Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

TEMPORADA 2009. Passage du premier grand col

Publié le par Frédéric PASCAL

 




LA CHRONIQUE DE FRÉDÉRIC PASCAL
 

 

Dans le tour d'Espagne, que les figuras s'imposent chaque été, la feria de Pamplona est une difficulté majeure, tant par la présentation de son bétail, que par les particularismes de son public. L'ascension de ce premier grand col a fait de gros dégâts, blessures et voteretas violentes n'ont pas manqué, touchant, du reste, autant les subalternes que les maestros. Lors des sept premières corridas une majorité de toros a fait preuve de « genio » et rares sont ceux qui ont collaboré. Au bilan, il ne s'est coupé que sept oreilles sur quarante deux combats, ce qui illustre bien la sélectivité de cette première partie du parcours. Dans le peloton des toreros El Cid a été éliminé sur blessure et quatre baroudeurs de la jeune génération, Miguel Tendero (1 oreille), Ruben Pinar(2 oreilles) et Daniel Luque, ont réalisé une belle échappée favorisée par les deux seuls meilleurs exemplaires de la corrida de Jandilla, qui échurent à Ruben Pinar. Castella (1 oreille) et Manzanares sont restés coincés dans un groupe de poursuivants du fait des difficultés de la corrida de El Ventorillo. Les corridas d'Alcurucen, Cebada Gago, Dolorés Aguire (à l'exception du toro « Cantinillo », auquel fut attribué le prix du meilleur toro de la feria), Miura et Fuente Ymbro retardèrent les autres concurrents. Ce n'est que dans le faux plat offert par la bonne corrida de Nunez del Cuvillo que se détachèrent les trois triomphateurs, En effet, ce n'est que lors de la corrida de clôture, que trois des favoris, Morante de la Puebla, El Juli et Perrera, ont coupé un total de six oreilles soit presque autant que lors des sept spectacles précédents. El Juli confirme son grand moment, intelligent et inspiré, il trouve toujours le moyen de triompher. Perrera, qui semblait patiner, repend sa marche en avant.  Castella défend sa position, mais sans crispation, ce qui lui permet de s'exprimer avec plus de sensibilité. L'atypique Morante s'arrime à tous les toros et signe des œuvres pour l'histoire, techniques et lourdes de sens.  La percée des trois jeunes est la bonne surprise de cette première partie de temporada, Il faudra confirmer pour Pinar, qui semble porté par la chance au moment du sorteo, mais Tendero et Luque ont d'ores et déjà fait valoir des  arguments moins conjoncturels. La feria de Bilbao, le prochain grand col, se profile à l'horizon. Entre temps la compétition se joue en plaine, dans les ferias d'été, notamment en France, où après Mont de Marsan, viendra Bayonne, Dax et Béziers.

 

 

Publié dans Chroniques

Partager cet article

Repost 0

LE TORO VA TUER LA CORRIDA

Publié le par C.CREPIN



Dans un article intitulé
El toro bravo, piedra de escándalo publié par le journal El País* et repris dans sa traduction française par le Courrier International sous le titre Le toro va tuer la corrida, Antonio LORCA, critique et chroniqueur taurin, stigmatise la dérive que connaît aujourd'hui la corrida, estimant qu'elle court à sa perte, entraînée vers le gouffre par le « toro moderne ». Le chroniqueur braque sans retenue le projecteur sur les mécanismes de cette dérive. Au passage, il pointe les responsabilités de l'ensemble des acteurs du monde taurin qui, directement ou indirectement, par intérêt, allégeance ou laxisme, sont d'après lui à l'origine de cette situation. 



Photo C. CREPIN



Antonio LORCA évoque « l'animal jadis puissant et féroce (...) avec lequel Joselito «Gallito» bouleversait les foules ». Il fustige ce toro moderne voulu par les toreros vedettes, produit dénaturé d'une sélection génétique inféodée aux désirs des organisateurs de corridas, « animal devenu une anomalie au sein de sa propre espèce. Une créature impotente, infirme, épuisée et parfois douce comme le miel dont on a pressé la dernière goutte d'ardeur, de race et de bravoure ». Et pourquoi ça ? Pour « un spectacle reconverti en rendez-vous mondain d'un public ignorant et festif qui autorise la tromperie et la manipulation. Hier, on combattait ; aujourd'hui, on torée » (disons qu'on donne des passes). « Hier, les aficionados faisaient la loi ; aujourd'hui, ce sont les organisateurs de corrida qui imposent leurs critères à des éleveurs qui mettent plus d'ardeur à défendre leur position sociale que la noblesse de leurs bêtes » Et de conclure : « le toreo d'aujourd'hui, à quelques rarissimes exceptions près (...), est ennuyeux et insupportable en raison d'un toro dont on a tant modifié le comportement qu'il n'est plus compatible avec l'émotion. Ce toro moderne est un scandale qui, si l'on ne fait rien, mettra fin à la corrida ». 

* Lire l'article : http://www.torofstf.com/infos2009/090703antoniolorca.html


Alors, dramatisation, vision apocalyptique ou réalisme ? 

Le toro d'antan existe.  


Affirmer qu'il n'y a plus que des créatures impotentes et douces comme le miel est inexact. C'est oublier que bon nombre d'éleveurs s'attachent encore à préserver des encastes aux caractéristiques sans doute très proches de ce qu'elles étaient à l'époque de Joselito, même si leurs sorties se limitent aux rares plazas qui les programment. Jadis, toutes les arènes « généralistes » mettaient de tels élevages dans leurs cartels, et les figuras se mettaient devant...Voilà ce qui a changé. Gardez également à l'esprit qu'entre ces toros « durs » présentant quelques fois plus de genio que de caste, et les bonbons auxquels fait allusion Antonio LORCA, il existe aussi des toros qui n'ont pas la douceur du miel et gardent « ardeur, race, et bravoure ».   



 

        Photo C. CREPIN



L'œil du veedor, des années dix à nos jours

 


Le célèbre Guerrita, comparé à ses prédécesseurs, était critiqué pour être passé « de l'aigle au canari »... Et  le grand Joselito exerça lui aussi quelques pressions sur les éleveurs pour qu'ils limitent la taille, le poids, et l'âge de leurs toros. Il possédait déjà, tout comme Belmonte, ses veedores, missi dominici chargés de repérer, choisir et contrôler les toros qu'il devait combattre. Mais malgré tout, ces figuras toréaient au quotidien des bêtes mobiles et féroces. Aujourd'hui, c'est selon. Suivant les arènes, on relève d'importantes disparités dans la présentation des toros d'un même élevage. Ici, un lot très cornu accuse sur la bascule près de 600 Kg de moyenne et un trapío impressionnant. Là, ses frères issus de la même camada se contentent d'un poids inférieur à 500 Kg et d'armures commodes... Telle figura ne torée plus que les produits de ses élevages préférés. Telle autre achète une camada entière, dans le type de sa prédilection. Le temps est révolu où l'aficionado faisant vraiment contrepoids et montrait bruyamment aux figuras jusqu'où ne pas aller dans le choix des toros qu'ils combattaient. 




Vers la noblesse, puis la douceur... et la sosería



Les règles du toreo édictées par Paquiro en 1850 ont pris logiquement en compte le comportement des toros de l'époque, véloces et violents, que les toreros devaient réduire et châtier. Le style révolutionnaire de Belmonte, tourné vers la recherche de l'immobilité, l'esthétique du geste et le temple, et plus tard, celui de Manolete qui sut trouver cette immobilité parfaite, ne pouvaient s'accommoder de la vélocité et de la violence du toro des années dix. C'est donc le comportement du toro qui fut « corrigé » dans la quête de noblesse dont il fit l'objet. Car la révolution belmontiste et son influence esthétique furent telles que, de révolutionnaire, le modèle s'imposa comme le nouveau canon du toreo classique et fit de nombreux émules, presque tous confortés ensuite par l'apport manoletiste. Et cette recherche d'une plus grande noblesse a été constamment poursuivie, parallèlement à l'évolution ultérieure du toreo, quelques fois de manière irresponsable. 

 

Photo C. CREPIN

Aujourd'hui, beaucoup de toreros nous servent d'interminables séries de passes et de demi-passes, droitières de préférence, souvent de profil et fuera de cacho, enrichies de fioritures dérisoires, ou bien font tourner autour d'eux, à l'endroit, à l'envers, un toro affaibli et stupide  Et parfois même, quand le toro épuisé ne passe plus, c'est la muleta qui passe... Et tout cela épate un public béat, convaincu « qu'on a jamais aussi bien toréé ». Et c'est ce toreo là, qu'au fond nous avons tous voulu ou permis à des degrés de responsabilité divers, par intérêt, faiblesse ou laxisme. Ce toreo a tout naturellement amené le « toro à cent passes », plus doux que noble, et plus niais que jamais

- Et l'émotion, Maestro 

- Quelle émotion hombre ? Vous autres, aficionados, vous êtes trop exigeants, limite ayatollahs. La corrida de papa, c'est fini, terminado ! 



 

Que fait l'aficion ?

 

Hier, l'aficion faisait la loi, comme dit Antonio LORCA. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui, même si elle a de l'influence dans des bastions où le toro est encore mis en valeur. Pour le reste, c'est profil bas. l'aficionado positive sur les spectacles qu'on lui propose et se remplit l'esprit des meilleurs moments vécus. Heureusement, il y en a. Sinon, il voyage de plus en plus souvent en terres taurines, quand ses moyens le lui permettent, en quête d'une certaine idée de la corrida. 


Mais voyons de plus près le scénario catastrophe annoncé dans le titre : si les aficionados désertent les arènes, si les organisateurs de corrida sont capables de les remplacer par le public ignorant et festif dont parle Antonio LORCA, alors, effectivement la dérive peut continuer, jusqu'à la disparition de ce qui a fait la force de la corrida : son authenticité. Après, on pourra organiser des corridas « sin sangre » à la californienne dans toutes les arènes, histoire de les remplir. Ne souriez pas. C'est déjà une réalité à Las Vegas, doublée d'une brillante réussite commerciale et financière. Et certaines figuras sont prêtes à faire bientôt le voyage et troquer l'acier contre le velcro. Voyez plutôt l'annonce faite à Séville par Don Bull (qui porte bien son nom) : « Sin picador y Don Bull Productions presentará los mejores eventos taurinos sin permitir que los animales sean lastimados (hemos cambiado en las banderillas y rejones los arpones de acero por la cinta adhesiva de velcro)". 



 

 

Photo FSTF

Terminons sur une note volontaire, sinon optimiste. Il y a quelques années, El Tío Pepe dénonçait l'inquiétante évolution de la corrida, et prônait, comme meilleure défense de la Fiesta Brava, l'idée prioritaire que les clubs taurins puissent
éduquer le jeune aficionado sur l'histoire de la tauromachie et les origines du toro bravo, sur la technique du toreo et son évolution, pour qu'il comprenne bien ce qui se déroule sous ses yeux, et revendique l'exigence d'une corrida authentique. Il avait raison.
 

 

Publié dans Le toro

Partager cet article

Repost 0

ECRITS SUR LES TOROS

Publié le par Jean-Yves BAUCHU



« Je trouve plus de grandeur d'âme dans la lutte d'une victime et d'un assassin que dans le combat de l'homme avec le taureau. L'assassin risque sa vie en cette rencontre mais ne prétend pas passer pour un héros... »

La phrase m'intrigue. Elle est à la vingt-deuxième ligne de la première page du livre « Ecrits sur les taureaux », « Escritos de toros », publié en 2008 chez Les Fondeurs de Briques, éditeur en Arles. Ouvrage broché, 90 pages, format 20 x 13 cm, couverture cartonnée, rouge sang, à rabats.

Je le feuillette. Le livre m'intrigue.




Quinze articles, et deux lettres en appendice, parus dans la presse hispanique entre 1896 et 1936, écrits par Miguel de Unamuno.

J'apprends par le rabat de la couverture que l'auteur (1864 - 1936) est d'origine basque, philosophe, universitaire, recteur de l'université de Salamanque, charge dont il fut destitué par la dictature de Primo de Rivera, et cætera...J'apprends par l'autre rabat de couverture que ce recueil nous donne le point de vue de l'auteur sur la « soi-disant fête nationale espagnole. Point de vue sacrilège puisqu'il rejette le jeu tauromachique au même titre que le flamenco, comme symbole de l'hispanité. Plus que les corridas en tant que telles, Unamuno en dénonce l'exploitation médiatique qui contribue à maintenir le peuple espagnol dans l'ignorance ».

Un philosophe, basque, espagnol, anti-taurin ?

Me voilà suffisamment accroché : j'achète le livre ; les prochaines vacances sont propices à la lecture...


Et si nous profitions des vacances pour lire quelques textes anti-taurins ?

 

Nous pourrions commencer par le livre d'Emmanuel de Monredon «  Le regard des choses. Histoire française de la taurophobie » publié en 2007 par l'U.B.T.F. Format 21 x 14 cm, broché de 301 pages. 24 €uros dans les librairies nîmoises. L'auteur, juriste de profession, bien connu des Nîmois et des lecteurs de « Toros » a déjà écrit « La corrida par le Droit ». 



 

Vous pourrez y lire que, bien avant les protecteurs des animaux, les opposants les plus farouches aux courses de taureaux furent les curés, évêques et autres gens d 'Eglise pour le prétexte que les combats des taureaux détournaient les hommes des offices dominicaux, que les vociférations de la place des combats se mélangeaient trop aux prières, que les blessures mortelles des cornes, en nombre certes important, ne conduisaient pas au paradis.

Je vous recommande particulièrement la lecture du chapitre en quatorzième rang, page 261, sur le « Beau Dimanche de B.B. », lisez Brigitte Bardot. Comment les convictions personnelles peuvent varier en fonction des intérêts que l'on en tire ? B.B dans la jeunesse de sa gloire, en barrera des arènes, ou toréant une malheureuse vache pour les besoins du tournage du film « Des bijoutiers au clair de lune » (1957). Comme quoi, cela est bien connu, seul les imbéciles ne changent jamais d'avis.



Poursuivez par la lecture plus romanesque du livre d'Eugénio Noel « 
Les toros du désespoir », paru encore à l'U.B.T.F. en 2002, ouvrage broché de 173 pages, au format 21 x 16 cm. En couverture une éblouissante chromolithographie du célèbre illustrateur de la revue La Lidia : Daniel Péréa. 24 €uros, toujours, dans les librairies nîmoises.


 

 


 

Eugénio Noel est contemporain de Miguel de Unamuno, appartenant comme lui à « cette génération de 1898 », refusant la corrida comme l'opium d'un peuple, fédérant l'identité espagnole. Des anecdotes, des nouvelles souvent écrites au second degré, qu'il faut savoir percevoir derrière les situations amusantes. Ma préférée «  Un train Spécial - Corrida en Castille ». Des dialogues entre voisins de banquette de wagons, du bon sens « populaire » porté à la dérision, des incidents de voyage inracontables. Le tout dans un style pittoresque, souvent drôle, baroque. A lire. Si tous les anti-corridas pouvaient être aussi intelligents et écrire aussi bien, nous passerions de bons moments...



 

 

Profitez de vos vacances pour vous aérer l'esprit, vous détendre avec d'autres ouvrages, en oubliant quelque peu les taureaux. Je ne saurai que vous conseiller la lecture de « La peau de tambour » d'Arturo Pérez-Reverte. Seules concessions à la tauromachie : l'auteur est espagnol, l'action se situe à Séville, dans les milieux de l'Eglise et de la très haute aristocratie andalouse, et un personnage de second plan est un ancien torero manqué, mal, très mal reconverti dans le milieu de la boxe.

 

      

 

 


Si ce livre vous captive autant qu'il a pu me passionner, me scotchant complètement dans sa lecture, tout vous sera indifférent tant que vous n'aurez pas lu la dernière page. Vous ne pourrez rien faire d'autre que vivre avec cet émissaire du Vatican, particulièrement séduisant, enquêtant sur de mystérieux cadavres découverts dans une vieille église du Barrio, tenue par un vieux curé « reboussier ». Un bande de Pieds - Nickelés, un ancien avocat cubain sans diplôme, une cantatrice de flamenco déchue, minables escrocs à la petite semaine vous servira de fil guide. Vous savourerez particulièrement cette vieille et très digne comtesse dans un contre emploi de hacker de virus informatiques de haut vol.Durant les 505 pages de ce Livre de Poche, collection Points, vous oublierez tout, absolument tout. De vraies vacances que je vous souhaite les meilleures.



 



 

Publié dans Lectures

Partager cet article

Repost 0

LAS VENTAS

Publié le par C.CREPIN



Véritable temple mondial de la tauromachie, Las Ventas est la troisième plaza de toros du monde par sa capacité, après la Monumentale de Mexico et celle de Valencia du Venezuela. Contrairement aux amphithéâtres romains qui nous sont plus familiers, Las Ventas est un ensemble complexe où tout a été pensé dès l'origine pour la corrida, tant du point de vue du spectacle lui-même que des aspects moins visibles de son organisation (administration, gestion et service divers à tous les stades du déroulement des corridas. Voyons de plus près cette arène emblématique, ses caractéristiques, les pratiques en vigueur et l'ambiance qui y règne. 



LA PLAZA 

 

 

Photo C. CREPIN



On peut considérer que les arènes de Las Ventas furent l'aboutissement d'un rêve du  Maestro Joselito : une grande arène offrant au plus grand nombre de madrilènes la possibilité de voir des corridas en abaissant le prix des billets. La décision d'édifier ces arènes fut prise dès 1918 et la construction débuta en 1922 après la mort du grand maestro. L'inauguration de l'édifice eut lieu en 1931. 
 

Photo Cossio



 

La construction est monumentale. De style "mozarabe", la façade est constituée de briques apparentes, et décorée de céramiques représentant les provinces espagnoles.

D'une superficie totale de 45 000 m2, elle peut contenir 23 800 spectateurs. Elle est édifiée sur quatre niveaux, ses structures métalliques supportant les tendidos bajo et alto, eux-mêmes surmontés par les gradas et andanadas en bois, y compris le Palco Royal et le Palco Présidentiel qui marquent la division des 10 tendidos fermant le cercle : 4 "en sombra" de part et d'autre de ces derniers, 2 en "sol y sombra", et les 4 autres "en sol". En plus des différents patios (cuadrillas, caballos, arrastre, chiqueros, etc... une chapelle baroque consacrée aux vierges de la Paloma et de Guadalupe donne sur une imposante infirmerie composée de différentes salles d'hospitalisation et plusieurs blocs opératoires. Un musée taurin, une bibliothèque-vidéothèque ainsi que plusieurs bars et restaurants viennent compléter les équipements de las Ventas.

 




LE CALLEJÓN

 

 

Photo C. CREPIN



Un vaste callejón, large de 2,20 mètres, ceinture un ruedo de 60 mètres de diamètre (le plus grand du monde), et comporte pas moins de 31 burladeros en plus des 4 burladeros de piste réservés aux cuadrillas et au passage des monosabios. Tout les occupants autorisés y trouvent leur place, réservée de façon permanente : empressa, gestion de la plaza, administration, police, délégation de l'autorité, vétérinaires, mulilleros, mayorales, médecins, picadors, apoderados, cuadrillas, areneros, monosabios, comunidad de Madrid, journalistes et photographes etc. Une fois les personnels précités, abrités derrière les burladeros, et hormis les alguaciles et les toreros situés à la hauteur du tendido 9, il n'y a personne dans le callejón !  Outre la sécurité offerte en cas d'intrusion du toro derrière la barrera, on verra plus loin que cela est très utile pour le  bon déroulement de la course.
 



LA PRESIDENCE



Elle est la représentante de l'autorité et fait appliquer le règlement à tous les stades de la course. Elle dispose de pouvoirs de sanctions et peut se faire assister par les forces de sécurité. Située au niveau des gradas (au dessus du tendido alto), elle est hors de portée de spectateurs trop agités et donc à l'abri de trop fortes pressions. Elle se fixe en général un niveau d'exigence élevé, tant du point de vue de l'intégrité physique et de l'aspect des toros (elle sort facilement le mouchoir vert), que de celui des prestations des toreros. Dans un tel contexte, les trophées sont comptés, et les toreros savent qu'ils doivent se surpasser pour y prétendre.


LES ALGUACILES


 

Photo C. CREPIN



Il y a deux alguaciles à Las Ventas. Ils tiennent le rôle que l'on connaît (ouverture du paseo, réception de la clé du toril, trophées...). Ils sont les auxiliaires du président de la course et doivent veiller au respect du règlement par les toreros. Leur pouvoir est réel, et ils ne manquent pas de rappeler énergiquement à l'ordre le torero contrevenant aux bonnes pratiques, que celui-ci soit de rang modeste ou même qu'il s'appelle Morante de la Puebla. 







LA COURSE

 

Une corrida à Las Ventas dure rarement plus de deux heures. Première explication : peu de trophées distribués et donc peu de vueltas aussi. Ensuite, l'enchaînement de la lidia entre deux toros est bref. Dès la puntilla, l'arenero présente déjà en piste le panneau indiquant l'âge et le poids du toro suivant. A noter également qu'après chaque tercio de pique, la cavalerie regagne rapidement le patio en empruntant un callejón parfaitement dégagé, sans avoir à se faire escorter par les banderilleros et se préserver des charges du toro. Ainsi, la suerte de banderilles peut débuter immédiatement. 

Il n'y a pas de musique durant la faena. La banda de música joue son paso doble entre chaque toro.


LES TOROS




Beato de Victoriano del Rio - Despedida d'ESPLA. 2 oreilles et puerta grande  - Vuelta pour Beato  
Photo C.CREPIN


A Las ventas, les toros, quelle que soit leur origine, sont en général bien présentés. Ici, la moyenne de poids approche fréquemment les 600 Kg, et les armures sont impressionnantes. En témoigne Beato, le toro de Victoriano Del Rio, 620 Kg, vuelta al ruedo, auquel Espla a coupé 2 oreille le 5 juin. Pourtant, le moteur n'est pas toujours aussi rutilant que la carrosserie. Les prestigieux Palha, Victorino, Cebada Gago et bien d'autres, ont plombé la Feria de la San Isidro par leur comportement médiocre, voire catastrophique !




LE PUBLIC DE MADRID

  

Photo C. CREPIN


 

Lors des ferias de la San Isidro et de la San Miguel,  Las Ventas enregistre 18 000 abonos ! Les prix s'échelonnent de 2 Euros à 125 Euros, avec des tarifs spéciaux pour les jeunes de 14 à 25 ans, et les seniors de plus de 65 ans.
 

 

Le public de Madrid est particulièrement bruyant. les spectateurs continuent de parler fort pendant le paseo, couvrant la musique, souvent même en début de lidia. On se croirait dans une ruche! Pourtant, dès la deuxième passe bien liée, il s'enflamme très vite, et les "bieeeen" jaillissent immédiatement des gradins dans un ensemble parfait. Ces réactions instantanées et convergentes, témoignent d'une expérience et d'une compétence largement partagées, tranchant parfois avec celles des "pensionnaires du tendido 7 " dont le comportement est aléatoire et parfois outrancier.


A Madrid, le public applaudit les belles piques, et siffle les mauvaises. Il n'applaudit pas le piquero qui ne pique pas... Il ovationne le torero qui donne le quite au compagnon en danger, et non celui qui s'est mis à la merci du toro. Il sort son mouchoir à bon escient pour la première oreille, et ne pense pas que la deuxième va tomber systématiquement après avoir chahuté la Présidence. L'ovation pour le toro à l'arrastre et la pétition de vuelta sont généralement méritées  et donc parcimonieuses.


Quelquefois quand-même, le consensus est rompu : le public madrilène lui aussi a ses "chou-chou" auxquels il peut réserver un traitement de faveur. En témoigne par exemple Uceda Leal auquel il pardonne plus volontiers son manque d'inspiration qu'à Talavante, il est vrai très médiocre dans ses dernières prestations, ou même El Juli. Ou bien la puerta grande de Ruben Pinar le 7 juin dernier, jugée très généreuse et contestée par l'ensemble de la presse spécialisée.


Vu sous l'angle de la conception d'ensemble, de la gestion et de l'organisation, de la qualité des spectacles, et sur bien d'autres plans, las Ventas surpasse toutes ses concurrentes. L'aficionado français qui s'y aventure éprouvera bien souvent le sentiment de vivre un moment privilégié.


Mais chacun, selon sa sensibilité, pourra préférer la solennité et la dimension historique de la Real Maestranza de Séville, ou la beauté intemporelle de nos amphithéâtres romains. Certains aficionados relèveront sans doute aussi de notables différences entre les corridas de Las Ventas décrites dans ces lignes, et celles qu'ils voient dans leurs arènes favorites, à Nîmes, à Vic Fézensac, ou ailleurs. 


 

 


 

 


 

Publié dans Arènes

Partager cet article

Repost 0

Croquis colorés du peintre Albert MARTIN

Publié le par vingt passes, pas plus...


 





Diego Ventura à Nîmes - Feria de Pentecôte 2007. Par Albert MARTIN. 

 

Albert MARTIN se définit lui-même en aficionado qui revendique son implication dans la peinture taurine comme un engagement de spontanéité et "d'impressions". Le travail des piqueros l'intéresse particulièrement, les déclinaisons de caparaçons étant le volet "conceptuel" de son travail.

Voir l'album. 


Site internet d'Albert MARTIN présentant son atelier et ses oeuvres :http://pagesperso-orange.fr/albert.f.martin/





Publié dans Art & culture

Partager cet article

Repost 0