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ECOLE DE L'AFICION

Publié le par Charles CREPIN.

 




L'éditorial d'un site taurin daté du 27 octobre stigmatise les aigreurs et la méchanceté jubilatoire des bloggeurs taurins en mal d’identité et de compétence. Cet éditorialiste imagine au passage que Montesquieu, témoin de notre temps, aurait eu matière à nourrir ses Lettres persanes des multiples turpitudes qui peuplent la toile aujourd'hui. Sauf qu’en dénonçant à son époque l’omnipotence du souverain, l’auteur des Lettres persanes n’avait sans doute pas imaginé qu’aujourd’hui, des monarques d'un autre type, disposant de surcroît d’un quatrième pouvoir s’irriteraient de devoir partager le web avec d’ignares et grincheux bloggeurs. Et comme alternative à la nocivité de ces vociférateurs insupportables, l’auteur de l'éditorial appelle de ses vœux la création d’une «école de l’aficion» dans laquelle seraient impliqués de façon conjointe des gens de bonne volonté, professionnels, organisateurs, et aficionados. « Un cursus éclectique » en quelque sorte.

 

Bravo ! Voilà donc résolue l’impossible quadrature du cercle sur laquelle plusieurs générations de taurins se sont en vain cassé les dents !  

 

 Plus sérieusement, l’idée ne résiste pas au rappel de quelques évidences : organisateurs, professionnels et aficionados défendent tous des intérêts légitimes, mais radicalement différents. En d’autres termes, dans le conclave improbable souhaité par l'éditorialiste, l’aficion est bien la seule des parties n’ayant dans ce jeu aucun intérêt d’ordre financier, aucun impératif de réussite commerciale, aucune contrainte professionnelle, aucune obligation de réserve, aucune crainte du retour de bâton, et au final, aucune autre récompense que celle de ressentir l’émotion transmise par une lidia préservée des dérives et des fraudes. Pour toutes ces raisons, l’Aficion doit impérativement préserver son indépendance. Par conséquent, il serait sage de ne pas diluer son énergie dans un écheveau de préoccupations contradictoires. Sage aussi de laisser s’exprimer toutes les voix et les sensibilités porteuses d’une certaine idée de la Fiesta Brava, quand bien même leur style serait amer et peu convenu sur la forme. Et même si la qualité éditoriale de ces blogs taurins peut paraître inégale, ils portent tous en eux le sens profond de l’aficion et le courage de dire avec force et sincérité ce qui leur semble bon pour la Fiesta Brava, en toute indépendance. Qui a le droit de juger leur droit d’expression ou leur compétence ? Qui est réellement légitime à  dénoncer la nocivité de leurs propos ?  Quant à l’école de l’aficion, elle est certes plus que nécessaire aujourd’hui à l’éducation d’un public qui ne comprend pas toujours ce qu’il voit, un public qui, pour n’avoir rien connu d’autre, finit par croire que la corrida formatée qui lui est fréquemment proposée par les organisateurs et les professionnels, constitue l’idéal de la tauromachie et le nouveau canon du toreo. L’école de l’aficion, n’en déplaise à certains, c’est aux clubs taurins de l’assumer, à l'abri des pressions, en mettant soigneusement l’accent sur les enjeux de la survivance d’une corrida authentique et d’un toro brave intègre. C’est une question d’éthique, par nature hors de portée de beaucoup d’organisateurs et de professionnels. 

 

Publié dans Aficion

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TORO EMOCIÓN

Publié le par charles CREPIN.

 

 

- A partir de moi, le toreo sera une question de Style.

                                             Juan Belmonte.

 

 

Le problème le plus important, en tauromachie, est celui de l’Esthétique.

Simon Casas, il y a quelques années sur Canal +

 JP Darracq. Génése de la Corrida  moderne.

 

 

"N'en déplaise à Simon Casas, le premier devoir du torero est de s’appliquer à dominer le toro. Le reste, les belles séries de passes longues, viendra de surcroît. Et plus cette domination aura exigé d’efforts, plus intense sera l’émotion. Celle qui fit dire à Rafael «El Gallo» toréant un grand toro d’Aleas à Madrid :   A chacune de mes passes, les larmes me jaillissent des yeux… "

Jean-Pierre Darracq « El Tío Pepe » Genèse de la corrida moderne.

 

 

"Plus cette domination aura exigé d’efforts, plus intense sera l’émotion". Cette nuance est ici fondamentale. D’un côté, un torero de premier rang qui donne des passes de rêve, ciselées, templées, un Enrique Ponce des grands jours par exemple. En face, un toro à l’armure commode, décasté, mono-pique, et sans force ni sauvagerie, qui passe soixante fois, parfois plus, autour du maître. Pour l’aficionado averti, cette faena proche de la perfection donne l’impression d’un combat contrefait et sur joué où seule compte l’esthétique du geste. En tout cas, elle ne transmet pas l’émotion d’un combat authentique, éminemment risqué, même si le risque mortel demeure.

 

Précisément, le toro n’est-il pas la véritable clé du problème ? Car en effet, la faena formatée, telle qu’on la voit aujourd’hui est couramment le fruit de la collaboration docile d’un toro sélectionné à cet effet. Un toro noble et soso à l'excès, partenaire d’un torero “distanciado” et profilé qui, en fin de faena, vient se placer à deux centimètre du frontal de l’animal épuisé et immobile. Qu’il fasse le même numéro devant un Victorino ou un Miura. Après, promis, on en reparle. Bref, tout ceci est parfait pour l’esthétique, mais un peu mince pour l’émotion.  

 

C’est donc bien le toro qui, par sa puissance, sa caste et sa bravoure, dessine les contours possibles du toreo moderne, celui de la seule esthétique et des artifices, ou celui de la véritable émotion. Question de style, question de sincérité aussi.

Publié dans Le toro

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Septembre, le mois le plus sanglant

Publié le par vingt passes, pas plus...


LA CHRONIQUE DE FRÉDÉRIC PASCAL

 

 

Photo C. CREPIN

De tous temps, le mois de septembre taurin est celui du plus grand nombre de blessures. C’est le mois le plus intense en nombre de festejos donc, statistiquement, le plus exposé ; mais c’est aussi l’ultime chance, pour les toreros, de réaffirmer leur position hiérarchique dans le perspective de la temporada suivante. A Dax, Bayonne, Arles et Nimes, ils se classent pour le marché français. Au Nord, ils entrent en compétition a Logroño, Barcelona, Valladolid et Salamanca. Au Sud, Albacete, Murcia et Séville (San Miguel)  sont des épreuves incontournables. Mieux entraînés qu’en début de saison, les toreros sont plus confiants, prennent plus de risques et, fatalement, sont plus souvent blessés. Cette année, toutes catégories confondues, c’est à dire banderilleros et novilleros inclus, ce ne sont pas moins de 26 d’entre eux qui ont subi une opération sous anesthésie à la suite de blessure par corne de toro. Ne serait-ce qu’en raison des souffrances qu’il viennent d’endurer, il convient de les citer tous dans ces lignes : Miguel Angel Perera, Alejandro Amaya, Sebastian Vargas, El Fundi, El Cid, Miguel Tendero, Pablo Delgado, Jose Maria Tejero, Luis Garcia (Nino Leganes), Salvador Vega, Arturo Saldivar, Patrick Oliver (Villebrun), Juan del Alamo, Ernesto Tapia (Calita), Sergio Flores, Angelino de Arriaga, Juan Luis Serrano, Javier Cerrato, Pepin Monje, Jesus Marquez, Moreno Munoz, Luis Miguel Vasquez, Javier Herrero, Padilla, Javier Velazquez. Les plus touchés sont encore alités, ils commencent chez eux une pénible convalescence. Bien que son accident soit intervenu le 23 août, il serait injuste d’exclure de cette liste l’infortuné alguacil de Carcassonne, Christian Baile, qui, toujours hospitalisé, vient tout juste de sortir de l’antichambre de la mort. Lui aussi a droit à toute notre compassion. Telle est la douloureuse dîme que la fiesta prélève avant que les ferias de Zaragoza et Jaen, ne ferment la saison. Nonobstant, septembre n’a pas bouleversé les positions acquises, mais certains ont marqué plus de points que d’autres. Ainsi, la feria de la Merced de Barcelona a vu les triomphes majuscules de José Tómas, El Juli et J.M. Manzanares, laissant un excellent Morante un peu en retrait. Une semaine plus tard, à Madrid, où il avait pris le gros risque de se remettre en question, notre compatriote Sebastian Castella s’est consacré triomphateur de la temporada en s’ouvrant la grande porte pour la deuxième fois de l’année. S’il n’avait pas pinché son second toro il aurait même pu sortir avec quatre oreilles dans les mains. Pendant ce temps Perera  triomphait lors de son seul contre six de Zafra, mais ne gagnait pas de terrain car les trophées de province ne sont pas ceux de Madrid. Ainsi va la nave. 

 

 

Publié dans Chroniques

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