenu intégral de cette intervention dans une série de quatorze articles à paraître au cours des prochaines semaines.

Voici le premier de ces articles.  


 

 



AVANT-PROPOS


Guardiola, Miura, Pablo-Romero, Juan Pedro Domecq, Contreras, Buendía, Victorino, Santa Coloma, Veragua, Murube, Saltillo etc. Voici une 12aine d’années, je me suis mis en tête d’essayer de comprendre quelque chose dans les diverses lignées de toros bravos, dont je ne savais quasiment rien, sinon leur existence et encore... Je ne me doutais pas du défi que je venais de relever. C’est inextricable. Avec trop peu de temps il est vrai, je n’ai encore mis au clair que 200 élevages, sur les 2.000 et quelques qu’il me faudrait faire. Si je vis jusqu’à 150 ans et ne suis pas trop occupé par ma retraite, j’en verrai peut-être le bout !

 

Je n’ai pas l’intention de vous barber avec des enchevêtrements de détails, qui vous farciraient les méninges et que vous vous empresseriez d’oublier dans les secondes qui suivent. Je me suis efforcé de retenir surtout de grandes lignes qui permettent de comprendre l’essentiel : à savoir que c’est très compliqué, qu’il y a beaucoup de cachoteries… mais que l’on peut tout de même en arriver à quelques idées claires sur le sujet, et découvrir aussi quelques anecdotes savoureuses.

 

Il nous faudra d’abord tenter de découvrir les origines du toro bravo : d’où viennent les troupeaux sauvages qui ont donné naissance aux élevages braves ? Il y a une littérature sur le sujet : elle relève plus souvent de la poésie que de la réalité. L’histoire donne tout de même quelques repères solides ; l’archéozoologie la complète heureusement, puissamment aidée par les techniques actuelles, dont celles de la biologie moléculaire. Essayons donc de nous donner de bonnes bases. Ensuite, nous entrerons un peu dans les arcanes des élevages bravos.


EN ESPAGNE, UNE SURVIVANCE EXCEPTIONNELLE 


L'aurochs, qui peuplait l'Europe, l'Asie et probablement l'Afrique du Nord, a été exterminé absolument partout au monde. D’après les archéozoologues, chez nous, l’aurochs a été exterminé très tôt : entre -4.500 et -2.500 en Scandinavie ; durant le Calcolithique (de -2.500 à -1.800) dans la Péninsule ibérique ; durant l’âge du Bronze (autour de -1.500) en Europe de l’ouest, Grande-Bretagne incluse ; entre +1.000 et +1.400 dans de larges régions d’Europe centrale. Les restes ont été poussés dans des "poches" isolées, ce qui a conduit à leur extinction totale au 17ème siècle. Durant les millénaires de leur présence, ils ont eu le temps de se différencier quelque peu selon leur habitat ; mais toutes les branches demeurent certainement interfécondes. A l'ère moderne, seules notre Camargue et la Péninsule Ibérique semblent avoir fait office de "conservatoire" écologique. Partout ailleurs, le taureau sauvage a disparu. Est-ce à dire que nos taureaux camarguais et espagnols seraient les restes, miraculeusement préservés, de nos anciens aurochs ? Pas si sûr !

 

On trouve certes, dans des archives, des documents faisant encore état d’une présence de l’aurochs en Europe au Moyen-âge. Ces dernières présences attestées remonteraient : en Espagne au 5ème siècle ; en France au 10ème (12ème ?) siècle [on aurait même trouvé de l’aurochs (?) en Corse du sud datant du Bas Moyen-âge : 1250-1492 ; et même d’après 1.500 !] ; en Grande-Bretagne au 12ème siècle. Mais s’agit-il de véritables aurochs ? s’agit-il de derniers vestiges isolés dans des « poches » ? il est assez difficile de le préciser. D’autant plus que longtemps le mot de « bison » a été employé aussi pour l’aurochs (de même que, inversement, le mot « ur » -aurochs -  a été employé pour le bison). En tout cas, l’aurochs a totalement disparu de l’Europe continentale au 17e siècle : le dernier spécimen connu, une vache, est tué en 1627 dans les forêts profondes de Pologne, dans la région de Jaktorów au sud-ouest de Varsovie [à moins qu’elle ne soit morte dans un zoo !?...].

 

La Camargue a été le refuge d'un petit taureau noir – ou même « rouge », roux -, très vif, aux cornes "en lyre" ou "en gobelet". Nous le connaissons bien, même si le XIXe siècle lui a ajouté du sang espagnol, surtout navarrais.

En Espagne, au XVIIIe siècle, on trouve essentiellement :

° Sur les contreforts pyrénéens de Navarre et les rives de l'Èbre, un petit toro, roux (colorado), de toutes nuances (colorado, colorado encendido feu, melocotón pêche, retinto acajou), quelquefois châtain (castaño) ou noir, parfois sardo (mélange de noir, de roux et de blanc) ou même gris (cárdeno, mélange de poils noirs et blancs), voire blanc (ensabanado) ; il est très agile, combatif, infatigable, aux cornes courtes et relevées. C’est celui que figurent les tauromachies de Goya. Il reste encore dans les Pyrénées basques de la vallée de la Bidasoa et sur le versant espagnol correspondant, quelques hardes totalement sauvages de betisu, sans doute vestiges de ces anciens troupeaux ; ils déclinent seulement toutes les nuances du colorado.

° Dans les steppes madrilènes de Castille, et tout autour au sud et à nord-ouest, c'étaient des bêtes grandes, puissantes, aux grandes cornes relevées et à la robe noire, rousse (colorado), feu (colorado encendido) ou beige (jabonero).

° Quant aux terres marécageuses du delta du Guadalquivir, elles étaient habitées par des toros de taille moyenne mais très musclés, généralement noirs, parfois pie ("berrendo"), roux ou gris, aux cornes harmonieuses…

Mais il y en avait quasiment partout en Espagne. Une seule branche survit aujourd’hui de façon vraiment significative : celle de l’Andalousie. La lignée navarraise est un cas particulier : nombre d’éleveurs locaux, fournisseurs de spectacles populaires de rue, essaient aujourd’hui de la faire revivre : en raison de sa vivacité et de son agressivité, ils avaient toujours gardé un petit fond de navarrais, mais plus ou moins métissé d’autres lignées.

 

En effet, en Espagne, outre la géographie, une multitude de jeux taurins, populaires ou aristocratiques, et très anciens - peut-être enracinés jusqu'en d'antiques rituels religieux de chasse ou de culte - ont contribué de façon décisive à la survivance de lignées sauvages. Plutôt que de domestiquer les bêtes pour l'élevage et les travaux agricoles (comme au Portugal, en certains lieux d’Espagne [cf. moruchos de Salamanca] et même en Camargue)… plutôt que d'étendre les terres cultivables au détriment des habitats naturels (comme en Camargue, dans la Péninsule Ibérique, sur les berges du Danube ou en Italie)… plutôt que d'exterminer les bêtes à chasser ou à capturer pour les jeux… de grands propriétaires terriens se sont mis, dès le XVIe-XVIIe siècle et surtout au XVIIIe, à rassembler et à entretenir les troupeaux sauvages présents sur leurs terres pour fournir les jeux taurins et rehausser leur prestige. C'est ainsi qu'en Espagne, la noblesse… et les grandes congrégations religieuses ! sont à l'origine de la survie de ce que nous appelons aujourd'hui le "toro de combat", le toro bravo

Prochain article : L'AUROCHS EN ESPAGNE 

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