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Une histoire de la Feria de Nîmes

Publié le par vingtpasses

Dans le cadre mythique de la Finca Partido de Resina (antes Pablo Romero) à Aznalcàzar (Séville) où ils étaient récemment invités, les clubs taurins Fondateurs de la Feria de Nîmes ont remis la médaille des Fondateurs à Paco Ojeda présent pour l’occasion.

Paco Ojeda - Novembre 2014

Paco Ojeda - Novembre 2014

Discours d’usage, rappel des circonstances de la création de la Feria de Nîmes et du parcours de ce torero d’exception qui aura profondément marqué son époque. Réplique enjouée du Maestro où percent la simplicité et la modestie. Quelques traits d’esprit piquants, à l’adresse de taurinos bien connus, me laissent néanmoins entrevoir la personnalité d’un homme encore très vert, d’un torero pour toujours, plus que celle d’un retraité des ruedos.

Paco Ojeda nous dit alors que la belle histoire, ce n’est pas la sienne, pas celle de ses triomphes nîmois. Non, pour lui, la vraie belle histoire est celle que je viens de rappeler ce soir : celle des cinq clubs taurins nîmois qui, en 1952, ont crée la Feria de Nîmes (voir infra), à force de volonté, d’envie de corrida et d’aficion. Et le maestro suggère ensuite que cette histoire mérite d’être contée aux espagnols. C’est que, tras el Pirineo, beaucoup finiraient par penser que c’est Simon Casas qui a créé cette Feria (de ce côté des Pyrénées aussi peut-être)… Bon ! On ne prête qu’aux riches, mais tout de même !

LA CRÉATION DE LA FERIA DE NÎMES, un peu d'histoire

En 1950, la frontière espagnole s’ouvrait à nouveau aux aficionados, impatients de retrouver l’ambiance des ferias et de voir des corridas dont ils avaient été privés durant des années. Madrid, Barcelone, Séville, Pamplona, étaient autant de rendez-vous courus des aficionados nîmois. Dans la passion retrouvée, il est fort probable que certains d’entre eux aient caressé le rêve d’importer à Nîmes le modèle espagnol de la Feria.

Deux évènements survenus en 1951 allaient précipiter les choses :

  • La loi "Ramarony-Sourbet" votée le 12 avril légalisait les corridas dans les villes de tradition ininterrompue, récompensant ainsi cent ans de lutte des gens du Midi.
  • Nîmes fut choisie pour organiser le 37ème congrès de la Fédération des Sociétés Taurines de France, prévu du 30 mai au 2 juin 1952.

Dès lors, la voie était libre, et l’aficion nîmoise n’attendait plus qu’un programme digne d’une vraie Feria.

Une démarche des clubs taurins nîmois

En 1952, il y avait à Nîmes 5 clubs taurins typés corrida. L’Union Taurine Nîmoise avait déjà 56 ans, le Club Taurin Lou Ferri de Saint-Cézaire fêtait son 30ème anniversaire, le jeune Cercle Taurin Nîmois avait soufflé ses 5 bougies, et l’Aficion Cheminote Nîmoise était née 2 ans auparavant. Francis Cantier « Paquito », directeur de la revue TOROS, allait bientôt rejoindre ces sociétés taurines avec les Amis de Toros, pour constituer le premier Comité permanent d’organisation de la Feria de Nîmes, amené par le Docteur Jean Lauret, président du Cercle Taurin Nîmois (1).

L’entente était parfaite. Elle portait déjà les prémices d’une union solide entre les clubs nîmois dont l’héritage se trouve encore aujourd’hui magnifiquement préservé par la Coordination des Clubs Taurins de Nîmes et du Gard qui compte près de 2500 adhérents. Toujours est-il qu’à l’époque, la démarche de ces clubs fut confortée par l’enthousiasme spontané des aficionados, l’appui des acteurs économiques de la Ville de Nîmes et le soutien des élus.

De son côté, le Directeur des arènes, Ferdinand AYME, fut d’abord réticent. Mais son intelligence et son sens des affaires lui firent comprendre assez vite que derrière la démarche des clubs se profilait un événement d’envergure. La sagesse de l’homme et sa convivialité firent le reste : Ferdinand AYME fit le pari gagnant qu’on peut bâtir solide avec les forces vives de l’aficion nîmoise. Il annonça des cartels de rêve. La FERIA de NÎMES était née !

Au fil des années, bien sûr, d’autres personnalités allaient contribuer à faire de cette Feria un événement exceptionnel de renommée internationale. Mais ceci est une autre histoire.

La médaille des Fondateurs de la Feria

Une histoire de la Feria de Nîmes

En 2012, à l’occasion du 60ème anniversaire de la Feria, les clubs taurins fondateurs, toujours en activité, ont fait frapper une médaille signée par le peintre Albert Martin afin de distinguer chaque année une ou plusieurs personnes qui, par leur action auront marqué la Feria de la Pentecôte ou celle des Vendanges. L’un des premiers exemplaires de cette médaille a été décerné à Paco OJEDA qui a écrit quelques belles pages de cette Feria.

Charles CREPIN

(1) Source : « LES DÉBUTS DE LA FERIA DE NÎMES (1952 – 1953 – 1954)» par Jean Lauret et René Ravel. Edition Librairie Goyard 1987.

Pedro CORDOBA au CERCLE TAURIN NÎMOIS

Publié le par vingtpasses

La corrida est fille des Lumières. A ce titre, elle n’est pas le vestige d’une “ancienne barbarie” mais s’inscrit pleinement dans le présent du monde contemporain.

La corrida est fille des Lumières. A ce titre, elle n’est pas le vestige d’une “ancienne barbarie” mais s’inscrit pleinement dans le présent du monde contemporain.

El Juli récompensé pour son julipié

Publié le par Charles CREPIN

La Diputación Provincial de Zaragoza a décerné au torero El Juli le 33ème trophée de la meilleure estocade » pour son 2ème taureau dimanche dernier 12 octobre !!!

L’excellent site taurin Pureza y emoción s’interroge sur les critères de décision que se sont attribués les membres du jury de ce trophée pour récompenser une estocade aussi « avantageuse" …

Julipié au quinto - Photos Pureza y emoción

Julipié au quinto - Photos Pureza y emoción

Je m’interroge aussi. J’ai vu cette corrida et l’estocade qui fait tomber le trophée dans l’escarcelle du tricheur, d'autant plus qu'elle était trasera et desprendida... Je n’ai pas manqué pour autant celle qu’il a exécutée devant le 2ème de la tarde (voir photos ci- dessous). Sans surprise, c’est un julipié aussi frauduleux que celui du 5ème.

Julipié au 2ème - Photo C.CREPIN
Julipié au 2ème - Photo C.CREPIN
Julipié au 2ème - Photo C.CREPIN

Julipié au 2ème - Photo C.CREPIN

Avec l’habitude, la question n’est plus de savoir pourquoi cette séquence bien réglée se répète, puisqu’elle a été modélisée par son auteur avec un style propre dont il pourrait déposer la marque. Mais plutôt de comprendre pourquoi le jury aragonais, et aussi tant de présidents de course, suivis par un public béat d’admiration, ne voient pas ou refusent de voir dans cette facétieuse media vuelta une dérive supplémentaire du toreo moderne où la sincérité, l’honnêteté et le courage naturellement indissociables de la suerte suprême sont ici totalement absents. Complicité, décadence.

http://purezayemocion.com/Opinion/582/zaragoza-premia-juli-estocada-ventajista

La despedida de René Chavanieu

Publié le par Paul Bosc

CHACHA aux ateliers du Printemps des Jeunes Aficionados

CHACHA aux ateliers du Printemps des Jeunes Aficionados

Ils ne lui ont pas laissé la parole ! Pour Fêter les 90 ans de René Chavanieu, la Coordination des 28 clubs taurins de Nîmes et du Gard avait préparé samedi matin une réception émouvante autour de cet aficionado « de verdad » mais aussi à son épouse Natacha, à ses deux filles, leurs maris et ses petits-enfants.

Ils ne lui ont pas laissé la parole mais c’est par les images et surtout par le cœur que l’émotion a été transmise à cet homme intègre, d’une rigueur de métronome et d’une énorme sensibilité. Le cadeau d’anniversaire a été à la hauteur de presque un siècle de vie consacré au toro de combat, à son intégrité physique, à la justice, aux respects de la lidia, effaçant d’un geste mais avec le verbe haut, la sauce unique que l’on présente actuellement dans les arènes.

C’est Fabrice Torrito de son « petit coin des Français » en Andalousie, au sein de la ganaderia du Marquis d’Albasserada qui le lui a appris via cet outil moderne d’internet. Un azulejo portant son nom sera mis en place en novembre prochain sur le mur blanchi à la chaux à côté du fer du Marquis et offert par la Coordination.

Des amis lui ont envoyé des messages et, sans se tromper, il a reconnu celui de Jean-Charles Roux. Frédéric Pastor, le nouvel adjoint nîmois à la tauromachie mais aussi Olivier Riboulet, Corentin Carpentier, José Villanueva et Pepe de Montijo ont ajouté leurs petits mots à ce fleuve d’éloges. « Il va falloir beaucoup de Chavanieu pour garder l’éthique de la tauromachie » a ajouté l’élu.

Enfin, « Chacha », un peu « dévarillé » a eu la parole. Un micro, enfin. Il a alors expliqué que le dimanche 21 septembre serait sa dernière corrida à Nîmes, la 491e en 67 ans d’abonnement toujours à la même place, celle qu’il a choisie près du toril pour voir comment sortent les toros. Il aura alors vu 1328 corridas tant en France qu’en Espagne dont 43 à Bilbao, 108 à Pamplona. Il en a gardé tous les billets qu’il a payés même s’il avait une place gratuite quand il était appelé à présider une course et il n’a pas comptabilisé les ferias de Béziers parce qu’il était invité gratuitement en tant que transporteur des toros. D’ailleurs il a reçu 2 billets de la dernière feria d’Alès, tout neufs parce que ce jour-là il avait oublié de les prendre sur lui et que la Coordination a pu lui trouver 2 invitations. Des billets « collector » en quelque sorte.

Il a expliqué aussi pourquoi il chronométrait les faenas et se manifestait quand les présidents ne respectaient pas les temps des avis. Par justice, a-t-il précisé, pour que tous les toreros aient le même temps de combat même quand ils sont dans la difficulté ou dans l’allégresse.

Natacha, son épouse ne pouvait être oubliée. Femme d’aficionado, il faut être une « sainte » pour supporter tous ces voyages, toutes ces humeurs, ces contrariétés. Elle a convenu « qu’il était quelquefois pénible ». Ce qui, en bon Nîmois veut dire qu’il a été très souvent très pénible.

Même si nous ne verrons plus « Chacha » aux arènes, il sera encore présent pour longtemps dans l’esprit de chaque aficionado nîmois. Parce que cet homme-là a laissé un sacré message.

La despedida de René Chavanieu

Nostalgie

Publié le par Dominique Valmary

Nostalgie quand tu nous tiens !

Doté de raison, l’homme a toujours espéré en un devenir meilleur. Les croyances, les religions lui ont apporté et ont entretenu cette espérance qui le guide encore aujourd’hui ; puis vint le siècle des Lumières, puis le temps des utopies. Cette lueur se nourrit souvent de propos fondateurs transmis à l’écrit, par l’usage ou à l’oral ; ils traversent les siècles, les millénaires et on ne perçoit pas le moindre signe d’essoufflement de leurs effets. Souvent ancrés dans la mémoire et dans l’histoire de la communauté qu’ils animent, ils visent à projeter l’individu ou le groupe vers un aval prometteur et donc les libèrent d’un passéisme rassurant mais qui pourrait être inhibiteur. Le phénomène couvre le champ existentiel et s’est élargi aux manifestations sociales les plus ordinaires.

Ce préambule pour évoquer l’état des lieux des combats de taureaux dont l’essence remonterait en deçà des calendes grecques bien avant la codification de la corrida au dix-huitième siècle. Aujourd’hui encore l’ouvrage de José Delgado Guerra, dit Pepe HILLO fait référence pour établir les canons de la tauromachie espagnole.

Nostalgie

Au-delà des règlements taurins, le thésaurus s’est enrichi de précis, traités, essais, et autres écrits qui en constituent la doctrine. Mais depuis lors rien n’est venu fédérer les faiseurs de corridas contraints à une attitude défensive après avoir constaté les lacunes de la transmission et l’agressivité de l’opposition. Le monde change, la corrida, elle, semble figée et peine à évoluer. Force est de constater qu’à l’heure actuelle ne se dégage aucune perspective stratégique si ce ne sont les lamentations de certains prédisant la disparition proche de la corrida, et, de son propre fait, affirment-ils. Le ver issu de la génération spontanée serait dans le fruit. Alors que faire quand il n’y a rien à attendre ? Épier l’homme providentiel ? Plonger dans le passé et donc exploiter le filon naturel et rassurant de la nostalgie ?

Et si ça avait été mieux avant ?

Les organisateurs ne s’y sont pas trompés, lesquels multiplient les programmations faisant appel aux vieilles gloires. Mais pourquoi un tel engouement ?

Joselito à Istres- Dominique Valmary
Joselito à Istres- Dominique Valmary

Le pari aurait pu être risqué dans la mesure où l’annonce de tels cartels ne fait jamais bondir les foules ; cependant faute de grive on mange du merle. Les figuras du « G quelque chose » ont perdu en grande partie leur crédit et vivent sur leur élan ; les élevages trop conciliants sont déconsidérés mais ils continuent à vendre. Le taureau authentique n’attire que les demi-sel et les seconds couteaux alors même qu’il est seul pourvoyeur d’émotion.

Les anciens retirés du ruedo ou oubliés d’un mundillo avide de nouveautés et d’un retour économique immédiat sont là pour assurer et ils assurent, rassurer aussi… Plus que bien d’ailleurs. Quelques exemples :

A Pâques 2012, la corrida des dizaines réunissait Ruiz MIGUEL, soixante-deux ans, Victor MENDES, cinquante-deux ans et El FUNDI, la quarantaine passée, elle a été plaisante. En 2014 le retour amical de José Miguel Arroyo Delgado, dit « JOSELITO » à Istres a été une réussite ; la programmation émouvante de Carlos Escolar Martin, dit « FRASCUELO » à Céret a marqué les esprits et rassuré les organisateurs inquiets de leur engagement moral. Et que dire de la présentation en France de Rodolfo Rodriguez, dit « El PANA » voulue par les arènes de Saint Vincent de Tyrosse.

Frascuelo à Ceret - Dominque valmary

Frascuelo à Ceret - Dominque valmary

A l’instar des tournées « âge tendre et têtes de bois », le circuit va se poursuivre, dans quelques semaines, quelque part en Espagne, à Guadalajara, où un mano a mano opposera « FRASCUELO à El PANA ». Certes chacun avec son style bien personnel délivre une leçon à montrer aux écoles taurines. Les attitudes, la variété des registres, l’économie de gestes sont là, la sérénité règne sur le sable ; ils maîtrisent parfaitement sitio et poder, une vingtaine de passes pas plus ! Comme si la rupture d’exercice et l’observation avaient stimulé en eux la réflexion sur leur propre actuation.

Le risque de muséification est cependant patent.

L’effet ne peut être que de très court terme. L’esprit festival flotte sur les corrals et les armures… autant de contrats que ne signeront pas de jeunes toreros ; certes cela peut satisfaire les gradins vieillissants et c’est respectable mais cela manque d’ambition. Le « c’était mieux avant » ne peut fonder l’avenir de notre passion. Le débat ne se situe pas à ce niveau, il touche à la désaffection d’un public qui ne les a pas connus en activité et pour lequel ils ne sont pas l’avenir. L’environnement sociétal évolue, la corrida non, il faudrait en tenir compte ; faute de cela elle sera irrémédiablement figée et sollicitera au mieux son entrée dans un conservatoire ou un musée que l’on peut espérer vivant.

René Char a dit « il n’y a que deux façons de prendre la vie, soit on la rêve, soit on l’accomplit » ; le rêve, soit ; la nostalgie, passe encore. Evitons le cauchemar.

Je sais que des institutions se mobilisent pour travailler l’image de la corrida et visent de nouveaux publics, jeunes en particulier. C’est essentiel si cela s’inscrit dans un contexte véritablement refondateur. Mais pour cela ne faudrait-il pas aller plus loin et organiser une réflexion radicale, réécrire les fondamentaux et penser une prospective ? Décider de prendre notre destin taurin en main, en quelque sorte. Vaste programme !

Adeissias Monsieur Yonnet

Publié le par Paul Bosc

Hubert Yonnet honoré au 7ème Printemps des Jeunes Aficionados - Photo Alex Blanco

Hubert Yonnet honoré au 7ème Printemps des Jeunes Aficionados - Photo Alex Blanco

La dernière fois où nous nous sommes rencontrés, c’était à la veille de sa corrida d’Alès, voilà tout juste deux mois, chez lui dans ce mas de la Belugo, en pleine Camargue où, par le passé, professionnellement, nous commentions les Ferias qu’il organisait dans les arènes d’Arles quand il en était le directeur.

Il paraissait fatigué, mais quand le photographe du journal lui demanda de poser près du puits, il revêtit sa veste de gardian, redressa le torse et évita de montrer qu’il était arrivé jusque-là avec une canne. Il courait vers ses 88 ans et, bien sûr, personne ne savait qu’il vivait ses derniers mois près de ces toros de combat qui avaient été celui de sa vie. « Pescalune », seul novillo de l’élevage indulté allait donner à Alès son dernier rejeton que le mayoral Olivier Faure avait appelé « Ultimo » mais qui ne faisait pas oublier « Montenegro » qui avait reçu 7 piques à Saint-Sever, « Faraman » le premier toro lidié à Madrid, « Montecristo », honoré d’une vuelta dans les arènes d’Arles en 1992 ou « Carabin », ce novillo combattu par Morenito d’Arles dans les arènes d’Arles en 1977.

Il se disait le « vilain petit canard » car ses parents avaient évité de le baptiser Christophe ou Joseph, prénoms de ses arrières-arrières grands parents qui avaient créé l’élevage en 1859, mais il n’avait pas pu résister à revenir aux traditions en appelant son fils Christophe.

Je me souviens quand Christophe a choisi de quitter cette terre. « Monsieur Yonnet » comme je l’appelais avec respect, m’avait invité à déjeuner, à deux pas des arènes, dans le restaurant qu’il fréquentait quand il était à Arles, dans ce bureau dont la fenêtre ouvrait sur l’escalier de l’amphithéâtre. Il m’avoua combien il était difficile de vivre après un si grand chagrin et me raconta un peu de sa vie, de cette promesse qu’il avait faite à sa sœur, assis tous les deux sur cet escalier : « Un jour je serai directeur de ces arènes ». Sa sœur avait ri.

Et pourtant pendant de nombreuses années, après Pierre Pouly et jusqu’en 1999, il avait réalisé cette prémonition enfantine.

Bien sûr il a été critiqué. Il a même été berné par le mundillo espagnol, par ses représentants en Espagne et par certains ganaderos mais, il a toujours voulu présenter de véritables toros comme lui les élevait dans ce mas du bout du monde.

Hubert Yonnet était un homme bon et il ne se déroulait pas une feria sans que les jeunes toreros arlésiens ou nîmois soient à un cartel. Tous lui doivent une présentation, une alternative, une opportunité de Robert Pilès à la famille Léal ; d’Antony Losada à David Lombardo, de Yanito à Morenito d’Arles, de José Manrubia à Diamante Negro…

En plein mois d’août, il avait présenté le jeune Eduardo Miura, neveu des célèbres éleveurs andalous qui, finalement, n’a pas connu une grande carrière malgré son nom. Il avait rempli les arènes d’Arles avec un célèbre mano a mano Espartaco – Cesar Rincon et puis, l’appel d’offres ouvert par la mairie pour désigner un nouveau directeur, l’a renvoyé à la Belugo où, chaque jour, il sellait son cheval pour approcher ses toros ou ceux de Françoise, son épouse. Tous les ans, il défilait dans sa ville d’Arles à la tête de la Confrérie des gardians dont il était le président depuis 1972.

Monsieur Yonnet a quitté la Camargue, cette terre qu’il aimait tant, une légende s’est éteinte même si la flamme diffusée par la Belugo restera lumineuse dans le cœur des aficionados. Madrid, Séville, Barcelone ont vu débouler des toros portant le blason chapeauté d’un trident où s’inscrit l’ « Y », de Hubert Yonnet, le plus connu et plus célèbre éleveur de toros de combat français.

Adeissias Monsieur Yonnet.

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