Les populismes et les taureaux

Publié le par vingtpasses

Par Antonio PURROY (Los populismos y los toros)

Récemment, un grand communicant disait à Pampelune que, quand émergeait un nouveau parti populiste en Espagne, ce qu’il offrait d’abord à ses possibles électeurs était « l’abolition de la tauromachie et la suppression du concordat avec le Saint-Siège ». Les deux propositions ne sont que de récurrents brindis démagogiques. Pour ce qui est des taureaux, ils tombent à côté de la plaque parce que beaucoup d’Espagnols – bien qu’ils ne le manifestent pas – éprouvent de la sympathie pour la tauromachie et refusent que la liberté de la pratiquer soit limitée. Quand les politiques se rendront-ils compte que les sentiments du peuple ne s’effacent pas d’un trait de plume ?

Les populismes et les taureaux

Le parti “Podemos” a un problème : il ne sait pas comment inscrire l’interdiction des taureaux dans son programme sans que ça n’y apparaisse. Dans leur programme pour les élections européennes de l’année passée les “Podemos” proposaient de supprimer la tauromachie. Eh-Bildu cependant, est beaucoup plus clair : il est contre les taureaux et il agit : exemple de la plaza de Saint-Sébastien. Ils l’ont fait. Quelques partis édulcorent beaucoup chaque ligne de leur programme pour ne pas perdre des votes même si c’est contre leur propre idéologie politique. Ils savent que les élections ne se gagnent pas avec leurs adhérents mais avec les votants. À la question de savoir s’ils sont contre les taureaux, ils s’en tirent par des chansons : « nous sommes contre les mauvais traitements appliqués aux animaux et voulons ouvrir un débat sur la tauromachie ». Les aficionados sont aussi contre le mauvais traitement animal - il ne manquerait plus que ça ! - comme contre n’importe quel type de mauvais traitement humain (la violence raciste, la faim dans le monde, la pornographie infantile, les guerres absurdes ...).

Les populismes et les taureaux

S’ils s’étaient préoccupés d’être informés, d’étudier, ils auraient vérifié que les règlements taurins impliquent, en vérité, la protection des taureaux. Ils sont la conséquence d’un ordonnancement taurin élaboré et amélioré au cours des trois derniers siècles, au moins. Les règlements imposent que tout soit fait pour que les spectacles soient organisés sans risques et souffrances inutiles, tant pour les personnes - toreros et spectateurs - que pour les animaux, chevaux de piques inclus qui dès 1928 ont reçu la protection du caparaçon.

Les populismes et les taureaux

“Podemos”, par la bouche de son candidat à la Communauté de Madrid, « propose la fin des subventions officielles aux spectacles taurins ». Ils ignorent qu’en conséquence de la crise économique, beaucoup de municipalités espagnoles ont cessé de subventionner les courses de taureaux. Celles que de nombreuses municipalités continuent à subventionner, bien qu’avec une forte réduction, sont les spectacles populaires, ceux qui sont indispensables aux fêtes de beaucoup de localités et villages espagnols, dans lesquels, comme nous savons, il n’y a pas de mort de l’animal, alors que de jeunes garçons se jouent la vie par aficion, orgueil et plaisir. Et maintenant apparaissent ceux des Citadins. La semaine passée, le leader de “Podemos” dans la Communauté Valencienne, s’est distingué en affirmant que les “bous au carrer (taureaux dans la rue) vont contre le signe des temps ». La jolie manière de se faire des amis dans des veilles électorales et de plus dans une région où la tauromachie populaire est, plus qu’un penchant, une passion spécialement partagée par les jeunes et même les moins jeunes.

Réduire la grande variété et la richesse de la tauromachie à un mauvais traitement animal résulte d’une excessive simplification découlant de l’ignorance. Le taureau brave est un animal unique dans son espèce par la forme si soignée de son élevage, par son apport au maintien du milieu naturel, par l’objectif de sa sélection - la bravoure - et par la manière dont il meurt dans l’arène, puisqu’il a été créé par l’homme pour lutter, et même pour être gracié s’il a été vraiment brave. Celui qui sait comment meurt un animal à l’abattoir sait que ce n’est pas ragoutant mais, à l’évidence, le sacrifice des animaux est nécessaire à l’alimentation de l’humanité.

Les populismes et les taureaux

Mais la vraie richesse de la tauromachie est sa richesse culturelle qui a imprégné tous les arts, spécialement la littérature et la peinture. C’est indéniable. Nous comptons dans le monde près de 400 écrivains reconnus qui s’en sont inspirés, certains si importants que M. Machado, P. Merimée, J. Bergamín (“La música callada del toreo”), Ga Lorca (« La fête des taureaux est la plus culturelle qui soit au monde »), Ortega y Gasset (« On ne peut comprendre l’histoire récente de l’Espagne sans connaître l’histoire de la tauromachie »), Hemingway (« Mort dans l’après-midi »), Alberti, Cela, Tierno Galván (« Les taureaux événement national »), J. Vidal (« Le toreo est grandeur »), C Fuentes, Vargas Llosa, J.M. de Prada (« Les taureaux en scène »)... Peu de spectacles ont été peints et photographiés autant que le taureau au pâturage et les courses de taureaux, par des peintres très renommés ou simples amoureux de la peinture : Goya, Picasso, Monet, Zuloaga, Dalí, Miró, F. Bacon, Fortuny, Botero, Barceló, R. Domingo... Il pourrait s’en dire autant de la musique dans ses variantes d’opéra, de zarzuelas, de pasodobles, de flamenco. Mais la culture taurine touche aussi la sculpture, la danse, le cinéma, l’architecture d’arènes et d’enceintes, la mode...

Les populismes et les taureaux

La Tauromachie est tellement habituée à survire aux attaques subies au long de l’histoire - depuis des bulles papales comme celle de Pie V en 1567, jusqu’aux prohibitions réelles, comme celle de Philippe IV en 1723 ou de Charles IV en 1805 - que ces modes anti taurines actuelles, de caractère politique, ne parviendront même pas à faire bouger ses fondations.

Antonio PURROY UNANUA

UNIVERSITÉ PUBLIQUE DE NAVARRE - Ecole Technique Supérieure d'Ingénieurs Agronomes - Professeur Production agraire - Professeur Production animale

"COMPORTEMENT DU TAUREAU DE COMBAT" - Éditions Atlantica 2014

Voir aussi l'article : http://www.vingtpasses.com/2015/05/le-taureau-de-combat-producteur-de-comportement.html

Publié dans Chroniques

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