Adeissias Monsieur Yonnet

Publié le par Paul Bosc

Hubert Yonnet honoré au 7ème Printemps des Jeunes Aficionados - Photo Alex Blanco

Hubert Yonnet honoré au 7ème Printemps des Jeunes Aficionados - Photo Alex Blanco

La dernière fois où nous nous sommes rencontrés, c’était à la veille de sa corrida d’Alès, voilà tout juste deux mois, chez lui dans ce mas de la Belugo, en pleine Camargue où, par le passé, professionnellement, nous commentions les Ferias qu’il organisait dans les arènes d’Arles quand il en était le directeur.

Il paraissait fatigué, mais quand le photographe du journal lui demanda de poser près du puits, il revêtit sa veste de gardian, redressa le torse et évita de montrer qu’il était arrivé jusque-là avec une canne. Il courait vers ses 88 ans et, bien sûr, personne ne savait qu’il vivait ses derniers mois près de ces toros de combat qui avaient été celui de sa vie. « Pescalune », seul novillo de l’élevage indulté allait donner à Alès son dernier rejeton que le mayoral Olivier Faure avait appelé « Ultimo » mais qui ne faisait pas oublier « Montenegro » qui avait reçu 7 piques à Saint-Sever, « Faraman » le premier toro lidié à Madrid, « Montecristo », honoré d’une vuelta dans les arènes d’Arles en 1992 ou « Carabin », ce novillo combattu par Morenito d’Arles dans les arènes d’Arles en 1977.

Il se disait le « vilain petit canard » car ses parents avaient évité de le baptiser Christophe ou Joseph, prénoms de ses arrières-arrières grands parents qui avaient créé l’élevage en 1859, mais il n’avait pas pu résister à revenir aux traditions en appelant son fils Christophe.

Je me souviens quand Christophe a choisi de quitter cette terre. « Monsieur Yonnet » comme je l’appelais avec respect, m’avait invité à déjeuner, à deux pas des arènes, dans le restaurant qu’il fréquentait quand il était à Arles, dans ce bureau dont la fenêtre ouvrait sur l’escalier de l’amphithéâtre. Il m’avoua combien il était difficile de vivre après un si grand chagrin et me raconta un peu de sa vie, de cette promesse qu’il avait faite à sa sœur, assis tous les deux sur cet escalier : « Un jour je serai directeur de ces arènes ». Sa sœur avait ri.

Et pourtant pendant de nombreuses années, après Pierre Pouly et jusqu’en 1999, il avait réalisé cette prémonition enfantine.

Bien sûr il a été critiqué. Il a même été berné par le mundillo espagnol, par ses représentants en Espagne et par certains ganaderos mais, il a toujours voulu présenter de véritables toros comme lui les élevait dans ce mas du bout du monde.

Hubert Yonnet était un homme bon et il ne se déroulait pas une feria sans que les jeunes toreros arlésiens ou nîmois soient à un cartel. Tous lui doivent une présentation, une alternative, une opportunité de Robert Pilès à la famille Léal ; d’Antony Losada à David Lombardo, de Yanito à Morenito d’Arles, de José Manrubia à Diamante Negro…

En plein mois d’août, il avait présenté le jeune Eduardo Miura, neveu des célèbres éleveurs andalous qui, finalement, n’a pas connu une grande carrière malgré son nom. Il avait rempli les arènes d’Arles avec un célèbre mano a mano Espartaco – Cesar Rincon et puis, l’appel d’offres ouvert par la mairie pour désigner un nouveau directeur, l’a renvoyé à la Belugo où, chaque jour, il sellait son cheval pour approcher ses toros ou ceux de Françoise, son épouse. Tous les ans, il défilait dans sa ville d’Arles à la tête de la Confrérie des gardians dont il était le président depuis 1972.

Monsieur Yonnet a quitté la Camargue, cette terre qu’il aimait tant, une légende s’est éteinte même si la flamme diffusée par la Belugo restera lumineuse dans le cœur des aficionados. Madrid, Séville, Barcelone ont vu débouler des toros portant le blason chapeauté d’un trident où s’inscrit l’ « Y », de Hubert Yonnet, le plus connu et plus célèbre éleveur de toros de combat français.

Adeissias Monsieur Yonnet.

Publié dans Hommage

Commenter cet article