Hubert Compan, à propos des Domecq de Nîmes et d'ailleurs...

Publié le par vingtpasses

Avant propos

L'encaste Domecq cristalise des passions contradictoires. D'un côté, le taureau de Domecq vu dans nos arènes est  souvent « juste » de tête et de force, et sa bravoure peut lui faire atteindre rapidement ses limites au cheval. Instruit de cette évidence, le maestro veille à ménager ses forces en abrégeant le tiers, pensant à la faena... et aux trophées qui vont venir ensuite. Les toreristas seront servis ! Taureau baroque et romantique, noble mais souvent servile jusqu'à la sosería, le Domecq est aussi l’acteur incontournable de ces faenas à cent passes dont raffolent de nombreux spectateurs sans aficion réellement affirmée.

D'un autre côté, les toristas qui l’ont renié pour cette "douceur" et voué aux gémonies rechignent, parfois injustement, à reconnaître que ce fer a rendu possibles des triomphes historiques, imprégnant de sa marque les plus belles pages de la tauromachie des soixante dernières années. Et en 2014, le lot du cousin Parladé a été consacré triomphateur de la « corrida la plus complète » de la San Isidro. Une renaissance annoncée ou une hirondelle ? En tout cas, les Domecq de Madrid n'ont pas déçu cette année encore.

Clairement, Hubert COMPAN a un faible pour l'encaste Domecq. Dans une nouvelle tribune, il nous livre sa vision du comportement des Domecq au cours de la dernière Feria de Nîmes et d'ailleurs. Il revient aussi sur la nécessité de réviser le 1er tercio. Un débat récurrent dans les tertulias où le constat fait consensus, pas les causes, ni les solutions avancées.

Charles CREPIN

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A propos de la Feria de Nîmes et autres événements

Par Hubert COMPAN*

Il y a eu de tout dans cette Feria. Il y a eu surtout du vent qui n’a jamais permis aux figuras de se lâcher et nous n’avons eu droit qu’à des bouts de faena entre deux rafales. Et des bouts de faena, même exécutés par Morante ne suffisent pas à créer de l’émotion
. J’ai plus particulièrement apprécié : la novillada de Parladé, la faena de Manzanares, le final de Ponce avec ses deux derniers toros, la lidia complète de Juan Bautista le lundi.

La novillada de Parladé :

Les toros de Parladé, (ganaderia portugaise de Juan Pedro Domecq) sont actuellement en forme, mais en fait, ce furent quatre Parladé et deux JPD, tous braves, nobles et mobiles.

Andy Younes engagé face à un novillo de Parladé

Andy Younes engagé face à un novillo de Parladé

Il était intéressant de comparer le comportement des Parladé et des JPD, deux élevages dirigés par le même ganadero : J’ai observé que les Parladé plus « encastés » respirent mieux que les JPD, il sont moins fragiles au stress « oxydant ». Les JPD ont ouvert plus tôt la bouche, parfois avant les piques (N° 1) et terminent avec des crampes qui en créant un balancement du train postérieur peuvent gêner la préparation de la mise à mort.

Le solo de Ponce :

Il devait toréer quatre toros puis il nous a offert  un 5éme sans augmentation de tarif. Ce fut en fait une mini corrida concours d’encaste Domecq : El Cuvillo, Garcigrande, Victoriano del Rio et deux JPD pour finir). Le gagnant : JPD avec un toro qui a eu toutes les qualités requises pour faire la vuelta, qui a gagné grâce à la « duracion » alors que les autres n’ont pas tenu la distance.

Le comportement des Domecq de Nîmes a confirmé les progrès déjà perçus en 2014 : plus de force, plus de mobilité.

Les Victorino Martin :

Très bien présentés les toros de VM n’ont pas plus apporté d’émotion que les corridas « domecquisées»  avec deux vrais Victorino aux charges courtes et brutales adaptées à la tauromachie de combat qu’aime Rafaelillo qui aurait coupé s’il avait bien tué, et deux toros avec tellement de noblesse qu’ils ont ennuyé le public.

Rafaelillo maladroit à l'épée devant un "vrai" Victorino

Rafaelillo maladroit à l'épée devant un "vrai" Victorino

La prestation de Juan Bautista :

Tandis que Fandiño coulait à pic, Juan Bautista sauvait le spectacle : il nous a montré une lidia complète, il a mis remarquablement en suerte son second toro, pour la deuxième pique. Il a posé les banderilles, et la faena très technique a été couronnée par le recibir habituel : deux oreilles et vuelta au toro. Juan Bautista mérite bien d’être reconnu pour ses qualités, pour son application à valoriser le tercio de piques, pour ses actions auprès des jeunes. Moi qui n’aime pas trop les trophées je lui en remettrai bien un.

Fandiño devant son second Victorino

Fandiño devant son second Victorino

Dans l’ensemble de la feria les Piques ont été bien données, vite relevées, la pique assassine a disparu de Nîmes, tellement les figuras veulent garder de la mobilité pour la muleta. Je pense que le  vainqueur de la feria a été Juan Pedro Domecq ; quatre parladé, quatre JPD qui ont montré beaucoup de qualité de bravoure, beaucoup de mobilité et sans signes de faiblesse (deux vueltas). Rappelez vous : meilleur lot de la  San Isidro 2014 : Parladé. Madrid 2015 classement Torodelta 1034 votants :  1er  JPD : 852 voix.  2ème Parladé : 182 voix. Le 6ème Parladé de Madrid approchait des 600 kg, un toro magnifique avec des armures impressionnantes et de la caste à revendre (Mundotoro.com). Un ganadero présent à Madrid le 29 mai  m’a dit qu’il y avait eu une corrida importante de Juan Pedro Domecq qui a rempli d’allégresse toute l’arène y compris le tendido 7. Il paraît que dans l’ivresse d’un bonheur total, le public ne sortait plus, ce qui me rappelle le Cordobes en 1964: les arènes de Nîmes avaient mis ½ heure à se vider. Finito de Cordoba, Luque et Talavante dont la créativité a été fantastique, tous les toros ovationnés à l’arrastre. Si la mort avait été plus rapide c’était la corrida du siècle (une de plus !). Il faudrait que les autres encastes se bougent : les revisteros parlent d’un « fracaso torista » dans la dernière semaine ! 

JPD est un ganadero très exigeant sur la sélection et le « manejo » (management ) des deux ganaderias. Il prétend même que le « manejo » est plus important que la sélection. Très compétent sur les techniques modernes d’alimentation il a su adapter la conduite alimentaire aux caractéristiques musculaires de l’encaste. En conclusion des travaux de recherche INRA AFVT sur les problèmes de faiblesse, nous avions en effet caractérisé la typologie des fibres musculaire de l’encaste Domecq et les besoins accrus en glycogène par rapport à d’autres encastes. J’ai toujours pensé que certains élevages qualifiés de « toreritas » rejoindraient les élevages « toristas » et qu’ils présenteront un jour, même à Nîmes, des toros de poids avec du morillo, bien armés, qui galopent dans le capote, vers le cheval, aux  banderilles et qui continuent à galoper dans la muleta…Je n’ai rien oublié ? Et si on parlait de la pique ?

Reste encore à réviser le tercio de Pique ! :

Il faut supprimer de notre jargon tauromachique le terme de châtiment : tester la bravoure oui, châtier non. Résultats du châtiment : la publication des  travaux de l’UCTL à Madrid en 1998 sur les blessure de la pique dont se régalent les antis, le bouddhiste Mathieu Ricard dans son dernier livre et plus récemment un groupe de  vétérinaires qui militent eux aussi pour l’abolition de la corrida : ils dénoncent les blessures profondes décrites dans le rapport de l’UCTL : jusqu’à 30 cm de profondeur etc.  Et ils prétendent qu’aucun vétérinaire digne de ce nom ne peut cautionner de telles blessures. Après les travaux de Madrid nous n’avons fait aucun commentaire. Nous n’avons pas su tirer le signal d’alarme et prendre position sur l’évolution du tercio, ce qu’aurait du être la mission de l’AFVT, et nous voila très embêtés pour clarifier notre position par rapport aux attaques des vétos antis. Je suis vétérinaire et aficionado mais je ne cautionne pas les blessures actuelles de la pique qui n’est plus adaptée à la tauromachie actuelle. Le jour viendra (je ne suis pas pressé) ou la pique ne sera plus faite pour « châtier » mais pour tester la bravoure en même temps qu’elle fatigue le toro :

La pique fatigue le toro : 1--par l’impact, 2--par la poussée, 3--par la douleur de la perforation du cuir, 4--par la blessure profonde, 5--par la douleur de la blessure profonde, 6—par l’hémorragie.

les 4- 5- 6 sont inutiles ; et je me répète : « moins de sang, moins de blessure, plus de rencontres pour que la fête commence au premier tercio ». Et le jour viendra ou les vicois organiseront une corrida concours de l’encaste Domecq, avec la nouvelle pique !…pas encore définie.

Et pour terminer, la corrida de Mauguio. El Pana, Juan Bautista , Salvador Vega, toros de Jalabert. Il y a eu le meilleur et le pire dans cette corrida qui réunit un public sympathique qui après avoir consommé la paëlla grimpe sur des gradins de 60 cm de hauteur. Pour la plupart c’est certainement  la seule corrida de l’année. Le meilleur : un très bon lot de Jalabert bichonné par Jean Luc Courriol, des toros solides, homogènes, permettant des faenas complètes avec un Juan Bautista en forme et un très bon Vega surtout à son second toro. Le pire : El Pana, faut-il pleurer, faut-il en rire ? Le public a beaucoup ri comme on rit à une charlotade ou au toro piscine ; le cigare pendant le paseo, les mouvements d’assouplissement, une muleta agitée dans tous les sens, les fuites éperdues, le tour de piste à l’envers en brandissant un soutien gorge rouge que lui avait jeté une aficionada. Faut il pleurer ? : quelle honte pour la tauromachie de nous imposer un tel clown vieillissant qui pour gagner sa croûte risque encore sa vie devant des toros ! Il y avait la place pour un torero français qui ce jour là aurait eu une très bonne opportunité avec les bons toros de la Chassagne. Personnellement je n’ai pas ri…

Publié dans Tribune

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Manolo 18/06/2015 17:13

Le site "terresdetoros;com" nous fournit quelques statistiques intéressantes :
Juan Pedro Domecq : 2014 : 11 corridas,2 novilladas 81 toros lidiés,14 novillos . 1 vuelta al ruedo 20x1oreille, 10x 2oreilles . 2015: 5 corridas,34 toros,4novillos . 12x1oreille,2x2oreiles ,1 vuelta

Victorino Martin :2014 :12 corridas,76 toros lidiés , 3 vueltas al ruedo ,24x1oreille,7x2oreilles,2 queues
2015:3corridas,20toros lidiés, 2 vueltas, 5x1oreille

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